Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Autofiction Inceste Résilience
  • Autofiction Inceste Résilience
  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
  • Contact

Wikio - Top des blogs

Wikio - Top des blogs - Divers

Recherche

Ma Page sur Hellocoton

Retrouvez Auteure anonyme sur Hellocoton
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 15:44

Rien-vu-rien-entendu.jpgCouv' réalisée par Sanrankune Deuxpointzero
Bande Dessinée satirique sur l’inceste et la pédocriminalité.
Graphistes, scénaristes, coloristes, 30 intervenants se sont attelés à un travail REMARQUABLE !

Imaginez une révolte de moutons noirs décidés à décortiquer l’un des sujets les plus tabous de notre société : celui que personne ne veut ni voir, ni entendre : le viol des enfants.

Accompagnez ce troupeau hors du commun, sur les chemins tortueux d’une vérité concernant notre société contemporaine, racontée avec une pointe d’humour, de sarcasme, d’agacement, de colère et de poésie.

Investissez ce livre de votre regard, de vos pensées, de vos commentaires, de vos ricanements.

Soyez choqués, attristés, abasourdis, indignés mais que plus jamais ce sujet ne vous laisse indifférents.


Sortie Avril/mai 2012

Pour commander le livre, cliquez sur la couv' de la bande dessinée

Repost 0
Published by E.T. Documentaliste - dans Contes
commenter cet article
19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 07:26

Logo journal international de victimologieJIDV 1 (Tome 1, numéro 1 - Octobre 2002)

Auteur : Psychologue, Psychothérapeute.

Email: v.cormon@free.fr

Comment aider les femmes victimes de viol, à remettre en marche leur montre existentielle fracassée par ce traumatisme ?

Quelle est donc la tâche du professionnel qui se propose pour ce travail ?

Accompagner la victime et l'aider à en parler avec ses propres mots, peut l'amener à réintégrer pleinement ce corps dont elle a perdu la jouissance depuis qu'on lui en a dérobé le pouvoir. Mais parler suppose un autre, des autres qui entendent des paroles qui n'ont au départ aucun corps pour les contenir, qui s'évanouissent si personne ne les recueille.

L'image du professionnel pourrait être celui " d'un ambassadeur du monde des vivants au royaume des morts ". Mort psychique mais aussi mort de parties de soi, mort de la vie émotionnelle, mort de la croyance en la bonté humaine. Pour la victime, une des plus grandes difficultés consiste à accepter l'idée que l'équilibre trouvé jusque là est perdu à tout jamais. Bien plus, le réveil des traumatismes antérieurs suite au viol l'amène à revisiter sa propre histoire. L'élaboration de cet instant de mort peut alors déboucher sur une nouvelle naissance de la personne, une métamorphose.

La sorcière Karaba, dans le film " Kirikou et la sorcière " de Michel Ocelot, en fournit l'illustration symbolique.

Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo du JIDV


Autres billets par Véronique Cormon
Karaba

 

Repost 0
Published by Véronique Cormon - dans Contes
commenter cet article
21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 06:59

Logo de Euroloup

Le loup et la louve s'élisent pour des raisons qui dépassent de fort loin, les nécessités biologiques de l'espèce. Le loup choisit souvent sa compagne dès sa première année. Parfois c'est une jeune femelle qui jette son dévolu sur un mâle. Alors elle le suit constamment, s'attache à lui, et semble l'aduler surtout s'il est plus âgé qu'elle.

Le déclenchement du mécanisme physiologique de la copulation engendre un lien puissant qui soude le couple pour la vie. Il s'agit d'amour vrai.

J'entends déjà, non pas du fond des bois, car ils y mettent peu les pieds mais, venant de quelque salon à la mode, le son du cor ricanant des rationalistes forcenés. Ces piètres théoriciens en chambre, observateurs frappés de cécité autant que de surdité, moutons de Panurge engloutis dans les flots de leur suffisance, bêlent inlassablement leur ignorance.

Une fois le ménage constitué, le mâle fait preuve de grande tendresse envers sa compagne, élue pour la vie, et à laquelle il démontrera une fidélité absolue. Pour défendre cette compagne et sa famille, il est capable de tous les héroïsmes.

Exemplaire, il accomplit son devoir paternel en nourrissant mère et louveteaux, aidé en cela par les autres loups du clan. Si d'aventure, sa compagne est blessée ou malade, le loup chassera pour elle et léchera ses plaies jusqu'à son rétablissement. Si un quelconque danger se présente, le mâle s'interposera entre celui-ci et la louve. On ne compte plus, observées en liberté ou en captivité, les preuves d'attachement entre mâles et femelles.

On a vu des loups se faire capturer ou tuer et leurs louves se rendre des dizaines de fois à l'endroit de leur disparition, jusqu'à être piégées à leur tour. Les mâles, nous l'avons vu, sont tout aussi éperdus de tristesse lorsque la mort enlève leurs compagnes. L'inceste n'existe pas chez les loups.

Eminemment sociable, excessivement paternel ou maternel avec ses petits ou d'autres progénitures sans défense, le loup dominant, à l'opposé de l'image que l'homme a voulu donner de lui, est un seigneur au sens médiéval du terme. Noble dans ses sentiments autant que dans sa conduite, ce hobereau est pourvu des caractères et des vertus qui font si gravement défaut à bien des humains. Il domine de haut la dynastie des carnassiers.

