Alors que Rousseau revendiquait l’originalité
de son projet et le caractère unique de sa personne, le sujet de l’autofiction se façonne dans la parole de l’Autre et s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs. Le sujet, en plus
d’être virtuel, se fait textuel. Il est à l’image du genre qui l’expose : monstrueux et hybride. Il n’est jamais un, il dit la pluralité de ce qui est en nous, il multiplie les
strates, se dévoile dans l’écriture et s’annihile dans la forme fragmentée qu’elle prend. L’autofiction, plus qu’un nouveau genre littéraire, est en fait le moyen qu’a trouvé le sujet
pour se mettre lui-même en question, pour refuser l’idée d’une vérité univoque et revendiquer sa fracture.
page 175 Je m'interromps de nouveau, elle attend la suite. – Il y a des obstacles de toute sorte à l'écriture. Purement littéraires, certains. Car je ne veux pas d'un simple témoignage.
D'emblée, je veux éviter, m'éviter, l'énumération des souffrances et des horreurs. D'autres s'y essaieront, de toute façon...
D'un autre côté, je suis incapable, aujourd'hui, « j'imagine une structure romanesque, à la troisième personne. Je ne
souhaite même pas m'engager dans cette voie. Il me faut donc un « je » de la narration, nourri de mon expérience mais la dépassant, capable d'y insérer de l'imaginaire, de la fiction...
Une fiction qui serait aussi éclairante que la vérité, certes. Qui aiderait la réalité à paraître réelle, la vérité à être
vraisemblable. Cet obstacle-là, je parviendrai à le surmonter, un jour ou l'autre. Soudain, dans l'un de mes brouillons, le ton juste va éclater, la distance ajustée s'établira, j'en suis
certain.
À partir de l’analyse de romans français contemporains
représentatifs de l’écriture d’un moi situé comme en apesanteur des contraintes sociales, Anne Barrère et Danilo Martuccelli soutiennent que cette production romanesque réputée
narcissiquenous en apprend plus sur la subjectivité contemporaine et sa perception du social que ne le feraient des œuvres de fiction plus
classiques. Une thèse à nuancer.
Recensé : Anne Barrère, Danilo Martuccelli, Le roman
comme laboratoire. De le connaissance littéraire à l’imagination sociologique, Lilles, Presses Universitaires du Septentrion, 2009, 373 p., 25 euros. Anne Barrère et Danilo Martuccelli consacrent un gros livre aux romans d’une vingtaine d’écrivains français
contemporains. Et pas à n’importe quels auteurs puisque, à l’exception d’Annie Ernaux peut-être, ils ont choisi les romans les moins sociologiques qui soient : pas de héros et de personnages
sociaux, pas de milieux précis et finement décrits, pas de thèses sociales, pas ou peu d’indignations morales… [1] Au contraire même, ces romans intimistes et méticuleux paraissent socialement peu situés.
Ils sont aux antipodes de la grande tradition romanesque qui, de Balzac à Simenon, a pu être tenue pour une des sources de la sociologie [2], aux antipodes aussi des romans publiés au Nord et au Sud de l’Amérique donnant à la vie
sociale un poids et une densité qui en font parfois une meilleure sociologie que celle des sociologues. Tout le pari de ce livre est d’essayer de nous convaincre que
cette production romanesque a priori si « narcissique » nous en apprend plus sur la subjectivité sociale contemporaine et sa perception du social que ne le feraient des œuvres
de fiction plus classiques et si manifestement « sociologiques ».
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Emission du samedi 30 janvier 2010 Bernard Lahire. Professeur de sociologie à l'Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines et et directeur du Groupe de recherche
sur la socialisation (CNRS). La Découverte – 4 février 2010
Présentation de l'éditeur
Bernard Lahire s’est confronté à un monument de l’histoire littéraire. Considéré comme
l'un des grands représentants mondiaux de la littérature d'avant-garde, Franz Kafka a laissé une œuvre jugée le plus souvent énigmatique et formellement inventive. Il y avait donc un véritable
défi scientifique à montrer ce dont la sociologie est capable sur un terrain qui ne lui est, a priori, pas favorable. Pourquoi Franz Kafka écrit-il ce qu'il écrit comme il l'écrit ?
