Partager l'article ! La folie d'écrire par Bernard Cadoux: Bernard Cadoux Psychologue-clinicien, psychothérapeute de groupe et de famille, ani ...
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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Psychologue-clinicien, psychothérapeute de groupe et de famille, animateur d’ateliers d’écriture. Chargé d’enseignement à l’Université Lumière-Lyon 2. Auteur de divers articles sur l’écriture, notamment dans la revue Art et Thérapie.
Intervention présentée le 3 mai 2010 au Péage de Roussillon, dans le cadre d’un cycle de conférences organisé par l’association « les Apprentis Philosophes » sur le thème : la folie ou l’impuissance du langage.
1. De se donner un surplomb et de s’extirper de la confusion, de l’angoisse d’anéantissement
2. De projeter hors de lui les angoisses et de les localiser à l’extérieur sur la feuille. Et je citerai Kafka : « J’ai un grand désir de tirer tout à fait hors de moi tout mon état anxieux, et ainsi qu’il vient de la profondeur, de l’introduire dans la profondeur du papier ».
3. De donner forme et existence à la chose (à l’occurrence l’angoisse) par la mise en jeu de la motricité et de l’instrumentalité propre à l’écriture qui inscrit une trace rythmique tout à la fois ouverture à l’espace et au temps. Cette rythmicité du geste d’écrire à cet instant natif où il est encore mal séparé du dessiner est le premier organisateur de la mise en forme du monde. Une chorégraphie qui permet de « poursuivre la chimère noir sur blanc » et de la fixer sur la page. « Lorsque je saisis une forme, si imparfaite soit-elle, je la fixe dans la crainte de perdre toute pensée » (A. Artaud), faisant de l’écriture « cette sombre dentelle qui retient l’infini » (S. Mallarmé).
A ce stade, on pourrait croire que l’écriveur ne s’adresse à personne, qu’il ne s’agit que d’une explication de soi à soi. C’est d’ailleurs aussi ce que disent nombre de poètes, alors que le pour personne indique malgré tout une intention, une destination. J’ai désigné autrefois le papier comme étant le premier interlocuteur non-moi avec lequel le sujet s’explique et se bagarre pour sortir de la confusion et se mettre au monde, par une sorte d’ « obstétrique violente » (J. Derrida). Un second interlocuteur est le langage lui-même qui, de part son altérité, ne se laisse pas faire, impose ses règles, résiste, et avec lequel il faut se bagarrer pour lui faire rendre gorge et le réinventer, et trouver ainsi sa propre voix. Ecrire devient une lutte incessante contre ce « préfabriqué de la langue » dont parle Henri Michaux, contre les mots des autres qui en imposent pour qu’on leur fasse allégeance.
« M’avoir collé un langage dont ils s’imaginent que je ne pourrai jamais me servir sans m’avouer de leur tribu, la belle astuce ! Je vais le leur arranger, leur charabia, leur sabir. » Samuel Beckett.
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Mais au delà du pourquoi ? subsiste le pour qui ?... Pour personne ! Vraiment ? Comme je l’ai déjà dit, le pour personne indique une ouverture, une place vacante, que vont occuper successivement différents interlocuteurs. Tous ceux qui, à un moment ou un autre, se positionneront en destinataires de l’écrit et auront l’audace de venir à sa rencontre et le révèleront à lui-même. Le poète Ossip Mandelstam propose un belle définition de l’interlocuteur : l’écrit, dit-il, est « comme une bouteille jetée à la mer », « la lettre enfermée dans la bouteille est adressée à celui que la trouvera ; c’est moi qui l’ai trouvée donc j’en suis le destinataire secret. » L’interlocuteur (celui qui interloque, qui interrompt le musement dans lequel s’abime parfois le poète) pourra s’incarner dans un proche, un ami, un thérapeute, des lecteurs, un groupe… Bref, quelqu’un qui à un certain moment viendra arrêter l’écriveur, mettant provisoirement un terme à son emportement et l’obligeant à revenir à lui et à poursuivre son laborieux travail d’éclaircissement. Ce qui veut dire que la folie d’écrire tient surtout son efficace de la rencontre d’un autre suffisamment réceptif…de plus d’un autre.
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« Ecrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler. Ecrire pour ne plus avoir peur. Ecrire pour ne pas vivre dans l’ignorance. Ecrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance. […] Ecrire pour déterrer ma voix. […] Ecrire pour produire la lumière dont j’ai besoin. Ecrire pour m’inventer, me créer, me faire exister. […] Ecrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. […] Ecrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer. »
Et j’ajouterai, en paraphrasant Artaud : Ecrire pour s’inscrire dans la communauté, « une communauté organisée autour d’une même blessure…une blessure de vie ».
Pour lire l'article, cliquez sur le logo de L'association Psychanlyse Jacques
Lacan
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