Partager l'article ! 2/ Tuer le mort qui est en nous ? par Anne Ancelin Schützenberger: Page 20 « Tuer le mort qui est en nous », écrivait Freud dans To ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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« Tuer le mort qui est en nous », écrivait Freud dans Totem et Tabou. C'est aussi ce que nous demande la société. Nous ne sommes pas d'accord avec cette formulation. Il nous paraît en effet plus « aidant » de mettre le mort à sa juste place dans notre souvenir, de dénouer lentement les liens, un par un, et chacun en son temps. Comme le dit si bien Nadine Beauthéac, « cette place n'est trouvée qu'après avoir exploré et donc vécu intensément toutes les émotions douloureuses. Si elles sont refoulées, cela conduit à un évitement du deuil, qui peut donner à la personne l'illusion d'aller mieux : c'est un statut précaire qui peut laisser entrevoir des failles lors d'un autre décès de moindre importance1». C'est le cas, par exemple, d'un homme que la mort de son chien avait rendu inconsolable. Son entourage, choqué, trouva ce chagrin « déplacé », l'homme n'ayant pleuré ni la mort de son père ni celle, peu de temps auparavant, de son frère.
Rappelons aux personnes en deuil que « le travail de deuil fait avec soin se porte garant du non-oubli2». On peut ainsi, comme le propose Annick Ernoult-Delcourt, « remplacer l'absence extérieure par une présence intérieure3». À un enfant dont la mère est morte, on dira par exemple : « Ta mère restera toujours dans ton cœur. »
1. Nadine Beauthéac, Le Deuil. Comment y faire face ? Comment le surmonter ?, Paris, Seuil, 2002.
2. Christophe Fauré, Vivre le deuil au jour le jour, Paris, Albin Michel, 2004.
3. Annick Ernoult-Delcourt, Apprivoiser l'absence. Adieu, mon enfant, Paris, Fayard, 1992.
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