Pour lire la suite et accéder au site de Euroloup, cliquez sur le logo


Autres billets sur les contes

Le petit chaperon rouge par Alice Miller

Repost 0
Published by Euroloup - dans Contes
commenter cet article
23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 18:19
Logo-Persee.jpgRegnier-Bohler Danielle.
De Constantinople à Rome : quand parlent les portraits.
In: Médiévales, N°12, 1987.
Toutes les routes mènent à Byzance. pp. 79-81.
Revues scientifiques
Le  Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation
(La Belle Hélaine de Constantinople, note de travail)
…/…
Pour l'imaginaire du lecteur le nom même de Constantinople, claquant comme un étendard, porte les prestiges d'un Orient qu'a su relater. ou évoquer le regard d'un croisé ou d'un chroniqueur, mais le récit d'inceste que nous présente l'histoire de la Belle Hélaine, considérée comme la compilation tardive d'un conte que l'on fait remonter au XIIIe siècle et dont nous restent deux rédactions du XVe, l'une en vers, l'autre en prose, fait apparaître Constantinople comme un point de fuite. Pour dégager la signifiance des lieux, abordée ici comme étape provisoire d'une exploration de l'imaginaire spatial, il faudrait avoir l'audace de se risquer plus amplement dans l'abondance des récits dits tardifs où les errances se déroulent en des lieux dont la distribution mettrait fort vraisemblablement en relief des charges symboliques insoupçonnées. Ainsi Valentin et Orson, au XVe siècle également, assigne Constantinople comme point de fuite à la mère des deux jumeaux, lieu d'une origine longuement ignorée, enfin révélée par une tête d'airain oraculaire. Les deux héros pourront alors se rendre à Constantinople, l'un pour y régner, l'autre pour y expier le meurtre d'un père: trajet circulaire et boucle narrative que précisément le récit d'inceste ne pourra accepter.
…/…
La longue famille des filles errantes et mutilées appelle en effet les parcours géographiques irréversibles. Dans le derniers tiers du XIIIe siècle, la Manekine fait usage d'un morcellement spatial qui mène d'un palais de Hongrie, lieu du désir incestueux, à l'espace d'un mariage légitime, l'Écosse, puis à Rome, lieu de la loi, de l'aveu, de la restauration du corps familial, d'une identité définitivement affirmée de l'héroïne au poing coupé. Or dans cette tradition, le récit assignant à Hélaine pour lieu de naissance Constantinople, où se déploie la poursuite incestueuse et qui devient par suite le lieu à fuir, use d'un véritable théâtre symbolique : non la ville orientale, mais le palais familial, et surtout la chambre destinée au scénario de l'inceste. Unique aussi dans la tradition, la description détaillée du déni d'une véritable « naissance », puisqu'à la mort de sa mère, l'enfant ira dormir dans le lit de son père, qui attend son heure. Par le cadre oriental en tout cas et les connotations qu'il porte, le monde de l'imprimerie semble avoir été frappé, puisque de tous les récits de filles mutilées, la Belle Hélaine est seule passée dans la littérature de colportage (1).

1. Cf. A KRAPPE « La Belle Hélaine de Constantinople » dans Romania, 1937 p. 324-353, article consacré uniquement aux versions médiévales du conte, dont je prends en compte ici la version en vers. Il existe deux remaniements en prose.

Pour l'ensemble de la tradition orale, voir H. BERNIER, La FiIle aux mains coupées (contre-type 706), Archives du Folklore, 12, Presses de l'Université Laval 1971 ;

enfin voir A. CHASSAGNE-JABIOL « Évolution d'un roman médiéval à travers la littérature de colportage. La Belle Hélaine de Constantinople XIVe·XIXe s. » dans École nationale des chartes. Positions des thèses 1974, p. 45-50.


Autres billets sur les Portraits
 L'Histoire De La Belle Hélaine De Constantinople, Mère De Saint-Martin De Tours En Touraine Et De Saint-Brice
Repost 0
Published by Danielle Regnier-Bohler - dans Contes
commenter cet article
23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 16:27
L'histoire de la Belle Hélaine de Constantinople, mère de Saint Martin de Tours en Touraine et de La-Belle-Helaine-De-Constantinople.jpgSaint-Brice.- Caen : Chez A. Hardel, Imprimeur-Libraire, rue froide, n°2, [ca1800].- 40 p.
Comme le roi de Constantinople voulut épouser sa propre fille,
à cause de sa beauté, et comme elle s'enfuit la nuit.

La reine Elisabeth étant accouchée d'une fille, on l'a baptisa et elle fut nommée Hélaine. Quand elle eut quinze ans, sa mère mourut, et son père étant resté veuf pendant quelque temps, eut la volonté de se marier : mais ne trouvant pas de parti égal en beauté à sa défunte femme, que sa fille, il résolut de l'épouser. Un jour il fut la trouver dans sa chambre et lui déclara sa passion. Hélaine bien surprise d'une telle affaire, lui représenta qu'il trouverait bien une autre femme, sans songer à vouloir ternir son propre sang, lui déclarant qu'elle mourrait plutôt que de commettre un si grand crime.

…/…

L'armée des Sarrazins étant défaite, le roi Antoine vint trouver le pape, lui présenta le grand étendard des Sarrazins avec le sabre du roi Accoupa, surnommé fléau de Dieu. Le pape accepta ce présent fort agréablement, en remerciant Antoine. Alors il lui dit : saint Père, comme vous savez que chaque peine requiert salaire, je vous demande la récompense du service que je vous ai rendu. Le pape dit que cela était juste, et qu'il lui donnerait ce qu'il lui demanderait, pourvu qu'il fût en son pouvoir. D'abord il lui dit de lui donner dispense d'épouser sa propre fille Hélaine, qui était la plus belle du monde. Le Pape bien surpris d'une telle demande, lui représenta que les chrétiens ne vivaient pas comme des bêtes, et que Sodôme, Gomorrhe et les autres villes voisines avaient péri pour un tel péché. Mais s'il était dans le dessein de se marier, il pouvait faire alliance avec quelque autre Princesse de l'Europe, pour affermir davantage ses Etats.

Le roi Antoine, mal content de ces paroles, lui réitéra sa demande, disant que s'il le refusait, il allait saccager Rome et ruiner tout le pays. Le pape se vit bien embarrassé : il alla se mettre en prière, pour obtenir de Dieu la conversion de ce roi, et lui donner son conseil sur ce qu'il devait faire. Etant de retour, le Pape lui dit qu'il lui accorderait sa demande, mais qu'il fallait aller ouïr la messe.

