Partager l'article ! L'espace public et l'intime secret et transparence par Bernard Lamizet: LEMONDE.FR | 27.03.10 | 12h14 Bernard Lamizet est professeur à l'Institut d ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Cela donne sa signification à l'intime, au secret. Rendre secret consiste à mettre à part. L'intime, c'est ce qui est séparé de l'espace public. Il s'agit, finalement, d'une forme de forclusion. En effet, on garde secret ce que l'on enferme en dehors de l'espace public, ce que l'on entend tenir à l'écart des autres, à l'écart de l'indistinction, à l'écart, justement, du politique.
C'est la raison pour laquelle le secret du politique, ou la politique du secret, est fondamentalement étranger à une logique démocratique. Les lettres de cachet, les enfermements et les mises au secret ne sont pas précisément des pratiques démocratiques.
La différence entre l'intime et le public est exprimée par la différence entre le secret et l'ouverture. L'intime est le champ du secret, de ce qui ne se montre pas et de ce qui ne se dit pas à n'importe qui, tandis que le public est le champ de ce qui se dit, de ce qui s'échange, de ce qui se montre. Dans ces conditions, circuler caché dans l'espace public, c'est s'en exclure soi-même, c'est s'exclure des relations avec l'autre, c'est se mettre en dehors de l'indistinction, comme dans une forme de ségrégation, de mise à part.
La dissimulation du visage imposée par le port du voile pose, ainsi, trois problèmes.
Le premier est celui du secret et du caché dans l'espace public. En matérialisant dans le costume l'existence d'un secret, le voile met l'intime et le secret au cœur de l'espace public. S'il est important de préserver des espaces de secret, des espaces au sein desquels on soit protégé des regards des autres, c'est dans l'intime que ces espaces doivent s'instaurer.
C'est l'intime qui est l'espace dans lequel on est à l'abri de l'autre ; l'espace public, au contraire, est l'espace dans lequel on va à sa rencontre. L'espace public est l'espace dans lequel, grâce à cette ouverture, on peut faire l'expérience de la différence et exprimer son identité en la confrontant à celle de l'autre. Cela dit, d'ailleurs, le film Festen, de Thomas Vinterberg (1998), a tout de même montré les inconvénients du secret même dans l'espace de l'intime, ce que les psychanalystes nous ont dit depuis longtemps.
Mais le voile ne pose pas seulement le problème du secret et du dissimulé dans l'espace public. En effet, le deuxième problème est celui de l'identité, de son expression et de sa manifestation. Dans l'intimité, les identités sont prévisibles, car chacun est à sa place, ce qui est, en particulier, garanti par la loi de l'interdit de l'inceste qui assigne à chacun une place dans le champ de la filiation.
En revanche, dans l'espace public, comme il s'agit d'un espace d'indistinction, les identités ne sont pas prévisibles. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on dit toujours eux petits enfants de "ne pas parler aux inconnus dans la rue", nous le savons bien, c'est aussi la raison pour laquelle les Etats ont toujours été conçus pour, justement, instituer des régulations de l'espace public. Mais, pour que l'espace public soit prévisible et pour qu'ainsi, il ne soit pas un champ de danger, encore faut-il que les identités y soient manifestes, qu'elles s'y expriment pleinement, encore faut-il que nous puissions nous y reconnaître les uns les autres.
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