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13 décembre 2005 2 13 /12 /décembre /2005 12:22

img_Alain-Milon.jpgAlain Milon,

Philosophe - Pôle des métiers du livre

Les cahiers de l’Ecole, numéro 2

décembre 2005

Cette réflexion sur les écritures de soi, leur nature, leur attrait et leur faiblesse s’inscrit dans une question plus générale sur l’hospitalité littéraire à travers la question du qui l’écrivain accueille-t-il dans son texte ? 1

Derrière cette question, c’est tout le problème de la finalité de l’acte d’écriture qui est posée. Il ne s’agit pas ici de cerner la figure de l’auteur mais beaucoup plus de l’interroger sous la catégorie de l’hospitalité littéraire, hospitalité dans l’écriture qui est tantôt un recueil de soi ou des autres, tantôt un écueil pour les autres que soi.

Il ne s’agit pas non plus d’enfermer l’écriture de soi dans un modèle imposé par le diariste sous la forme du journal intime, de l’autofiction, de la confession, de l’autobiographie, de l’écriture épistolaire ou du carnet personnel... En réalité, il n’y a pas une écriture du soi au sens où toute écriture est en puissance écriture de soi, mais il y a une écriture de soi qui pose la question de la nature réelle de l’acte d’écriture, et une écriture de soi qui se complaît dans le récit de sa petite histoire personnelle, qu’il soit embarras affectif, émotif ou sexuel.
 

Contexte épistémologique
Notre intention n’est pas d’attribuer des bons points et dire ce que doit être la littérature, ou qui est ou n’est pas écrivain, mais plutôt de réfléchir sur le problème que pose l’écriture de soi, à savoir son refus de l’effet miroir, effet qui réduirait l’écrire à un se décrire ?

Dans cette perspective, nous garderons en mémoire l’avertissement de Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ? quand il montre qu’il n’y a rien de plus tragique que de projeter « ses émotions sur le papier ». Cet avertissement sera relayé par G. Deleuze quand il écrira que la littérature ne se résume pas à une petite affaire personnelle. Si le coeur brisé engendre souvent des embarras sentimentaux, il ne conduit pas nécessairement au Livre brisé ? Alors que certains réussissent à faire l’économie d’un psychologisme, d’autres s’enlisent dans le factuel.
Nous partons du postulat selon lequel les écritures de soi comme le journal intime sont des contre oeuvres et qu’elles enferment l’écrivain dans une posture qui limite son écriture à la remise en cause de son propre travail. Si nous allons chercher chez un grand diariste comme P. Valéry la critique de ce type d’écriture, c’est justement pour montrer combien l’écriture de soi, quand elle se limite à un effet miroir de soi, devient un obstacle à l’écriture elle-même.

Que les grands spécialistes de l’écriture autobiographique, les maniaques du soi-même, les logorrhées des auto-fictionnistes réalisent des oeuvres ou non ne nous importent pas.

En réalité, le problème est ailleurs ; il porte sur l’idée que l’on se fait de l’acte d’écriture. Si effectivement tous les écrivains écrivent sur eux, pour eux et par eux, tous ne s’enferment pas dans les méandres de l’incomplétude. Il y a ceux qui redécouvrent les fondements de l’humanité de l’homme, ceux qui font de l’accueil de soi un moyen de recueillir les autres, et il y a ceux qui s’enlisent dans l’hypertrophie d’un ego, ceux qui ont tout oublié de la réalité de la nature humaine. Lorsque P. Valéry affirme que « ces cahiers sont mon vice », il reconnaît que cette écriture ne peut se substituer à son oeuvre et que ces carnets sont même des « contre-oeuvres » 2.

Ce parti pris est relayé par M. Blanchot quand il montre dans Le livre à venir le double échec de ce genre d’écriture puisqu’on se rend très vite compte que l’on n’a ni écrit ni vécu quand on écrit sa vie, et que l’oeuvre est perdue.


1 Cf. MILON A., L’Art de la conversation, Paris, PUF, coll. « Perspectives critiques », 1999 ; L’écriture de soi : ce lointain intérieur. Moments d’hospitalité littéraire autour d’Antonin Artaud, La Versanne, Encre marine, (septembre 2005), et L’épreuve du temps dans l’oeuvre de M. Blanchot, Hoppenot . (dir.), Paris, Complicités, (octobre 2005).

2 VALERY P., Cahiers, tome XX, 1937 -38, Paris, éd. du CNRS, 1960, p. 678.

Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le portrait d'Alain Milon

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