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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 10:01

Woolf L'écriture refuge contre la folie

Page 77

Les "mots ordinaires"1 et la littérature face au réel !

Nicolas Pierre Boileau
L'apparition outre-atlantique d'une école critique fondée 
sur les théories du traumatisme a permis de relire les textes 
de Virginia Woolf à la lumière des récits de victimes, le voile 
de la fiction cédant sous le fantasme écrasant d'une critique 
aveuglée par son savoir2.

Les textes des journaux intimes 
comme Moments of Being3ont ainsi été l'objet de la plus 
grande attention car ils recelaient des aveux sur des traumatismes variés, qui faisaient de V Woolf l'exemple parfait d'un 
certain type de souffrance que l'on peut quantifier : violée 
par ses demi-frères, George et Gerald Duckworth, V Woolf 
a souffert de la disparition prématurée de sa mère, son père, 
sa demi-sœur Stella et son frère Adrian.

De plus, l'auteur 
britannique fut, tout au long de sa vie, sujette à des épisodes de « folie », comme elle le disait elle-même4, et elle mourut 
d'un suicide précipité par les attaques allemandes sur Londres 
dont elle ne pouvait plus supporter la résonances5. Ce dernier 
élément biographique à lui seul suffit aux critiques, adeptes 
de la théorie du trauma, car il fait de Woolf une victime 
exemplaire plutôt qu'exceptionnelle. Ainsi R. Luckurst 
explique : « Le soldat victime de bombardements est l'image 
même de la victime du vingtième siècle », précisant que 
« le statut de victime secondaire inclut désormais les témoins 
de ces bombardements »6.

Rien ne semble faire reculer 
les critiques, pas même le fait qu'en raison de son suicide, 
V Woolf n'aura rien dit des conséquences de cet événement 
sur sa propre vie. D'aucuns ont donc préféré se concentrer 
sur l'inceste dont elle fut victime, avec le même empressement, pour faire coller le sujet woolfien à leur cadre de 
référence, seul outil semble-t-il d'une évaluation stricte. 


P. M. Cramer, par exemple, explique : « L'analyse que fait 
V Woolf d'elle-même est cohérente avec ce que nous 
disent les experts et ceux qui ont survécu aux traumatismes 
lorsqu'ils essaient de nommer « l'essence » de ce qui était la 
cible de leurs bourreaux. »7 Que serait-il advenu de la parole 
de Virginia Woolf si elle n'avait pas correspondu à celle 
de victimes d'événements similaires ? Soit la loi aurait dû 
s'adapter à la réalité qu'elle tente de décrire8, soit son texte 
aurait été délaissé. Les partisans de cette école critique se 
réfèrent à un modèle scientifique qui confond l'impossible à 
dire du réel avec le silence.
_______________________________
1. Cet article est issu d'une communication en anglais à l'université de Kingston à Londres 
dans le cadre d'un colloque intitulé "The Edge of Trauma" (13-15 mai 2010).
2. S. Henke et D. Eberly, Virginia Woolf and Trauma, Embodied Texts, New York, Pace University 
Press, 2007. Pour toutes les références aux articles extraits de ce texte, je traduis.
3. V. Woolf, Moments of Being, Autobiographical Writings, Jeanne Schulkind (éd.), introduction 
d'Hermione Lee, Londres, Pimlico Edition, 2002. Sauf indication contraire, toutes les références 
seront notées dans le corps du texte, MB, suivi de la page. Je traduis.
4. D. Ferrer, Virginia Woolf and the Madness of Language, traduction de Geoffrey Benningon et 
Rachel Bowlby, Londres, Routledge, 1990.
5. Lettre laissée par Virginia Woolf à Leonard Woolf le 28 mars 1941 avant son suicide, L. Woolf, 
The Joumey, not the Arrivai Matters, An Autobiography of the Years 1939 to 1969, Londres, The Hogarth 
Press, 1970, 93-94.
6. R. Luckhurst, The Trauma Question, New York, Routledge, 2008, 2 et 50, je traduis.
7. P.M. Cramer, « Trauma and Lesbian Retums in Virginia Woolfs The Voyage Out and The Years », 
S. Henke et D. Elderby, Op.cil., 31.
8. G. Morel, Ambiguités sexuelles, sexuation et psychose, Paris, Éditions Anthropos, 2004 (2000), 17.

_________________
Autres billets sur L'écriture refuge contre la folie
2/ Virginia Woolf et le plaisir suprême de l'écriture
3/ Reviviscences par Virginia Woolf

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Published by Nicolas Pierre Boileau - dans Arts thérapie – médiation écriture
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