Partager l'article ! 3/ L'autofiction, l'écriture des minorités par Stéphanie Michineau: page 44 De par le fait que la psychanalyse a contribué à l'éc ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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page 44
De par le fait que la psychanalyse a contribué à l'éclatement du « je », ne pouvons-nous élargir le débat en nous demandant si
l'autofiction n'est pas, à l'origine, la manière d'écrire utilisée avant tout par les catégories sociales en mal d'identité ?
En effet, lorsque Serge Doubrovsky répond à sa propre interrogation rhétorique de la manière suivante « Autobiographie ? Non,
c'est un privilège réservé aux importants de ce monde, au soir de leur vie et dans un beau style »1, l'on peut dire que, plutôt qu'à
l'autobiographie, il donne sa préférence à l'autofiction qui répond mieux à sa quête d'identité : « J'existe à peine, je suis un être fictif. J'écris mon autofiction2. »
Cette réflexion est loin pour autant de faire l'unanimité. Au sortir d'un débat plutôt houleux sur l'autofiction, Manuel
Carcassonne (directeur adjoint des éditions Grasset) s'insurge contre l'idée de réduire l'autofiction au genre des minorités :
Je ne crois pas que l'autofiction soit le genre d'expression des minorités, des déracinés de la vérité unique, une sorte
d'étoile jaune perpétuellement fichée sur la conscience. Ni Guibert, ni Donner [ ... ] ni Banciotti, ni Doubrovsky3, ni Bayon, ni Georges-Arthur
Goldschmidt, ne s'expliquent par l'appartenance à une minorité, qu'elle soit juive, homosexuelle, ou simple confrérie des motards (Bayon)4.
Elle a pourtant ses défenseurs. Colonna, par exemple, constate que l'autofiction est un genre fréquemment utilisé par «les
profils d'exception » :
Hasard ou déterminisme, je remarque d'ailleurs que les textes de femmes et de minoritaires (devenus parfois dominants avec le
temps) l'emportent dans cette pratique, comme s'il s'agissait d'un véhicule plus adapté aux profils d'exception5.
Notons au passage le changement synonymique - mais dans un sens mélioratif – du terme « minorités » qui devient dans la citation
« profils d'exception ».
1 Serge Doubrovsky, Fils, Paris, éd. Galillée, 1977, quatrième de couverture.
2 Serge Doubrovsky, Un Amour de soi, Paris, éd. Hachette, 1982, p. 74.
3 Concernant Doubrovsky, ce point de vue est largement discutable.
4 Manuel Carcassonne, « L'Autofiction ou les bâtards de la vérité» in Je, mode d'emploi,
Autobiographie &
Autofiction, Page des libraires, juin-juillet-août 1998, p. 52.
5 Vincent Colonna, Autofiction & Autres mythomanies littéraires, op. cit., p. 111.
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