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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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19 octobre 2001 5 19 /10 /octobre /2001 14:49

PRÉFACE

Du « Dracula » de Bram Stocker, à cette « réflexion sur le vampirisme et la psychologie des vampires », quel chemin choisi par le Docteur Gérard Lopez ?

Page 18

Nous démontrerons, par exemple, que tout un chacun ne peut être fasciné par un gourou et devenir son adepte. Mais la fascination est une des armes qu'utilisent préférentiellement les pères incestueux qui disposent du prestige naturel conféré à « l'adulte ayant autorité » ou les tortionnaires lorsque la relation de domination est fermement établie. Quant aux foules, elles sont toujours bel et bien fascinées par les discours des « führers » actuels.

Page 22

Lorsque l'on est confronté à un vampire, archétype du pervers, la séduction ne constitue pas son mode habituel d'entrée en relation. Le Comte et ses comparses ne cherchent pas l'harmonie, mais la destruction. Ils utilisent, instrumentalisent l'autre. Certains parlent d'objet fétiche, au sens littéral d'homme ou de femme-objet, inanimés, par conséquent sans âme. L'incompréhension atteint des paroxysmes tragiques lorsqu'un(e) névrosé(e) rencontre un pervers. Comment imaginer en effet que la haine et la destruction soient l'unique ressort relationnel de ces sortes de vampires que la psychiatrie appelle pervers narcissiques. Le Comte en constitue un archétype remarquable. C'est pourquoi certaines victimes souffrent pendant de longues années avant de comprendre qu'elles vivent avec un vampire, qu'elles auront le plus grand mal à quitter.

On connaît, en revanche des couples pervers complémentaires où chacun des acteurs est l'esclave de l'autre. Ceux-ci ne présenteront pas les troubles psycho traumatiques spécifiques, actuellement appelés Etat de stress post-traumatique dans la CIM JO et le D5M IV.

 

Page 27-28-29

Le Comte est entrée dans la chambre de Mina endormie et lui a mordu le cou pendant son sommeil, « par contrainte et surprise ». « Bientôt, elle se couvrit le visage de ses pauvres mains meurtries qui portaient la marque de l'extraordinaire poigne du comte ; l'on entendit un faible mais douloureux gémissement, et nous comprîmes que le cri poussé un peu plus tôt était seulement l'expression momentanée d'un désespoir qui n'aurait pas de fin », un dommage irréparable en effet. Et pour bien souligner la nature sexuelle de l'agression, Bram Stoker a une nouvelle fois recours à l'analogie sang-sperme : « il me prit la nuque, et de force, m'appliqua la bouche contre sa veine déchirée:  je devais donc, soit étouffer, soit avaler un peu de ... Oh mon dieu, qu'ai-je fait pour endurertout cela ».

Les analogies avec les problématiques des familles totalitaires où règnent la maltraitance et l'inceste sont donc nombreuses dans le roman. Les victimes, enfants, épouses, époux, grands-parents sont placés sous l'emprise d'un vampire. Parfois, il a une cible unique : un enfant, son épouse. Parfois sa haine se déchaîne sur tous les membres de sa famille. Bram Stocker ne semble pas pouvoir imaginer qu'une mère pourrait être la complice d'un vampire. Il protège la mère de Lucy qui ne supporte pas l'odeur de l'ail supposé protéger sa fille. L'enfer est pavé de bonnes intentions : « Cette pauvre mère, bien innocente, animée des meilleures intentions agit de telles sortes qu'elle met sa fille en danger, corps et âme ».

La lutte pour la protection de l'enfance est bien « une terrible partie dont l'enjeu sont des âmes », car d'une façon générale, la maltraitance constitue un meurtre psychique évident dans les cas de maltraitance physique et psychologique grave ou de violences sexuelles. Parfois, en revanche, il s'agit d'un crime parfait, lorsque l'enfant, idolâtré, porteur des désirs exclusifs des parents, obtient des gratifications scolaires, universitaires et sociales qui font l'admiration de tous. Pourtant, ces enfants devenus adultes n'auront jamais appris à penser par eux-mêmes. Ils risqueront d'être fragiles, peu autonomes. Leur vie affective sera souvent un échec. Ils risqueront de reproduire le modèle familial ou s'y opposeront de façon tellement systématiquement caricaturale que, là encore, ils seront pris dans un piège infernal.

