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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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Retrouvez Auteure anonyme sur Hellocoton
29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 00:00

Fractal goutte détourée

Premier recueil : Le passé
Seconde partie :  Cours après moi
Chapitre 2 : Le rattrapage

1ère partie

Le monde à l'envers pour un soir

Camille aimait les piqures de rappel annuelles : le temps filait et leur liaison était toujours mal définie. Elle voulait continuer avec Georg et en même temps chaque année supplémentaire les rapprochait d’un dénouement. Elle n’était pas dupe des assurances qu’il lui donnait, et à chaque anniversaire, elle se persuadait que c’était fini. 


À l’occasion de ses trente ans, elle avait loué une péniche à hauteur du Musée d’Orsay avec la ferme intention de mettre le monde à l’envers pour un soir. Elle dilapidait ainsi son salaire de fonctionnaire internationale et les économies qu’elle avait réservées à un hypothétique enfant. Selon Georg, il ne devait voir le jour qu’en d’excellentes conditions matérielles.

 

Deux mois durant, elle avait préparé cet événement. Aller visiter les péniches disponibles pour faire son choix ; retenir les dates pour le traiteur, le fleuriste, le pâtissier et le coiffeur ; confectionner les cartons d’invitation avec des transparents de rétroprojecteurs. Camille avait opté pour une soirée costumée sur le thème des années soixante, pour tout revivre de l’histoire de ses parents, en valeurs inversées. Les cartons précisaient : tenue de soirée exigée.


Sylvie Beaume, son amie colocataire, l’avait aidée à enregistrer six heures de bandes magnétiques. Pour rassembler tous les slows et rocks possibles, elles avaient couru les discothèques publiques de prêt, celle de Paris, et la phonothèque où Sylvie avait ses entrées pour sa thèse de musicologie. Elles s’étaient bercées avec les Platters. Elles croisaient les «singles» que les chanteurs reprenaient comme The Great Pretender. Elles avaient appris Presley par cœur. Avec les ballades archi connues Love Me Tender ou Any Way You Want Me, Camille s’imaginait dansant avec Georg sur I Want You, I Need You, I Love You, en le regardant dans les yeux, lui répétant : Je t'aime, je te veux ! Après une pause sur un Folk rock comme I’am a Loser des Beatles ou Please Please Me, elles enchaînaient sur des rock'n' roll Too Much, (Let Me Be Your)Teddy Bear, épuisant Presley, plus calme Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy qui étaient d’un autre âge ou Sheila avec son École est finie. Elles reprenaient doucement avec Presley : Are You Lonesome Tonight? Elles interdiraient de danser le twist Rock a Hula Baby, juste pour l’écouter sans se casser les reins. Kitch à souhait, mais on aimait ça. Camille avait été épatée de découvrir qu’elle appréciait Presley.


À Montreuil et à Clignancourt, elles avaient écumé les marchés aux puces, à la recherche de jupons des années soixante. Elle avait enfin déniché le bustier drapé, vert amande, monté sur un tulle de soie blanc, qu’elle avait fait tremper dans la baignoire, durant une nuit, agrémentée de produit blanchissant, pour ensuite finir la mise en plis de la robe chez le blanchisseur. À « La boîte à perles », petite boutique du Sentier, elle s’était jetée sur les rocailles, pour poser sur le bustier un semi rythmé de cuvettes, paillettes et sequins verts ou gris métallisés. C’était un bijou, souligné d’un trompe-l’œil de rubans de tubes rocaille. Des heures de château en Espagne, des romans de jeunes filles en fleur se pressaient dans sa tête, elle organisait ses fiançailles : elle donnerait à s’amuser aux amis français de Georg. Elle présenterait Georg aux amis encore inconnus et à ses collègues de travail.


