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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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Retrouvez Auteure anonyme sur Hellocoton
15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 15:18

Quelques mots sur Van Der Weele :

Teo Ven Der Weele est thérapeute missionnaire en Asie et en Europe depuis une trentaine d'années. Actuellement, il est aumônier du personnel de l'hôpital psychiatrique chrétien hollandais subventionné par le gouvernement. Il a enseigné dans de nombreuses écoles de Jeunesse en Mission et il est impliqué dans la formation de conseillers laïcs



Téo développe la notion du pardon de cette manière :

Le conseiller doit être parfaitement au clair avec cette notion du pardon. Il ne s’agit pas de faire pression sur l’abusé pour qu’il laisse son passé derrière lui. L’abuseur peut lui-même avoir utilisé ce terme pour prouver à sa victime à quel point cette dernière est “mauvaise” car elle ne pardonne pas…

Non. Pardonner, dans le Nouveau Testament, a la même racine que “délier, libérer”. Si l’on est sans cesse obnubilé par son abuseur, c’est qu’on est encore lié à lui (on se souvient des relations sexuelles qui font effet de colle). Pour Téo, “se libérer, c’est se concentrer sur l’avenir, sur nos propres choix, même si notre abuseur refuse d’admettre ce qu’il a fait ou minimise l’ampleur de ce qui est arrivé. Les concepts fondamentaux liés au pardon sont la repentance et la confession.” (p. 100)

Toujours pour Téo, “le sujet du pardon ne peut être dissocié de l’enseignement biblique sur la justice.” Un des piliers de cette justice est que toute personne responsable de ses actes doit subir les conséquences de son comportement. Si ce n’est pas le cas, il y a injustice, ce que les abusés supportent très mal lorsqu’ils en sont victimes. Leur ardent désir de justice s’associe avec celui de vengeance, ce qui est un besoin normal. Pour Téo,” la rage est une réaction justifiable face à l’injustice.

Les survivants d’abus doivent apprendre à se mettre en colère mais sans pécher” (Ephésiens 4.6) (p.  104)


Selon Téo il y a deux étapes pour vivre le pardon :

1. Vouloir se venger après un abus grave est naturel et biblique et le nier c’est nier la souffrance et la gravité de l’acte abusif. Alors que faire ? Nous avons un autre moyen d’exprimer ce désir de vengeance - que la vengeance elle-même : C’est l’apporter - sans la nier - à Dieu qui fera justice mieux que nous.  Il réglera lui-même ses comptes avec celui qui nous a offensés. (Romains 12.19) (p. 105) Cet acte de s’en remettre à Dieu va libérer le survivant non seulement de son désir de vengeance mais aussi de son offenseur car le désir de vengeance lie l’offensé à l’offenseur.

 

2. Le pardon inclut « le concept de se détourner de ses offenseurs. C’est un aspect important pour entrer dans la guérison du passé. » (p. 105) Il semble que « le problème ne soit pas ce qu’on nous a fait, ni même qui nous l’a fait, mais ce que nous avons ressenti ». (Selon des notes de séminaires) (p. 105)

 

“Pardonner, dit Téo, c’est choisir avec bon sens de se concentrer sur sa guérison, et non sur la personne qui nous a blessés” (p. 105). Téo précise qu’il est normal d’éprouver de la difficulté à pardonner car seul Dieu peut pardonner. Pour l’homme, « pardonner est surhumain, mais Dieu veut nous transmettre le pouvoir d’apprendre à le faire. La grâce précède l’obéissance ».  (p. 105) En d’autres termes, “quand Christ vit en nous, Il peut faire couler son esprit de pardon.” Pour Téo, “apprendre à pardonner est un processus qui commence lorsque nous prions : Dieu, apprends-moi à pardonner.” Selon l’expérience de Téo, les survivants d’abus pour qui ces notions de vengeance, justice et de pardon sont acquises détourneront plus facilement leur attention de l’abuseur et ainsi seront libérés du lien qui les rattachaient à lui.

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Published by E.T. - dans Pardon
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 10:35
Fractal goutte détourée  Premier recueil : Le passé
Première partie :  Le bonheur
Chapitre IV : Une larme trop tard

4ème partie
: Georg, spectateur qui s'endort

L'Emission "Médiations"

Camille avait subi le dernier viol paternel à l’âge de vingt-quatre ans, alors qu’elle en avait vingt-huit lors de l’émission. Il était donc possible de poursuivre dans la dénonciation du crime, mais jusqu’à vingt-quatre ans ? Le viol n’était pas explicable, comme s’il avait dû prendre fin à dix-huit ans, pour sa majorité. Elle seule parlait d’emprise et on lui faisait comprendre qu’elle divaguait. De toutes parts, on ne cessait de lui répéter que le public n’était pas prêt à entendre ses quinze ans de terreur, elle ne pouvait que passer pour menteuse.


Tant les journalistes que le collectif avaient imposé à Claude d’éluder cette question de la prescription. Les avocates avec lesquelles travaillait le collectif n’avaient pas envie pour l’instant de s’attaquer à cette question trop précoce. Qu’il était lourd à porter cet implicite « tais-toi parce que tu n’as pas le courage de porter plainte. » Pour servir la cause et réclamer vengeance, ce qui n’était pas dans le tempérament de Claude qui soutenait que cette non-prescription la protégeait, car après ses apparitions télévisées, une possible plainte pour diffamation ouvrait sur un procès pour crime dont elle répugnait à être l’instigatrice.