Pour répondre à cette question, Bernard Lahire examine, grâce aux outils de la biographie sociologique, la fabrication sociale de l’auteur du Procès, depuis les primes expériences familiales
jusqu'aux épreuves les plus tardives. En entrant dans les logiques mentales et comportementales de Kafka, il saisit non seulement les raisons qui le conduisent à être attiré par la littérature,
mais il se donne les moyens de comprendre autant les propriétés formelles de son œuvre que la na-ture des intrigues qu’il déploie en faisant travailler une série de questions qui composent sa
problématique existentielle. Dans ce livre magistral qui, au-delà du cas de Kafka, pose les
fondements d’une théorie de la création littéraire, les œuvres apparaissent comme autre chose que des solutions esthétiques à des problèmes formels ou que des manières de jouer des coups dans un
champ littéraire. Les œuvres sont aussi des points de vue sur le monde, des manières formellement spécifiques de parler du monde mises en œuvre par des créateurs aux expériences sociales
singulières. « La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'auteur », écrivait Roland Barthes. Pour sa part, la lecture sociologique (ou historique), en tant que lecture scientifique, doit au contraire faire renaître l'auteur – un auteur socialisé et non
sacralisé – pour rendre raison de ses textes.
Pour Auteur
:Bernard Lahire Editeur :La Decouverte Date de parution :04/02/2010 EAN13 :9782707159410 Genre :ESSAIS DE
SOCIOLOGIE Langue :français Format :241x157x41
Thèse exemplaire,"L’autofiction dans l’œuvre de Colette" offre un éclairage nouveau et éminemment contemporain
sur la production romanesque d’une femme ô combien fascinante. Doit-on mener une lecture autobiographique ou autofictionnelle de ses romans ? Soupesant ces deux types d’approche, Stéphanie
Michineau fournit dans ces pages une réflexion riche, pertinente mais aussi polémique, l’amenant à dégager toute la modernité et le génie d’une romancière aujourd’hui entrée au panthéon des
Lettres françaises. Résumé : Depuis l’apparition du terme "autofiction" dans les années 1970, les débats font rage autour de cette nouvelle
stratégie de narration, dont les frontières avec l’autobiographie sont encore mal délimitées et incertaines. S’inscrivant dans cette réflexion générique, Stéphanie Michineau interroge aujourd’hui
l’œuvre de Colette et l’oscillation de son écriture entre ces deux pôles. Tout en faisant de la romancière un précurseur dans l’avènement de ce qu’on hésite encore à qualifier de "genre
littéraire", la critique met ainsi en évidence l’originalité de la sulfureuse auteur des "Claudine" qui, tout en refusant l’écriture autobiographique, a su injecter assez d’elle-même et de sa vie
dans ses œuvres pour se dire de manière biaisée, et forger dans le même temps, consciemment ou non, l’image qu’elle laisserait à la postérité. A propos de l'auteur : Née en 1972, Stéphanie Michineau, professeur de littérature française en Vendée, est à l’origine de cette
thèse soutenue à l’Université du Maine en 2007 et qui a obtenu la Mention très honorable. Un article du même nom tiré de la thèse paraîtra dans les Cahiers Colette (n°20) à l’automne 2008.
Stéphanie Michineau interviendra lors d’une communication dans le cadre d’un colloque international “Colette – complexités et modernités” prévu les 13-14 mars 2009 à l’Abbaye d’Ardenne
(Caen).
EAN : 978274834344 Université du Maine - U. F. R. de LETTRES
Thèse
Pour l’obtention du doctorat de littérature française
Présentée par Stéphanie Michineau
le 22 juin 2007 L’Autofiction dans l’œuvre de Colette
Directeur de thèse : Madame Michèle Raclot
Jury :
Directeur de thèse : Madame Michèle Raclot
Président : Monsieur Jean-Pierre Goldenstein
Autres membres :
Madame Daniela Fabiani
Monsieur Pierre Masson
Table des
matières
Introduction
Première Partie : L’Autofiction, des points de repère
I) Une notion à éclaircir
1) L’autofiction proche du roman
2) Ou proche de l’autobiographie ?
II) Une implantation historique contestée
1) Un phénomène ancien
2) Ou datant du siècle dernier ?
III) L’autofiction, un genre nouveau ?
1) L’origine de l’autofiction
– l’inconscient
– l’écriture des minorités
2) L’émergence de l’autofiction
– l’origine du mot
– dire l’indicible
Deuxième partie : Autobiographie et fiction dans l’œuvre de
Colette
I) Les romans de Colette : une gradation vers
l’autofiction
1) Un arrière-plan autobiographique
2) Les doubles de l’auteur
II) L’apparition de l’auteur : une autobiographie
problématique
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