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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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"Autofiction : entre transgression et innovation"
(p. 17-23) in Ecritures Evolutives, éd. Presses universitaires de Toulouse Le Mirail, juin 2010
Par Stéphanie Michineau
AUTOFICTION : ENTRE TRANSGRESSION ET INNOVATION
Il faut se rendre à ce constat : bien que l’usage cantonne l’autofiction à un mélange de réalité autobiographique et de fiction, cette définition ne fait pourtant pas l’unanimité en 2009 (notamment chez les chercheurs dont nous sommes qui appréhendent que l’enjeu de l’autofiction n’échappe derrière cette définition trop large).
Nous verrons donc dans un premier temps en quoi l’autofiction relève de la transgression mais aussi de l’innovation (bien que cet autre aspect soit plus contestable et d’ailleurs ait été contesté).
UNE TRANSGRESSION
L’invention du terme
Avant toute chose, il serait bon de revenir à l’invention du terme « autofiction » essentiellement pour deux raisons. La première est certainement que l’origine de l’autofiction résulte d’une transgression mais aussi et surtout parce qu’à notre grand étonnement, nous nous sommes rendue compte des nombreux quiproquos et amalgames qui entourent encore cette question à l’heure actuelle.
…/…
UNE INNOVATION DISCUTABLE ?
En l’état actuel des recherches
Pour Serge Doubrovsky, il ne fait aucun doute que l’autofiction représenterait un genre littéraire défini suivant les dix critères recensés par Philippe Gasparini :
• l’identité
onomastique de l’auteur et du héros-narrateur ;
• le
sous-titre : « roman » ;
• le primat du
récit ;
• la recherche
d’une forme originale ;
• une écriture
visant « la verbalisation immédiate » ;
• la
reconfiguration du temps linéaire (par sélection, intensification, stratification, fragmentation, brouillages…) ;
• un large
emploi du présent de narration ;
• un engagement à
ne relater que des « faits et évènements strictement réels » ;
• la
pulsion de « se révéler dans sa vérité » ;
• une
stratégie d’emprise du lecteur.
Pourtant, on ne saurait parler de genre sans ancrage dans l’histoire littéraire, c’est pourquoi, même si Doubrovsky ne transige pas sur le mot dont il est l’initiateur, il convoque régulièrement cinq textes comme précurseur de l’autofiction : Nadja d’André Breton, La Naissance du Jour de Colette, Journal du voleur de Jean Genet, D’un Château l’autre de Louis-Ferdinand Céline, Les Mots de Jean-Paul Sartre. Malgré tout, ces livres ne répondent qu’en partie aux conditions susnommées précédemment. Doubrovsky ne révèle-t-il pas en cela qu’il est conscient que les limites de sa définition de l’autofiction doivent s’étendre pour perdurer au-delà de sa pratique de l’autofiction ? Nous étayerons notre point de vue sur la question en dernière partie de notre intervention.
Néanmoins, l’innovation (n’oublions pas que l’autofiction est apparue telle une révélation à Doubrovsky) est loin d’être partagée.
Vincent Colonna, le premier, appréhende l’autofiction non comme un genre mais comme un archi-genre aux allures protéiformes. Il s’en explique en 2004 dans son livre intitulé Autofiction & Autres mythomanies littéraires que nous eu l’occasion d’évoquer à ce propos précédemment mais de manière allusive. Les autofictions pourraient dès lors se ranger en différentes catégories 2 :
• Une tradition fantastique, où l’écrivain se travestit en chaman pour s’aventurer – de
Dante à Borges, en passant par Cyrano de Bergerac – au-delà des limites humaines,
• Une tradition
spéculaire, qui multiplie les jeux de miroirs et les clins d’œil, comme l’ont pratiquée Rabelais, Cervantès ou Italo Calvino,
• Une forme
intrusive, qui surgit avec le roman moderne et les interventions d’auteur d’un Scarron, d’un Nabokov, plus récemment d’un J. M. Coetzee.
Mais aussi et c’est là que se situe son changement depuis l’élaboration de sa thèse, l’autofiction biographique :
Une tradition biographique qui donnera – sous l’impulsion de Rousseau et de La Nouvelle Héloïse – le roman autobiographique, genre disqualifié de Flaubert à Maurice Blanchot, puis remis au goût du jour sous le nom d’autofiction, où l’heure de l’exposition publique de l’intimité et de la télé réalité.
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