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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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À la fin de sa vie, dans Le miroir des limbes, Malraux a repris certains fragments du roman inachevé pour les intégrer
dans ses écritures autobiographiques. Il m'a toujours semblé que c'était une entreprise fascinante et fastueuse, celle de Malraux retravaillant la matière de son œuvre et de sa vie, éclairant la
réalité par la fiction et celle-ci par la densité de destin de celle-là, pour en souligner les constantes, les contradictions, le sens fondamental, souvent caché, énigmatique ou
fugitif.
Sans doute faut-il pour y réussir avoir une œuvre et avoir une biographie. Les professionnels de l'écriture, dont la vie se
résume et se consume dans l'écriture même, qui n'ont d'autre biographie que celle de leurs textes, en seraient bien incapables.
L'entreprise même doit leur sembler incongrue. Peut-être
indécente. Mais je ne prononce pas ici de jugement de valeur.
Je ne prétends pas savoir ce qui est mieux ou moins bien. Je me borne à une constatation, à la proclamation d'une
évidence.
Dans Le miroir des limbes, Malraux a dit pourquoi, à l'occasion d'un séjour à l'hôpital où il a côtoyé la mort, il lui
avait semblé nécessaire de reprendre ce fragment d'un ancien roman.
« Puisque je travaille peut-être à ma dernière œuvre, a-t-il dit, j'ai repris dans Les noyers de l'Altenburg
écrits il y a trente ans, l'un des événements imprévisibles et bouleversants qui semblent les crises de folie de l'Histoire : la première attaque allemande par les gaz à Bolgako, sur la Vistule,
en 1916.
J'ignore pourquoi l'attaque de la Vistule fait partie du Miroir des limbes, je sais qu'elle s'y trouvera. Peu de "sujets" résistent à la menace de mort. Celui-là met en jeu
l'affrontement de la fraternité, de la mort – et de la part de l'homme qui cherche aujourd'hui son nom, qui n'est certes pas l'individu. Le sacrifice poursuit avec le Mal le plus profond et le
plus vieux dialogue chrétien: depuis cette attaque du front rosse, se sont succédé Verdun, l'ypérite des Flandres, Hitler, les camps
d'extermination... »
Et Malraux de conclure : « Si je retrouve ceci, c'est parce que je cherche la région cruciale de l'âme où le Mal absolu
s'oppose à la fraternité. »
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