Partager l'article ! 10/ Mais qui aura été disponible à une écoute inlassable et mortelle par Jorge Semprun ?: Page 167 Odile me soignait avec les gestes inve ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Odile me soignait avec les gestes inventifs de l'amour physique, avec ses rires sans rimes ni raison, son insatiable
vivacité.
Mais elle ne savait que faire quand l'orage éclatait dans ma vie. Elle ne savait pas gérer le désastre. Dès que l'ombre me
rattrapait, troublant mon regard, me jetant dans un silence noué ; dès que la voix du, Sturnführer S. S. commandant l'extinction des feux du crématoire, me réveillait en pleine nuit du
songe de ma vie, Odile perdait pied. Elle me caressait le visage, comme on caresse un enfant apeuré, elle me parlait, pour combler le silence, cette absence, cette béance, par un babillage
rassurant.
C'était insupportable.
Odile était d'évidence venue au monde pour y apporter de la joie, de la vivacité : le lait de la tendresse humaine. Elle n'y
était pas venue pour écouter les voix de la mort, ces murmures insistants. Encore moins pour y prendre à son compte, les assumer, au risque de sa propre tranquillité d'esprit, de son propre
équilibre.
Mais qui aura été disponible, autour de nous, en ces temps là du retour, à une écoute inlassable et mortelle des voix de la mort
?
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