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24 mars 1992 2 24 /03 /mars /1992 15:59

Nouvel-obs-23-04-92.jpgLe Nouvel Observateur : Parution numéro 1433 : Page 32

Le Nouvel Obs - 23/04/1992

Et cela permet donc à la société de punir, à la victime de pardonner, au coupable de demander pardon. quand on est victime de son père, c'est d'abord de se pardonner à soi-même. De son côté, le « Petit Robert », qui en énonce quelques synonymes, propose les mots « miséricorde », « absolution », « indulgence », « grâce Ces notions-là, pour une victime de l'inceste, sont impossibles Mon premier livre, « le Viol du silence », je l'ai pourtant dédié à mon père.

Nouvel Obs Eva Thomas p.32

 

Mon père m'a violée

Le martyre d'Eva Thomas

Le plus difficile, quand on est victime de son père, c'est d'abord de se pardonner à soi-même

La psychanalyste Alice Miller écrit que "le véritable pardon ne passe pas à côté de la colère mais [qu'] il passe par elle". j'ai été violée à 15 ans par mon père. Il m'a fallu trente années pour accéder à la colère et échapper à la culpabilité que je portais à la place du vrai coupable. Tout ce temps, j'ai été une bombe vivante. mais la violence se retournait contre moi, pour me détruire. Jusqu'au moment où j'ai pu trouver les mots justes et prononcer : "Il n'avait pas le droit!" Quand j'ai pu penser et crier : "Mon père est un criminel", une certaine paix s'est installée en moi.
Il y a six ans, j'ai écrit un pemier livre, puis un second aujourd'hui, pour raconter cela. C'est par cette parole publique que je me suis lavée de l'infamie et que j'ai retrouvé le droit de vivre. Je suis même devenue capable d'écouter et d'apaiser la haine de celles qui ont eu à subir, elles aussi, le crime de leur père. Mais je ne peux pas dire que je pardonne.

Pour avoir été élevée dans un milieu catholique, je déteste le mot pardon. Le pardon du chrétien, qui considère la faute comme non avenue, c'est de l'hypocrisier. De son  côté, le "Petit Robert", qui en énonce quelques synonymes, propose les mots "miséricorde", "absolution", "indulgence", "grâce"… Ces notions-là, pour une victime de l'inceste, sont impossibles. Mon premier livre, "le Viol du silence", je l'ai pourtant dédié à mon père. Cela peut surprendre. Mais je voulais qu'il sache avant de mourir, qu'il entende sa faute, qui nous a séparés, lui père, moi fille. Il avait commis un crime parfait et ne semblait pas en avoir conscience; J'ai souhaité sa mort, j'ai eu envie de le tuer et je l'ai écrit. Cinq années après la parution du "Viol du silence", il a enfin fait la démarche de me lire. Nous nou sommes parlé au téléphone. "Je l'ai lu", m'a-t-il dit. "Ça doit être dur pour toi", lui ai-je répondu. Et il a poursuivi : "Je trouve qu tu as eu beaucoup de courage." Cette parole-là, qui admet le chemin que j'ai parcouru, est très importante pour moi.

Les victimes ont surtout besoin que les pères criminels reconnaissent les faits. Aucune parole vraie ne pourra être échangée entre eux sans préalable.
Le fille qui, pour se sauver, choisit de rendre public le crime de son père, lui rend en même temps service. Celle qui l'amène devant un tribunal, même contre l'avis de tout le monde, l'oblige à se confronter à sa propre histoire et à sa responsabilité. Elle lui rend service aussi. Je n'ai pas pu faire appel à la Justice. Lorsque j'ai enfin été en état de me battre, il était trop tard : il y avait prescription. Pourtant, il est nécessaire que l'institution remettre de l'ordre dans les familles incestueuses ; qu'elle fasse le ménage généalogique.

Il y avait prescription, mais j'ai tout de même trouvé le moyen de faire parler la justice : en demandant un changement légal de prénom. Le prénom signe le choix, le désir des parents. Ainsi, j'ai coupé avec leur désir. Ainsi, tacitement, la justice a accepté d'inscrire dans ses registres le crime de mon père. Une reconnaissance légale qui, désormais, me protège du mensonge qui détruit. Et, depuis, grâce à elle, j'ai extirpé la haine de moi ; je me suis débarassée du mal et de la honte : j'ai enfin trouvé la paix intérieure. Cela, je peux l'appeler sérénité. Certainement pas pardon.

Propos recueillis par N.L.

 


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Le viol du silence – Eva Thomas – 1986

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Published by Le nouvel observateur - dans Pardon
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