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  • : Autofiction Inceste Résilience
  • Autofiction Inceste Résilience
  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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Retrouvez Auteure anonyme sur Hellocoton
12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 10:35
Fractal goutte détourée  Premier recueil : Le passé
Première partie :  Le bonheur
Chapitre IV : Une larme trop tard

4ème partie
: Georg, spectateur qui s'endort

L'Emission "Médiations"

Camille avait subi le dernier viol paternel à l’âge de vingt-quatre ans, alors qu’elle en avait vingt-huit lors de l’émission. Il était donc possible de poursuivre dans la dénonciation du crime, mais jusqu’à vingt-quatre ans ? Le viol n’était pas explicable, comme s’il avait dû prendre fin à dix-huit ans, pour sa majorité. Elle seule parlait d’emprise et on lui faisait comprendre qu’elle divaguait. De toutes parts, on ne cessait de lui répéter que le public n’était pas prêt à entendre ses quinze ans de terreur, elle ne pouvait que passer pour menteuse.


Tant les journalistes que le collectif avaient imposé à Claude d’éluder cette question de la prescription. Les avocates avec lesquelles travaillait le collectif n’avaient pas envie pour l’instant de s’attaquer à cette question trop précoce. Qu’il était lourd à porter cet implicite « tais-toi parce que tu n’as pas le courage de porter plainte. » Pour servir la cause et réclamer vengeance, ce qui n’était pas dans le tempérament de Claude qui soutenait que cette non-prescription la protégeait, car après ses apparitions télévisées, une possible plainte pour diffamation ouvrait sur un procès pour crime dont elle répugnait à être l’instigatrice.

 

Elle n’avait aucune idée d’un procédé pour assembler les preuves indispensables à la justice. Elle devait d'abord prouver qu'il y avait eu viol, c'est-à-dire qu'il y avait eu une pénétration obtenue sous la menace, la contrainte ou la surprise. Comme les abus sexuels avaient duré sur plusieurs années, elle pouvait d'emblée oublier la surprise. Quand à la menace, même quand il y en avait le plus souvent, elle était verbale, donc impossible à prouver. Et dans la mesure ou l'emprise psychologique et affective ne sont pas reconnues comme des contraintes, impossible donc, d'en amener la preuve. Impossible de prouver qu'il y avait eu viol, donc impossible de faire valoir les circonstances aggravantes. Elle répugnait à participer à cette justice pénale qui réagit sur le mode du tout ou rien.

 

On ne savait encore trop rien sur le viol par inceste pour se permettre d’imposer une sanction pour ce crime sans témoin et sans traces. La vindicte populaire était trop empreinte de stéréotypes… et la manipulation des victimes, elle y pensait souvent, même pour la cause et elle se savait aussi trop fragile et manipulable. Et que deviendrait-elle, dans quelle errance autre entrerait-elle une fois que par des condamnations, elle aurait cassé le peu qu’elle avait : sa grand-mère, ses sœurs ? Elle n’aurait plus ni père, ni mère, ni dignité pour garder un semblant de légitimité au sein de la famille au sens large. Elle ne pouvait compter sur Georg qui se prétendait amoureux et qui la trompait, pas compter non plus sur les militantes qui ne la comprenaient pas et n’étaient pas là comme effet placebo à une famille. Pas de place dans la société, elle n’était rien et le savait. Pas vraiment utile de cassé tout, mieux valait, pour sa santé mentale, garder un fil.


Elle restait partagée entre la compréhension et la condamnation. Elle voulait assumer les deux. Comprendre en ayant le sentiment de ne plus condamner comme ça aurait du être ou condamner sans rien comprendre. Les deux ensemble, c’était toujours son souci envers les hommes et leur animalité. C’était difficile parce que Georg lui avait lu dans les Extrait des Carnets que Leonard De Vinci avait écrit : « Qui néglige de punir le mal, le cautionne. » Elle ne comprenait pas du tout le message de cet être qui se voulait humaniste et universel. Encore un truc à l’envers.

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commentaires

Violaine 03/08/2010 16:27



Bonjour,


Superbe blog très riche que je découvre à peine. Je m'intéresse plus particulièrement à la notion d'autofiction et à l'écriture comme processus réparateur/créateur... Le lien "Ecrire pour lâcher
prise" ne semble pas fonctionner.
Je serais heureuse d'échanger avec vous sur ces thèmes et sur une possible collaboration.
Bien à vous.



E.T. Documentaliste 03/08/2010 18:41



Merci beaucoup.


Je rentre d'un WE à l'hôpital après une embolie pulmonaire : une lettre de rupture que je me trimbale depuis plusieurs années, un syndrome d'anniversaire dont, même
en écrivant, je n'arrive pas à me défaire. Tous les ans j'invente quelque chose de nouveau le 30 juillet. Le pire je crois, c'était le cancer.


J'ai encore du boulot pour arriver à me prouver que l'autofiction me réparera. En attendant pour ce soir, je vais souffler et demain je vous écrirai et je
retravaillerai les liens de mes textes personnels.



Mistral 26/08/2009 10:41

Merci pour cette restitution des faits "historiques" ! Je comprends très bien ta dernière partie car on ne peut amener les autres plus loin que là où en est sois même ! Mais toi, maintenant que dirais-tu "de toi" ? Comment te sens-tu ? Comment vis-tu ? Tu n'es pas obligée de me répondre ici, tu as mon adresse mail, tu fais comme tu veux ....selon tes désirs !