Lorsque le « système » est bien en place, rien n'arrête plus l'agresseur, sûr de son impunité. Mais avant de parvenir à son but, il doit s'employer à contrôler la situation. Nous avons déjà dénoncé le rôle que jouait la fascination – que nous avons différenciée de la séduction – conférée par la seule position d'adulte « ayant autorité », selon les termes du Code pénal. Mais en général, le vampire déploie tout un arsenal de manipulations destinées à flatter, endormir, hypnotiser, soumettre sa proie avant de l'attaquer. Les stratégies perverses de domination sont universelles. On les retrouve dans les familles totalitaires comme dans le monde social.
…/…

Autre coïncidence, c'est précisément en 1897, année de la parution de Dracula ! que Sigmund Freud abandonna la théorie de la séduction infantile comme origine exclusive des névroses ultérieures. Jeffrey Masson soupçonne Anna d'avoir manipulé les textes de son père qui nuancent cette idée, pour ne pas contredire ce qui serait par conséquent devenu une sorte de dogme. L'idée que les violences sexuelles commises sont des fantasmes, desservit pendant de nombreuses années les enfants victimes d'inceste.

Page 33

Les pères « incestueurs » dépioient des trésors de perversité pour isoler physiquement leur victime. Ils sont également experts pour monter les membres de la famille les uns contre les autres, attiser les antagonismes, colporter des rumeurs, divulguer des faux secrets, faire et défaire les alliances de circonstance, selon le vieil adage : « Il faut diviser pour mieux régner » qu'utilise évidemment tout « bon décideur », où qu'il sévisse.

Page 34

Les vampires trouvent d'excellentes justifications pour expliquer leurs crimes. Ils sont passés maîtres dans l'art de la rhétorique perverse. Ils manient, avec maestria, l'art du « double lien » face auquel il est impossible de se décider. On peut illustrer cette redoutable technique avec « Fous-Le- Camp », le nom du célèbre chien d'Yves Robert ou avec celui que choisit l'astucieux Ulysse pour embrouiller Cyclope.

Viens ici « Fous- Le-Camp » !

Page 40

La résilience dépend, pour l'essentiel, de la qualité des liens sociaux de la personne menacée, comme le montre le roman de Bram Stocker qui est, en quelque sorte, le triomphe de l'amitié et de la solidarité.

Les événements traumatiques brutaux ou les très subtiles tortures morales et physiques décrites par Bram Stocker – disqualifications, humiliations, culpabilisation, alternance de menaces et d'accalmies et sévices physiques en tous genres – constituent des attaques narcissiques remettant en cause l'idée que la personne se fait d'elle-même et du monde environnant. « La sécurité, ou l'assurance de sécurité, sont des choses qui pour moi appartiennent au passé. Pendant les semaines que j'ai encore à vivre ici, je ne puis espérer qu'une chose, c'est de ne pas devenir fou, pour autant que je ne le sois pas déjà ». Tous les repères basculent. Pire ! Ces ponctions de vie psychique, entraînent la destruction, progressivement croissante, de zones cérébrales de plus en plus étendues. Les psycho-pathologistes parlent de parties clivées, dissociées du reste de la psyché. De façon imagée Anna Freud parle de clivage cryptique. Bram Stocker anticipe intuitivement cette conception. Il considère que les victimes d'emprise totalitaire sont progressivement vidées de leur sang. Or, pour lui, le sang c’est la vie.

 

Page 42-43

Perdues, sans repère, incapables de penser par elles-mêmes, les victimes de vampires perdent toute espèce d'estime de soi. Elles présentent de graves troubles identitaires qui les rendent particulièrement vulnérables. De place perdue en place perdue, elles deviennent des « sans domicile fixe » symboliques. Ces « paumés », « ces filles perdues », ces « dé-générés » sans repères généalogiques, ces gens « mal dans leurs baskets », risquent de sombrer dans la déviance, la délinquance ou l'exclusion sociale.