 

Elle n’avait aucune idée d’un procédé pour assembler les preuves indispensables à la justice. Elle devait d'abord prouver qu'il y avait eu viol, c'est-à-dire qu'il y avait eu une pénétration obtenue sous la menace, la contrainte ou la surprise. Comme les abus sexuels avaient duré sur plusieurs années, elle pouvait d'emblée oublier la surprise. Quand à la menace, même quand il y en avait le plus souvent, elle était verbale, donc impossible à prouver. Et dans la mesure ou l'emprise psychologique et affective ne sont pas reconnues comme des contraintes, impossible donc, d'en amener la preuve. Impossible de prouver qu'il y avait eu viol, donc impossible de faire valoir les circonstances aggravantes. Elle répugnait à participer à cette justice pénale qui réagit sur le mode du tout ou rien.

 

On ne savait encore trop rien sur le viol par inceste pour se permettre d’imposer une sanction pour ce crime sans témoin et sans traces. La vindicte populaire était trop empreinte de stéréotypes… et la manipulation des victimes, elle y pensait souvent, même pour la cause et elle se savait aussi trop fragile et manipulable. Et que deviendrait-elle, dans quelle errance autre entrerait-elle une fois que par des condamnations, elle aurait cassé le peu qu’elle avait : sa grand-mère, ses sœurs ? Elle n’aurait plus ni père, ni mère, ni dignité pour garder un semblant de légitimité au sein de la famille au sens large. Elle ne pouvait compter sur Georg qui se prétendait amoureux et qui la trompait, pas compter non plus sur les militantes qui ne la comprenaient pas et n’étaient pas là comme effet placebo à une famille. Pas de place dans la société, elle n’était rien et le savait. Pas vraiment utile de cassé tout, mieux valait, pour sa santé mentale, garder un fil.


Elle restait partagée entre la compréhension et la condamnation. Elle voulait assumer les deux. Comprendre en ayant le sentiment de ne plus condamner comme ça aurait du être ou condamner sans rien comprendre. Les deux ensemble, c’était toujours son souci envers les hommes et leur animalité. C’était difficile parce que Georg lui avait lu dans les Extrait des Carnets que Leonard De Vinci avait écrit : « Qui néglige de punir le mal, le cautionne. » Elle ne comprenait pas du tout le message de cet être qui se voulait humaniste et universel. Encore un truc à l’envers.

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 07:28
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Write hard and clear about what hurts.
Hemingway

Par Michèle Senay

Depuis les années soixantes, une poignée de chercheurs ont clamé haut et fort les vertus thérapeutiques du journal. Thérapeutes et médecins le recommandent souvent à leurs patients et instinctivement, ceux qui souffrent ressentent le besoin de l'écrire.

Pourquoi ? Comment le journal guérit-il ?

Maintenant, attention... Je ne suis ni psychologue, ni thérapeute. Je ne prétendrai pas faire la preuve scientifique de quoi que ce soit. Je parle seulement par expérience, et je me base également sur mes lectures personnelles pour ouvrir des pistes de réflexion sur un sujet qui me passionne mais sur lequel je ne suis pas spécialiste. Si des psychologues, médecins et thérapeutes de toute obédience viennent à prendre connaissance avec cette page et y notent des faiblesses, je suis plus qu'ouverte au dialogue et vous invite à me faire signe.

D'ailleurs, je n'ai trouvé que très peu de sources sur la poésie-thérapie et la journal-thérapie au Québec et dans la francophonie en général ; leur intervention me fera donc d'autant plus plaisir!


Qu'est-ce que la journal-thérapie ?
Kathleen Adams, psychothérapeute et fondatrice du Center for Journal Therapy, au Colorado, définit la journal-thérapie comme l'écriture des pensées et des sentiments dans le but de régler ses problèmes personnels et d'en venir à une meilleure compréhension de soi et des événements de sa vie. Toujours d'après Kathleen Adams, l'écriture de nos réactions, expériences et émotions permet de libérer une certaine tension et de percevoir plus clairement notre cheminement. Tout un programme! La journal-thérapie va donc beaucoup plus loin que l'écriture du journal traditionnel, où l'on se contente d'écrire sa vie et les événements qui la composent, sans travail éclairé et conscient sur soi.

Que l'on me comprenne ; je ne cherche pas ici à impliquer que la journal-thérapie vaut plus intrinsèquement que le journal traditionnel. Aucun jugement de valeur ne sera établi ici. Je tiens simplement à souligner que du point de vue de la croissance personnelle, la journal-thérapie, l'écriture axée sur l'introspection et le questionnement intérieur, va beaucoup plus loin.

Ceci étant dit, poursuivons.

La recherche en journal-thérapie

On attribue le développement de la journal-thérapie, du moins ses origines, au docteur Ira Progoff, un psychologue new-yorkais. Dans les années soixante, celui-ci mit au point une technique qu'il baptisa le Journal Intensif. Non seulement le docteur Progoff proposait-il cette méthode à ses propres patients, mais il publia plusieurs ouvrages sur la question (dont At a Journal Workshop, paru en 1978) et des ateliers furent proposés au grand public. Cette méthode connut beaucoup de popularité et plus de deux cent mille personnes ont participé à des ateliers de journal intime intensif.

