Partager l'article ! 3/ Crise d'angoisse, non droit au bonheur par Virginie Talmont dans Inceste: Page 46 Mourir. Envie violente, irrésis ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Page 46
Mourir. Envie violente, irrésistible presque, de mourir dans l'instant.
Avec mon bel Arnaud près de moi. En finir maintenant. Je vois la route qui file sous mes yeux, la
moto avance à belle
allure, je suis prise d'un vertige
très fort, je vais tomber, ça y est, au revoir la vie, je n'y arrive plus j'ai trop peur, je suis trop sale et je
ne peux pas le dire à Arnaud sinon je vais
le perdre,
mieux vaut partir maintenant, maintenant que je
suis enfin heureuse, maintenant que j'ai rencontré
l'homme de ma vie, ça y est, je tombe…
Un sursaut
qui vient d'on ne sait où, une voix qui me supplie
« calme-toi, détends-toi, c'est une crise d'angoisse,
rien de
plus, tu vas la surmonter, ne laisse pas le
désespoir t'envahir, pas maintenant, accroche-toi,
tu as droit au bonheur, ne baisse pas les bras », et je
resserre ma prise autour de la taille
d'Arnaud. Je ne
vais pas mourir tout de suite. Demain, peut-être.
Enfin, je ne sais pas. Le lendemain, le surlendemain, et le jour d'après encore, chaque fois que je
me sens heureuse de goûter
un beau moment avec
lui, chaque fois, la nausée me prend, l'angoisse
monte, la sensation de mort imminente approche.
Je vais parfois jusqu'à vomir.
Nous sommes chez mon grand-père, seuls, Arnaud et moi. Moment d'intimité, nous apprenons à mieux nous connaître, physiquement aussi, j'ai envie de le rendre heureux mais l'angoisse est la plus forte. Je suis dans ses bras, j'ai envie de me laisser aller à me sentir bien mais je n'y ai pas droit, je suis saisie par l'angoisse et je cours vomir. Vomir. Vomir alors que mon Arnaud m'attend sur le canapé. Mon Dieu, non ! J'en ai marre ! Qu'est-ce qui ne va pas avec moi? Mais laissez-moi tranquille ! Vous ne voyez pas que je voudrais profiter de l'instant présent ?
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