La veille, les tables dressées n’attendaient plus que les fleurs livrées le lendemain, en même temps que la glace qui emplirait la baignoire pour y enfouir les bouteilles de vins, cidre et champagnes qu’elle avait choisis pour accompagner son festin de fromages à pâtes molles, pressées, dures ou à pâtes filées, italiennes qui donnent aux Français l’impression de manger du plastique. Camille s’était réjouie de cette farce bien française : une multitude de plateaux en osier pour présenter les trois cent soixante-cinq sortes de fromages que le marchand de la petite boutique du bas de la rue, avait pu rassembler, ce soir-là, pour cent personnes. Pour ceux qui avaient le fromage en aversion, il avait fait en sorte de présenter beaucoup de fromages neutres. Tout le monde pouvait marier le cidre et le Camembert, le petit vin de dessert allemand avec les roues de trente centimètres de Brie de Meaux ; le Chardonnay avec le Beaufort, le Bourgogne blanc et l’Époisse et le Sauternes avec le Roquefort. Ses copines pourraient se disputer pour savoir qui allait avec qui, Camille les renverrait au Babybel et au Beaujolais. En milieu de matinée de ce jour tant attendu, elle avait délégué la suite de la préparation à ses amies pour se rendre à Roissy accueillir Georg en provenance de Tel-Aviv.

 

Un jour désespérant sourdait à travers la baie vitrée, battue par la pluie, du hall d’attente de l’aéroport.

Ils avancèrent l’un vers l’autre lorsque Georg eut franchi la porte à battants.

– Salut !

– Salut ! Tu vas comment ?

– La conférence s’est bien passée, mais on a pas trace de Vanunu.

– Ton collègue disparu ?

– Aucune trace, mais pour l’instant je ne peux rien faire, je suis ici.

– Mais vous le cherchez depuis quatre ans.

– Il était question de sa libération.

Ils avaient longé l’allée des taxis pour finalement décider de prendre la navette qu’ils avaient attendu sur le trottoir. Georg feuilletait ses journaux, Il y cherchait une accroche sur L’annonce de la libération probable de son ami physicien qui avait disparu à Rome en 1986. Ça faisait toujours rire Camille de penser qu’il avait été kidnappé par une belle agent du Mossad. La communauté des physiciens s’était mobilisée, tant et si bien d’ailleurs, que le monde entier était au courant. Ça n’avait plus rien d’une nouveauté et Georg était allé entretenir la mobilisation. Elle le trouvait toujours curieux de travailler aux États-Unis et de militer contre eux : C’était les américains qui avaient enlevé Vanunu et les jurés du Nobel suédois, pour le sauver lui avaient attribué un prix Nobel alternatif. Camille, mélancolique, essayait de ne pas se préoccuper des soucis de Georg. Elle voulait s’occuper de sa fête et quand elle commença à lui en parler, il lui cloua le bec en disant :

– Ce n’est qu’une fête.


Elle se tut. Le vide s’installait dans son cœur. Sans un son, elle criait : À l’aide ! Elle lui aurait bien hurlé en allemand : Hil… hilfe! Comme il serait resté sourd, elle n’émettait que du silence. Elle aurait aimé qu’il lui expliqua pourquoi Vanunu était plus important qu’elle. Elle ne pleurait même pas, elle n’existait plus. Elle le regardait.


Georg ne portait plus en lui la joie des retrouvailles. Tout un passé de jeux, de rires, d’amour. Très forte impression à Boston, qui s’amenuisait pour lui, ici à Paris. Elle pressa sa main sur le haut de son propre crâne pour empêcher le trou de s’ouvrir et sa tête d’éclater sous la violence du court circuit. Elle cherchait un moyen d’écarter un danger invisible sur ce terrain miné, une façon de faire diversion avant que Georg ne soit de nouveau désagréable.


Camille le prit en photo lisant son journal. C’était le premier cliché de cette journée et il trouva cela stupide. Sa dernière lettre stipulait bien qu’il voulait prendre du temps avec elle et qu’il allait venir à Paris le plus tôt possible. Deux mois déjà s’étaient écoulés, elle en était amère. Il restait d’une indescriptible grossièreté. Camille avait trente ans aujourd’hui, elle passa outre les déceptions… hors de question de bousiller sa journée, elle voulait se réjouir de la fin de leur grand amour.


Plus tard, ils avaient pu rire en déballant les cadeaux qui arrivaient par livreur. Pour remercier les coursiers qui riaient aussi, elle cherchait indéfiniment des pièces de monnaie. Les fleurs ont ce pouvoir du bonheur contagieux. Sa chambre était devenue mortuaire. Une magnifique chaîne stéréo avec baladeur laser, cadeau collectif, chatouillait leurs oreilles de musique classique. Georg sortit de son grand fourre-tout brun, une bougie au décor de millefiori, qu’il apportait d’Israël. Des segments quadrangulaires verts Véronèse soutenaient des fleurs étirées violettes au cœur saumon. Pour ce cadeau en forme d’œuf qui paraissait chargé de symbole : la lumière et la fécondation, insistait Georg, il avait choisi les couleurs de Camille. Était-il d’accord pour l’enfant ? – cette bougie la suivrait toute sa vie, elle l’emmènerait partout avec elle –. Le téléphone sonnait sans arrêt. Georg avait prévenu sa famille et ses amis de son séjour à Paris. À l’heure de son rendez-vous chez le coiffeur, elle fila en le laissant avec son téléphone.