Le roi fut d'accord en cela ; et pendant que le Pape disait la messe, il eut révélation de donner la dispense que le roi lui demandait, et d'y apposer le sceau de ses armes. D'abord cela fut fait et délibéré au roi, qui témoigna une grande joie. Dès le moment il prit congé du pape, et partit pour Constantinople.

Quand Hélaine sut que son père revenait, elle fut à sa rencontre pour l'embrasser. Il descendit d'abord de cheval, la prit par la main, et la conduisit jusqu'au Louvre. Aussitôt il ordonna des réjouissances publiques, et fit tout préparer pour son futur mariage. Il fit venir sa fille dans sa chambre, et lui ayant montré la dispense, il dit qu'il voulait l'épouser le jour suivant. La dame bien surprise de cela, dit à son père qu'elle ne pouvait comprendre comment le pape donnait cette permission qui était contraire à toutes les lois divines et humaines. Je mourrais, dit-elle, plutôt que de commettre un tel crime. Elle revint dans sa chambre, où ayant trouvé Clarice, sa dame suivante, elle lui raconta tout ce qui se passait ; et ne sachant quel parti prendre pour se soustraire à cette infamie, Clarice lui conseilla de s'évader la nuit, pendant que son père dormirait.

…/…

Le pape lui demanda d'où elle était, comme il l'avait rencontrée ? Le roi lui dit qu'il l'avait trouvée sur le bord de la Tamise, où les flots l'avaient jetée par permission divine, après avoir éprouvé la brutalité de son père qui vouloit l'épouser contre toutes les lois ; qu'ayant évité ce malheur par sa fuite, elle était tombée dans un plus grand, vu que le gouverneur de Flandre qui était Sarrazin la voulait violer ; et pour éviter ce mal elle s'était embarquée sur un vaisseau marchand, où par malheur elle tomba entre les mains des Pirates, qui ne lui eussent fait moindres traitements, si Dieu n'eût lancé sa foudre sur le vaisseau, et ne les eût précipités dans la mer. En vérité, dit le pape, voici des choses miraculeuses. Mais ne savez-vous pas son extraction ? Oui, elle est fille d'Antoine, roi de Constantinople. Ah ? dit le pape, vous êtes mon neveu ; c'est Hélaine, fille de ma soeur Elisabeth. Quel bonheur vous à conduit ici ?

Comme le pape fit écrire des lettres à Londres,
pour savoir la vérité du fait.

D'abord le pape dépêcha un courrier à Londres pour savoir la vérité du fait. Les lettres étaient scellées du sceau du roi, et le courrier étant arrivé à Douvres, fut d'abord arrêté par ordre de la reine mère, qui l'ayant fait boire comme le premier, il s'enivra, et ayant pris son paquet, elle falsifia les lettres et les renvoya.

Elle mandait très-expressément au comte de Glocester de faire mourir la reine et ses enfants, aussitôt qu'il aurait reçu les lettres, parce que c'était une adultère et une famme de mauvaise vie. D'abord que le courrier fut arrivé à Londres, il salua le comte et lui dit : Monseigneur, le roi se recommande bien à vous ; voici des lettres qu'il vous envoie. Le comte les ayant lues fut tout surpris, et dit, où diable as-tu pris ces lettres ? Monseigneur, le roi me les a données à Rome : Tu ments, dit le comte, prends garde à ce que tu dis. Il le fit mettre en prison.

…/…

O trop ingrate fortune, quand seras-tu lassée de me persécuter ! ah ! bêtes sauvages, que ne me dévoriez-vous au lieu de ces deux innocen ! Mais comme la mère a été malheureuse tout le temp de sa vie, il faut que ces enfants se ressentent de ses maux.

…/…

comme le roi Antoine de Constantinople convertit Grambeau
qui était Sarrazin, lequel après fut un grand Saint.

Antoine, roi de Constantinople, étant revenu, et ayant fait chercher Hélaine en divers pays, il s'en vint dans l'électorat de Bavière, où régnait un roi, nommé Grambeau, qui était Sarrazin. Il avait fait construire un palais qu'il nommait paradis, et il se disait Dieu en terre. Il avait fait faire une idole laquelle le démon animait, et le roi lui faisait dire ce qu'il voulait pour amuser le peuple.

Grambeau avait une fille très-belle, nommée Cloriande, qui était chrétienne, quoique non baptisée. Son père la voulait épouser, et ne trouvant aucun moyen pour cela : il dit qu'il consulterait son oracle, et que celle qu'il nommerait serait son épouse.

Elle, sachant cela, n'y voulut pas consentir, et sans faire semblant de rien, monta sur un cheval et s'en alla à deux lieues de la ville, rencontra l'armée du roi Antoine, et étant tombée entre ses mains, il crut d'abord que c'était Hélaine ; mais il fut bien trompé. Il l'interrogea de son être et de sa religion. Elle répondit : je suis chrétienne ; mais mon père qui est un payen me détient là sans vouloir que je sois baptisée, et même il veut me contraindre à l'épouser, ce qui m'oblige de fuir.

Antoine se souvenant de sa fille Hélaine, qu'il avait obligée de fuir pour le même sujet, se mit à pleurer, et lui dit : Madame, voulez-vous être baptisée ? Elle répondit, oui : aussitôt il la fit baptiser. Antoine prit la route de Flandres, vint à l'abbaye où avait été Hélaine, demanda de ses nouvelles aux religieuses, qui lui racontèrent comment les cloches avaient sonné d'elles-mêmes à son arrivée.