La méthode du docteur Progoff implique, entre autres, un cartable séparé en plusieurs sections, toutes de couleurs différentes, permettant au diariste de sectionner son écriture par grands thèmes. Les rêves, le travail, la famille, les relations amoureuses, la vie intérieure et spirituelle faisaient tous l'objet de sections distinctes du journal. Selon la prémisse de la méthode Progoff, diviser la vie intérieure et extérieure du diariste en sections lui permet d'atteindre des niveaux de conscience plus profonds et d'aller plus loin dans sa compréhension de soi. Le nombre de sections utilisées dans cette méthode permet de renforcer le processus d'exploration intérieure. On utilise entre autres beaucoup le dialogue, la méditation et l'écriture libre dans la méthode Progoff afin d'explorer les diverses dimensions de la vie. D'autres sections incluent également l'imagerie et le travail avec les rêves.

A peu près à la même époque, l'ouvrage de Tristine Rainer, The New Diary, vint également révolutionner la perception qu'avait le grand public du journal intime. En donnant des pistes afin d'aller plus loin dans la compréhension et l'exploration de soi, Rainer ouvrait de nouvelles portes à la journal-thérapie. Le journal n'était plus qu'un sous-genre littéraire, que l'on abandonnait une fois l'adolescence terminée ; il n'était plus l'apanage exclusif d'écrivains et de grands penseurs. Désormais, il était accessible à tous et recelait des possibilités qu'on avait autrefois ignorées. Rainer donna entre autres des moyens de faire de son journal un outil de découverte personnelle mais également de création et de guérison. Il s'agissait là d'un nouveau point de vue sur le journal et l'écriture personnelle.

Dans les écoles, les professeurs entreprirent également d'intégrer le journal à leurs cours. Non seulement le journal aidait-il les étudiants à mettre en mots leurs pensées, mais il leur permettait également de mieux les comprendre et d'aller plus loin dans ces découvertes. Encore aujourd'hui, le journal est largement utilisé dans les salles de cours.

D'autres chercheurs allèrent encore plus loin. L'étude du docteur James Pennebaker permit de donner au journal intime des dimensions encore insoupçonnées en apportant la preuve scientifique du pouvoir de guérison non seulement mentale et émotionnelle, mais également physique, du journal. Les recherches de Pennebaker ont démontré qu'écrire environ vingt minutes, durant trois ou quatre jours, sur des événements et des émotions intenses ou difficiles renforçait le système immunitaire. Le journal n'est pas uniquement utilisé par les psychologues et les psychothérapeutes, mais également par les médecins et on admet de plus en plus qu'il peut aider à accéler la guérison des malades.

La journal-thérapie en pratique

Mettre en mots ses pensées, ses rêves et ses peurs permet non seulement de mieux les comprendre et de les clarifier, mais, avant tout, d'en prendre conscience ! E. M. Forster a dit « Comment saurai-je ce que je pense avant de lire ce que j'ai écrit ? », illustrant ainsi de belle façon ce que plusieurs diaristes ressentent en écrivant. Ecrire nous révèle bien souvent à nous-même, permettant à des parties de nous que nous ignorions de s'exprimer.

C'est pourquoi il est important de s'écouter lorsque l'on écrit. Il est aisé de laisser au papier le soin de se charger de nos problèmes; on écrit comme on sort les poubelles, pour oublier nos problèmes et s'en libérer l'esprit. Il s'agit certes là d'un avantage non négligeable du journal, qui nous permet d'apaiser nos tensions, de nous soulager de notre stress et d'exorciser certains démons. La relecture est alors pénible et parfois souffrante, nous faisant faire face à certains reflets de nous qui ne nous plaisent guère.

Mais le journal devient alors un outil puissant de découverte de soi et de prise d'action ; il nous permet non seulement de prendre conscience des épines qui nous font mal aux pied, mais également d'agir et de retirer ces épines, une à une. Le journal permet de ne pas demeurer inactif face à son existence ; il est une source de pouvoir insoupçonnée.

C'est pourquoi certains thérapeutes intègrent le journal à leur pratique et recommandent à leurs patients de consigner par écrits leurs rêves, luttes et découvertes. Dans la plupart des cas, la guérison est plus rapide et les sessions avec le thérapeute plus profitables, étant donné qu'une partie du travail est déjà faite par le patient lui-même. Il prend ainsi le temps de se questionner lui-même, de mettre en ordre ses idées et de les clarifier avant la séance. L'écriture durant le processus thérapeutique permet également de faire le point de façon régulière sur le cheminement de guérison, d'en noter les obstacles et les adjuvants afin de pouvoir les éviter ou en tirer profit. Le patient peut ainsi prendre conscience d'un modèle de comportement qui, autrement, lui échappait. En ce sens, le thérapeute peut parfois suggérer des exercices ou des thèmes d'écriture, afin de dirigier le patient de façon plus efficace.

Ce type d'écriture peut également être pratiqué lors d'ateliers du groupe, hors de toute thérapie. Et, surtout, il peut être pratiqué en solitaire ! En revenant sur nos écrits et en se relisant, on remarque souvent des cycles, des pensées récurrentes, des images qui reviennent souvent et qui nous échappent dans la vie de tous les jours. Les problèmes les plus courants nous apparaissent de façon plus claire, plus consciente lorsque écrits dans notre journal, noir sur blanc. Il est alors plus facile de changer certaines croyances ou d'éliminer certaines habitudes de pensées qui nous gâchent la vie ! On peut écrire en conséquence, utiliser des thèmes qui nous aideront à faire le point sur ces problèmes, adopter des techniques qui varieront les points de vue et nous permetteront d'y voir plus clair.