Le coiffeur, d’une humeur délirante, radieux d’exécuter un chignon banane des années soixante, faisait partager sa joie à ses clients. Camille renonçait à sa tristesse pour s’imprégner de cette transe de fête qu’elle aimait tant. Magie du déguisement, elle ressemblait à sa mère dans ses années heureuses, et inquiètes de l’après-guerre. Chez elle, lorsqu’elle rentra, avec son chignon banane, dans sa chambre où il l’attendait, Georg, fasciné, lui tendit un autre cadeau. D’un geste d’une sensualité calculée, elle ouvrit le paquet pendant qu’il la déshabillait : un appareil photo – lui aussi, elle le promènerait avec elle. Pour les photos d’intérieur, elle prendrait des pellicules en noir et blanc pour noircir les yeux rouges que laissait ce modèle dernier cri d’appareil de poche –.


Les amants roulèrent sur le lit. Camille se laissa aller aux caresses dont elle manquait depuis des mois. Elle se referma comme une huître lorsque les lèvres de Georg s’approchèrent de son sexe dans une attitude qu’il n’a jamais eue auparavant : il portait l’empreinte d’une autre femme.


Elle se taisait et poursuivit ses tendresses qui prennenaient une tournure mécanique. Elle se colla au plafond et observa ce type qui ressemblait à son père la dernière fois sous le tableau de bord de la voiture : idiot et moche. Elle ne voulait pas voir ce visage de Lucifer. Georg se lèva pour fouiller dans son fourre-tout afin d’en sortir des préservatifs. Comme si une chape de plomb s’abattait sur eux, dans un silence sépulcral, Camille pris les ciseaux qui lui avaient servi à rompre les nœuds des cadeaux et sectionna nombre de préservatifs lorsqu’il gronda :

« Ça suffit !

– Toi aussi ça suffit avec tes artefacts ! »

 

Tandis qu’elle se rhabillait en pensant qu’elle se souviendrait encore de l’avant et de l’après mais pas du pendant, la sonnette retentit. Camille alla ouvrir à Jean French. Tout en lui disant qu’elle les attendrait sur la péniche, elle partit finir ses préparatifs et recevoir ses amis qui arrivaient nombreux et tous parés. Quelle merveille que chacun eut joué le jeu ! Les rocks permettaient aux couples de se faire et se défaire. Chacun pouvait danser. Les slows donnaient aisance aux maladroits qui lui sautaient sur les pieds. Georg et Jean étaient arrivés plus tard, elle y avait remarqué la coquetterie des gens qui savent se faire attendre. Georg était beau, Camille était fière et elle froissait dans ses doigts cette veste inconnue.

« C’est de la soie ?

– C’est pour toi ! »


Devant plein de paires d’yeux attentifs, elle l’embrassa, laissant monter le frisson de jouissance qu’elle réprimait trois heures plus tôt. Béatrice Regar, impressionnée et attentive, photographiait. Georg draguait l’appareil et l’image qu’il laisserait de lui. Camille s’enfouissait en lui. Béatrice leur laisserait une magnifique photo au moment où le couple dansait, ce qui n’était jamais arrivé. C’était Only you, Georg ne savait pas danser, mais ne lui écrabouillait pas les pieds. Elle arriva à glisser dans sa sensualité et à transformer les faux pas en faits exprès.