Du point de vue clinique, certaines victimes deviennent caractérielles, revendicatrices, méfiantes. Elles développent des traits de caractère paranoïaques. Elles se sentent toujours épiées, attaquées, comme s'il n'existait qu'un seul type de relation humaine, qu'elles revivent ainsi quotidiennement. Ces idées de persécution, sont aggravées par un fond mégalomaniaque : « Les Szeklers peuvent se vanter d'avoir accompli ce que ces parvenus, les Habsbourg et les Romanov, ont été incapables d'accomplir … » rien de moins, nous y reviendrons.

Les états dépressifs graves sont fréquents. Ils surviennent quand elles (re)vivent littéralement une expérience d'abandon. Ne sachant vivre que sous l'entière domination d'un vampire, elles sont incapables de survivre pour elles-mêmes, de façon indépendante. Ce n'est pas pour autant qu'elles puissent ressentir un quelconque sentiment positif. Les tentatives de suicide sont fréquentes. Certaines sont des actes impulsifs, explosifs, bien souvent effectués sans la moindre élaboration psychique permettant de les expliquer. Parfois elles sont plus élaborées et parfaitement compréhensibles : « Je n'arrivais pas à plaindre cette femme, car, comprenant maintenant le sort qui avait été réservé à son enfant, je me disais qu'il valait qu'elle l'eût rejoint dans la mort ». « Euthanasie est un mot excellent et réconfortant ! J'ai de la reconnaissance pour celui qui l'a inventé ! », car le suicide et la mort sont alors vécus comme une délivrance.

Ces victimes finissent par sembler accepter leur sort : « Il est temps que je m'en aille. Je vous dis adieu mon cher Arthur, si je dois mourir cette nuit ».

Les troubles psychosomatiques les menacent. Ils leur permettent de survivre en passant à côté de leur vie, comme l'a si bien décrit Jean-Michel Thurin1. D'autres se plaignent constamment de maux imaginaires, mais vivent très vieux, déplorent Maurice Hurni et Giovanna Stoll... le Comte, lui, est immortel.

1/ Thurin J.-M. (1996). La vie sans soi. Frison Roche

 

Page 68

Psychologie des vampires

Le vampire va se faire passer pour la victime d'une machination. Sa famille s'acharne sur lui parce qu'il est trop bon… par exemple. Et il pourra d'autant plus facilement convaincre ses interlocuteurs, qu'il connaît mieux que quiconque les stratégies d'inversion…

Il saura argumenter, argumenter toujours. Il est inutile de tenter d'avoir un dialogue avec un vampire, c'est-à-dire un échange. Le vampire prend et ne donne jamais rien en échange, pas même et surtout pas une idée. La pensée est l'ennemi suprême des vampires.

Il multipliera les intrusions chez le médecin, le policier, soit directement, soit par l'intermédiaire d'une personne manipulée ou d'un complice attiré par l'odeur du mal.

Il fera des pressions indirectes, activera ses relations parfois bien placées. Il aura des accents d'une telle sincérité qu'il sera plaint et cru !

Il manipule et jubile.

Page 70-71

La question de la responsabilité est particulièrement épineuse, autant sur le plan théorique que sur le plan pratique. L'étymologie du mot responsabilité vient de « respondere » qui signifie répondre de ... , s'engager à ... La façon satirique dont Epicharme a reformulé l'aphorisme d'Héraclite constatant qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, permet de poser le problème : « Ce qui par nature éprouve un changement et jamais ne demeure identique à soi-même, doit être maintenu autre que ce qu'il fut. Ainsi, toi et moi, hier nous étions autres et sommes aujourd'hui encore d'autres hommes. » Un monde sans responsabilité serait, en effet, un monde composé de zombies, un monde dépourvu de sujets, où les individus seraient dépourvus de permanence, où leur existence s'égalerait à la seule manifestation d'un acte suspendu. Ce serait le monde dont rêve le comte Dracula.

Aussi, il me faut engager ma responsabilité pour que mes actes passés me soient attribués. La responsabilité est le fondement ontologique du sujet, la condition de sa liberté pratique selon Kant 47. Elle est étroitement liée à la conviction qu'a l'homme d'être libre.