La catharsis

Cette approche s'apparente un peu à l'écriture libre mais c'est une approche beaucoup plus émotive. L'écriture cathartique permet le déversement libre des sentiments et des émotions – vous savez, ces moments où l'on a l'impression que notre crayon à une vie bien à lui, où l'on écrit en étant à peine conscient des mots qui se dessinent sur la page et où la relecture est plus une surprise et découverte qu'un retour sur soi... C'est là où on laisse toutes les émotions s'enfuir et s'exprimer, sans censure, sans scrupules.

Dans mon cas, j'utilise cette technique sans même m'en rendre compte. D'une phrase à l'autre, je sens que j'écris tout à coup différemment, que la conscience s'est tue et que c'est un autre aspect de moi qui parle. Cet aspect trouvera son chemin, s'il a quelque chose à dire, mais il est parfois bon de le forcer à se manifester. Respirez un grand coup et puis laissez tout derrière. Ensuite, écrivez et ne pensez plus à rien.

Les lettres non-envoyées

Pensez à quelqu'un à qui vous n'avez jamais réellement été capable de parler. Qu'avez-vous besoin de lui dire ? Il n'y a aucune limite, et personne ne vous en tiendra rigueur. Juré, votre journal ne parlera pas !

Il peut être intéressant d'utiliser le journal pour exprimer à certaines personnes des choses difficiles à exprimer en face à face. Certains utiliseront également les lettres non-envoyées pour exprimer leurs pensées à des gens disparus. Ce peut être une bonne façon de dire au revoir, de fermer une porte qui refuse d'être tout à fait fermée... Les lettres sont une bonne façon d'agir, même lorsque la situation nous rend impuissant ; l'écriture est une forme d'action, même si elle ne se concrétise pas toujours. Les lettres non-envoyées permettent de tout dire, quite à faire du ménage dans ses pensées par la suite. C'est une écriture qui permet de se défouler, de tout balancer sans s'inquiéter des réactions. Elles peuvent également permettre de se clarifier les idées avant de dire ce qu'on a sur le coeur une bonne fois pour toutes – un peu comme une répétition générale !

Les lettres non-envoyées sont écrites pour quelqu'un, mais elles sont à vous. Elles peuvent être détruites par la suite – c'est même parfois préférable !

La réflexion et l'écriture médiative

Difficile à décrire, cette écriture toute paisible et si apaisante. C'est en fait plus un état d'esprit qu'une technique – comme c'est souvent le cas ! Il s'agit tout simplement de s'isoler, de se donner du calme et, surtout, de libérer son esprit. On associe souvent l'écriture à l'érudition, à la pensée ; essayez de faire taire cette partie de vous. Ne soyez plus rien, videz votre esprit. Et puis écrivez, question de voir ce qui se passe lorsque la petite voix de la raison se tait.

Puis, souvent, après avoir tenu un journal pendant une certaine période, on a parfois envie de le relire, ou simplement de revenir par écrit sur ce qui s'est passé. La méditation fait alors place à une forme de réflexion qui tend à faire le point, qui pose des questions, qui cherche à comprendre. La réflexion rassure, donne un sentiment de sagesse. C'est un questionnement, une exploration constante. J'écris souvent de cette façon, personnellement.

L'équilibre, donc ; la réflexion cherche à savoir, la méditation admet qu'elle ne sait pas. Mais ce sont deux états d'esprit qui servent l'écriture du journal de façon presque magique.

Le jeu des points de vue et le dialogue

Le dialogue vous permet de voir le monde avec les yeux de quelqu'un (ou de quelque chose !) d'autre. Il s'agit d'écrire une conversation dans laquelle vous répondez pour l'autre – ou vous permettez à l'autre de répondre à travers vous. Tous les points de vue sont alors représentés et ont voix au chapitre. C'est une technique qui peut paraître très inconfortable ; on tend à n'écrire que ce qui est vrai, ce qui fut réellement. Mais pourquoi s'astreindre au réel, qui n'est pas toujours ce que nos yeux prétendent voir ? Jouer le rôle de quelqu'un d'autre peut parfois s'avérer très éclairant ! C'est se forcer à penser autrement, à se mettre dans la peau d'un autre et c'est également se permettre d'être tout ce que nous sommes. Laisser les autres parler à travers vous, permettez-vous d'explorer des perspectives étrangères.

George Sand écrivait un journal dans lequel elle tenait des conversations avec sa personnalité masculine, par exemple. Il n'y a vraiment pas de limites aux dialogues que vous pouvez avoir. On peut retourner dans le passé, discuter avec l'enfant que nous étions, avec un ami perdu, un parent décédé. De tels retours en arrière peuvent permettre d'exorciser des événements passés, ou d'éclairer des situations laissées ambigues. On peut également se permettre de régler des comptes, tout en laissant les autres répondre, ne serait-ce que virtuellement. Et pourquoi ne pas se projeter dans l'avenir et questionner ce que l'on deviendra ? On peut dialoguer avec des objets, même! Que rien ne vous arrête.

Liens d'intérêt en journal-thérapie

Il s'agit ici d'un organisme mis sur pied par Kathleen Adams, "the diary queen". Si vous ne croyez toujours pas aux vertus du journal comme guérisseur, ce site s'emploiera à vous convaincre de ses bienfaits. Les Américains semblent raffoler des ateliers de journaux intimes de ce genre. Un site intéressant, sur une vague qui n'a pas encore déferlé au Québec.