Catherine, l’une de ses amies guides à Breteuil, avait été une danseuse du Moulin Rouge et de la sorte Camille avait pu approcher cette féerie et laisser tomber les a priori sur ces danseuses. Catherine était vêtue de sous-vêtements affriolants. Un vertugadin apparent avec son jupon garni d’arceaux en bois, surmonté d’un corset qui affinait sa taille et marquait ses hanches. D’une blancheur immaculée, un voile, lui servait de longue traine pleine de plumes qu’elle portait soit en corolle au sol, pour les photos, soit drapée à la ceinture pour danser. Des plumes, des seins et surtout un très haut niveau de danse. Catherine était belle et talentueuse, mais elle n’avait plus trente ans et c’était fini. À Breteuil, on aimait son Moulin Rouge parce qu’elle portait en elle le sens de la fête. Catherine avait aidé dans le choix d’une pièce montée pour s’amuser et faire un pied de nez à Georg. Immense ! cette pyramide de choux à la crème même amputée de son sommet en figurine de couple. Drôlement délectable et rigolo que chacun ait son petit chou !


À l’avant du bateau, Camille s’attardait, fascinée : sur le pont supérieur, le fils d’une de ses collègues de travail : une belle plante de quinze ans, tournait au sol sur une musique de hip-hop, la nouvelle danse à la mode. Les adolescents s’étaient attribué ce petit salon. Ensuite elle avait rejoint Christine pour lui dire que son fils était génial. Celle-ci, désarmée, lui avait répondu qu’elle aurait préféré qu’il travaille en classe. Camille s’était déplacée dans le patio, au pied de l’escalier d’où elle pouvait observer toute la grande salle.

 

Georg drague. Camille rit jaune. On tangue sur une péniche et les protagonistes touchent le fond de leur fleuve. La Seine va-t‑elle révéler à Georg les mines sous-marines russes ? Camille coule. Natacha exulte, le tout en russe pour insister. Dans la mesure où le petit nombre de cours que Camille suit lui refuse l’accès à leur babillage, elle reste à l’écart, et comme de juste tétanisée, encore médusée. Andreï, leur supérieur hiérarchique, s’approche sur la droite et lui demande ce que fabrique Natacha l’alter ego de Camille dans le travail. Lentement, elle pivote afin de tourner le dos à cette scène pour répondre : qu’est-ce qu’ils fabriquent ? Andreï traverse la salle pour inviter Natacha à danser.


Le trou dans la tête de Camille s’ouvre béant. Personne ne doit s’en douter parce qu’elle est la reine de la soirée ; une grande dame qui maîtrise les situations, une de ces altesses qui très dignement renvoient les pires affronts. Les sujets craignent leur reine et la respectent.


Camille n’en demande pas tant, mais aurait aimé, au moins ce soir, être la compagne officielle de Georg. Intensité de ce moment insoutenable. Seulement refouler ses larmes. Elle glisse son bras sous celui de Jean French comme pour l’inciter à la danse, et lui chuchoter : « Ramène Georg s’il te plaît, je crève de honte ! »

 


Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires
Premier recueil – Première partie : Le bonheur
Révélation des viols paternels
Deux personnes identiques à elles-mêmes pourtant si radicalement disjointes
 Chapitre IV : Une larme trop tard
4ème partie: Georg, spectateur qui s'endort
 
Le monde à l'envers pour un soir
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commentaires

A


 


Ecrire de cette manière est un don ...merci !


je te souhaite un bel Anniversaire :


et de trouver toujours en  toi : "cette merveilleuse musique pour continuer à faire danser ta vie ..."



Répondre
E


Merci Anne, j'espère que l'on va pouvoir retravailler quelque chose ensemble, pour continuer à faire vivre la vie au milieu des horreurs.



C





 


Et plein de bisous bonheur. 



Répondre
E


Merci mille fois.



V


Ma toute Belle !


Que cette journée qui est tienne te sois douce et belle !


Je te souhaite de ne pas revivre cette douleur que fut tienne il y a vingt ans.


Et puis comme il est dit par certains, surtout par ceux qui font partie du club où tu fais ton entrée en cette journée...


" la quarantaine est la viellesse de la jeunesse et la cinquante est la jeunesse de la veillesse" 


ou aussi


" la vie commence à 50 ans"...


Et cela est possible et pour ce qui me concerne intensémment vrai!


Depuisque je suis entrée de plein pieds dans cette nouvelle jeunesse, j'en éprouve un plaisir bien plus puissant que jamais.


Pour toutes les saveurs rencontrées, je prends tout le temps nécessaire pour bien les déguster et m'en régaler.


Que cet anniversaire t'apporte et t'emporte vers bien des bonheurs...


Belle journée ma belle Emmanuelle


Véronique


 



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E


Whaou, et si tu nous le faisais en anglais ! In any case, Thank you so much !



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