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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 20:53

Woolf-L-ecriture-refuge-contre-la-folie.jpg

Page 55
15 septembre 1926
Me suis réveillée vers trois heures à peu près. Oh ! la voilà qui commence à s'approcher… cette horreur… L'effet physique est celui d'une vague douloureuse s'enflant dans la région du cœur; elle me ballotte. Je suis malheureuse, malheureuse ! Arrière ! Mon Dieu, je voudrais être morte ! Pause.
Mais pourquoi donc ressentir cela ? Laissez-moi regarder comment la vague 
se soulève. Je regarde. Vanessa. Des enfants. L'échec. Oui, je distingue 
cela. L'échec, l'échec ! (La vague se dresse.)
Oh, ils se sont moqués de mon goût pour la peinture verte ! (La vague se brise) Je voudrais être 
morte ! J'espère que je n'ai plus que quelques années à vivre ! Je ne peux plus affronter cette horreur ! (C'est la vague qui déferle sur moi.)

Cela se répète ; plusieurs fois, avec des variations dans l'horreur. Puis au moment critique, la souffrance, au lieu de conserver sa violence, s'estompe [NdA : devient vague]. Je somnole, Je me réveille en sursaut…
 Encore la vague ! la souffrance irrationnelle. Le sentiment d'échec… 
En général, quelque incident précis, par exemple, mon goût pour la peinture verte, ou l'achat d'une robe neuve, ou le fait d'avoir invité Daddie pour la fin de semaine, est mis en cause.
Enfin, regardant la vague avec autant de détachement que possible, je me dis : « Voyons, fais un effort sur toi même. Cela suffit comme ça. 
Je me raisonne. [ ... ] Je me dis que c'est sans importance. Que rien n'a d'importance. Je me raidis sur place ; je me redresse, et je m'endors ; me réveille à demi ; sens que la vague recommence, observe la lumière qui blanchit et me demande comment, cette fois, le petit-déjeuner et le plein jour auront raison d'elle. Et puis j'entends L. dans le couloir, et je fais semblant, pour moi-même autant que pour lui, d'être de belle humeur ; et en général, je le suis vraiment quand s'achève le petit-déjeuner. Est-ce que tout le monde connaît cet état d'esprit ?
Pourquoi ai-je si peu d'empire sur moi-même ? Cela n'est pas à mon honneur ; ni sympathique. C'est la cause de beaucoup de gâchis et de souffrance dans ma vie.
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1. Virginia Woolf, Journal, traduit de l'anglais par Colette-Marie Huet, Paris, Stock, 1980, vol. 5, pp. 325-326

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Par Virginia Woolf - Publié dans : Arts thérapie – médiation écriture - Communauté : neurologie pratique
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