 


Autres billets sur les Portraits
De Constantinople à Rome : quand parlent les portraits par Danielle Regnier-Bohler 
Repost 0
Published by Médiathèque André Malraux de Lisieux - dans Contes
commenter cet article
8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 14:10
Page 267
Interview - juillet 2005
Les contes et les mythes sont très révélateurs de notre culture et notre vision du monde. Le Petit Chaperon rouge est l'un des contes les plus connus, et presque tous les petits enfants, tôt ou tard, l'entendront raconter ou le liront. Parmi des milliers de contes populaires, celui-ci, précisément, a un succès qui ne se dément pas. Que nous révèle-t-il sur l'attitude de nos sociétés envers les enfants ?
Il nous raconte qu'il est manifestement courant de sacrifier les enfants, d'en faire les victimes des idées des parents. La mère envoie la fillette seule chez sa grand-mère, et en réalité ne se soucie guère du danger qu'elle va courir dans la forêt (le loup). Car sinon elle ne se contenterait pas de recommandations, elle ne l'enverrait pas seule faire ce chemin.
Je suis toujours choqué par l'interprétation officielle, disant que la mère avait les meilleures intentions et se montrait pleine de sollicitude. Elle envoie son enfant dans une forêt dangereuse, en lui confiant une "mission", car après tout la pauvre grand-mère est malade. Je trouve cette mère cruelle, méchante, voire perverse. Vous en êtes d'accord ?
Je suis d'accord avec vous, car la mère devrait savoir qu'il y a des loups dans cette forêt. Elle exhorte sa fille à ne pas s'écarter du sentier. En tout cas, elle ne la prépare pas convenablement à faire face au danger, elle nie son existence. De sorte que l'enfant va faire confiance au loup, lui dit où habite sa grand-mère, et le croit quand, le trouvant dans le lit de celle-ci, il affirme être la vieille dame. Elle a déjà imité le déni de sa mère, partage son aveuglement et devient la naïve victime du loup. Celui-ci symbolise, en l'occurrence, le père incestueux auquel, bien souvent, des mères livrent leurs filles. Ces mères protègent leur propre père, en réprimant le souvenir de l'abus qu'il perpétra dans leur enfance, et de ce fait vont rester aveugles au danger encouru par leurs filles.

Autres billets sur les contes
L'inceste n'existe pas chez les loups
Repost 0
Published by E.T. - dans Contes
commenter cet article
24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 07:48

Ecrire à propos du viol constitue en soi un véritable défi. Pour les victimes, c’est presque une provocation car c’est tenter de mettre en mots un espace-temps où le langage n’est plus. On évoque rarement la source même, l’instant de la mort rencontrée par ces femmes, victimes de viol à l’âge adulte. Côté victime, côté professionnel, on esquive, on glisse, on évite. Ainsi les victimes restent paralysées par l’idée que cela peut recommencer et les professionnels plongent dans l’abîme de l’inconscient. Alors on parle de conséquences, de séquelles, de troubles suite au…Pourquoi ?

Confrontée bien malgré moi à ce traumatisme, j’ai été frappée par le silence qui régnait autour de lui. Silence de la victime mais aussi silence du professionnel qui paraît craindre de s’en approcher.

Ma rencontre avec le film de Michel Ocelot, « Kirikou et la sorcière », m’a fournie un début de réponses à travers l’illustration magistrale des conséquences psychiques du viol pour la victime ainsi qu’à travers les paroles des personnages teintés de sagesse qui se proposent pour l’aider. Pour ne pas rester aux prises avec le réel de la mort et l’effroi que le viol suscite, je me suis appuyé sur le parcours de Karaba la sorcière et donner ainsi la parole à l’espoir. En effet, l’effraction du viol constitue un traumatisme majeur qui impose la nécessité d’une transformation intérieure, d’une métamorphose comme nous le montre Michel Ocelot.

Karaba est une sorcière qui terrorise un village, faisant disparaître les hommes, assoiffant les habitants, en volant l’or des femmes. Elle habite seule dans une case somptueuse et vide, entourée de fétiches qui lui obéissent. On apprend qu’un jour, des hommes lui ont enfoncé une épine empoisonnée dans le dos et depuis, elle en souffre nuit et jour. Karaba est une femme blessée, victime d’un traumatisme au sens étymologique, victime d’une effraction de la peau, d’une brèche dans son enveloppe corporelle.

Kirikou, cet enfant qui parle avant de naître, n’aura de cesse de comprendre «Pourquoi Karaba la sorcière est-elle méchante ?» Ainsi il incarne l’espoir de Karaba de sortir de cette situation désespérée, de cette voie sans issue que constitue son projet de vengeance. Sans lui, Karaba allait faire disparaître le dernier homme : sa destructivité se retournait contre elle. Kirikou est né pour la guérir de son mal, c’est son unique raison d’être. Ainsi peut-on dire que Kirikou représente la sagesse qui sauve Karaba.

A travers l’histoire de Karaba, j’ai voulu produire une matière brute, une confrontation directe avec un traumatisme dont les victimes ne dévoilent que rarement les détails mortifères. Et pour cause ! Les victimes savent bien que l’évocation crue de cette mise à mort qu’est le viol, est difficile à soutenir. Elles-mêmes sont confrontées à l’absence de mots pour décrire l’innommable. Le retour aux origines imposé par le traumatisme se situe bien avant l’apparition du langage.

Comment une femme victime de viol peut-elle témoigner de la réalité du traumatisme qu’elle a traversé ? Le viol est un acte criminel, une torture à caractère sexuel mais il est avant tout une tentative de mise à mort, un essai de meurtre. C’est une violence majeure en direction de la vie et la victime perçoit cette atteinte à l’essence même de son être. La personne est niée dans son identité car elle est niée dans sa parole, dans son refus, dans son désir. L’espace et le temps sont confondus dans cet instant qui laissera place à une désorientation et à perte de repères. Il n’y a qu’asservissement à la violence toute-puissante du tortionnaire. C’est l’effroi qui désigne au plus près ce que ressent la victime en étant ainsi confrontée à l’innommable de cette rencontre avec la mort, avec le néant. Le traumatisme n’est pas seulement une confrontation avec une menace vitale, la victime se voit morte. La mort s’est imposé à elle comme un réel qui la laisse pétrifiée, sans mouvement et sans parole.

L’effondrement psychique et physique qui en découle provoque un bouleversement interne qui modifie profondément l’équilibre antérieur de la victime.

