Partager l'article ! 3/ Freud : L'effroi du traumatisme par Hélène Parat: P. 76 Dans Inhibition, symptôme, angoisse, cette question de l'effraction soud ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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P.
76
Dans Inhibition, symptôme, angoisse, cette question
de l'effraction soudaine, de la prise au dépourvu, est
directement reprise sous l'angle de la différenciation et
de l'articulation des différentes angoisses :
• l'angoisse dite automatique signe le débordement et la non-
préparation, l'impossibilité de recourir à une angoisse-signal
protectrice, celle qui met en œuvre des refoulements adéquats.
L'angoisse automatique, fruit de la
détresse, renvoie inévitablement à la détresse infantile
primaire, à l'effroi du
nourrisson submergé par des exci
tations tant internes qu'externes. Le terme allemand
Hilflosigkeit, « sans aide, sans recours », témoigne à la
fois de l'absence d'une aide extérieure
et d'une incapa
cité à faire face avec ses propres moyens.
Si tout traumatisme consiste en une effraction des défenses, et ne peut
être dissocié de l'événement extérieur qui en a été le
déclencheur, il n'en est pas moins fondamentalement un
traumatisme psychique, lié donc aux possibilités internes de traiter l'impact de la réalité externe, aux modalités défensives
individuelles. L'impact de l'événement
externe sera différent selon le moment ou l'âge auquel il
se produit, selon l'organisation psychique qui le reçoit.
Or, si Freud avait pu évoquer certaines « blessures
précoces faites au moi », il n'avait pas explicitement mis
l'accent sur
l'aspect narcissique du trauma, que Ferenczi a fortement souligné, reprenant directement la
question du lien entre les traumas tant sexuels que nar-
cissiques et les mécanismes de
défense.
Son texte
de 1932, « La confusion de langues entre adultes et enfants », a été largement exploité par rapport à la
clinique des agressions sexuelles. Les notions d'identification à l'agresseur, d'introjection de son sentiment
de culpabilité soulignent et explicitent la confusion des
sentiments chez les
victinies. Les indéniables apports de
ce texte ne devraient pas faire oublier les intuitions antérieures de Ferenczi ainsi que leurs prolongements dans
son Journal clinique et ses textes sur le
traumatisme.
C'est au cours d'une réflexion passionnée sur les
traumatismes précoces et leur reviviscence dans la
cure que Ferenczi est
revenu sur la question de séduction réelle et pathogène d'un enfant par un adulte qui,
sous le « masque de la tendresse », va satisfaire ses
propres tendances incestueuses.
On peut retrouver
parfois chez les auteurs qui se réfèrent à ce texte fondamental de Ferenczi un glissement qui tend à
désexualiser, et même dépulsionnaliser, la vie sexuelle infantile, pour mieux dégager l'asymétrie entre victime
et agresseur. L'enfant redeviendrait « vierge » de toute
sexualité. Or Ferenczi
relie avec fmesse la fantasmatique œdipienne de l'enfant et la réalité traumatique
incestueuse sans nier l'une ou l'autre, et en dégageant
leur différence de registre.
L'enfant joue « en imagination seulement », souligne-t-il, avec l'idée de prendre
la place du parent du sexe opposé : « Si, au
moment
de cette phase de tendresse, on impose aux enfants
plus d'amour ou un amour différent de ce qu'ils désirent, cela peut entraîner les mêmes conséquences pathogènes que la privation
d'amour jusqu'ici invo
quées. »1 Il faudrait certes mettre « amour » entre
guillemets… Ferenczi met indirectement l'accent sur
l'importance d'un narcissisme en voie de constitution
et sur l'impact
narcissique du trauma sexuel, même
présenté sous une forme ludique.
l. S. Ferenczi (1933), Confusion de langues entre les adultes et
l'enfant
- Le langage de la tendresse et de la passion, in Psychana-
lyse IV (1927-1933), Payot, 1982, p. 132.
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