Partager l'article ! 2/ Une voix qui émerge dans Pensées en désuétude de Fanny Cosi: par la critique littéraire, Stéphanie Michineau Pensées en désué ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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par la
critique littéraire, Stéphanie Michineau
Pensées en désuétude est un recueil de récits courts et de poèmes en prose publié l’année dernière aux éditions Edilivre. La
citation ouvrant la quatrième de couverture est tirée de la section « Arts et Lettres » (La Ponctuation) :
« Comme une obligation. De s’arrêter. De prolonger.
Une vérité. Difficile à accepter. Un ton haché. De solennité. A des mots attachés. Et dét….. Réévalués.
Des mots. Mobiles. Pris. Dans des bobines. De fils. A démêler. A séparer.
La sonorité. Des mots. Balançant. Rythmant. La cadence. A adopter
TON DETACHE
TON PRECIPITE
à des émotions mêlés. »
Elle constitue une sorte de contrepoint aux intentions clairement explicitées (voire revendiquées) de l’auteur… ou plutôt de l’auteure (puisqu’il s’agit d’une femme) :
« Ce sont ces tropismes, ces mouvements qui émergent à la surface des choses que Fanny Cosi, sur les traces de Nathalie Sarraute, traque sans fin dans Pensées en désuétude. C’est dans un style résolument moderne mais accessible à tous, bien différent en vérité de l’illustre écrivaine du Nouveau Roman, que Fanny Cosi parvient à mettre en lumière ces trop-pleins intérieurs auxquels on ne prend pas toujours garde et qui pourtant jalonnent nos existences humaines. »
C’est donc sur cette voix (puisque la thématique du numéro 57 de La Faute à Rousseau porte sur les voix) ... cette voix, écrivais-je, tapie dans l’ombre, émergente dans Pensées en désuétude, sur laquelle j’aimerai revenir.
Que mes lecteurs excusent la brièveté de mon analyse qui aura comme qualité principale (qui en est une pour la revue) la concision et manquera par conséquent l’aspérité alliée à l’ambiguïté de forme et de fond que l’auteure a pourtant voulu conférer à ses esquisses scripturales.
L’auteure est particulièrement attentive à un son, un geste, un regard, une intonation… détails trahissant cette voix intérieure qu’elle nomme « le langage des signes » (c’est d’ailleurs le titre d’une section).
Mais le propos de Fanny Cosi est plus grave que celui de Nathalie Sarraute dont elle tire « ces tropismes ». Il est à bien des égards d’ordre vital (d’où le ton grave qui se dégage de fragments prosodiques) comme une mise en alerte à ses semblables de laisser parler cette voix intérieure, tout au moins de l’écouter ! Et je ne pense pas trahir (ni forcer…) le texte de l’auteure en évoquant le terme de dissociation :
Ainsi, sa mère était morte…
Elle ne pouvait y croire. Le réel blessant. Pouvait parfois provoquer des égratignures de sang. Elle le savait à présent.
Il fallait guérir le mal par le mal. Ouvrir la plaie. Pour la soigner. Retrouver le centre. Tirer le cordon. Cela ferait sans doute mal au début. Comme un cadeau.
Tirer sur une ficelle. Puis une autre. Déchirer le papier décoloré. Se découvrir soi-même. Comme un cadeau… Comme un cadeau. » (p. 39)
Ainsi, revenons au terme de dissociation : dissociation est un concept inventé à l’origine par Pierre Janet en 1889 (qui aurait trouvé un nouvel essor depuis le début du XXe siècle...) pour décrire l’état de personnes souffrant de chocs post-traumatiques. La dissociation (c'est-à-dire le fait de se dissocier en deux entités, pour déplacer la souffrance de l’une à l’autre : du subissant au regardant) les aurait aidées dans un premier temps mais il leur faut revenir dans un second temps à l’objet de leur traumatisme sous peine qu’il resurgisse d’une manière incontrôlée, douloureuse voire destructrice (cf. section « Résurgence » dans Pensées en désuétude).
Pour en savoir plus à ce sujet, je ne saurai que trop vous conseiller la lecture de J’aimerai tant tourner la page,
essai rédigé par le Dr François Louboff (éd. Les Arènes, 2008).
Mais nous nous arrêterons là pour ne pas trop déflorer le mystère de ces fragments dont l’intérêt réside aussi dans leur part de subjection, subjectivité même.. humanité serait le mot adéquat.
Le but de cet article était seulement d’entrouvrir cette voix plus intime à côté d’une sinon plus consensuelle (ce n’est pas le dessein de mes ouvrages comme critique littéraire !) mais tout au moins plus objective… puisque Fanny Cosi n’est autre que le pseudonyme que j’ai cru bon d’endosser pour rédiger Pensées en désuétude.
Pour en savoir plus :
Les trente premières pages du recueil sont téléchargeables gratuitement à partir du lien suivant :
http://www.edilivre.com/doc/16492
Pensées en désuétude a bénéficié de deux comptes rendus peu après sa publication :
l’un dans le Journal du Pays Yonnais (13 mai 2010) et l’autre, dans une revue littéraire intitulée Encres Vagabondes (18 mai 2010). Le Journal du Pays Yonnais a fait ressortir le versant vécu tandis qu’Encres Vagabondes le versant textuel.. situant l’ouvrage dans un espace autofictionnel.
Le recueil fera également l’objet d’une communication ayant pour titre « L’Ambiguïté dans Pensées en désuétude de Fanny Cosi par Stéphanie Michineau » dans le cadre du XXXIIe colloque international d’Albi (du 11 au 14 juillet 2011) dont la thématique générale porte L’Ambiguïté dans le discours et dans les Arts. Site internet du CALS :
http://w3.grill.univ-tlse2.fr/CALS.htm
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