Partager l'article ! 8/ La peur de l'abandon après une enfance violée par Jeanne Cordelier: Page 107 Alors je me relève, reprends une bière et recommenc ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Alors je me relève, reprends une bière et recommence à écrire jusqu'à n'en plus pouvoir. Est-ce bien, est-ce mal ? Ça m'est égal. Et déjà faut-il se poser la question… dans ce temps que les absences de ton père pulvérisent, je vis comme entre parenthèses. J'ai établi une règle: aucune communication, sauf en cas d'accident. On ne viole pas l'espace de l'autre sous prétexte de mariage. C'est aussi une façon de me protéger. La femme amoureuse que je suis ne souffrirait pas, en effet, que le son de la voix aimée, et ce quelles qu'en soient les raisons, soit ne serait-ce qu'une seconde en inharmonie avec la sienne. Si cela survenait, le doute tel un démon s'engouffrerait alors dans mon esprit et je resterais là torturée, pantelante, les bras autour du ventre et saignant au-dedans en attendant qu'on me rappelle… Non, non pas moi. Moi, je cloisonne. Ce qui n'est pas toujours facile, je l'admets. Pour l'instant je tiens bon, on verra bien avec le temps.
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C'est une vie bien particulière que nous menons là, qui a ses bons et ses mauvais côtés! Parmi les bons, l'un d'eux est que cela nous permet d'entretenir notre passion. L'absence, tu l'éprouveras, exacerbe le désir de l'autre. Pour ce qui est des mauvais, le pire de tous, c'est quand je vais rejoindre Val dans un pays où il m'a précédée de quelques jours ou de quelques semaines, n'importe, le sentiment est le même. Sitôt descendue d'avion, je me sens comme une intruse dans le monde de ses habitudes sans moi. Un monde de séduction où la légitime n'est pas la bienvenue. Dois-je m'excuser d'être sa femme auprès des nuées de cantharides éblouies qui lui tournent autour ? Parfois il m'arrive de penser de ne plus aller le rejoindre quand il part avant moi, mais ma passion pour lui, pour le voyage aussi, me pousse à courir le monde, en sa compagnie. Un jour pourtant, il faudrait bien sortir de l'envoûtement, mais comment ? Et pourquoi ? Puisque sans lui la vie perdrait son sel. Chaque extase a son coût.
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