Partager l'article ! 12/ Le traitement cognitivo-comportemental de l'ESPT par Aurore Séguin-Sabouraud: Page 97 Martine Martine vient au Centr ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Martine vient au Centre de psychothérapie des victimes après avoir lu une plaquette concernant les séquelles psychologiques des traumatismes. Elle reconnaît dans cette description une grande partie des troubles dont elle souffre depuis dix ans et qu'aucuns soins médicaux n'ont soulagée réellement.
Après un grave accident de la route, elle est restée hospitalisée six mois pour multiples fractures et tous les ans elle fait une cure en établissement thermal pour les séquelles de ses blessures.
Dès le premier entretien, on constate un état dépressif réel, marqué par un désintérêt très fort pour l'avenir et des troubles fonctionnels digestifs, peu améliorés par les traitements pris.
Martine décrit brièvement et sèchement son accident dont elle a peu de souvenir, et « peu à dire », dit-elle. Elle refuse tout traitement antidépresseur. Les
événements marquant de ces dix dernières années sont une rupture sentimentale dans les suites de son hospitalisation et le décès de son père en 92 : « J'ai failli assister à sa mort
», dira-t-elle avec beaucoup de difficulté.
Je lui demande de faire le récit de son accident tranquillement chez elle. Je lui précise d'utiliser le temps
présent, le pronom Je, d'accepter de se replonger dans le souvenir et les émotions relatives au souvenir, en cherchant à se souvenir de plus de détails possibles.
Récit n°1
– « En 1987, j'habitais à P Le 1er décembre, je suis partie beaucoup plus tôt de mon domicile car j'avais un
travail urgent à terminer avant de me rendre à une consultation spécialisée. Ce matin-là, mon amie et moi avons pris ma voiture car la sienne ne démarrait pas.
J'ai préféré la laisser conduire car je me sentais fatiguée. Vers 07 h 03, nous arrivions au
niveau de R. lorsque la voiture a glissé sur une plaque de verglas et a cogné un pilier de pont de mon côté. Je ne pouvais pas sortir de la voiture car ma jambe était cassée et les secours sont
très vite arrivés. Par chance mon amie n'a rien eu ».
Je lui fais remarquer que le temps est au passé, le lui fait relire au présent.
Nous
parlons des émotions ressenties pendant la séance, de ce qui s'est passé pendant la semaine.
Je lui demande de reprendre son récit pour la prochaine fois à partir de « ma jambe est cassée ».
Récit n° 2 (une semaine après)
– « Je suis dans la voiture sans pouvoir bouger et j'attends les secours. Je sais que j'ai la
jambe cassée. Durant les minutes d'attente, un autre véhicule a le même accident et je l'ai vu arriver sur le capot du mien. J'ai cru pendant un instant qu'elle ne s'arrêterait pas. Ce sentiment
d'impuissance face à la mort a été extrêmement pénible. Ce n'est que quand le SAMU m'a pris en charge que j'ai pensé être sauvée car j'avais peur qu'un autre véhicule n'arrive.
»
On remarque que le récit commence bien au présent mais que dès que l'on arrive à un moment fort, à
nouveau le temps est au passé. Cette fois, elle parle plus ouvertement de sa peur, la peur de mourir qu'elle a naturellement ressentie. On voit aussi que le souvenir se remet en place et
que l'accident « est plus grave émotionnellement » qu'elle ne se le disait. Durant la semaine, elle s'est sentie souvent anxieuse, triste et plutôt irritable.
À la fin de la séance, je lui demande de reprendre à nouveau son récit en partant du moment où elle constate que sa jambe est cassée ; de se souvenir des bruits, du décor éventuellement, de ce qu'elle s'est dit. Les consignes habituelles sont répétées.
Récit n° 3
– « Je suis dans la voiture, je ne peux pas bouger. J'entends une autre voiture freiner, puis un
bruit sourd et je la vois arriver sur moi. Je veux sortir.
Elle s'immobilise, mais j'ai peur qu'il en arrive une autre. Il me semble que j'aperçois le conducteur. Est-il grièvement blessé ou
mort ? »
Elle a été très mal cette semaine et se demande si cela sert à quelque chose. Elle est sur la défensive, mais reste confiante.
Je la félicite d'avoir fait sa tâche bien qu'elle se sente mal et triste, et d'avoir bien utilisé le temps présent...
On reprend son récit. Je lui demande de relire et régulièrement, je l'aide à retrouver quelques détails: « à quoi pensez-vous à ce moment ? qu'est-ce que vous craignez ? comment vous sentez-vous physiquement ? comment est l'homme blessé ? » Cette question provoque une anxiété très forte et elle dit qu'elle ne se souvient pas.
Je lui demande si elle veut bien relire le récit pendant la semaine, rajouter ce dont elle se souviendra. Les consignes sont les mêmes.
Récit n° 4
– « Je suis bloquée dans la voiture comme cet homme. Il ferme les yeux et a la tête penchée, j'ai
peur pour lui et il m'impressionne. Il me semble que j'entends quelqu'un dire qu'il est gravement blessé. Et moi ? Ces minutes d'attente sont trop longues,. j'aimerais que 'le temps passe plus
vite pour ne plus être là. Être rassurée, entourée ».
À partir de cette séance, les souvenirs sont plus clairs et précis. Elle peut les évoquer sans angoisse. Pendant l'entretien,
elle se laisse aller à pleurer, à parler de ses émotions et de ses sensations physiques. On s'aperçoit que le premier accident, celui qui l'a blessé physiquement
n'est pas celui qui a eu la signification traumatique, mais c'est en fait le deuxième qui a été le plus angoissant, le moment où elle pense avoir vu quelqu'un mourir devant elle ; quelqu'un qui
aurait pu être elle aussi.
Elle associe cette angoisse avec le sentiment de panique qu'elle a ressenti en apprenant la mort de son père sur le quai de la gare juste après lui avoir rendu une visite à l'hôpital (« j'aurai pu le voir mourir »).
Deux mois après le premier entretien, il n'y a plus de symptômes dépressifs. Pendant les séances suivantes, on utilisera les techniques de gestion de soi pour augmenter ses compétences relationnelles au travail (perte de la confiance en soi, souvent malade... ).
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