L’épine enfoncée dans le dos de Karaba lui procure une douleur sans répit, jour et nuit. Mais elle lui donne aussi des pouvoirs qu’elle utilise au service de son projet de vengeance. Rien ne sera énoncé sur sa vie « d’avant » car le sens de sa vie a été perdu, il n’existe plus. C’est le fétiche sur le toit qui symbolise son monde psychique : il est là pour surveiller tout ce qui bouge, c’est l’état de vigilance permanente que Karaba doit maintenir coûte que coûte.

La personne ne sera jamais plus « comme avant » car l’image traumatique a franchi le seuil du refoulement et réveille des angoisses primaires d’anéantissement. Les valeurs de la personne, ses bons objets intériorisés ont volé en éclats. La conséquence de l’agression est la permanence de la menace interne. La personne est tout le temps sur le qui-vive, en proie à une angoisse intérieure qui ne peut se calmer.

Karaba montre avec force comment elle se défend pour ne pas sentir la douleur qui est en elle :

De manière éclatante, Karaba met en scène le mécanisme de la dissociation.

Figée sur le seuil de sa case, elle est dissociée de son corps qui est le siège des émotions, cause de sa souffrance. Provocant les hommes dans un combat inégal, Karaba est coupée de sa partie masculine car elle déteste les hommes. Exigeant posséder tout l’or des femmes, Karaba est coupée de sa partie féminine car elle méprise les femmes. Karaba est coupée de sa partie infantile car elle n’aime pas les enfants. Karaba est coupée de la nature, de l’univers végétal et animal. Autour de sa case, plantes et animaux ont déserté, évoquant la terre brûlée après un sinistre. Ceci symbolise la mort autour d’elle.

Ainsi Karaba construit un monde dont elle devient le maître absolu. Elle manifeste ainsi une maîtrise omnipotente sur le village en voulant le soumettre totalement. Elle tente par là de retourner la situation qu’elle a vécue lors du traumatisme : elle était réduite à l’état d’objet, maintenant, c’est elle qui veut tout contrôler. Mais derrière cette apparence, se cache une grande impuissance. Elle ne peut tirer aucune joie de sa vie car elle est prisonnière de sa destructivité.

Sortir de son corps constitue une défense pour ne plus sentir l’intrusion de l’autre dans le champ d’une intimité « sacrée ». La dissociation s’installe à la suite comme une réponse permanente, c’est une façon de « sauver son âme ». Le corps physique ne pouvant plus se constituer comme une barrière réelle contre l’intrusion de l’agresseur, « l’intégrité » psychique tente de se préserver par cette séparation. On comprend mieux pourquoi il est si difficile de travailler avec les victimes au niveau du fantasme (intérieur) avant d’explorer et de reconnaître pleinement ce vécu dissociatif provoqué par l’agresseur (extérieur). La difficulté est que ce mécanisme perdure sous des formes diverses. Pour éloigner tout risque de sentir de nouveau une effraction similaire, la personne barre l’accès à toute sensation. Ainsi, elle n’est plus en contact avec ses émotions, ses désirs, ses besoins, ses sentiments. En se coupant de sa douleur, elle se coupe aussi de la joie, de l’insouciance, du désir amoureux, de l’amour… de tout ce qui fait vibrer l’être.

Mais le corps a sa mémoire. La victime peut mettre en place un projet destructeur pour elle par le mécanisme de l’identification à l’agresseur : c’est un des moyens psychiques pour renverser la situation et éloigner une autre confrontation toujours possible. Cela peut se traduire d’une façon externe en ne voyant les hommes que comme des pauvres types impuissants, faibles et méprisables qui n’inspirent que du dégoût. D’une façon interne, la colère et la violence peuvent être retournées envers la victime elle-même qui va  perpétuer la violence reçue et ainsi finir le travail entrepris par l’agresseur.

L’identification projective est le moyen le plus adéquat parce que le plus archaïque que met en place une personne pour faire part de sa souffrance.

Devant un traumatisme qui suscite de telles défenses, comment aider la victime ? A se taire, la victime court le risque d’une victimation éternelle, achevant par là le processus meurtrier du violeur. Et à ne pas entendre en privilégiant l’exploration de l’inconscient aux dépends de la dimension réelle, les professionnels renforcent le déni de l’identité blessée de la victime.

Ainsi Karaba ne veut pas parler, ni de l’événement traumatique, ni de son histoire. Karaba sait que si elle parlait de cette épine qui la fait tant souffrir, elle serait en contact avec sa blessure. Parler, c’est faire le lien avec son histoire. Tout comme les habitants qui perdent la capacité de se souvenir, Karaba veut oublier son drame, elle tient à le conserver comme un secret. 

Pour la victime, parler du traumatisme est une reviviscence insoutenable à cause de la révélation de vécu originaire et du souvenir de l’effroi qui l’accompagne. Si l’on représente l’image traumatique sous la forme d’une pointe acérée qui perce la limite pré-conscient/consient pour se ficher au fin fond de l’appareil psychique, on perçoit l’intrusion dans cette zone interdite, dans cette zone originaire refoulée depuis l’apparition du langage. Freud parlait de l’objet perdu, refoulé, inaccessible et qui est frappé d’interdit car il touche le retour in utero. Ainsi laisser venir à soi quelque chose d’originaire est une transgression. Ce qui rassemble les sujets victimes de traumatisme, c’est bien d’avoir franchi cette ligne rouge et de rester figé dans l’effroi et la culpabilité.

Mais parler n’est pas un but en soi : l’image traumatique se trouve isolée, engoncée dans un fonctionnement psychique coupée du corps. Les mots ne trouveront pleinement leur sens et leur finalité que s’ils passent par le corps, c’est à dire s’ils sont traversés par l’émotion. Et les victimes savent bien que parler, sortir de sa case, c’est courir le risque de toucher à sa blessure. Le secret finit par constituer un pouvoir qui protège l’accès à la blessure. Nous verrons que dévoiler le secret, lâcher ses pouvoirs, ne peut se faire qu’avec la lente reconstruction de bons objets internes qui ont disparus au moment du viol.

