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  • : Autofiction Inceste Résilience
  • Autofiction Inceste Résilience
  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 17:32

Susan-Foward-Parents-toxiques.jpg

Page 159

Lorsque j'ai commencé à attirer l'attention publique 
sur les proportions épidémiques de l'inceste, je me suis 
heurtée à une forte résistance.

l y a dans l'inceste quelque 
chose de particulièrement laid et répugnant qui empêche 
tout bonnement les gens d'admettre son existence. Au 
cours de ces dernières années, la négation a fini par reculer devant l'évidence accablante et l'inceste est devenu un 
sujet reconnu – bien que encore gênant – de discussion 
publique.
Mais il reste encore un obstacle : les idées reçues sur 
l'inceste. Ce sont autant d'articles de foi dans notre 
conscience collective, situés à un niveau que le doute n'atteint pas. Mais elles ne sont pas vraies et ne l'ont jamais 
été.


Autres billets sur le livre Parents toxiques
1/ Parents toxiques - Comment échapper à leur emprise
2/ Les victimes d'inceste sont les membres les plus sains de leur famille

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Published by Susan Forward - dans Déni
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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 19:35

Vanistendael Le bonheurpage 131
L'entourage est souvent plutôt réservé, voire franchement critique face à ce refus de « voir les choses en face », et les psychologues y ont longtemps vu un comportement pathologique.

Mais les mentalités changent et l'analyse devient plus nuancée. Pour Gustave-Nicolas Fischer, professeur de psychologie sociale à l'université de Metz, qui a recueilli le témoignage ci-dessus, le déni face à une situation extrême n'a rien de pathologique, mais constitue au contraire le premier temps de l'adaptation. En effet, ce type de situation provoque un bouleversement tel qu'il fait vaciller les bases mêmes sur lesquelles repose notre vision du monde.

Dès lors, le déni constitue «une sorte de sursaut, afin d'assurer, face au choc, la survie psychique ; [...] en neutralisant une partie de la réalité traumatisante, on aménage la possibilité de l'affronter ; en anesthésiant une partie du moi, on le préserve27 ». Ce mécanisme de défense permet donc à la personne de ne pas s'effondrer en cédant au désespoir et à la panique, et de reporter à plus tard la nécessaire adaptation à la réalité.
Habituellement, le déni diminue progressivement d'intensité, pour disparaître en quelques heures, voire en quelques jours ou semaines.

Là, en revanche, où il pose réellement problème, c'est lorsqu'il se prolonge durablement et qu'il nous induit en erreur, ce qui peut entraîner de graves conséquences. 
Par exemple, certaines femmes, remarquant une petite boule au sein, se persuadent qu'il ne s'agit que d'un kyste bénin, ce qui leur évite d'aller consulter28. On imagine aisément l'impact dramatique d'un tel déni s'il s'agit d'un cancer.

27. Ibid., p. 85.
28. J. Katz et al., «Stress, distress, and ego defenses. Psychoendocrine response to impending breast tumor biopsy», Archives of General Psychiatry, août 1970, vol. 23, p. 131-142.


Autres billets sur Le bonheur est toujours possible
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Published by Stefan Vanistendael & Jacques Leconte - dans Déni
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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 13:04

Logo de Vox PhilosophiaeMercredi, 22 Septembre 2010

Dans "monstrueux" on entend encore faiblement "montrer", monstration, dé-monstration. Le monstrueux, cette déformation im-monde du monde, cette ab-erration de l'ordre naturel, cette tératologie organique ou sociale nécessairement provoque la crainte, inspire sourdement une terreur superstitieuse devant "quelque  chose" qui semble défier toute loi, conventionnelle ou naturelle. Y prendre plaisir appelle un châtiment divin. Entre horreur et fascination le monstrueux en appelle à nos instincts refoulés, à notre barbarie inavouable, ce continent noir que la culture avait repoussé dans les tenèbres du Tartare.

Paradoxe : en régime ordinaire le monstrueux ne se montre pas, ne s'exhibe pas, enclos dans le domaine du réservé, du non communicable, du sacré, du secret.

Petites monstruosité privées ou familiales, petits ou grands romans d'inceste ou de crime, de harcélements et de viols. Grandes monstruosités publiques des sacrifices sanglants, des guerres et des massacres.

