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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 17:45
Fractal goutte détouréeSecond recueil
Le pardon est l'apanage des grands
 
Camille ne pouvait pas pardonner tant qu’elle ne saurait pas quoi pardonner. Impossible aussi de tourner la page, car elle savait qu’ils ne l’avaient pas lue. Tant son père que Georg s’étaient tellement bien débrouillés pour lui coller tout sur le dos, qu’elle n’était pas à même de déterminer la vérité d’autant qu’elle avait sa vérité et celle-ci seule ne lui permettait pas de pardonner. Pour ces deux hommes, présenter leurs excuses aurait été un signe de faiblesse, ce que Camille acceptait tout à fait dans la vie professionnelle alors que cela lui restait insupportable et obscur au sein des relations privées. C’était encore un jeu dangereux : lorsqu’elle leur passait la parole, ils faisaient le mort. Dès lors, elle renonçait et eux se défaussaient tandis qu’elle leur tendait la main face à une maldonne.

Son père n’avait jamais fait amende honorable. Georg lui, ne cessait de demander pardon, mais pour quelle justification ? parce qu’il n’avait pas répondu à un courrier… jamais de l’avoir abandonnée.

Son père et Georg l’avaient aimée pour mieux profiter d’elle, ce qui n’était pas défendable. Ils avaient décidé de ne plus l’aimer, alors qu’elle ne pouvait pas se résoudre à ne plus les aimer. Ils se conduisirent comme des enfants mal élevés qui prennent pour jeter. La manipulation attenait aux deux premiers âges de sa vie et elle était bien décidée à ce qu’il n’en soit plus ainsi et à ne pas en porter la responsabilité à leur place. Le pardon est l’apanage des grands. Camille suivait Cosme de Médicis dans sa maxime extraordinaire : « Il nous est ordonné de pardonner à nos ennemis, mais il n’est écrit nulle part que nous devons pardonner à nos amis. » Se sachant dotée de ce privilège, même si elle ne voulait pas en user à tort et à travers, il n’aurait plus aucun sens si elle ne lui en donnait pas.

Rejet de la demande en mariage de Georg au téléphone le vingt-sept juillet 1990, non seulement parce qu’il la téléphonait, ce qui l’avait outrée, mais de plus parce qu’il n’avait à aucun moment éprouvé la moindre envie de faire amende honorable. Il s’était abstenu de s’excuser pour ses trahisons, pour ses maîtresses, pour ses petits arrangements avec la vérité et pour ses subterfuges à ses parents qui avaient entraîné Camille dans l’humiliation. Bloquée, elle ne pouvait plus avancer. Il lui aurait dit qu’il voulait présenter ses excuses alors qu’il ne l’avait irrévocablement pas fait, elle avait pu imaginer une amorce d’échange possible et le respect de ce grand Amour frappé d’un interdit ordinaire. Toujours demi-tour, incapable de dire ce qui était arrivé tandis qu’elle cultivait son sentiment de grande duperie et ne pouvait tourner la page. Refuser la possibilité d’en parler ensemble parce qu’il ne supportait pas cette vérité, celle de Camille de l’abandon et de la tromperie, la vérité qu’il avait occultée pour imposer sa réalité qu’il nommait la réalité. Comme un bébé, Camille poserait encore et encore les mêmes questions tant qu’il ne lui répondrait pas. Puis, sans jamais perdre de vue la leçon de discernement, elle s’imprégnait de l’irrémédiable. Rien désormais ne finirait jamais, Georg avait emporté tout espoir et laissé une vie détruite en tuant Camille râlant de survie à des lieues de lui, vingt ans plus tard, lui souhaitant de temps à autre, à voix haute : bonne vie !

Il lui restait encore tout un parcours à faire pour se pardonner à elle-même d’avoir rompu sans son auto consentement. Quand pourrait-elle se donner son par-don ? Elle lisait Julia Kristeva, mais ça n’avançait par : « Le pardon n’est pas un effacement : il opère une coupure dans la chaine persécutrice des causes et des effets, une suspension du temps à partir de laquelle il est possible de commencer une autre histoire.»

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