Partager l'article ! Agota Kristof est morte : "L'écriture me détruira": Par Tiphaine De Rocquigny (LEXPRESS.fr), publié le 28/07/2011 L'ecrivaine hongro ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Par Tiphaine De Rocquigny (LEXPRESS.fr), publié le 28/07/2011
L'ecrivaine hongroise s'est éteinte chez elle en Suisse, de longues années après avoir quitté son pays et s'être réfugiée dans l'écriture.
Portrait.
Elle ne voulait plus lire, encore moins écrire. Agota Kristof avait fait le deuil de cet "acte suicidaire" qu'est l'écriture. La romancière hongroise, controversée, s'est éteinte mercredi, en Suisse, à l'âge de 75 ans. Elle qui reniait son roman autobiographique L'Analphabète, paru en 2005, s'est rendu célèbre avec la "trilogie des jumeaux", écrite d'une seule traite il y a vingt ans. Lorsque Le Grand Cahier est publié, en 1987, le bloc de l'Est est au bord de l'implosion. Agota Kristof est donc d'abord perçue comme une écrivain hongroise, ce pays au coeur de la rivalité est-ouest. C'est pourtant la langue française qu'elle choisit pour raconter ce monde d'hier.
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"L'écriture me détruira"
Chez Agota Kristof, l'écriture est ce qui reste quand tout s'est envolé. La littérature représente l'espoir de réinventer le réel, de raconter les choses comme elles auraient dû se passer. S'il n'y avait pas eu la guerre, si les Russes n'avaient pas occupé la Hongrie, si elle n'avait pas quitté son pays. Mais le défi de la langue est là, immense, insurmontable, cette "langue ennemie", le français, qui fait d'elle un écrivain apatride, éternellement déchirée entre sa terre d'origine et son pays d'adoption.
L'écriture la sauve et la ronge en même temps. Elle fait dire à Sandor Tobias dans Hier: "Je pense que l'écriture me détruira." Si le mensonge l'a longtemps protégé, il finit toujours par resurgir de l'oubli. Dans Le Troisième Mensonge, on comprend que les jumeaux n'ont jamais vécu leur enfance ensemble, que ce "nous" désignait en fait... un "je". Les mots de Lucas détruisent le fondement du récit du Grand Cahier: "Tout cela n'est qu'un mensonge. Je sais très bien que dans cette ville, chez Grand-Mère, j'étais déjà seul, que même à cette époque, j'imaginais seulement que nous étions deux, mon frère et moi, pour supporter l'insupportable solitude."
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Merci pour cette information. Je n'étais pas au courant de cette disparition.