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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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Logo-hommes-et-faits.jpgLe concept de résilience est d’abord introduit en 1969 par Fritz Redl. Dans les années 80 plusieurs ouvrages consacrés à la résilience ont paru puis des études furent conduites aux États-Unis dans les années 90 sous l’influence de Emmy Werner et John Bowlby.

Aujourd’hui on compte des instituts de résilience en Hollande, des universités de résilience en Allemagne. Au Québec le chef de file des études sur la résilience est le docteur Michel Lemay et en France, à partir de ses recherches sur le comportement animal et humain et disciple de John Bowlby, Boris Cyrulnik s’impose comme spécialiste en la matière. Il pense la résilience en termes de série d’attitudes de protection et comme potentialité créatrice, développement de certaines facultés qui permettent la transformation psychique de la souffrance humaine.

Si le terme de résilience est employé couramment, ses significations s’appliquent à de nombreux domaines. On parle ainsi de résilience morale, résilience physique, résilience sociale, résilience culturelle…

Quelques définitions :

• Du latin rescindere : action d’annuler ou résilier une convention, un acte

• Sens juridique : renoncer, se dédire

• En métallurgie : capacité des matériaux à retrouver leur état initial à la suite d’un choc ou d’une pression continue

• Trad. dic. anglo-saxon : ressort moral, qualité de quelqu’un qui ne se laisse pas abattre

• Informatique : qualité d’un système lui permettant de continuer à fonctionner en dépit de défaut de l’un ou plusieurs éléments constitutifs.

• Écologie : capacité de récupération ou régénération d’un organisme ou d’une population.

• Socio-économie : capacité intrinsèque des entreprises, organisations, communautés à retrouver un équilibre

• Anthropologie : possibilité pour certaines ethnies, sociétés, langues ou systèmes de croyance de conserver des traces de leur patrimoine

• Médecine : relation avec la résistance physique, les phénomènes de guérison spontanée et de récupération soudaine

• Psychologie, victimologie, criminologie : solidifier les aptitudes à rétablir un équilibre émotionnel par une meilleure compréhension du ressort psychique

• Psychopathologie : aptitude des individus et des systèmes à vaincre l’adversité ou une situation de risque

En psychologie, la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

La notion de traumatisme psychique est assez récente et depuis la seconde guerre mondiale la vie s’est organisée autour de l’élimination des risques. Si une partie du monde est exempte des atrocités et des catastrophes naturelles, la notion de traumatisme inclue également la maltraitance, les violences éducatives, les violences sexuelles, agression…La menace guette aussi à travers le discours social car pour qu’il y ait traumatisme il faut que la personne aie vécu la blessure mais également qu’elle se perçoive comme victime. Le regard des autres, par une tendance systématique à victimiser la personne qui a vécu une expérience traumatique le condamnent à rester une victime toute sa vie : ces adultes sont victimes du regard social qui génère le sentiment de honte, du genre : " tu as été violée, tu es souillée et du coup tu vaux moins que les autres ", cette souffrance interne de honte, ce sont les autres qui la provoquent(B. Cyrulnik).

Pour que la personne blessée mette en place des mécanismes de défenses psychologiques et comportementales qui lui seront bénéfiques et utilise ses ressources internes, il est nécessaire de poser d’abord le constat que l’on peut se sortir de situations désespérées. Un traumatisme est réparable même s’il n’est pas réversible et il existe chez l’être humain des stratégies adaptatives qui visent à moins souffrir.

Des facteurs de résilience

Certaines études au sein de groupes exposés à la guerre, la pauvreté et la maladie chronique montrent 3 grandes catégories de facteurs favorables à la résilience : facteurs individuels (ressources de la personnalité), familiaux (transactions humaines de qualité), de soutien (capacité de trouver du soutien dans le réseau social)

On évalue les capacités résilientes à partir de 7 facteurs fonctionnant comme indicateurs de résilience :

  •           Perspicacité
  •           Indépendance
  •           aptitude aux relations
  •           initiative
  •           créativité
  •           humour
  •           moralité

et les variables susceptibles d’inhiber les processus résilients :

  •           intensité du trauma
  •           soudaineté de l’agression
  •           état de santé mentale préalable au trauma
  •           absence de liens sociaux, professionnels et culturels.

Certains traits se présentent comme des facteurs de protection contre les comportements déviants :

  •           l’estime de soi, la confiance, l’optimisme et un sentiment d’espoir
  •           l’autonomie ou un sens d’auto développement
  •           l’endurance ou la capacité à combattre le stress
  •           la sociabilité
  •           la capacité de vivre une gamme d’émotions
  •           des attitudes positives permettant de faire face à des problèmes et de les résoudre

De nombreuses variables sous jacentes font encore l’objet d’études notamment pour distinguer celles qui relèvent de la protection directes et celles qui engendrent des effets d’interaction.

Une personnalité résiliente ?

La recherche démontre que la capacité de résilience est liée à l’édification d’un attachement sûr, commence dès les premiers jours de la vie, et laisse ainsi entrevoir la notion de personnalité résiliente. Si les enfants commencent tous leur vie équipés de leur propres potentialités qui vont leur permettre d’exister au plan physique et psychologique certains facteurs favorisent une évolution résiliente :

-         l’intelligence et le tempérament de l’enfant

-         le milieu affectif qui l’entoure et dans lequel il baigne depuis sa prime enfance

-         la qualité environnementale et le niveau de soutien

Toutefois la notion de personnalité résiliente est à nuancer car le concept de résilience est devenu représentatif d’un monde où la santé est devenue une valeur fondamentale à l’édification sociale individuelle et collective.