Poetry therapy
L'Intimiste a été créé en avril 1997 et mis à jour le 4 novembre 2000 par Michèle Senay
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Published by Michèle Senay - dans Autofiction
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 07:00
Fractal goutte détouréePremier recueil
Chapitre 4
Première partie
Militantisme
Cette année 1988 serait pour elle une grande avancée personnelle. Comme une gamine, elle voulait un diplôme, presque comme Georg, pour lui faire honneur, car elle n’avait pas de diplôme de fac, parce qu’elle n’avait pas pu et pas choisi cette voie. Camille pouvait faire ses visites guidées en même temps que les cours de l’École du Louvre et subvenait donc à ses besoins. En passant ses examens à l’arraché, avec de grands coups de chance et beaucoup de destruction aussi, il lui arriva des incidents étonnants.

En cours de préhistoire, elle avait eu comme sujet : l’armement offensif et défensif à l’âge du fer. Qu’avait-elle fabriqué pour rendre une copie de huit pages bien documentée – elle connaissait très bien le musée de Saint-Germain-en-Laye, le haut lieu de conservation des armes de l’âge du fer – pour concocter un hors sujet au point de se payer un zéro virgule cinq sur cinquante ?
Camille réitérait ainsi son échec après celui du baccalauréat de français pour lequel elle avait opté pour un commentaire de texte sur Le Grand Meaulnes. Quel enchantement ! le mirage de l’amour inaccessible et elle se souvenait d’avoir été là, d’avoir vu Brigitte Fossey lorsque Jean-Gabriel ALBICOCCO était venu tourner son film dans l’école juste en face de la maison de ses grands-parents. Pour sûr, ce n’était pas elle qui passait l’examen, mais l’autre qui inventait un autre commentaire. Il y avait celle qui fantasmait et l’autre qui luttait. Bien évidemment qu’elle connaissait le texte par cœur, qu’avait elle bien pu raconter pour ramasser un quatre sur vingt, coefficient quatre. Irrécupérable ! Camille ne se souvenait pas de ce qu’elle avait écrit, et en sortant, elle était plutôt contente d’elle.
La sentence était tombée un mardi de juillet alors qu’elle était en Allemagne chez ses parents. Elle était toujours surprise en revoyant ses copies de constater des hors sujets flagrants et tellement proche de son sentiment personnel. Plus tard, pour une examen de catalogage Dewey le titre du livre à cataloguer sera : Vivre avec un déprimé. Le commentaire du correcteur à la réponse de Camille : « Vous ne pouvez combiner deux indices principaux, que lorsque la table vous en donne l’instruction ». Camille s’était mêlée de trouver aussi important le fait de vivre que celui d’être déprimé. En l’écrivant, elle ne s’était rendu compte de rien. Ce fut encore un zéro.
Alors qu’elle avait entrepris de monter un dossier de presse sur la prescription du viol par inceste, elle n’avait pas noté qu’il y avait là trois mots clés : prescription, viol et inceste. Pour ce travail un seul mot clé était demandé. Elle eut encore un quinze sur quarante hors sujet. Le dossier était cependant parti à l’assemblée nationale pour aider sa députée à décider du vote qu’elle aurait à faire.
C’étaient des cours travaillés dont il ne restait rien le jour de l’examen, ou même cette page blanche qu’elle avait noircie la veille et qu’aujourd’hui elle lisait froidement pour la première fois comme une correctrice. L’oubli, le vide intérieur, vierge de tout : de savoir, d’histoire, de passé, de mec. Surmonter ces mauvaises notes inexistantes lorsqu’elle travaillait avec des groupes toujours brillants car elle savait choisir ses partenaires et savait les motiver, mais catastrophiques lorsqu’elle jouait une partition en soliste. Le questionnaire à choix multiples final devait lui permettre d’arrêter de tout oublier ; il restait forcément des traces d’une année d’étude. Arrête d’être morte, tu n’y peux rien, tu es encore en vie. Laisse ta tête ouverte, ne réfléchis pas, tu l’as déjà fait, ne te bousille pas. Elle sera à toi toute seule cette note. Appuie-toi sur cette colère à laquelle tu as droit, celle de n’avoir jamais eu de diplôme et conclue brillamment : trente-huit sur quarante.

La fac c’était avant et ça avait été un échec. Camille avait choisi l’anglais étant donné qu’elle revenait de Boston et qu’elle se débrouillait bien, mais elle n’avait pas encore assez d’estime d’elle-même pour arriver à réussir ses examens. Pas de légitimité pour avoir le droit d’être là. Une impression de ne pas y être. S’évaluant trop nulle pour se permettre d’être brillante, la grande conséquence du viol pour elle, était celle-là : trop nulle. Un truc incroyable que d’aucuns ne pouvaient comprendre.
Georg était à cent mille lieux de soupçonner ce problème. Aidant pourtant, il l’interrogeait sans comprendre vraiment ce qu’elle fabriquait. Camille lui faisait un bel exposé sur un texte de Shakespeare, qu’ils travaillaient ensemble, et comme elle commentait son travail en cours, elle obtenait un honorable seize sur vingt. Pourquoi, avec le même texte pour les partiels, ramassait-elle un deux sur vingt éliminatoires ? Camille compromettait une possible réussite, le poids de la mésestime d’elle-même était encore trop lourd.
Extrait d’un tapuscrit en cours : Interdits ordinaires.

Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires
 
Premier recueil – Passé
Premier recueil – Première partie : Le bonheur
 
Chapitre IV : Une larme trop tard
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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 12:44
Fractal goutte détouréeSecond recueil
Le cancer sans crier gare


Campée sur une définition médicale elle se rassurait : « Tumeur maligne due à une multiplication anarchique des cellules d'un tissu organique. » Elle intellectualisait et cherchait des métaphores : « Emprunté au latin cancer "écrevisse, crabe" » Elle avait la trouille et ne cessait de s’invectiver intérieurement.