Pour la victime, être entendue dans sa souffrance se pose comme une nécessité absolue. Mais face aux difficultés de parler pour la victime, se dressent aussi les défenses de ceux qui écoutent. Ainsi derrière le viol, se profile toute la question des relations hommes/femmes, professionnels de la relation d’aide ou non. A l’évidence, le viol recouvre des fantasmes différents pour les uns et les autres puisqu’il vient toucher le lieu de la différence des sexes et de l’élaboration oedipienne. Le processus d’identification est au cœur de cette problématique.

Du côté des femmes…

Dans leur position de victime passive, les femmes ne se révoltent pas : elles ne regardent pas Karaba en face et se prosternent à ses pieds. Victimes de sa toute-puissance, elles se soumettent sans mot dire.

Sur le plan social, le viol serait le vestige d’une société sexiste et vient s’inscrire comme le crime qui dévoile l’identité de victime des femmes au quotidien. Il suscite ainsi un mode défensif archaïque, à savoir la projection du mauvais objet sur l’identité masculine. Cette étape peut-être nécessaire n’offre pas de solution, ni pour les femmes qui restent victimes dans une défiance vis-à-vis des hommes et qui se privent ainsi d'une relation normale homme-femme, s’enfonçant dans une identification à l'agresseur,  ni pour les hommes qui portent tout le poids de la faute.

Sur le plan émotionnel, pour une femme, le viol touche à son histoire, là où elle rencontre cette certitude d’être inférieure. La femme ne possède pas la même légitimité que celle de l’homme, à vivre, à exister, à agir. Chaque femme se confronte ainsi à cette blessure narcissique dans son identité féminine. Le primat du phallus vient confirmer le déni de la puissance féminine. Le viol devient possible car il s’infiltre par cette faille. Le pénis de l’agresseur est devenu un outil de meurtre. C’est l’histoire d’un long chemin pour retrouver la confiance en l’homme.

Du côté des hommes…

Les hommes se laissent manipuler par Karaba et transformer en fétiche à son service. Ils deviennent des objets pour elle. Ils essaient (et pas tous) de l’affronter avec leurs armes dérisoires en sachant qu’ils vont vers la mort. Aucun ne se pose de question comme le fait Kirikou. Aucun ne se présente devant Karaba et ne cherche à comprendre ce qui l’anime.

Les hommes ont des difficultés à entendre la réalité du viol car elle les renvoie à leur propre souffrance archaïque. Cela les confronte à la relation avec leur mère, à ce vécu primaire  où ils ont été utilisés et manipulés comme des objets. Quand la mère toute-puissante érige son fils comme son phallus qui lui donne tous les pouvoirs tout en niant les attributs du père, que vit donc cet enfant ? Cette violence n’est pas sans laisser de traces douloureuses évoquées au cours des thérapies. Surgit alors le fantasme du  viol qui apparaît comme le moyen de se venger de la manipulation exercée par la mère. Les femmes n’ont pas cette possibilité et se vengeront à leur manière en manipulant leur fils à leur tour.

Par ailleurs, et en plus de ces aspects contre-transférentiels, se greffe une difficulté quant au cadre théorique qui entoure le soin auprès des victimes.

Quand Kirikou arrive chez son grand-père, le sage de la montagne, il commence à poser la question qui motive sa venue « Mais pourquoi la sorcière est méchante ? » Puis il continue à enchaîner ses questions… Le grand sage de la montagne l’arrête : «Tu as raison de demander pourquoi mais ce sont des choses qui nous feraient remonter jusqu’à la création du monde. Arrête-toi à ce qui t’intéresse vraiment, à la sorcière.»

En matière de traumatisme, deux grandes lignes théoriques à première vue opposées se dessinent. En 1895, Freud conceptualise la théorie de la séduction : retrouver le traumatisme réel, retoucher la source du traumatisme est l’objectif à atteindre pour libérer la personne de sa névrose. Mais en 1897, il met l’accent sur le fantasme avec la théorie des névroses. Ce qui est primordial, c’est bien le fantasme de la scène originaire et de la séduction et non plus sa réalité. Faire des liens entre les fantasmes constitue alors la tâche à accomplir pour soigner la personne.

La pratique des psychanalystes en matière de traumatisme reste longtemps marquée par cette exploration de l’inconscient qui a pris le pas sur la dimension réelle. Comment les victimes peuvent-elles se sentir entendues ? Le cadre même provoque une autre violence avec la nécessité d’une écoute silencieuse qui ne fait que raviver le manque de langage qui a entouré l’acte. Avant d’explorer le monde intérieur de la victime par-delà le traumatisme, il est nécessaire d’entendre cette angoisse d’anéantissement qui est apparue dans le réel. N’est-il pas « plus sage » de soigner le traumatisme avant de remonter plus loin, jusqu’à l’origine de la personne, jusqu’au vécu pré-natal ? Notons bien que le sage ne dit pas que ces questions n’ont pas de sens, ni d’intérêt, simplement, il n’y a pas lieu de s’en occuper maintenant.

Ainsi la victime est envahie par l’image traumatique impossible à nommer par définition et la peur de faire peur et de susciter l’effroi ne fait qu’accroître son silence. La confusion entre le réel et le symbolisme prend ici toute sa mesure. Les contenants psychiques sont perdus et le psychothérapeute est à la place de celui qui peut les proposer par une identification maîtrisée.

Il est vital pour les victimes qu’elles puissent dire, énoncer, trouver les mots pour décrire le moment traumatique et il s’agit de les aider à le faire. Même devant leurs réticences, le rôle du thérapeute est de signifier qu’il est prêt pour cela. C’est à travers le modèle et la théorie du debriefing, développés par les victimologues, que j’ai entrevu une issue. Sa méthode consiste à aborder en détail les faits, les émotions et les pensées vécus par les victimes dans le moment précédant le traumatisme, au moment même et par suite. C’est une incitation à une « réinvention du langage après un événement déshumanisant, c’est à dire destructeur du langage et de la parole ». Il peut amorcer un travail d’élaboration qui doit se développer dans le temps avec un travail autour de l’image traumatique, de l’abandon et de la culpabilité. C’est en parlant que l’image traumatique sera peu à peu prise dans un réseau de représentations. Le fait d’être là et d’entendre est une façon de prendre acte de l’épreuve traversée.