Un tremplin vers l’avenir

Il importe de développer les recherches sur la résilience pour mieux comprendre ces processus et aider les enfants traumatisés et les professionnels qui les soutiennent dans une démarche de soins.

La victime de maltraitances élabore des mécanismes de défense qui enrayent son développement par un surcroît de dépense d’énergie psychique aux dépens d’autres fonctions psychologiques et peut durer tant que ne sont pas élaborés des espaces de mise en parole de ses souffrances.

Un travail verbal, la bienveillance de l’écoute et l’empathie peuvent faire émerger un processus résilient et mettre le psychisme au travail au moyen de stratégies thérapeutiques telles que le transfert, le contre-transfert, l’association libre, les mots, l’écriture, les rêves… « Le récit est un travail sur l'émotion. Après l'avoir raconté on éprouve autrement le drame passé inscrit dans la mémoire.  (Cyrulnik B, les nourritures affectives)

Soulignant le rôle fondamental de l’environnement dans le processus de réparation et la capacité des enfants résilients à utiliser spontanément des ressources similaires à celles des techniques psychothérapeutiques (cf. méthode associative) Boris Cyrulnik soutient l’importance d’une dynamique culturelle active à travers la pratique artistique mais aussi la mise en place de lieux d’expression de ces pratiques :  Je fais partie de ceux qui pensent que l’on n’est pas obligé de raconter son secret sur la place publique pour aller mieux. On peut, que l’on soit adulte ou enfant, utiliser le para-dit en écrivant, en mettant en scène…on se libère de son secret sans pour autant le dire. Les enfants résilients deviennent de grands créatifs, et transforment leur blessure en œuvre d'art pour mettre une distance entre eux et leur traumatisme : ils sont souvent écrivains, comédiens. Certains se tournent vers les autres, et veulent s'engager socialement (œuvres humanitaires, éducateurs de rue…), ou s'orientent vers de longues études (souvent en psychologie) : ce qu'ils veulent avant tout, c'est devenir l'auteur de leur destin. Ce sont des décideurs parce qu'ils n'ont rien décidé de leur enfance.

(Cyrulnik B., sur )

 

Mais si la capacité de résilience est un développement d’adaptation psychologique permettant de transcender ses blessures - engendrant parfois d’autres souffrances (sentiment d’étrangeté, isolement, marginalisation…)-, enfouie dans l’inconscient celle ci est vive et nécessite que le sujet mette en place un processus de résilience tout au long de sa vie.

Elle ne suffit pas pour guérir.

Adaptation à l’environnement ou environnement adapté…

Élargissant le concept les cliniciens posent la question d’un environnement sain et moins stressant visant la promotion de la santé plutôt que son traitement. Reposant sur des théories et des fondements rigoureux la résilience est une faculté naturelle dont il apparaît opportun de soutenir les mécanismes par différentes stratégies dans les domaines de la santé publique et de l’éducation et rendre propice l’émergence d’un écosystème favorisant une meilleure adaptation. Ceci vient appuyer le propos et  la notion de traumatisme d’ampleur soutenus par Alice Miller : les partisans de la résilience s'occupent du sommet de l'iceberg et non de la partie cachée (qui pourtant alimente sans cesse la partie émergée).  Il faut savoir que sans témoins lucides, sans l'assistance d'une société consciente et éclairée, les enfants battus " normalement " restent seuls avec leur souffrance réprimée, et c'est pourquoi, toute leur vie, ils seront persuadés qu'ils ont été battus pour leur bien. Ils ne peuvent développer ni la conscience du mal, ni la résilience. 

Mais qu’en est-il exactement de cette « furia » adaptative ?

Si la collaboration de chercheurs et d’acteurs de disciplines différentes autour d’un même concept est souhaitable puisqu’elle est significative d’une volonté d’adopter un point de vue éducatif plus que curatif, il est intéressant que l’objet en soit un concept qui permet d’étudier par quels mécanismes certaines personnes résistent aux divers traumatismes endurés. 

Or, si la résilience reste une formidable ressource naturelle et un espoir d’a-venir, outil d’anti fatalité du malheur il reste à s’interroger sur l’engouement qu’elle suscite. En effet, cet engouement ne serait-il pas représentatif d’une réponse à l’angoisse provoquée par certains évènements (cf. 11 septembre 2001, guerre d'Iraq…) et leur médiatisation outrancière ? D’autre part une promotion surabondante met l’accent essentiellement sur l’aspect de la responsabilité individuelle et occulte ainsi des difficultés de plus en plus grandes à créer et gérer des ressources sociales collectives. La résilience vient ici au secours de l’État et des institutions défaillantes.

Enfin, la résilience vient questionner le psychothérapeute qui devient lui même un outil d’émergence des capacités résilientes. Dès lors il convient de s’interroger sur la nécessité de développer des thérapeutiques spécifiques mais aussi sur les modalités d’intervention  du thérapeute : en effet, celui ci devient-il un « psycho éducateur » en favorisant cette émergence dans la perspective du risque de trauma ? Et dans ce cas, n’est-il pas amené à agir sur le collectif et transformant ainsi le psy en  fabricant de populations  résilientes capables de « rebondir » en cas de catastrophes naturelles, perdant en même temps toute neutralité ?

 

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