« Oh, tu nous casses les pieds avec ton "jus de crâne" ! Moi je suis d’accord avec Sartre : "La littérature moderne, en beaucoup de cas, est un cancer des mots."
–    Quant à la quatrième constellation du Zodiaque, et le Tropique du Cancer, tu en fais quoi ?
–    Parce que Georg est du signe du Cancer ?
–    Parce que mon cerveau essaye de tuer mon cœur.
–    Ça, ma vieille, c’est le syndrome du cœur brisé, mais tu exagères, ça fait dix ans, avec le temps ?
–    Le temps ne change pas la réalité. Pour moi, seules les actions changent le cours des choses. L’inertie ne crée rien de nouveau. »

La confiance en la vie était restée, pas en sa vie à elle, mais en celle de son compagnon, de ses enfants, de ses amis, de ces vies dont elle faisait partie.

Le Pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne l’avait marquée. Bien sûr qu’elle l’avait oublié, mais il revenait sur le devant de la scène, austère grisaille, défaite par une lumière vive de force et d’espoir. Volonté de l’homme qui résiste avec philosophie et ténacité aux tourments de la maladie et de l’histoire. C’est l’amour de toute chose, elle avait quinze ans et Marie lui avait donné ce livre qu’elle prétendait incontournable.

Extrait d’un tapuscrit en cours : Interdits ordinaires.

Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires
 
Premier recueil – Le Passé
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 12:09
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ET SI...


Des fois j'ai envie de rire, alors comme on parle beaucoup de pardon, je me suis demandée pourquoi Adam a oublié d'employer ce petit mot magique auprès de son créateur au lieu de se cacher comme un malpropre. Peut-être que Dieu ne le lui avait pas appris ce petit mot, et c'est bien dommage. Alors là ce serait à qui la faute ? Il y a des mots que les enfants ne peuvent pas inventer. Car si au lieu de se cacher et de balancer la faute sur sa copine, il avait parlé, peut-être que nous n'en serions pas là où nous en sommes aujourd'hui, et peut-être même que l'arbre de la connaissance, nous y aurions eu droit. Si Adam avait reconnu qu'il était un peu goinfre sur les bords et un peu trop curieux et qu'il ne savait pas résister à sa compagne, si Eve avait reconnu qu'il ne faut pas manger n'importe quoi, même si on vous dit que ça ne fait pas grossir... Si elle avait dit qu'elle avait oublié qu'il ne faut jamais accepter un bonbon de quelqu'un qu'on ne connaît pas, et si ce quelqu'un avait reconnu que tout ça c'était de sa faute à lui, parce que ça ne lui plaisait pas du tout d'habiter dans la zone, alors peut-être que... Peut-être que la "chute" n'aurait pas eu lieu.