Dans le cas du viol, cela soulève une question pour le soignant. Il s’agit de faire face à l’ampleur de la destructivité humaine, parfois aussi bien chez l’auteur que chez le survivant. Voir la volonté de tuer en face suscite l’effroi. La destructivité est une pulsion qui appartient à chacun de nous et qui demande une élaboration permanente, pour la victime, comme pour le thérapeute. La victime peut se sentir débordée par la profondeur de sa haine, envers l’agresseur ou tout autre substitut qui s’élèvera devant elle.

Où mène cette élaboration ? Comme chaque victime le pressent, des contrées archaïques ressurgissent à la surface : la victime devra faire face au réveil de ses traumatismes antérieurs. 

Kirikou se montre déterminé à s’occuper de Karaba. Quand il apprend qu’elle souffre à cause de cette épine fichée dans son dos, il cherche le moyen de lui ôter. A travers toutes les épreuves qu’il rencontre, Karaba va renaître et traverser toutes les souffrances de l’enfance, la séparation, la dépression, l’exclusion, la rivalité… Kirikou est celui qui affronte les conflits et qui cherche sans cesse des solutions aux problèmes. C’est la partie d’elle qui décide de naître vraiment et d’être responsable de ses actes. Celle qui risque sa vie pour aller chercher la vérité à la source.

C’est la menace interne provoquée par l’image traumatique au cœur du psychisme qui vient réveiller les douleurs du passé et les conflits non résolus de l’enfance. Pourquoi ? Au moment du traumatisme, toutes les défenses contre l’angoisse sont débordées et l’équilibre antérieur est rompu. Bien que le traumatisme vienne de l’extérieur, l’angoisse qui surgit provient de sources internes. Les angoisses primaires sont ainsi réactivées : la naissance, l’angoisse de castration, la perte de l’objet aimé, la perte de l’amour venant de l’objet et l’angoisse d’anéantissement. La victime est maintenant beaucoup plus proche de sa fragilité.

Pour la victime du viol, une des plus grandes difficultés consiste sans doute à accepter l’idée que l’équilibre trouvé jusque-là est perdu à tout jamais. En effet, comment intégrer l’idée qu’un acte criminel va bouleverser sa vie jusqu’à lui faire revisiter sa propre histoire ? Une des voies de la guérison réside dans la prise de conscience des objets perdus, si douloureuse soit-elle. Ce qui était ne sera plus.

Ainsi, les bons objets internes ont volé en éclat, le sentiment de sécurité chèrement acquis a disparu. Et l’insouciance et la joie apparaissent comme des sensations perdues à jamais. Tel le nouveau-né en proie à des fantasmes envahissants, la victime devra reconstruire des bons objets internes, avec entre autres, le concours du professionnel. En particulier, le viol rend menaçante toute relation de dépendance quelle qu’elle soit, et il frappe de plein fouet l’intimité et le désir dans la relation amoureuse. Le processus de guérison passera par la conquête d’une nouvelle faculté d’entrer en dépendance sans avoir peur d’en souffrir ou d’en mourir et d’établir une vraie relation sans sombrer dans la soumission.

Ainsi se profile un processus qui amène la personne à se dévoiler puis à se transformer à travers la métamorphose de Karaba, la sorcière…

Kirikou parvient à faire sortir Karaba de sa case. Et c’est elle qui va aller déterrer les bijoux qu’elle désire. Kirikou la met ainsi dans une position de vulnérabilité pour avoir accès à sa souffrance. C’est lui qui la pousse à se découvrir malgré elle.

Posté sur sa branche, Kirikou voit l’épine dans le dos de Karaba : il tombe sur elle et lui arrache l’épine avec ses dents. Elle n’a pas le temps de réagir. Le hurlement strident de Karaba retentit dans toute la forêt.

            Aller au-dehors, c’est émerger d’une prison intérieure, c’est s’exposer au monde et à l’autre, montrer sa blessure et prendre le risque de guérir. Peut-on parler ici de la douleur de la victime qui au fond se refuse à tout contact quel qu’il soit ? Retrouver l’épine, c’est retrouver l’origine de la douleur, celle du traumatisme confondue avec toutes celles qu’il a réveillées. Mais on peut se demander si la souffrance la plus insupportable n’est pas celle qui est révélée par le traumatisme plutôt que celle du traumatisme proprement dit. Comment accepter d’être obligée de retoucher à ses souffrances ? C’est comme si, une fois de plus, c’est l’agresseur qui décide à la place de la victime. Comment se défaire de cette sensation d’intrusion persistante et intolérable ?

Peu à peu, une élaboration peut s’effectuer en prenant conscience des séquelles, car séquelles il y a. Cet handicap insupportable qui ne se laisse pas voir, nécessite un travail sur la perte et la séparation. En cela, il crée une rupture et inaugure un véritable changement. Férenczi parlait de la possibilité de « progressions traumatiques », B. Cyrulnik de « capacités de résilience », G. Lopez de réparation. On ne répare pas en ramenant à l’état initial mais en construisant quelque chose de nouveau. De toutes ces notions théoriques, j’en privilégierai une autre, celle de métamorphose, de changement de forme.

Que se passe t-il après la délivrance de Karaba ? La nature revit, Karaba respire : « Je n’ai plus mal, je suis de nouveau     moi ». Toute dureté a disparu de son visage, elle retrouve sa beauté, son sourire et sa douceur. Le désir renaît : Karaba retrouve sa capacité et son pouvoir d’aimer l’autre. Elle se métamorphose et s’incarne en une femme dotée de sa puissance féminine.

