Partager l'article ! 2/ Du monstrueux contemporain par Guy Karl: Mercredi, 22 Septembre 2010 Dans "monstrueux" on entend encore faiblement "montrer", monstr ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Dans "monstrueux" on entend encore faiblement "montrer", monstration, dé-monstration. Le monstrueux, cette déformation im-monde du monde, cette ab-erration de l'ordre naturel, cette tératologie organique ou sociale nécessairement provoque la crainte, inspire sourdement une terreur superstitieuse devant "quelque chose" qui semble défier toute loi, conventionnelle ou naturelle. Y prendre plaisir appelle un châtiment divin. Entre horreur et fascination le monstrueux en appelle à nos instincts refoulés, à notre barbarie inavouable, ce continent noir que la culture avait repoussé dans les tenèbres du Tartare.
Paradoxe : en régime ordinaire le monstrueux ne se montre pas, ne s'exhibe pas, enclos dans le domaine du réservé, du non communicable, du sacré, du secret.
Petites monstruosité privées ou familiales, petits ou grands romans d'inceste ou de crime, de harcélements et de viols. Grandes monstruosités publiques des sacrifices sanglants, des guerres et des massacres.
Chaque nation a ses histoires noires, ses réminiscences, ses atrocités recyclées en faits de gloire. On croit en être quitte par un vigoureux déni de mémoire. Et puis cela revient toujours. Et c'est alors que le monstueux se révèle dans son horreur nue, absolue, irrécusable. Les uns reculent et prétendent s'en tirer au prix d'un second déni, les autres acceptent, exigent de montrer l'immontrable, quelles qu'en soient les conséquences, estimant que la vérité doit être dite.
Le monstrueux semble ainsi illustrer une loi très générale: la vérité est peut-être impossible à voir sur l'heure et ne se reconnaît que dans l'après coup. Il en a été ainsi des horreurs de la guerre, des camps staliniens ou hitlériens, de tous ces régimes dont l'abomination fut invisible jusqu'à leur écroulement final. Comment se fait-il que l'horreur du présent nous soit si difficile à reconnaître ? Reconnaissons dès à présent que cette remarque justifie le travail de l'histoire, aussi insuffisant et douteux soit-il.
Le monstrueux de notre temps a ceci de remarquable qu'il se dissimule mieux que jadis, qu'il est plus difficile à débusquer sous la croûte de nos manières policées, rampant et sinueux, quasi invisible.
La pauvreté se cache, les gêneurs sont expulsés, expatriés, les criminels sont en prison, les prévaricateurs honorables sont à l'abri, les cyniques au pouvoir. Parfois éclate un petit scandale médiatique, mais cela ne semble déranger personne. On crie, on rameute, et puis cela se tasse. Banalités du jour. Oubli le lendemain.
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