Chaque nation a ses histoires noires, ses réminiscences, ses atrocités recyclées en faits de gloire. On croit en être quitte par un vigoureux déni de mémoire. Et puis cela revient toujours. Et c'est alors que le monstueux se révèle dans son horreur nue, absolue, irrécusable. Les uns reculent et prétendent s'en tirer au prix d'un second déni, les autres acceptent, exigent de montrer l'immontrable, quelles qu'en soient les conséquences, estimant que la vérité doit être dite.

Le monstrueux semble ainsi illustrer une loi très générale: la vérité est peut-être impossible à voir sur l'heure et ne se reconnaît que dans l'après coup. Il en a été ainsi des horreurs de la guerre, des camps staliniens ou hitlériens, de tous ces régimes dont l'abomination fut invisible jusqu'à leur écroulement final. Comment se fait-il que l'horreur du présent nous soit si difficile à reconnaître ? Reconnaissons dès à présent que cette remarque justifie le travail de l'histoire, aussi insuffisant et douteux soit-il.

Le monstrueux de notre temps a ceci de remarquable qu'il se dissimule mieux que jadis, qu'il est plus difficile à débusquer sous la croûte de nos manières policées, rampant et sinueux, quasi invisible.

 La pauvreté se cache, les gêneurs sont expulsés, expatriés, les criminels sont en prison, les prévaricateurs honorables sont à l'abri, les cyniques au pouvoir. Parfois éclate un petit scandale médiatique, mais cela ne semble déranger personne. On crie, on rameute, et puis cela se tasse. Banalités du jour. Oubli le lendemain.

Pour lire la suite du billet, cliquez sur le logo de Vox Philosophiae


Autres billets de Guy Karl

1/ De l'indifférence morale

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Published by Guy Karl - dans Déni
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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 15:53

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Illel Kieser ‘l Baz, psychologue clinicien, anthropologue

Ce jour à Québec, le 13 avril 2009

Lors de l’examen de la proposition de loi de Mme. Marie-Louise Fort visant à identifier, prévenir, détecter et lutter contre l’inceste sur les mineurs et à améliorer l’accompagnement médical et social des victimes (n° 1538) (Mme. Marie-Louise Fort, rapporteure), vous avez affirmé :

« Vous écrivez également, dans l’exposé des motifs, que l’inceste est un « déterminant majeur » des tentatives de suicide, de l’anorexie, des addictions aux stupéfiants et à l’alcool et de l’échec scolaire. Ce faisant, vous allez culpabiliser les victimes. Elles souffrent toutes, mais sans être nécessairement affligées par tous ces maux : comme l’a montré Boris Cyrulnik, il existe des phénomènes de « résilience ».
Vous écrivez par ailleurs que « le tabou sur l’inceste (interdit du dire) s’est insidieusement substitué au tabou de l’inceste (interdit du faire) ». Or, on ne peut pas parler de substitution, car l’« interdit du faire » existe toujours : il demeure au fondement de nos sociétés. D’autre part, le fait de parler davantage de l’inceste constitue un progrès. L’adverbe « insidieusement » me semble peu approprié. »

Sachez que je ne doute pas de votre sincérité ni de votre volonté à combattre le fléau de l’inceste. Cependant, je suis très surpris par ces arguments que vous avancez, sans d’ailleurs, faire de contre proposition et c’est ce qui pourrait expliquer le ton peu amène de cette lettre. Je vous prie d’avance de bien vouloir pardonner l’apparente véhémence, voire l’ironie de mes mots, je m’adresse ici à une représentante du peuple et, à ce titre, vos propos paraissent souvent ambigus. Je ne fais que les relever.

Prenons le deuxième argument : « l’"interdit du faire" existe toujours : il demeure au fondement de nos sociétés. », certes, mais il n’est pas inscrit dans la loi française, son interdit demeure donc implicite si bien que les magistrats instructeurs – en l’absence d’une position claire du législateur – doivent s’en remettre à leur appréciation pour instruire des affaires d’inceste. Or on sait que de nombreux cas de « viols sur mineurs par des ascendants ayant autorité » se trouvent déclassés pour des raisons souvent opportunistes : encombrement des tribunaux d’assises, coût des instructions, etc.
Et si les victimes souffrent, c’est le plus souvent, du silence du législateur censé pourtant protéger nos concitoyens les plus fragiles, les enfants. C’est en effet votre silence, par suite celui d’une société entière qui conduit à ce fameux effet de résilience que Boris Cyrulnik prétend réparateur.
D’où mon ébahissement à la lecture de votre argument sur la souffrance des victimes. La notoriété de B. Cyrulnik repose sur une nécessité, celle de la paix sociale. La pseudo réparation notée comme résilience n’est qu’un effet de couverture qui facilite le déni de ce fléau que vous-même semblez réprouver. Selon ce psychiatre « la résilience n’a rien à voir avec une prétendue invulnérabilité ou une qualité supérieure de certains mais avec la capacité de reprendre une vie humaine malgré la blessure, sans se fixer sur cette blessure. » Ce qui revient à dire qu’il s’agit, pour se réparer, d’oublier en allant de l’avant. Formule moderne et pseudo savante qui reprend l’ancienne formule stigmatisante : « Il ne faut pas en faire un plat ! »