Quelle est l’issue ? L’élaboration de cet instant de mort traversé dans le viol peut déboucher sur une nouvelle naissance de la personne. Rien ne sera plus comme avant. Il faut accepter alors de vivre différemment. L’espoir peut être là, dans une renaissance. Faisant face à l’agresseur, à cette mise à mort déterminée dans son acte, la personne peut reprendre la vie qui lui appartient pour la métamorphoser. La transformation de cette expérience douloureuse peut lui faire découvrir une face cachée de l'être humain et donc d’elle-même. Toute l’énergie de la colère et de la rage trouve ainsi une issue positive  dans une élaboration au service de la personne elle-même.


Autres billets de Véronique Cormon

Viols et métamorphoses

Repost 0
Published by Véronique Cormon - dans Contes
commenter cet article
1 septembre 2005 4 01 /09 /septembre /2005 17:21

Page 138

Les victimes, entre peur et compassion

Il est dit que la victime utilisée comme objet sexuel n'aurait qu'à s'en prendre à elle-même et à la malédiction d'être une femme. La tragédie grecque et la littérature regorgent de ces destins terribles.

L'inceste est comme le déclare Phèdre « le plus abominable des crimes » qui ne peut conduire qu'à la mort. Elle le paiera de sa vie comme toute la famille d'Œdipe, les Labdacides et comme les Atrides, Clytemnestre et son amant Égisthe, fils issu de l'inceste de son père Thyeste avec sa propre fille Pélopia. Mort qui frappera aussi leur descendance, Hippolyte, Antigone, Polynice et Étéocle, ou folie d'Électre et d'Oreste, les matricides poursuivis par les Érinyes.

Ces mythes semblent nous dire qu'il n'y a plus d'issue possible après l'inceste autrement que dans la mort, la folie ou la honte éternelle. Quelle valeur doit-on aujourd'hui donner à ces oracles et comment ne pas s'interroger sur leur similitude avec l'étalage médiatique que la presse fait des crimes sexuels ? Leur exposition à la une de tous les journaux ne véhicule-t-elle pas une même idéologie que les auteurs tragiques sur la sacralisation ou la diabolisation des agresseurs et des victimes ? Les formules comme « les destins brisés, la mort psychique, la récidive inévitable… » reviennent sans cesse pour décrire les stigmates supposés de ces jeunes filles mutilées à jamais.

Il y a en filigrane derrière cette stigmatisation négative la peur de la contagion du débridement sexuel mettant en danger la structure même de la parenté et de l'ordre social. Cette diabolisation de l'agresseur comme de la victime vise à prévenir le chaos fantasmé d'une sexualité débridée. Le sexuel doit rester intime et secret.

Autres billets sur le livre Questions d'inceste
1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur
13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison
18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
20/ Deux sœurs dans les viols par inceste
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
Repost 0
Published by Questions d'inceste - dans Contes
commenter cet article
26 février 2004 4 26 /02 /février /2004 14:55
Page 43

On narre aux petites filles des contes de fées pétris de magie.

Cendrillon a appris qu'elle devait attendre dans la cuisine l'arrivée du garçon possédant le bon soulier ! Blanche Neige a reçu un message l'informant que son prince viendrait si elle savait l'attendre assez longtemps. Prise au pied de la lettre, cette histoire raconte aux femmes que leur destinée dépend d'un nécrophile (d'un homme aimant embrasser les morts) qui, juste au bon moment, tombera sur elles par hasard au beau milieu de la forêt. Pas très réjouissant comme tableau !

Les petits garçons aussi sont incités, par les contes de fées, à nourrir des attentes relevant d'une croyance magique. Plusieurs histoires leur transmettent un message selon lequel il existerait une femme idéale, qu'ils doivent chercher et trouver. Dans cette quête, l'homme doit voyager au loin, traverser de sombres forêts et vaincre des dragons aussi dangereux que terrifiants. Finalement, lorsqu'il trouvera cette femme, il saura, sans aucun doute, que c'est bien elle. (À la lueur de ces histoires, on comprend aisément pourquoi tant d'hommes sont si angoissés lorsqu'ils passent devant Monsieur le curé.)

Souvent, la destinée du mâle est façonnée par des potions, des aliments, des objets aux pouvoirs surnaturels parmi lesquels figurent la fève magique et l'épée miraculeuse. Il peut même devoir errer en compagnie d'une grenouille qui, s'il est capable de rassembler son courage pour l'embrasser, peut se transformer en princesse. (Les femmes ont leur propre version de cette histoire.)

Pour les femmes, la magie consiste à attendre l'homme idéal ; pour les hommes, elle consiste à chercher sans cesse la femme idéale.

Je suis évidemment conscient de ce que les contes de fées relèvent du symbolisme et de la mythologie. Ils sont illogiques et leur langage est imagé, tout comme celui des rêves. Certains contes de fées sont des énoncés symboliques illustrant la découverte de notre identité masculine ou féminine. Lorsque notre développement se déroule sans heurts, nous arrivons à dépasser la compréhension littérale que notre enfant intérieur avait de ces histoires et nous accédons à leur signification symbolique.

Toutefois, il n'en demeure pas moins qu'à partir du moment où notre enfant intérieur est blessé, il continue de prendre ces histoires au mot et que, subjugués par la pensée magique, les adultes enfants que nous sommes attendent ou recherchent leur dénouement parfait contenant la promesse d'un bonheur indestructible.


Autres billets sur le livre Retrouver l'enfant en soi par John Bradshauw
1/ Retrouver l'enfant en soi
2/ Les dysfonctions dans les relations d’intimité
3/ Le sentiment de vide
5/ Les émotions refoulées
6/ Les défenses du moi et la théorie du portillon
7/ Le remords
8/ Les comportements agressifs
9/ Le témoignage
10/ Groupe de parole : comprendre qu’on est là pour soutenir les autres 
Repost 0
Published by John Bradshaw - dans Contes
commenter cet article

Cliquez sur les images pour accéder aux sources et références