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  • : Autofiction Inceste Résilience
  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 13:59

Fractal goutte détouréeSecond recueil

Note d'intention

Serait-il possible de nouveau de faire abstraction de l’indélicatesse originelle, c’est‑à‑dire celle de l’abandon de Georg ? Faudrait-il l’absoudre parce qu’il était connu et remarquable ? Camille ne lui donnerait pas le droit de taxer d’indélicatesse le récit de leur histoire en ne lui permettant pas de voir le jour. En effet, elle croyait au pouvoir des mots qu’elle jetait sur la feuille de papier en malaxant les inférences que ces quinze dernières années avaient accumulées. Humiliée et éconduite, c’était la seule manière de se venger, en gardant la tête haute, avec un texte amoureusement concocté.


Dans la chambre de Georg, à Kleinestadt, alors qu’elle s’appliquait à une broderie d’un Mandelbrot set fauve sur un pull kaki, et lui s’attelait à sa thèse, on entendait au moins une fois par jour Carmen de Bizet. Ces jours-là, comment auraient-ils pu imaginer que la Habanera résonnerait vingt ans plus tard, menaçante et grave :

L'amour est enfant de bohème

Il n'a jamais, jamais connu de loi

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime

Si je t'aime, prends garde à toi

Si tu ne m'aimes pas

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime

Et si je t'aime

Si je t'aime, prends garde à toi

Camille voulait s’arracher au malheur subi, dans l’anonymat, par les générations de femmes qui avaient précédé la sienne. Nulles n’avaient eu ou pris le droit d’expliquer leurs sentiments et leurs aspirations puis ce qu’elles voulaient en faire. Leurs hommes avaient imposé les leurs et Georg n’avait pas échappé à cette règle tacite. Par le livre, Camille insistait sur ce « choix subi », la liberté qu’elle avait acquise et qui lui donnait enfin le droit de le lui expliquer.


L’infinie douleur de sa souffrance était le point de départ de sa création. Le cancer était la matérialisation indolore de son supplice. Pouvant s’hypnotiser elle faisait abstraction de la douleur, mais pas de la souffrance. Le recueil prenait corps quand elle écrivait : Non ce n’est pas fini ! Le cancer ne pouvait l’emporter maintenant, il restait tellement à écrire. Avec l’esprit tragique, elle ne vivait que des tragédies. La beauté avec le plaisir étaient ses auxiliaires pour devenir plus grande et plus humaine avec le malin plaisir qu’elle éprouvait à façonner sa sphère intérieure. Camille se devait d’apaiser sa souffrance qu’elle écrivait à l’imparfait, car elle aimait ce temps irréversible, plongeant dans la mélancolie et emprunt de nostalgie, mais aussi parce que, pour elle, le temps n’était pas achevé, parce qu’il soulignait sa souffrance. Il se poursuivait dans le présent et il le prolongeait. Le présent, un « arrêt sur mémoire » segmentait le temps qui glissait encore et encore intangible. L’imparfait était palpable. Contrairement à l’idée qu’il fallait oublier le passé, parce que le troupeau oublie le passé, elle patouillait ses histoires imparfaites. Bien sûr qu’elle voulait lâcher prise, en revanche pour retenir ce qui lui échappait, elle écrivait.

Extraits d’un tapuscrit en cours : Interdits ordinaires.

Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires
 
Premier recueil – Passé
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