Partager l'article ! 4/ La suite, je l'ai vécue comme pendant les viols. Dissocié. J'étais à la barre, mais totalement absent par Chérif Delay: Page 14 Sans ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Page 14
Sans que je puisse répondre, un autre
avocat se lève et s'adresse à la présidente, comme si
j'étais transparent :
– Madame la présidente, il faut regarder son suivi
psychologique !
Je n'ai même pas encore parlé de la première
personne qu'on m'a montrée sur le trombinoscope.
Je n'étais plus une victime, pas
même un témoin. J'étais
l'accusé. Un accusé à qui l'on veut arracher des aveux.
Mais des aveux de quoi ? J'étais en bouillie. Les questions pleuvaient. Je n'arrivais plus à articuler une phrase
entière. Je bredouillais. Je bégayais...
Bien des adultes, je l'ai réalisé plus tard, perdent
leurs moyens quand ils se retrouvent face à des juges,
à la barre des
témoins. Moi, j'avais l5 ans !
La suite, je l'ai vécue comme pendant les viols. Dissosié. J'étais à la barre, mais totalement absent. Comme
si rien ne s'était
passé sous ses yeux, la présidente a
repris ses questions :
– Et telle personne, qu'est-ce qu'elle t'a fait ?
Et moi :
– Je ne sais pas.
– Et telle personne ?
– Je ne sais plus.
Sans doute choquée par ce qui se passait, une avocate
a pris le trombinoscope. Elle a prolongé les questions de
la présidente
:
– Et cette personne-là ?
– Je ne sais pas, je ne sais plus.
– Et cette femme ?
– Sais pas, sais plus.
C'était la photo de ma mère.
– Et cet homme ?
– Je sais pas...
C'était Delay. Je rie suis plus là. Ils avaient voulu me
tuer. Ils ont réussi. J'ai ressenti un fort vertige. Je fais
quatre
pas en arrière. La présidente me demande si
ça va :
– Je sais pas, je ne sais plus.
Voilà comment je n'ai pas été témoin au procès en
appel à Paris. Voilà comment des gens en robe noire
ont volé mon droit à la
parole. Depuis, je sais que ce
dont j'ai été victime n'est qu'une technique utilisée
par des avocats pour déstabiliser les témoins gênants,
les experts. Une technique qualifiée par d'autres
profes
sionnels du droit de terrorisme judiciaire.
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Chérif Delay
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