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Mardi 20 février 1990 2 20 /02 /Fév /1990 05:02

Fractal goutte détouréeLe 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :

> Ma chère Camille,

> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Boston, 20 février 1990

Le minou !

Voilà, il faut interrompre finalement le travail sur Einstein et abandonner les essais d’écrire quelque chose de définitif, pour être là, avec toi, pour entretenir notre conversation, notre relation. La peur de devoir dire un mot final, décisif m’a empêché de t’écrire plus tôt, mais je veux t’écrire, je veux entretenir le rapport avec toi.

Tortionnaire ! Tu me diras, mais je ne peux faire autrement que de penser à toi et je sais que tu fais la même chose. J’espère que cela ne nous empêchera pas de vivre, si on est ensemble ou pas. Quand je suis loin de toi, je pense presque exclusivement aux beaux aspects, merveilleux, uniques de notre amour. Je pense aux problèmes de la convivence, aux conséquences des décisions à prendre, seulement quand je me force à faire ainsi. D’un autre côté, la concentration sur les souvenirs et les émotions positives m’aide à faire chaque fois l’effort de recommencer et de reconstruire de nouveau.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que les problèmes qu’on a doivent être solubles (ne ris pas de mon français, je le fais déjà moi-même !) L’énergie, la volonté, il y en a de la part de tous les deux. Mais peut-être que justement on a trop d’énergie et que l’on s’aime comme des bulldozers, au lieu de réfléchir assez sur l’origine de nos frictions. Il se peut que l’on ait besoin de quelqu’un pour nous aider, pas sur le plan émotionnel, mais sur le plan de la réflexion. On n’est pas stupides tous les deux, mais on n’est pas neutres, on fait la bagarre au lieu d’utiliser nos cerveaux à la construction de la vie commune.

Je crois maintenant savoir que mon indécision éternelle (n’espérons pas) dérive exclusivement de ma peur de n’être pas capable de résoudre les problèmes de la convivence.

Mes sentiments pour toi ont toujours la même fraîcheur de la première rencontre, et c’est juste ça qui me pousse à toujours réessayer de construire quelque chose avec toi. Un lien si profond ne se casse pas facilement. Tu te demandes ce que je pense sur le bébé. Je le veux, mais il me faut la confiance dans notre convivence. Et la convivence, n’est pas seulement la question de vivre ensemble. C’est la capacité de maîtriser la vie pratique, si on est ensemble ou pas, dans une façon commune. Je suis le premier à reconnaître que moi je suis à l’origine de beaucoup de nos problèmes à cet égard, et je suis en train de faire un effort pour avancer.

Je veux passer du temps ensemble avec toi et je vais venir à Paris le plus tôt possible. Je trouve ton idée de ne pas (ou plutôt rarement) se téléphoner très bonne et d’écrire plutôt. J’ai déjà l’impression d’avoir des idées un tout petit peu plus claires. Et je pense qu’il vaut mieux préparer notre prochaine rencontre par ce genre de correspondance.

Je vais t’écrire sous peu, une autre fois, pour avancer avec toi. Je t’embrasse très, très fort, je te fais plein de bisous partout, partout. Ton vieux (and ugly) crapaud,

Georg.


Autres lettres des Interdits ordinaires
20 février 1986 – La première lettre
21 février 1986 – deuxième lettre et Georg parle d'argent 
23 février 1986 – Va trouver les Français où le destin t’appelle
11 mars 1986 – Tu verras, on peut très bien vivre ensemble ici
12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de Camille
Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
6 décembre 1990  — "C’était trop pour moi et c’est toujours trop"
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire
27 juillet 2005 – Renouer des liens – syndrome d'anniversaire

 

Par J.R. - Publié dans : Lettres des Interdits ordinaires - Communauté : pervers narcissique
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  • Casalis l'aide aux femmes victimes de viols
  • Je suis debout – Chérif Delay
  • Retrouver l'enfant en soi

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