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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Marc Weitzmann, écrivain et critique littéraire mais aussi cousin de Doubrovsky, va lui aussi à l'encontre d'une idée reçue :
L'autofiction ne fut pas au XXe siècle une bouée à laquelle on se raccrochait du fait d'un effondrement narcissique: c'est parce qu'il y a eu menace de dévastation radicale du sujet (j'entends de la Sainte Trinité du sujet : individu, auteur, personnage), qu'il y a eu recours à cette monstruosité hybride qu'est l'autofiction, laquelle, loin d'être un repli sur soi, fut bel et bien un combat indissociable de l'histoire d'un siècle qui fut le premier à se donner pour but explicite en fait d'Histoire, l'abolition définitive de la liberté individuelle. De ce point de vue, la célèbre phrase de Joyce, « l'histoire est un cauchemar dont j'essaie de m'éveiller », pourrait être vue comme le manifeste fondateur du genre autofictionnel.(C'est nous qui soulignons.)58
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