Partager l'article ! 3/ Reviviscences par Virginia Woolf: Page 55 15 septembre 1926 Me suis réveillée vers trois heures à peu près. Oh ! la voi ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Page 55
15 septembre 1926
Me suis réveillée vers trois heures à peu près. Oh ! la voilà qui commence à s'approcher… cette horreur… L'effet physique est celui d'une vague douloureuse s'enflant dans la région du cœur; elle
me ballotte. Je suis malheureuse, malheureuse ! Arrière ! Mon Dieu, je voudrais être morte ! Pause.
Mais pourquoi donc ressentir cela ? Laissez-moi regarder comment la vague
se soulève. Je regarde. Vanessa. Des enfants. L'échec. Oui, je distingue
cela. L'échec, l'échec ! (La vague
se dresse.)
Oh, ils se sont moqués de mon goût pour la peinture verte ! (La vague se brise) Je voudrais être
morte ! J'espère que je n'ai plus que quelques années à vivre ! Je ne peux plus
affronter cette horreur ! (C'est la vague qui déferle sur moi.)
Cela se répète ; plusieurs fois, avec des variations dans l'horreur. Puis au moment critique, la souffrance, au lieu de
conserver sa violence, s'estompe [NdA : devient vague]. Je somnole, Je me réveille en sursaut…
Encore la vague ! la souffrance irrationnelle. Le sentiment d'échec…
En général, quelque
incident précis, par exemple, mon goût pour la peinture verte, ou l'achat d'une robe neuve, ou le fait d'avoir invité Daddie pour la fin de semaine, est mis en cause.
Enfin, regardant la vague avec autant de détachement que possible, je me dis : « Voyons, fais un effort sur toi même. Cela
suffit comme ça.
Je me raisonne. [ ... ] Je me dis que c'est sans importance. Que rien n'a d'importance. Je me raidis sur place ; je me redresse, et je m'endors ; me réveille à demi ; sens
que la vague recommence, observe la lumière qui blanchit et me demande comment, cette fois, le petit-déjeuner et le plein jour auront raison d'elle. Et puis j'entends L. dans le couloir, et je
fais semblant, pour moi-même autant que pour lui, d'être de belle humeur ; et en général, je le suis vraiment quand s'achève le petit-déjeuner. Est-ce que tout le monde connaît cet état
d'esprit ?
Pourquoi ai-je si peu d'empire sur moi-même ? Cela n'est pas à mon honneur ; ni sympathique. C'est la cause de
beaucoup de gâchis et de souffrance dans ma vie.
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1. Virginia Woolf, Journal, traduit de l'anglais par Colette-Marie Huet, Paris, Stock, 1980, vol. 5, pp. 325-326
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