Partager l'article ! 6/ Comment devient-on après les viols par inceste ? par Jeanne Cordelier: Page 34 En attendant plus que tout de savoir comm ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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En attendant plus que tout de savoir comment j'allais me débarrasser du boulet que les flics américains m'avaient mis aux pieds. Cela dit, ils n'étaient pas tout seuls, je les y ai bien un peu aidés… parce que je suis une brave fille, pour ne pas dire une brave bête. Couchée ! assise ! on tend la patte, on fait la belle. J'ai été bien dressée. On m'a bien tanné le cuir, quand je rêvais de caresses, de mots doux, de cacher mes larmes dans un cou. Bêtasse va ! Les hommes n'aiment pas qu'on leur chiale dans l'encolure.
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Mais puisque c'était Kinski pourquoi pas ? Et face à pareil nom, Hachette allait bien devoir en rabattre non… On allait voir et sans tarder, puisque la semaine suivante, à bord de la Rolls-Royce de l'acteur fétiche de Werner Herzog, je remontais les Champs-Élysées. On avait rendez-vous avec Raymond Danon, le fameux producteur, le porte-lazagnes d'un certain ciné. Des tunes lui, il en avait, gros comme lui, ce qui expliquait qu'il ait ses bureaux sur les Champs. De temps à autre Klaus me caressait le bas du dos, histoire de s'assurer que je ne portais pas de culotte comme il me l'avait demandé. C'était pas la première fois que je sortais sans, et en plus ce jour-là, y faisait beau. Dans le hall y avait le pouce de César, dressé. Je ne savais pas très bien comment interpréter l'accueil. Personnellement, moi doigt pour doigt, j'aurais préféré le majeur droit. Dans l'ascenseur Klaus a encore vérifié pendant que je regardais les étages s'afficher. Combien de temps les hommes allaient-ils encore fantasmer sur moi comme pute, et combien de temps allais-je encore me laisser manger la laine sur le dos ? Dis-moi, ma brebis ? Elle bêle, elle s'en cogne, dit que maintenant qu'elle bosse pour elle, les loups ne lui font plus peur. On arrive au dixième.
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J'ai quitté son bureau, soulagée. L'air abattu, Eric était assis sur une chaise dans le couloir. Il me semble qu'on s'est embrassés, à moins que je n'aie tout inventé. Tout comme la disparition du bahut dans l'entrée, des Gallé de la période japonaise, d'une paire de candélabres en argent, de mes bijoux, que je ne portais plus depuis longtemps d'accord, mais qui auraient pu servir en cas de panne de stylo. Cela dit, nous n'allons pas faire l'inventaire. Ça ferait trop, d'autant qu'au fond cela m'était indifférent. Puisque pour la plupart volées, je n'avais jamais considéré que ces choses m'appartenaient. Il faut dire aussi que mon sens de l'appropriation n'est pas très développé. Je vois tout comme un décor, et moi en faisant partie. Cependant il n'a jamais été aussi beau depuis que je te porte, tellement, tiens, que je me roulerais dedans.
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