René Magritte : le Château des Pyrénées
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Published by Catherine Lestang - dans Pardon
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 08:20
Avait-il des copies et les originaux des lettres ? Sa mère avait tout détruit, alors même s’il n’avait rien oublié, avait-il droit à la vérité ? entre parenthèse (je n’ai pas oublié) ce qui restait bien présent et leur redonnait un point commun : la souffrance du non-oubli. Elle voulait le revoir alors qu’il avait échafaudé toutes sortes d’écran de protection, elle ne voulait pas accepter et boucler leur histoire. Comme il n’avait aucun devoir et n’avait pas droit à la vérité, Camille pouvait donc utiliser le mensonge pour sauver sa vie à elle. Georg porterait sa « croix », celle qu’il « croyait » qu’elle comprendrait. La reconnaissance de leur grand amour laissait supposer une souffrance chez Georg, de celle que quiconque n’ayant reçu la foudre ne peut comprendre à moins d’avoir la simplicité d’accepter l’inconnu. L’amour fou interdit fait partie de ces choses qui vous arrachent à la vie.
Ces histoires trop fortes, le viol par inceste et le grand amour foutu, laissaient Camille perdue, sans passé, rien ne s’était imprimé et même maintenant, pas de traces, l’oubli pour rien, le vide intérieur pour être sure de ne pas exister, de n’avoir été active en rien, juste trainer la culpabilité d’un éventuel désir étouffé. Parce que la culpabilité, elle ne l’oubliait pas et quand son père avait laissé un message : « Serais à Paris vendredi, vingt heures Odéon », elle y était allée, pleine d’espoir de rien et gênée de porter une perruque. Elle avait appris par sa sœur qu’il avait fait des examens au Val de Grace pour son pace-maker.
« On va voir Sarabande  d’Ingmar Bergman.
–    Alors tu sais que ça a vraiment existé ?
–    Oui je sais et toi aussi tu sais.
–    Non je ne sais pas.
–    Tu l’écris dans tes livres.
–    Et je l’oublie.
–    Ne l’occulte plus maintenant et tu chasseras le cancer.
–    Et toi tu retrouveras ton cœur ? »
Muet, le plus souvent muet, il s’était exprimé. Après le film, Camille avait osé lui parler de son grand-père maternel parti dans une rupture d’anévrisme à soixante-quatre ans, lorsqu’il s’était rendu compte de son impuissance et de l’ampleur des dégâts. Camille avait seize ans et l’impression qu’elle tuait les gens lorsqu’ils apprenaient.
Elle lui avait dit qu’elle ne lui pardonnerait pas. Il lui avait dit qu’il ne lui avait pas demandé. « Quand je te demandais pardon quand ça arrivait, ça ne me coûtait rien, j’étais incapable de m’arrêter, maintenant je sais que c’est impardonnable, et je sais aussi que tu ne m’as pas traîné au tribunal. » Elle ne souffrait plus de lui, de son souvenir brûlant d’intimité, elle l’avait remis à sa place : un homme parmi les autres.
Extraits d’un tapuscrit en cours : Interdits ordinaires.
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Published by E.T. - dans Pardon
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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 07:49
Fractal goutte détouréeAu milieu de tout ça, il y avait les cours d’italien le permis de conduire et les horaires de fonctionnaire. Camille savait que ce n’était pas le travail de sa vie, mais son gagne-pain, sa clé pour obtenir la permission d’avoir un enfant de Georg, pour s’inscrire dans la société et retrouver le fil d’une ascendance ayant droit à une descendance. Aucune des militantes, aux fonctions bien établies, ne lui serait venue en aide pour l’obtention d’un poste plus en accord avec elle-même. Après les opérations du cancer et l’immobilité de son bras, elle avait été déclarée handicapée. Lorsqu’elle se présentait pour un emploi, personne ne faisait rien pour elle, incapable de pleurer misère et que ça se voit, bien au contraire, elle savait qu’il ne fallait pas que ça se voit parce que chaque futur employeur était un agresseur potentiel qui savait flairer sa proie et elle n’avait aucune idée pour se sortir de cet était de proie. Les femmes qui l’entouraient n’avaient pas vu qu’elle avait arrêté le militantisme après la séparation d’avec Georg et n’avaient pas compris qu’elle entrait dans une déprime invisible, donc elles l’ont laissée glisser au fond de son trou. Finalement, seule son éducation, que les autres taxaient de bourgeoise, lui avait permis de se tenir droite.
Le vingt-deux novembre 2006, Emmanuelle, présidente de l’association et médecin active au sein du planning familial, recevait l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur. Ce jour-là, les dames fêtaient les vingt ans du collectif dans les salons du ministère de la rue de Grenelle. Camille ne les avait pas revues depuis quinze ans, mais elle irait, juste parce qu’elle était encore en vie, parce qu’elle avait survécu à ce quatorze juillet au champ de Mars, à Briançon lorsqu’elle avait quinze ans, et que son père avait reçu la Légion d’honneur pour de hauts faits d’armes en Algérie… pour elle, il ne s’agissait que d’avoir « cassé du Bougnoule ». Il l’avait violée la veille et recommencerait le lendemain… Cette décoration n’était qu’une escroquerie à ses yeux, un « bras d’honneur » à l’honnête citoyen.
Impressionnante, très impressionnante la prise d’armes pour ce « héros » muet… on ne savait pas ce qu’il avait fait, on l’entendait sans qu’il parle. Faire la paix avec cette institution que Camille respectait, le seul legs estimable que lui ferait son père. La maison d’éducation de la Légion d’honneur serait presque un bonheur pour ses filles ; paradoxalement, un pensionnat de jeunes filles, un endroit où pouvoir se construire sans les garçons. Camille savait faire semblant. Sa retenue était, en conséquence, une douleur qu’elle avait ravalée, incapable de se protéger elle-même. Pour les autres, ses enfants, par exemple, elle y parvenait fort bien dans une douceur enfouie, quoique ne cessant d’avoir peur.
Dans les salons du ministère, il n’y avait pas ou peu de femmes qui avaient subi les viols par inceste. Il y avait des militantes, beaucoup de militantes et la ministre a demandé à celles qui avaient déjà leur décoration de venir devant. Elles étaient nombreuses. Elles avaient une belle place dans la société. Camille avait demandé des nouvelles des unes et des autres de ses sœurs du malheur : elles étaient devenues rien, entre l’intérim et le mal de dos. Elles avaient eu un espoir en entant dans le militantisme tout en s’attendant à être exploitée à nouveau – elles en parlaient entre elles et quand elles en avaient parlé aux piliers de l’association, les dames furent toute ouïe et même compréhensives et efficaces : à chaque intervention correspondait un fiche de paye. La tentation avait été grande de se servir de ces femmes qui viennent demander de l’aide, comme porte-étendard de la cause. L’éloquence de leur témoignage était telle qu’on était porté à en faire un discours social, à le transformer en un symbole qui servira à faire changer les choses, à faire condamner les responsables et même à stimuler les cotes d’écoute. Comme la personne elle-même a besoin de parler de son expérience, de raconter son drame, elle peut sembler complice de cette utilisation qui devient, au fond, un nouvel abus.
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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 22:21
L'Alsace.fr – 1er août 2009

Le Dr Dominique
Provost, psychiatre d’enfants et d’adolescents : « Les agressions sexuelles provoquent chez les enfants une confusion totale : il n’y a plus de différence entre le bien et le mal, la position d’adulte et celle d’enfant. »
Ph
oto Jean-Marc Loos.

Les mises en examen et les condamnations pour viol et agressions sexuelles sur mineurs sont nombreuses, dans notre région et ailleurs. Quelles sont les conséquences pour les victimes ? Explications du Dr Dominique Provost, psychiatre d’enfants et d’adolescents à Strasbourg.

 
 

Vous êtes souvent sollicité comme expert auprès de la cour d’assises de Colmar et vous avez dirigé le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital de Rouffach. Quelles sont les conséquences des agressions sexuelles sur les enfants ?

Se faire agresser est toujours un traumatisme. L’agression au sein de la famille, par un père, un beau-père, un grand-père, un oncle est plus grave qu’une agression sur un parking par un inconnu. Ce qui est traumatisant, c’est le degré de perversion de l’acte.