La liberté pratique, celle qui nous permet d'agir et d'assumer les conséquences de nos actes, est balisée par des lois démocratiques, reconnues et acceptées, comme notamment l'article 1383 du Code civil qui dispose : « Chacun est responsable du dommage qu'il a causé non seulement par son fait mais par sa négligence ou son imprudence ».

Page 76-77

Je partage l'opinion de Bram Stocker et de la majorité de mes confrères : les pires des vampires ne sont pas curables. J'ignore qui oserait entreprendre de soigner un grand pervers? Le très avisé professeur Van Helsing s'y refuserait de toute évidence : « Mais il reste une autre tâche, en un sens plus importante : découvrir l'auteur de tous ces malheurs et le faire disparaître de ce monde ». Opinion partagée, mot à mot, par Paul-Claude Racamier qui, un siècle plus tard, recommande à une institution : « de se mobiliser dans un sursaut de santé» et de faire la seule chose saine qui soit à faire: « cracher le noyau » pervers qui l'a contaminée.

Mais il ne faut surtout pas brandir cette horrible évidence pour baisser les bras et refuser toute idée de prise en charge. Les grand pervers, les vampires! ne constituent pas la majorité des condamnés, loin s'en faut. On pourrait même avancer l'hypothèse que les pires d'entre eux ne se font jamais prendre… Un grand nombre de vampires tragiques, est susceptible de recevoir des soins pour « apprendre» à se contrôler. Ils doivent au préalable endosser la responsabilité de leurs crimes et accepter d'être confrontés à la réalité et aux conséquences de leurs actes, sur les victimes notamment.

Des équipes étrangères, anglo-saxonnes pour la plupart, se sont lancées honnêtement dans cette périlleuse aventure avec des succès divers, mais conséquents. LAssociation francophone internationale des thérapeutes d'agresseurs sexuels (AFITAS) a été créée par le Dr Jocelyn Aubut directeur de l'Institut Pinel de Montréal.

En France et en Belgique, souvent inspirées par le travail de l'Institut Pinel, des équipes se sont mises au travail. Des associations françaises comme l'AFTVS du Dr Roland Coutanceau, l'ARTASS des Drs Claude Balier et Sophie Baron Laforêt ou le GRASC de Bruxelles, ont développé des stratégies de prises en charge des agresseurs sexuels.

Finalement sous la pression d'une opinion publique bien relayée par le secteur associatif et certains professionnels, le Parlement a adopté une loi 1 destinée à améliorer la prévention et la répression des infractions sexuelles et mieux protéger les mineurs.

Cette loi, certes répressive, favorise, dans la tradition républicaine, une série de mesures d'assistance aux agresseurs.

L’idée d'un traitement possible a été abandonnée au profit d'un « suivi socio-judiciaire », lequel peut être ordonné en même temps qu'une peine d'emprisonnement ou constituer la peine principale dans certains cas.

Mais cette mesure, qui constitue une sorte de surveillance (plus ou moins rapprochée), peut comprendre une injonction de soins, lesquels peuvent commencer pendant l'exécution de la peine, dans un établissement pénitentiaire permettant d'assurer un traitement médical et psychologique adapté… un joli programme qui ne correspond pas encore à la réalité du terrain.

 

1. Loi n° 98-468 du 17 juin 1998 « relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la protection des mineurs »

Page 121

René Girard décrit le processus de désignation qu'utilise le système agresseur. Il décrit trois stéréotypes victimaires d'une pertinence clinique rare. Le premier est un état de crise qui déstabilise les rapports sociaux : la stérilité qui s'est abattue sur Thèbes par exemple. Le deuxième est la désignation d'un bouc émissaire accusé d'un crime considérée comme étant responsable de la crise par un lien de causalité magique : Œdipe a commis l'inceste et le parricide ; lors des épidémies de peste, on désignait les juifs accusés d'empoisonner les puits ou les vampires dont on déterrait les corps. La vérité est bafouée au profit de l'énormité de l'accusation : le capitaine Dreyfus est un traître ! Le troisième stéréotype concerne certains signes victimaires faciles à identifier, lesquels sont une monstruosité physique ou morale, réelle ou supposée: Œdipe est un immigré boiteux ; les juifs ont le nez crochu ; les sorcières entretiennent des relations diaboliques, etc.


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