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  • : Autofiction Inceste Résilience
  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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Retrouvez Auteure anonyme sur Hellocoton
1 septembre 2005 4 01 /09 /septembre /2005 18:35
Page 50
On peut se représenter le petit homme comme un ballon gonflé d'hélium, plus léger que l'air et qui sans la corde qui le relie à la terre s'envolerait pour disparaître dans la stratosphère. La corde qui retient ce ballon est un enchevêtrement d'une multitude de fibres tressées autour des liens de filiation, corde invisible mais solide et suffisamment souple pour permettre au sujet de vivre libre, tout en restant relié aux réalités du monde. Ces liens permettent à l'enfant de s'inscrire dans une relation différenciée à ses parents et à ses frères, et de trouver sa marge de liberté pour construire sa propre identité. Ce lien qui le rattache sans l'immobiliser va être rongé par l'inceste qui va s'infiltrer dans la trame de cette tresse pour l'effilocher et la distendre, la réduisant à quelques fils épars, incapables d'assurer leur fonction d'amarres. L'enfant n'est plus relié, plus rattaché au sens noble du terme, et plus rien ne le retient. Il n'a plus de base solide, stable et rassurante pour lui permettre de s'envoler, plus de support pour s'élever librement. L'inceste, en annulant la différence des générations, rompt le lien qui le reliait au reste de sa famille et assurait la cohérence de son identité. La cordée qui l'assurait, tel un alpiniste à son guide, a disparu et entre le monde des adultes et le sien il n'y a plus qu'un vide vertigineux.

Le traumatisme de l'agression pédophile par un étranger est d'un autre ordre puisque, dans ce cas, le lien de filiation n'est pas altéré. Si la confiance dans le monde des adultes est altérée, si l'identité et les orientations sexuelles de l'enfant peuvent être perturbées ou perverties, il n'y a pas comme dans l'agression intrafamiliale de rupture de ce lien fondamental de la filiation dans la lignée générationnelle. L'agression pourra permettre au contraire aux parents de prouver leur attachement à l'enfant et de consolider les liens familiaux.

La comparaison avec le génocide nazi souvent évoquée dans les médias s'argumente autour de la même place de la filiation. C'est parce qu'il est fils ou fille de…que tel enfant est exterminé. La filiation n'est pas niée mais au contraire survalorisée comme vecteur d'identité. L'inceste donne la même importance au lien généalogique, non pour tuer l'enfant mais pour effacer sa valeur de marqueur de la différence des générations. Il crée, comme l'univers concentrationnaire, de l'identique mortifère entre le père et l'enfant. Le résultat est l'altération de l'identité psychologique de la victime dans l'inceste et sa mort dans les camps. Dans les deux situations il y a la déconstruction et le déni de l'altérité par la sacralisation ! destruction de la filiation. L'extermination des enfants sur des critères raciaux de filiation s'accompagnait en contre-partie de l'exaltation de la pureté de la transmission généalogiques pour les autres, appartenant à des races dites supérieures. De la même façon nombre de pères incestueux sont fascinés par ce lien magique, transcendantal, qui les relie à leur enfant et qui les rend aveugles à toute autre réalité.

Mais, outre la gravité du crime lui-même, son traitement judiciaire et médiatique ne concourt-il pas à aggraver la situation ? La victime n'aura-t-elle pas toujours ce père-là ? Ces liens ne scellent-ils pas le destin de chacun et quelle autorité saurait déposséder un individu de ses origines ? Cette transcendance oblige à travailler la question de leur place et de leur devenir dans la réalité du temps qui passe. Or, sous prétexte qu'il ne saurait y avoir de protection de l'enfant sans l'élimination du père, nombre de professionnels de l'enfance excluent a priori le coupable du champ de la réparation. Cette injonction à éliminer le père de la vie de l'enfant ne représente-t-elle pas une atteinte supplémentaire aux liens de filiation, fonctionnant comme un déni enfermant la victime dans ses représentations du père au moment de l'agression et l'empêchant d'évoluer avec le temps ? La diabolisation du père n'est pas la meilleure réponse pour aider l'enfant à se dégager de son emprise. Même si une déchéance est prononcée, il restera toujours le père avec qui cela s'est passé et à qui il faudra bien un jour demander des comptes.

 


Autres billets sur le livre Questions d'inceste

1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur
13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison
18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
20/ Deux sœurs dans les viols par inceste
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit 

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