Partager l'article ! 5/ L'autofiction par Nayla Chidiac: Page 12 En 1977, le terme d'autobiographie va encore se moduler, se trans- former : on va parler d'aut ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Page 12
En 1977, le terme d'autobiographie va encore se moduler, se trans-
former : on va parler d'autofiction avec Serge Doubrovsky qui refuse
l'appellation d'autobiographie ou de mémoires pour son
roman Fils.
Il se frotte à la psychanalyse et explore la liberté à travers la syntaxe chez Joyce et Céline. Très vite, alors que ce terme d'autofiction est pas- sé dans le langage littéraire, Doubrovsky prend ses distances.
Quelle
serait la différence ? Le roman autobiographique consiste à raconter
des événements personnels sous le couvert de
personnages imaginaires,
tandis que l'autofiction ferait vivre des événements fictifs à de vrais
personnages, qui sont réels, qui portent le même nom, qui habitent
à la même adresse, etc.
L'exemple majeur après Doubrovsky est
Alain Robbe-Grillet qui crée une vraie fausse autobiographie et qui
ainsi redonne une place majeure à l'autofiction.
Un autre aspect nous intéresse : c'est la mutation du terme qui qualifie cette forme d'écriture ; nous passons de « confessions » à « mémoires » d'« égotisme » à « biographie solidaire » , et encore, comme
nous l'avons constaté avec
Doubrovsky par exemple, à « autofiction » .
Cette mutation nous donne la liberté en atelier de bien souligner que nous ne nous attachons à aucune norme ; ce qui est de l'ordre de l'autobiographique pour l'un peut ne pas l'être pour l'autre; nous ne demanderons jamais à ce que l'on écrive sous une forme expresse autobio- graphique même si, et nous le savons bien, ce que l'on écrit vient du plus profond de soi. Cette liberté et cette connaissance de l'histoire de l'autobiographie, avec ses multiples avatars, donnent en atelier d'une part une grande liberté d'écriture, voire de non-écriture, pouvant parfois relever d'une écriture cathartique répétitive, et d'autre part le challenge pour certains de trouver une nouvelle forme, de participer à cette évolution historique de l'autobiographie. Ce n'est pas un but en soi mais certains participants aiment à se prêter à ce jeu.
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