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18 septembre 1997 4 18 /09 /septembre /1997 11:05
C'est l'engagement que prend un auteur de raconter directement sa vie (ou une partie, ou un aspect de sa vie) dans un esprit de vérité.
Le pacte autobiographique s'oppose au pacte de fiction. Quelqu'un qui vous propose un roman (même s'il est inspiré de sa vie) ne vous demande pas de croire pour de bon à ce qu'il raconte : mais simplement de jouer à y croire.

L'autobiographe, lui, vous promet que ce que qu'il va vous dire est vrai, ou, du moins, est ce qu'il croit vrai. Il se comporte comme un historien ou un journaliste, avec la différence que le sujet sur lequel il promet de donner une information vraie, c'est lui-même.

Si vous, lecteur, vous jugez que l'autobiographe cache ou altère une partie de la vérité, vous pourrez penser qu'il ment. En revanche il est impossible de dire qu'un romancier ment : cela n'a aucun sens, puisqu'il ne s'est pas engagé à vous dire la vérité. Vous pouvez juger ce qu'il raconte vraisemblable ou invraisemblable, cohérent ou incohérent, bon ou mauvais, etc., mais cela échappe à la distinction du vrai et du faux.

Conséquence : un texte autobiographique peut être légitimement vérifié par une enquête (même si, dans la pratique, c'est très difficile !). Un texte autobiographique engage la responsabilité juridique de son auteur, qui peut être poursuivi par exemple pour diffamation, ou pour atteinte à la vie privée d'autrui. Il est comme un acte de la vie réelle, même si par ailleurs il peut avoir les charmes d'une oeuvre d'art parce qu'il est bien écrit et bien composé.

Comment se prend cet engagement de dire la vérité sur soi ? A quoi le lecteur le reconnaît-il ?

Parfois au titre : Mémoires, Souvenirs, Histoire de ma vie... Parfois au sous-titre ("autobiographie", "récit", "souvenirs", "journal"), et parfois simplement à l'absence de mention "roman.
Parfois il y a une préface de l'auteur, ou une déclaration en page 4 de couverture.
Enfin très souvent le pacte autobiographique entraîne l'identité de nom entre l'auteur dont le nom est sur la couverture, et le narrateur-personnage qui raconte son histoire dans le texte.

Autre conséquence : on ne lit pas de la même manière une autobiographie et un roman. Dans l'autobiographie, la relation avec l'auteur est embrayée (il vous demande de le croire, il voudrait obtenir votre estime, peut-être votre admiration ou même votre amour, votre réaction à sa personne est sollicitée, comme par une personne réelle dans la vie courante), tandis que dans le roman elle est débrayée (vous réagissez librement au texte, à l'histoire, vous n'êtes plus une personne que l'auteur sollicite).

Si vous voulez des exemples de pacte autobiographique, vous trouverez sur ce site les préambules de Jean-Jacques Rousseau Marie Bashkirtseff .

Je vous renvoie aussi à mon livre L'autobiographie en France (Armand Colin, collection "Cursus", 1998), à la fin duquel est reproduite une série de "pactes autobiographiques" de Rousseau à nos jours.

Si vous voulez plus d'explications, voyez Le Pacte autobiographique (Seuil, 1975), disponible en format poche ("Points"). Dans un second volume, Signes de vie, Le Pacte autobiographique 2 (Seuil, 2005), j'ai évalué avec le recul du temps, "Vingt-cinq ans après", mon travail de réflexion sur le pacte : et ce texte, où je m'explique sur ma démarche, est bien sûr lui-même un texte autobiographique.

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Published by Philippe Lejeune - dans Autobiographie
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