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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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Il existe plusieurs centaines de techniques de psychothérapie dans le
monde, inspirées de quelques grands courants théoriques.
C'est à partir
de ces derniers que nous allons situer les pratiques de musicothérapie,
celles-ci étant elles-mêmes diversement influencées par ces courants.
Nous en présenterons cinq : la psychanalyse, le comportementalisme, le
cognitivisme,
l'humanisme, les thérapies systémiques.
• La démarche psychanalytique
Il ne s'agit pas seulement ici de la cure type, mais bien de l'ensemble
des pratiques psychothérapiques réalisées par des
psychanalystes.
C'est dans ce cadre que nous situons notre propre démarche, mais le
plus grand nombre des musicothérapeutes n'appartiennent pas
à ce
courant, même si celui-ci se trouve particulièrement présent en France,
dans l'ouest de l'Allemagne, au Brésil et en Argentine.
Les deux caractéristiques essentielles des pratiques psychanalytiques
sont
l'importance donnée aux processus inconscients, d'une part, à
l'analyse de la relation thérapeutique (transfert et contre-transfert),
d'autre part.
Musicothérapie et psychanalyse.
La place de la musicothérapie ici peut
paraître paradoxale. En effet, la psychanalyse se fonde sur le discours
verbal (et la
branche lacanienne en a forcé l'exclusivité), tandis que l'approche musicothérapique se situe, elle, pour partie, dans le registre non
verbal. Deux arguments peuvent être avancés :
– La découverte de l'inconscient a amené un certain nombre de
psychanalystes, et Freud le premier, à s'interroger sur les
œuvres
d'art, dont la musique fait partie. Le concept de sublimation a été
proposé par Freud pour rendre compte de cette utilisation particulière des ressources pulsionnelles et de la fonction
économique,
dans la psyché, de cette activité créatrice.
– Le discours verbal partage avec la musique sa dimension sensorielle sonore. Nous verrons comment la réflexion
psychanalytique en musicothérapie peut apporter, par la recherche clinique sur le
sonore, des ouvertures sur l'analyse
des niveaux plus archaïques de
l'organisation mentale et de ses failles. Elle peut aussi amener une
compréhension nouvelle des fonctions de la pensée musicale dans
l'organisation
mentale.
Nous développerons, à propos de la « communication sonore », de la
« musicothérapie analytique de groupe », l'intérêt et les
particularités
de cette orientation en musicothérapie.
• Le comportementalisme
Depuis les travaux de Watson, fondateur du béhaviourisme, le compor
tementalisme s'est répandu avec succès dans les pays
anglo-saxons ;
nous en héritons en France, actuellement, certaines pratiques dont
l'ouvrage de Cottraux1 offre une vue d'ensemble
(1979).
Le succès de ces pratiques tient, en grande partie, à leur simplicité,
leur technicité, à la
rapidité de leurs effets au contrôle permanent
des résultats objectivés. Pour résumer, elles offrent : une sécurité
maximale pour un minimum de coût personnel (entendons par là le
degré
d'implication et d'engagement demandé au patient).
Le thérapeute répond précisément à la demande exprimée du patient,
dans le sens d'une intervention sur le comportement
incriminé. Il est en
quelque sorte au service du patient comme le commerçant à son client.
Cette forme rajeunie du conditionnement ne semble pas indépendante
des valeurs véhiculées par notre
société de consommation.
Nous retiendrons deux principes fondamentaux de ces pratiques :
– À la suite de Pavlov et du modèle scientifique qu'il a produit dans le
domaine comportemental est réel ce qui apparaît, ce
qui est objec
tivable.
– L'intervention sur le comportement externe déclenche, par retour,
une modification interne, sous la forme de prise de
conscience, d'in
tériorisation.
Il apparaît ainsi que ce deuxième principe, resté le plus souvent en
sourdine mais qui seul est vraiment mobilisateur pour le
thérapeute,
arrive en contradiction avec le premier, par son caractère justement non
contrôlable, voire non démontrable.
Reconnaissons que si ce courant remporte un réel succès, c'est bien
qu'inversement, pour un certain nombre de pratiques
psychothérapiques, la place laissée à l'évaluation des résultats est parfois très
succincte et trop exclusivement subjective.
Musicothérapie et comportementalisme.
Dans les pays anglo-saxons,
la musique a été introduite dans les thérapies comportementales au
titre de renforcement positif,
ou sa privation à celui de renforcement
négatif. Ainsi, Juliette Alvin, promotrice de la musicothérapie en Grande-Bretagne utilisait-elle ces techniques de conditionnement avec des
enfants
psychotiques, pratique toujours en cours.
En France, les premiers travaux de Jacques Jost, du Dr Jean Guilhot et de
Marie-Aimée Guilhot proposaient, de la même façon, le
déconditionne-
ment des alcooliques ou la rééducation des couples à partir de renforce-
ments musicaux et visuels. La méthode de musicothérapie individuelle
par auditions musicales, instituée
par Jacques Jost et encore utilisée
aujourd'hui par certains musicothérapeutes, est elle-même basée sur
les notions de déconditionnement et de reconditionnement. Mais l'importance donnée à la
suggestion la rapproche également du courant
cognitiviste que nous aborderons maintenant.
