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Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
Arnaud
Genon
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De par le fait que la psychanalyse a contribué à l'éclatement du « je », ne pouvons-nous élargir le débat en nous demandant si
l'autofiction n'est pas, à l'origine, la manière d'écrire utilisée avant tout par les catégories sociales en mal d'identité ?
En effet, lorsque Serge Doubrovsky répond à sa propre interrogation rhétorique de la manière suivante « Autobiographie ? Non,
c'est un privilège réservé aux importants de ce monde, au soir de leur vie et dans un beau style »1, l'on peut dire que, plutôt qu'à
l'autobiographie, il donne sa préférence à l'autofiction qui répond mieux à sa quête d'identité : « J'existe à peine, je suis un être fictif. J'écris mon autofiction2. »
Cette réflexion est loin pour autant de faire l'unanimité. Au sortir d'un débat plutôt houleux sur l'autofiction, Manuel
Carcassonne (directeur adjoint des éditions Grasset) s'insurge contre l'idée de réduire l'autofiction au genre des minorités :
Je ne crois pas que l'autofiction soit le genre d'expression des minorités, des déracinés de la vérité unique, une sorte
d'étoile jaune perpétuellement fichée sur la conscience. Ni Guibert, ni Donner [ ... ] ni Banciotti, ni Doubrovsky3, ni Bayon, ni Georges-Arthur
Goldschmidt, ne s'expliquent par l'appartenance à une minorité, qu'elle soit juive, homosexuelle, ou simple confrérie des motards (Bayon)4.
Elle a pourtant ses défenseurs. Colonna, par exemple, constate que l'autofiction est un genre fréquemment utilisé par «les
profils d'exception » :
Hasard ou déterminisme, je remarque d'ailleurs que les textes de femmes et de minoritaires (devenus parfois dominants avec le
temps) l'emportent dans cette pratique, comme s'il s'agissait d'un véhicule plus adapté aux profils d'exception5.
Notons au passage le changement synonymique - mais dans un sens mélioratif – du terme « minorités » qui devient dans la citation
« profils d'exception ».
1 Serge Doubrovsky, Fils, Paris, éd. Galillée, 1977, quatrième de couverture.
2 Serge Doubrovsky, Un Amour de soi, Paris, éd. Hachette, 1982, p. 74.
3 Concernant Doubrovsky, ce point de vue est largement discutable.
4 Manuel Carcassonne, « L'Autofiction ou les bâtards de la vérité» in Je, mode d'emploi,
Autobiographie &
Autofiction, Page des libraires, juin-juillet-août 1998, p. 52.
5 Vincent Colonna, Autofiction & Autres mythomanies littéraires, op. cit., p. 111.
Autres billets sur les écrits de Staphanie Michineau
Les rôles inversés ou l’écriture salvatrice par Stephanie Michineau dans "Construction de l'image maternelle chez Colette de 1922 à 1936"
Autofiction : entre transgression et innovation par
Stéphanie Michineau
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L'inceste piétine les fondements symboliques de la nature humaine.
Le père, représentant la loi, est défaillant. Souvent, il se présente comme la loi, mais la loi est parlée par avance (P.
Legendre, 1989), le père incestueux n'est qu'un tyran qui pervertit le système fondateur de la société, il brise le lien généalogique. Il transforme la victime en
cette sorte de « SDF symbolique » que nous avons désigné comme victime chronique exclue symbolique, laquelle est peu vindicative, contrairement à la victime brusquement expulsée du champ
symbolique, nous l'avons dit.
La victime d'inceste est muette.
Le judiciaire, comme tiers médiateur, pourra, dans une certaine mesure, rétablir la dimension symbolique et la réinsérer dans la
communauté humaine. L'exclusion sociale de telles victimes est une conséquence commune.
Autres billets de Psychothérapie des victimes le traitement multimodal du psychotraumatisme
1/ Phychothérapie des victimes, le traitement
multimodal du psychotraumatisme
2/ « Pulsion d'emprise » décrite par Freud, Gewiiltigungstrieb par Martine Nisse & Pierre Sabourin
La liberté la plus grande de toutes consiste à réformer son
existence, condition préalable à toute réforme de la société.
A partir de cet a priori, on pourrait définir le rêveur équitable du XXIe siècle de la façon suivante ;
un rêveur équitable, ce serait toute personne qui prend la décision de prendre soin du rêve d'une autre personne qu'importe sa
race, sa langue, sa religion et cela, sans intérêt personnel caché.
En ce sens, ce serait la masse critique des vies privées oeuvre d'art (une vie oeuvre d'art au XXIe siècle, ce serait toute
personne qui utilise son passé comme un coffre d'outil pour sculpter son rêve équitable au service du bien commun) qui permettra un jour le surgissement d'un concept nation que j'appelle :
la nation œuvre d'art.
Pierrot ermite des routes
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Elle a dix-huit ans, ne l'oublions pas, quand elle conçoit son monstre.
Et presque le même âge quand elle a son premier enfant.
Comme les jeunes mères, elle est encore assez proche du bébé qu'elle était pour s'identifier à celui qu'elle vient de mettre au
monde. L'échec de cette vie est son échec. La mort de la petite fille de onze jours la frappe un peu comme si c'était sa mort à elle. Dans une sorte de répétition morbide, elle y rejoue sa
naissance, peut-être pour dire à Mary Wollstonecraft : et si, au bout de ces onze jours-là,
c'était moi qui n'avais pas survécu ? Alors (ajoute la survivante en elle), on dirait que c'est un
jeu, et je rêverais qu'en me frottant devant le feu, on me fait revivre. Prométhée n'est pas loin.
On peut aussi penser qu'elle décompte chaque heure de ces onze journées, pour séparer enfin dans son esprit le moment où elle a
vu le jour de celui où Mary Wollstonecraft a fermé les yeux : afin que sa naissance soit à jamais distincte de la mort de sa mère.
Quand on relit Frankenstein à la lumière de la psychanalyse et des récentes théories d'observation des bébés (dont Brazelton, en
France, est le vulgarisateur le plus connu), le monstre apparaît de toute évidence comme un bébé découvrant tour à tour chacun de ses cinq sens. Mais le créateur reste le créateur. Les
interprétations mâtinées de psychodigest faisant de Victor Frankenstein et du monstre une seule et même personne passent à côté de quelque chose d'essentiel. Si le public pense aujourd'hui que le
monstre s'appelle Frankenstein, ce n'est pas forcément qu'il confond le créateur et 'la créature: c'est aussi que, le monstre n'ayant pas de nom, il faut bien lui en donner un.
Et dans nos
société patriarcales, le fils de F rankenstein s'appelle Frankenstein.
Notons à ce propos que, très vite en Angleterre, les directeurs de théâtre qui mettaient à l'affiche une des nombreuses
adaptations théâtrales de Frankenstein prirent l'habitude de laisser une ligne blanche face au nom de l'acteur qui incarnait le monstre. Apprenant cela, Mary Shelley commente avec satisfaction
:
This nameless mode of naming the uneamable is rather good.
(<< Cette absence de nom pour nommer l'innommable est plutôt
bonne.»)
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