Partager l'article ! 4/ Georges un grand-père dissocié par Delphine de Vigan: Page 59 Dans les dîners et les soirées, il faisait rire et continuait d ...
|
Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
|
Dans les dîners et les soirées, il faisait rire et
continuait de capter l'attention. La parole était l'expression de son
pouvoir, de sa puissance. Georges avait le
verbe haut, précis, académique. Il fustigeait chez les
autres les accords malencontreux, les fautes de syntaxe,
les approximations sémantiques.
Georges maîtrisait la
grammaire française à la perfection et n'ignorait aucun
mot d'argot. Des relents d'amertume l'assaillaient parfois, au détour d'une soirée, d'une conversation ou d'un
mauvais film, et bientôt se formerait dans sa gorge une
boule de colère qui ne cesserait d'enfler.
Un jour qu'il regardait dans le vide depuis plusieurs
minutes, étranger au bruit qui l'entourait, Lisbeth,
inquiète, avait
rejoint sa mère dans la cuisine.
– Ce n'est pas papa qui est là.
– Comment ça ?
– C'est un homme qui a mis un masque qui ressemble à papa. Mais j'en suis sûre: ce n'est pas lui.
_________________________
Autres billets sur Rien ne s'oppose à la nuit
1/ Rien ne s'oppose à la nuit
2/ Le regard du père sur sa fille
5/ L'enfant ressemblait à son père
Derniers Commentaires