E.T. 26/08/2009 11:20




Des années après, reprendre tout ça, veut bien dire que je ne vais pas bien. Parler ce n'est pas tout, si une prise en charge n'est pas faite, c'est la dépression
assurée, parce qu'il n'y a carrément plus d'espoir. L'aide à apporter n'est pas seulement psychique, mais aussi sociale. Comment éviter les abandons des uns et des autres qui ne font qu'une
pelure à rajouter à l'oignon qui devient énorme. C'est quand même spécial d'être brisée et que ça ne se voit pas. C'est pourquoi j'ai fait ce blog sur la résilience : parce que je n'y crois pas
et que je veux trouver comment ça peut fonctionner.
Bénévolat, gare au nouvel
abus



Mistral 22/08/2009 11:42

Oui, je comprends très bien ce qui est expliqué ici.....mais tu n'étais pas seule face à ce traumatisme, il y avait des adultes auprès de toi qui auraient pu t'aider différemment, efficacement je devrais dire ! Là, on t'a mis sous une chape de plomb, non ? Dans ton explication ci dessus tu parles de "survivre", mais peut on survivre sous une chape de plomb ? Si les proches sont trop choqués pour aider, il reste les professionnels qui eux, ont la distance nécessaire pour aider et surtout l'expérience pour accompagner et donner les moyens de dépasser ce trauma.

E.T. 25/08/2009 19:28




Faisons un peu d’histoire. J’aime l’Histoire, parce que justement, nous devons sans cesse nous resituer dans le contexte. Les premiers
viols – pour moi – ont commencé vers 1968 et ont pris fin en 1984. Je suis entrée en militantisme en 1987 parce que justement, la médiatisation n’était pas encore passée par là. La première
émission télévisuelle a eu lieu en 1985 et le premier livre en 1981. Les féministes travaillaient sur les viols et ont découvert le viol par inceste. Je dis découvert parce que c’était ça. J’ai
par exemple, participé à l’émission « Médiations » sur TF1 le 29 mars 1989 et le ministre de la
Santé : Claude Evin disait en conclusion :



«  Sur le droit de l'enfant, et à partir de cela je crois que nous pourrons, en effet, procéder à un certain nombre de réformes.


Mais, au-delà, tout ce que vous avez dit dans ce que vous avez vécu, tout ce qu'ont dit les personnes qui animent des associations, c'est qu'en fait c'est cette
chape de plomb qu'il faut briser. Et que, cela, ça nous concerne tous. Et je crois que c'est le premier message qu'il faudrait dire, ici, ce soir, aux téléspectateurs : le fait d'en parler,
le fait d'avoir fait cette émission est déjà une première chose. On n'aurait sans doute pas imaginé une émission comme cela il y a un an. On vient de voir un film, ce film a été présenté pour la
première fois, à (sur = correction d’auteur) l'initiative de Madame Dorlac, le dix-neuf septembre dernier, c'était la première Journée nationale de sensibilisation et de formation. »




Je suis donc bien contente de constater que maintenant, vingt ans plus tard, il n’est plus question de n’en avoir jamais entendu parler. Et la première réaction est
de dénoncer. J’ai lu que les signalements ont lieu de plus en plus tôt, donc je peux espérer qu’il n’y aura plus de filles comme moi, empêtrée dans ce filet durant 15 ans.



Il n’y avait aucune expérience à cette époque là en matière de viol par inceste. On n’y connaissait rien. Et quand tu écris : « mais peut on survivre sous
une chape de plomb ? », j’ai arrêté le militantisme parce que j’essayai d’aider les autres et pas moi et c’est difficile d’aider les autres quand on est soi-même bancale. Beaucoup se sont
suicidées et je n’ai toujours pas digéré ça.



Mistral 12/08/2009 11:30

"Extrait des Carnets de Leonard De Vinci : « Qui néglige de punir le mal, le cautionne. »
Je suis de cet avis aussi.....et plutôt 23 fois qu'une ! Il me semble que tu n'aies pas été très bien épaulée dans cette traversée et cela va même à l'encontre de ce que je sais. Il me semble que tu as été un peu manipulée pour te taire ! Mais cela arrange qui ton silence ? Par ton silence on te fait croire que tu te protèges, et même toi tu essayes de protéger ton entourage....c'est fou ça ! C'est le monde à l'envers on dirait ! NON ?

E.T. 15/08/2009 14:56



DE LA HONTE À LA PAIX –  éditions Jeunesse en Mission – 2004 – 271 pages


Jeunesse en Mission


TÉO VAN DER WEELE – aumônier du personnel de
l'hôpital psychiatrique chrétien hollandais.


Livre résumé par Anne-Marie Worreth



5. Un sentiment paralysant d’impuissance



En observant des enfants et des adultes abusés, on peut avoir l’impression qu’ils auraient pu réagir face à leur situation et éviter le
pire. Mais il faut savoir qu’ils sont sous l’emprise de ce sentiment d’impuissance. Les émotions engendrées par la trahison, la menace de la violence,
la crainte que quelqu’un découvre qui on est devenu (!), le sentiment intense de honte, la hantise d’être enceinte pour les adolescentes, tout cela augmente ce sentiment d’être impuissant à faire
cesser ce qui se passe. De plus, ”une impuissance apprise” grandit, nous dit Téo. (p. 84) Quoi que vous fassiez, vous êtes convaincus que rien ne peut
modifier la situation. Alors, dans le seul but de survivre, la victime abandonne toute résistance et se plie à tout. Pour éviter le conflit, un enfant peut aussi en venir à imiter l’abuseur en
adoptant des traits de son caractère. C’est ainsi que des survivants n’ayant pas pu gérer leur passé reproduisent un comportement criminel.



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