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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 17:22

Francois-Emmanuel.jpgApproches et séductions mutuelles.

Entre les artistes et les « psy » on observe depuis toujours une très grande fascination. Pareille attirance mutuelle se comprend aisément.

Les artistes se sentent trop souvent fragilisés, débordés par leur propre sensibilité, au point qu’ils vont volontiers consulter les psychanalystes, dont le savoir supposé distille çà et là de puissantes séductions.

Ce mouvement d’appel n’est pas chez eux sans réticence, appréhension imaginaire, crainte, parfois légitime, de voir se tarir la source de leur création.

Les  psychanalystes de leur côté voient dans toute forme d’art une expression paradigmatique de ce qu’ils tentent de saisir. A l’appui de leur théorie, ils convoquent certains grands textes mythologiques mais aussi de plus récentes oeuvres littéraires et picturales, avec pour projet d’accorder à leurs développements une espèce de noblesse, d’universalité, de les doter, selon la formule herméneutique, d’une « lumière sombre ».

Et les uns et les autres de partager un peu le même territoire, cet arrière-pays nocturne que l’on nomme, à défaut d’autre mot, l’inconscient, cette forêt incertaine qu’ici l’on défriche méthodiquement, là on reboise avec inconstance, où les premiers s’évertuent à tracer quelques routes, où les seconds s’entêtent à se perdre, et d’où s’originent aussi bien les rêves, les lapsus, les trébuchements de la vie, les symptômes, que les tableaux, les romans, les poèmes, les chants.

 

L’art-thérapie

Un certain climat de convergences et d’opportunités a par ailleurs récemment œuvré dans le sens d’un certain chevauchement des champs artistiques et thérapeutiques. L’esprit du temps étant  volontiers éclectique, l’apparente efficacité thérapeutique de certaines propositions artistiques rend soudain légitime de mettre l’art au service du projet thérapeutique. S’est ouvert un vaste terrain flou nommé art-thérapie où maintes pratiques se cotoient, de la pédagogie à la psychanalyse appliquée, sans qu’il y ait une réflexion de base sur la nature de l’acte ou du processus créateur. Il faut ajouter que cette nouvelle discipline ouvre pour beaucoup un « créneau » porteur, du psychothérapeute qui souhaite mêler à son métier sa passion artistique, à l’artiste qui recherche un ancrage social ou à l’ergothérapeute auquel l’étiquette d’art-thérapeute va redonner une légitimité nouvelle.  

 

La diversité des pratiques de l’art-thérapie décourage cependant la critique plus qu’elle ne l’attise. Ce qui est regroupé sous ce double vocable est d’une infinie variété et un vague consensus finit par valider bien des démarches différentes.

Ici l’approche est simpliste, à l’anglo-saxone (« il faut s’exprimer, cela ne peut faire que du bien »), ailleurs l’art est utilisé comme élément provocateur d’une parole qui fera l’objet d’interprétations psychanalytiques. La part laissée au processus artistique (pour autant qu’il y ait processus) et à la parole (mais quelle type de parole attendue ?) variera selon les propositions.

Mais au-delà de ses deux déterminations minimales, l’art-thérapie peine quelque peu à se définir. « Un mot valise contenant un ensemble de clefs aux serrures polysémiques en permanente mouvance » écrit Jean-Luc Sudres (2). Et le même auteur de préciser d’abord ce que l’art-thérapie n’est pas (« elle n’est pas de l’art, elle n’est pas un enseignement artistique, elle n’est pas de l’art psychopathologique, elle n’est pas une ergothérapie, elle n’est pas une rééducation psychomotrice, elle n’est pas une thérapie verbale ou corporelle ») avant de préciser ce qu’elle est (« dans le trait d’union, dans la médiation... ») et ce qu’elle pourrait être (« une ouverture hors des mailles de la psychiatrie, une structure associative et interactionnelle intégrative et éclectique »...)

Jean Pierre Klein de son côté, dresse dans la collection Que sais-je ?(3) un panorama assez complet de toutes les pratiques art-thérapeutiques. Le livre tient de l’inventaire mais consacre une part de ses pages à tenter de saisir, voire de théoriser, l’objet commun de ces pratiques.

J’isole un fragment significatif : « En art-thérapie, le thérapeute introduit une distance et propose de passer d’un discours en /je/ à une production en /il/ dans le langage verbal (invention de fictions) ou dans d’autres langages, plastique, sonore, gestuels, etc. A l’intérieur de ce cadre thérapeutique, la personne crée des productions complexes comme bornes plus ou moins énigmatiques de son cheminement personnel qu’elle examinera comme des façons de figurer ses conflits, ses peurs et ses aspirations. Cela lui occasionne éventuellement des prises de conscience surgissant dans le déroulement du processus qui d’abord n’a l’air que de vouloir obtenir des formes de plus en plus fortes et satisfaisantes esthétiquement. Le rôle du thérapeute est d’accompagner le parcours symbolique d’une production à une autre, de pousser une forme (mouvement graphique, gestualité spontanée qui se répète...) qui s’y trouve en potentialité, intervenant avec grande prudence, dans le langage proposé... » (p.43)

On voit dans ce texte se déployer le concept central de support ou d’objet médiateur (« masque, ambiguïté, détour, distance, passage du /je au /il/ ») On reconnaît que la médiation artistique ouvre en effet tout le champ de l’ellipse et de la métaphore (qui ne sont d’ailleurs pas absentes des thérapies verbales). Puis s’affiche l’ambition thérapeutique en terme de « parcours symbolique à accompagner », accompagner au sens de « pousser une forme qui se trouve en potentialité ». Cette formulation, toute prudente qu’elle soit, prend donc acte indirectement que quelqu’un (soit un art-thérapeute) peut influer sur le processus créateur chez l’autre (le patient), dans une direction où l’avènement des formes créées constituerait autant de « bornes énigmatiques » qui lui serait loisible d’examiner et constituerait bon an mal an les étapes d’une prise de conscience. Voilà une hypothèse qu’il faudrait revisiter à la lumière de ce que l’on peut dire sur le processus créateur, en interrogeant d’abord les artistes qui ont tenté d’en préciser la nature.

Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le portrait de François Emmanuel

______________________
2) Jean-Luc Sudres, L’adolescent en art-thérapie, Paris, Dunod, 1998
3) Jean-Pierre Klein, L’art-thérapie, Paris, P.U.F,  collection « Que sais-je ? », 1ère édition : 1997.

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