• Le cognitivisime
Les thérapies cognitives se sont développées à partir du comportemen
talisme, en complément et/ou en opposition, selon les
auteurs.
Il s'agit cette fois de tenir compte de certains aspects de la fameuse
« boîte noire » (c'est-à-dire
de ce qui se passe entre le stimulus et
la réponse, ou, pour simplifier, la dimension subjective). en agissant
directement sur elle sous la forme de suggestion et d'apprentissage.
La méthode Coué, à base d'autosuggestion («
tout va bien », se répète
l'anxieux) est l'ancêtre de ces techniques. On apprend ainsi aux patients à modifier leur façon de penser, afin que cette modification se répercute
à la fois sur leur comportement et sur leur fonctionnement
psychique.
C'est le cas, par exemple, des programmations neuro-Iinguistiques
(PNL) qui se sont développées ces dernières années.
Il s'agit d'un réapprentissage et ces techniques se trouvent souvent
associées avec un programme comportementaliste.
Musicothérapie et cognitivisme.
En musicothérapie, le courant cogni- tif s'est développé en utilisant l'écoute musicale comme support pour amener une modification des représentations. Ainsi, la technique GIM (Guided Imagery with Music), imagerie guidée par la musique de H.L. Bonny, méthode largement utilisée aux États-Unis, propose des programmes musicaux pour induire et explorer des états de conscience proches du rêve. Cette méthode ajoute une programmation musicale précise à une pratique connue en France de longue date, le « rêve éveillé dirigé » de Desoille, également inspiré de l'approche analytique de Jung.
• Les thérapies familiales systémiques
Bien qu'ayant peu d'influence sur la musicothérapie, ces thérapies sont
suffisamment répandues pour que nous en disions
quelques mots. Elles
ont un point commun avec les précédentes: leur appui sur la cogni
tion.
Plus précisément, les thérapies systémiques portent le projecteur sur
la logique du discours pour dénoncer les contradictions
et les paradoxes (notamment entre le discours verbal et les attitudes et intona-
tions appartenant au non verbal). Paradoxes que le thérapeute utilise
lui-même pour les pousser à l'absurde et
entraîner ainsi le patient, à la
faveur de l'effet de rupture du discours, dans un changement de niveau
de communication. Ces thérapies considèrent les relations non pas
prises isolément, mais
comme faisant partie d'un système plus global
dont elles dépendent (par exemple, la relation entre la mère et un de ses
enfants est dépendante de tout le système familial).
Les thérapies familiales se sont, depuis, généralisées également dans le
courant psychanalytique.
Musicothérapie et thérapie familiale.
Nous avons proposé une méthode de musicothérapie familiale dans laquelle toute la famille est invitée à improviser sur du matériel sonore, instrumental, simple d'accès. Ces improvisations permettent de mettre en évidence les modalités rela- tionnelles à un niveau moins contrôlé que celui de la parole, facilitant ainsi la prise de conscience d'éléments inconscients.
Les psychothérapies dites humanistes
On peut dire que cette orientation s'oppose à chacune et à l'ensemble
des précédentes.
Non dépourvues d'un certain rousseauisme, elles se fondent sur
une conception de l'idéal humain où
la dimension spirituelle est
prévalente.
Particulièrement développées àux États-Unis à partir des travaux d'Abra
ham Maslow et de Carl Rogers, les psychothérapies
humanistes n'ont
fait leur apparition en France qu'au cours de ces dernières années.
Musicothérapie et psychothérapie humaniste. On comprend que
si la musique a pris place dans les thérapies comportementales, par
commodité pourrait-on dire (dans le sens où elle constitue un « renfor
cement » positif d'un emploi facile), l'accueil que lui réservent les théra-
pies humanistes est sans commune mesure. La
musique y retrouve ses
« lettres de noblesse » de l'Antiquité. L'harmonie musicale, allégorie de
l'Harmonie universelle, du cosmos (
« harmonie des sphères »), redevient
le but ultime de toute
thérapie.
Carole et Clive Robbins (États-Unis et Grande-Bretagne), représentent le
plus clairement ce courant de pensée en
musicothérapie.
La musique constitue une voie royale vers les expériences paroxystiques
de transe, d'extase, expériences qui, dans ce contexte,
prennent une
valeur de réalisation de soi, et peuvent donc bien représenter l'objectif
thérapeutique.
1. Cottraux J., Les thérapies camportementales, Paris, Masson, 1979.
Autres billets sur le livre d'Edith Lecourt La musicothérapie
Très intéressant comme article.
Bonjour,
Si la technique de GIM a connu un succès fou ces dernières années c'est parce qu'elle est associée à la musicothérapie. En effet, la musicothérapie permet de soigner, soutenir ou rééduquer des personnes ayant des difficultés comportementales, relationnelles ou de communication.
Elle s'adresse autant à des patients présentant des troubles psychoaffectifs, sensoriels, psychologiques que physiques.
La musicothérapie est particulièrement indiquée dans les traitements contre la maladie d'Alzheimer ou la maladie de Parkinson.