Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Autofiction Inceste Résilience
  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
  • Contact

Wikio - Top des blogs

Wikio - Top des blogs - Divers

Recherche

Ma Page sur Hellocoton

Retrouvez Auteure anonyme sur Hellocoton
15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 15:53

Logo-beta-politique.jpg

Illel Kieser ‘l Baz, psychologue clinicien, anthropologue

Ce jour à Québec, le 13 avril 2009

Lors de l’examen de la proposition de loi de Mme. Marie-Louise Fort visant à identifier, prévenir, détecter et lutter contre l’inceste sur les mineurs et à améliorer l’accompagnement médical et social des victimes (n° 1538) (Mme. Marie-Louise Fort, rapporteure), vous avez affirmé :

« Vous écrivez également, dans l’exposé des motifs, que l’inceste est un « déterminant majeur » des tentatives de suicide, de l’anorexie, des addictions aux stupéfiants et à l’alcool et de l’échec scolaire. Ce faisant, vous allez culpabiliser les victimes. Elles souffrent toutes, mais sans être nécessairement affligées par tous ces maux : comme l’a montré Boris Cyrulnik, il existe des phénomènes de « résilience ».
Vous écrivez par ailleurs que « le tabou sur l’inceste (interdit du dire) s’est insidieusement substitué au tabou de l’inceste (interdit du faire) ». Or, on ne peut pas parler de substitution, car l’« interdit du faire » existe toujours : il demeure au fondement de nos sociétés. D’autre part, le fait de parler davantage de l’inceste constitue un progrès. L’adverbe « insidieusement » me semble peu approprié. »

Sachez que je ne doute pas de votre sincérité ni de votre volonté à combattre le fléau de l’inceste. Cependant, je suis très surpris par ces arguments que vous avancez, sans d’ailleurs, faire de contre proposition et c’est ce qui pourrait expliquer le ton peu amène de cette lettre. Je vous prie d’avance de bien vouloir pardonner l’apparente véhémence, voire l’ironie de mes mots, je m’adresse ici à une représentante du peuple et, à ce titre, vos propos paraissent souvent ambigus. Je ne fais que les relever.

Prenons le deuxième argument : « l’"interdit du faire" existe toujours : il demeure au fondement de nos sociétés. », certes, mais il n’est pas inscrit dans la loi française, son interdit demeure donc implicite si bien que les magistrats instructeurs – en l’absence d’une position claire du législateur – doivent s’en remettre à leur appréciation pour instruire des affaires d’inceste. Or on sait que de nombreux cas de « viols sur mineurs par des ascendants ayant autorité » se trouvent déclassés pour des raisons souvent opportunistes : encombrement des tribunaux d’assises, coût des instructions, etc.
Et si les victimes souffrent, c’est le plus souvent, du silence du législateur censé pourtant protéger nos concitoyens les plus fragiles, les enfants. C’est en effet votre silence, par suite celui d’une société entière qui conduit à ce fameux effet de résilience que Boris Cyrulnik prétend réparateur.
D’où mon ébahissement à la lecture de votre argument sur la souffrance des victimes. La notoriété de B. Cyrulnik repose sur une nécessité, celle de la paix sociale. La pseudo réparation notée comme résilience n’est qu’un effet de couverture qui facilite le déni de ce fléau que vous-même semblez réprouver. Selon ce psychiatre « la résilience n’a rien à voir avec une prétendue invulnérabilité ou une qualité supérieure de certains mais avec la capacité de reprendre une vie humaine malgré la blessure, sans se fixer sur cette blessure. » Ce qui revient à dire qu’il s’agit, pour se réparer, d’oublier en allant de l’avant. Formule moderne et pseudo savante qui reprend l’ancienne formule stigmatisante : « Il ne faut pas en faire un plat ! »

Et c’est vous qui culpabilisez ainsi les victimes, celles qui présentent ces fameux troubles parfaitement repérés par la plupart des cliniciens. Vous les renvoyez à une forme d’insuffisance intrinsèque, une sorte de faiblesse qui les rendraient incapables de surmonter les anciennes épreuves subies enfant et de donner un sens à leur vie. En rejetant ces non résilients dans les limbes de la société vous réinventez le châtiment romain de la damnatio memoriae, qui consistait à rayer de la mémoire civile tous ce qui pouvait évoquer l’existence du condamné. Il n’existait plus alors pour personne, ni dans la mémoire ni dans les faits.
Savez-vous, Madame la députée, que c’est précisément la principale souffrance des victimes d’inceste : le déni d’une histoire douloureuse, le déni des prédations subies, le déni des souffrances présentes. Et c’est vous qui la leur infligez.

Je ne vous ferais pas l’injure de vous recommander la lecture de Joseph Rudyard Kipling, car vous semblez en connaître la prose (Sois un homme mon fils !) mais celle de mon essai sur la transgression du tabou de l’inceste – je vous en envoie un exemplaire. J’y récapitule 35 ans d’expérience, de soutien et d’assistance à des victimes d’inceste, 35 années à parcourir quelques continents, de l’Asie mineure à l’Amérique du Sud en passant par l’Amérique du Nord pour y rencontrer ceux qui avaient osé bravé des interdits, des silences et offrir ainsi à leurs concitoyens des solutions humaines aux conséquences terribles des traumatismes de l’enfance. Je puis vous assurer, Madame la députée, que, de ce point de vue, la France fait figure de pays archaïque et je n’en suis pas fier.

Pour lire la suite de la lettre, cliquez sur le logo de beta politique


Partager cet article
Repost0

commentaires

Cliquez sur les images pour accéder aux sources et références