Partager l'article ! 3/ L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire par Delphine de Vigan: Page 47 ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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La douleur de Lucile a fait partie de notre enfance
et plus tard de notre vie d'adulte, la douleur de Lucile
sans doute nous
constitue, ma sœur et moi. Pourtant,
toute tentative d'explication est vouée à l'échec. Ainsi
devrai-je me contenter d'en écrire des bribes, des fragments, des hypothèses.
L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle
de poser les questions et d'interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a
suscité tout au long de son histoire nombreux commentaires et hypothèses. Les
gens que j'ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l'ai
souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille
incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus
spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre,
comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et
celui du silence.
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