L’agression n’est souvent pas violente dans les faits, elle peut se dérouler dans une ambiance de jeu. L’agresseur prédateur dit à l’enfant que ce qu’ils font ensemble est bien mais qu’il ne faut en parler à personne. Ces deux messages sont contradictoires et provoquent un conflit psychologique insurmontable chez l’enfant, une confusion totale. Il n’y a plus de différence entre le bien et le mal, entre la position d’adulte et celle d’enfant. L’enfant pense que l’adulte a toujours raison et que ce qui lui arrive est de sa faute.

De son côté, l’agresseur pervers connaît l’interdit mais nie l’avoir franchi : il dit que ce n’est pas lui qui est l’auteur de l’acte, et s’il l’a commis, c’est de la faute à l’enfant.

Quand deux enfants « jouent au docteur », ils pratiquent des jeux sexuels anodins qui font partie de la découverte de leur corps. Quand il y a relation entre un adulte et un enfant, il y a problème car ils ne jouent pas dans la même cour : l’adulte et l’enfant ne font pas la même chose, l’investissement psychique n’est pas le même.


Quels risques courent ces enfants agressés ou violés ?

La psychiatrie n’est pas une science prédictive, mais une science du passé. Quand les psychiatres prédisent, ils se trompent souvent. Ils ne peuvent qu’expliquer les parcours de vie du passé. Certes, il peut y avoir des suites graves pour un jeune soumis à un traumatisme important, mais il y a aussi possibilité de réparation. Il est vrai que des victimes peuvent devenir à leur tour agresseurs ou éprouver des difficultés dans leur vie sexuelle d’adulte, mais ce n’est pas le cas de toutes les victimes.

Il ne faut pas oublier la capacité de résilience de chaque personne, c’est-à-dire la capacité de rebondir, de dépasser l’événement. La thérapie n’est pas un passage obligé pour toutes les victimes, c’est plutôt une réponse à l’angoisse de l’entourage et de la société, un accompagnement. Les parents sont persuadés que leur enfant est détruit.


L’enfant ne révèle pas toujours les faits. Y a-t-il des signes qui indiquent qu’il a été abusé ?

Il peut y avoir des changements de comportement dans la famille, à l’école, avec les camarades. Mais aucune étude n’a pu mettre en évidence des signes réellement indicatifs. Le non-dévoilement des abus ne prédispose pas obligatoirement à de grandes difficultés. On observe que des personnes qui ont dévoilé très tardivement des viols, vingt ou trente ans après les faits, ont eu des parcours de vie pas trop mauvais.

Il n’y a pas de certitude absolue, si ce n’est que la reconstruction ne peut se faire qu’après la fin des abus.

Comment prévenir les enfants des risques d’abus ?

C’est compliqué parce que l’enfant ne peut recevoir l’information sexuelle que quand il y est lui-même préparé. Ce qui est important, c’est que les parents respectent la vraie place de chaque génération dans la famille et la juste place du corps. À partir du moment où ils demandent au jeune enfant de se laver seul, l’enfant apprend qu’il y a quelque chose de plus intime : des limites sont posées.


À qui s’adresser en cas d’agression ?

Toute personne qui a connaissance de sévices est tenue de les signaler au procureur de la République, au président du conseil général, à la police ou à la gendarmerie, sous peine de se rendre coupable de non assistance à personne en danger : on ne peut pas laisser un agresseur sexuel continuer ses agissements. Les parents peuvent aussi s’adresser aux associations Themis ou Accord 68 pour se faire accompagner, eux et l’enfant, dans un parcours long et difficile à vivre.

Propos recueillis par Elisabeth Schulthess


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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 07:57
Fractal goutte détourée  Premier recueil : Le passé

Première partie :  Le bonheur
Chapitre 4 : Une larme trop  tard

3ème partie

1989, la sortie de l'anesthésie

  Toute seule, elle ne pouvait se sortir du chantage. Claude se souvenait du dernier viol. Tout avait commencé par un petit matin prometteur sur le port du Havre. Elle était partie avec son père pour aller ramasser les tendelets pleins d’écrevisses. Au Havre, c’est là que Sartre avait écrit La Nausée. Sur le chemin, elle avait réussi à dire à son père qu’elle reviendrait moins souvent parce que Bertrand était entré dans sa vie. Il avait ralenti, ses mains tremblaient sur le volant. Il avait arrêté la voiture au milieu de centaines de conteneurs. Au rythme de son halètement, il avait rabattu le siège du passager et s’était glissé entre ses cuisses en la tenant plaquée allongée d’un bras gauche métallique. Il n’avait pas son regard laineux, ses yeux étaient plus de peur et elle avait pu les fixer. « Je n’y arrive pas ! » avait dit son père et elle riait pendant qu’il pleurait.

Elle s’était dédoublée, debout à côté d’elle-même, mais pas très loin cette fois. Ensuite, elle observait cette scène d’un homme coincée sous le tableau de bord de la voiture et elle qui le toisait. Son autre moi avait pu se dégager pour se caler dans le fond de la banquette arrière les genoux repliés sous son menton. C’était fini.

Elle était descendu de la voiture et avait tendu l’oreille. Son propre hurlement de rire qui roulait en écho métallique sur les conteneurs. L’air du large lui fouettait le sang. Elle venait d’avoir vingt-quatre ans et émergeait de quinze ans d’anesthésie.

Extrait d’un tapuscrit en cours : Interdits ordinaires.

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