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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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> Ma chère Camille,
> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les
relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est passé entre nous…"
> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a
mon identité.
> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai
pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.
> Georg.
Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».
Kleinstadt, 23 février 1986
Mon amour,
tu as raison, on peut rien dire, mais moi, en même temps je ne peux pas renoncer à te dire que ta lettre m’a fait incroyablement plaisir comme tes cadeaux, et enfin, je ne m’ennuie pas de répéter encore mille fois : je t’aime.
Ma mère a beaucoup aimé les écharpes, et ensemble avec ma grand-mère, elles ont choisi un petit cadeau pour vous (toute la famille de la rue Blanche). J’espère que vous l’aimerez.
Après ces jours tranquilles ici à Kleinstadt je dois partir demain pour l’Italie. Ça m’énerve un peu, parce que ça veut dire interrompre de nouveau mon travail. Effectivement, j’ai travaillé beaucoup ces derniers jours. C’est incroyable, c’est un paradoxe : j’ai pensé tout le temps à toi et en même temps j’ai réussi à finir tous les articles que je devais finir.
Ma ché, non è un paradosso manco per niente ! Je souffre un peu de mon français tellement mauvais, il y a beaucoup de petites impressions, d’expériences que j’aurais envie de te communiquer, mais avec mon français, c’est vraiment difficile. Mais mon envie et ma volonté sont tellement grandes qu’aucune difficulté orthographique ou grammaticale ne peuvent y résister pour longtemps. Ça, c’est sûr.
Mardi, je serai à Florence et je vais m’occuper de mon projet d’édition des manuscrits de Galilée. Il y a un professeur américain avec lequel je travaille sur ce projet, maintenant il est à Florence pour un an. J’aurais beaucoup d’envie de te le présenter, car il est vraiment un gentleman comme il y en a très peu entre les Américains.
Je vais rester chez Monica et Marco et voir aussi mon amie Michela. Elle est une jeune philosophe aux qualités extraordinaires qui maintenant s’occupe surtout de son bébé, pas mal comme combinaison, parce que c’est très humain. Mercredi, je serai à Rome chez Patrizia et Angelo qui sont vraiment aimables. Aujourd’hui j’ai téléphoné avec Patrizia pour m’annoncer. Tu sais ce qu’elle a dit tout premièrement : « Je sais tout de Paris ! », comment, je l’ignore, ce que je sais très bien : Camille je t’adore.
Ça m’a gêné un peu de te parler d’argent dans la dernière lettre, quand même, je crois que ça c’est la solution plus simple que je t’envoie les dollars pour le voyage. Il faut seulement que tu réfléchisses (mais vraiment, la grammaire française, ça, c’est dur) si tu ne peux pas partir le vingt-cinq.
Enfin, je te veux confesser quelque chose : effectivement (ou absolument, si tu préfères) je goutte assez le fruit de n’être pas dans les chaînes de la grammaire pour le moment, j’ai seulement pensé que tu as quelquefois des difficultés à me comprendre. Mais il faut confesser une autre chose : je n’ai pas du tout pensé que tu ne me comprenais pas. Je t’aime.
Pour le futur, un poète m’a donné la règle suivante :
Va trouver les Français où le destin t’appelle
Pour finir ton malheur et quitte de bon cœur
Ta langue maternelle pour apprendre la leur.
Tu as déjà remarqué qu’il est assez tard et je dois finir, mais jamais sans penser à ta sœur et son mari.
Georg.
Autres lettres des Interdits ordinaires
20 février 1986 – La première lettre
21 février 1986 – deuxième lettre et Georg parle d'argent
12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de
Camille
Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il
y a je et il y a tu
6 décembre 1990 — "C’était trop
pour moi et c’est toujours trop"
20 février 1990 – Tortionnaire !
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire
27 juillet 2005 – Renouer des liens – syndrome
d'anniversaire
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