Et c’est vous qui culpabilisez ainsi les victimes, celles qui présentent ces fameux troubles parfaitement repérés par la plupart des cliniciens. Vous les renvoyez à une forme d’insuffisance intrinsèque, une sorte de faiblesse qui les rendraient incapables de surmonter les anciennes épreuves subies enfant et de donner un sens à leur vie. En rejetant ces non résilients dans les limbes de la société vous réinventez le châtiment romain de la damnatio memoriae, qui consistait à rayer de la mémoire civile tous ce qui pouvait évoquer l’existence du condamné. Il n’existait plus alors pour personne, ni dans la mémoire ni dans les faits.
Savez-vous, Madame la députée, que c’est précisément la principale souffrance des victimes d’inceste : le déni d’une histoire douloureuse, le déni des prédations subies, le déni des souffrances présentes. Et c’est vous qui la leur infligez.

Je ne vous ferais pas l’injure de vous recommander la lecture de Joseph Rudyard Kipling, car vous semblez en connaître la prose (Sois un homme mon fils !) mais celle de mon essai sur la transgression du tabou de l’inceste – je vous en envoie un exemplaire. J’y récapitule 35 ans d’expérience, de soutien et d’assistance à des victimes d’inceste, 35 années à parcourir quelques continents, de l’Asie mineure à l’Amérique du Sud en passant par l’Amérique du Nord pour y rencontrer ceux qui avaient osé bravé des interdits, des silences et offrir ainsi à leurs concitoyens des solutions humaines aux conséquences terribles des traumatismes de l’enfance. Je puis vous assurer, Madame la députée, que, de ce point de vue, la France fait figure de pays archaïque et je n’en suis pas fier.

Pour lire la suite de la lettre, cliquez sur le logo de beta politique


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Published by E.T. Documentaliste - dans Déni
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 16:02
Ma-vie-en-pieces-detachees.jpgMaritée (pseudonyme)
Ma vie en pièces détachées
Date de publication : novembre 2009
Prix (TVA incl.) : € 20,68

Prix (TVA excl.) : € 19,51
Section : Publications Littérature
Catégorie : Autre Langue : français
Nombre de pages : 342
Impression : Noir & Blanc

Témoignage inédit en lien avec un phénomène méconnu et controversé : les souvenirs d’inceste retrouvés à l’âge adulte… une preuve indéniable qu’il est possible d’avoir tout oublié pour survivre.
Ce récit de vie est une histoire vraie décrivant en détail les symptômes d’un mal pernicieux qui a fait des ravages dès la tendre enfance, les mécanismes de défense utilisés pour demeurer « fonctionnelle » et finalement le choc des souvenirs retrouvés de traumatismes d’inceste enfouis profondément et cela depuis au moins vingt-huit ans. A cela se sont rajoutés ce qui pour elle a été le pire : l’incompréhension, qu’elle qualifie de meurtrière, de l’entourage et de certains intervenants professionnels s’appuyant sur la  thèse du syndrome des faux souvenirs, appuyant par le fait même les arguments employés par son abuseur pour se défendre.
Toute l’horreur de ce qui est vécu est racontée, analysée et supportée par des ouvrages de références consultés, dans le but de faire comprendre l’ampleur du drame. En effet, faute de preuves, de témoins, d’autres victimes, d’aveux, en présence d’apparences et d’une réputation irréprochables de son abuseur, elle n’a eu d’autre moyen pour survivre que de livrer sa propre histoire, seule preuve qu’un traumatisme intense vécu dans l’enfance a perturbé sa vie à tous les points de vue, jusqu’à en venir dès la prime jeunesse à s’abuser elle-même par l’automutilation :

« Je ne comprenais pas ce qui me poussait à reproduire encore et encore sur moi-même, ces scénarios profondément morbides et sadiques où je jouais à la fois le rôle de l’abuseur et de l’abusée. Ceci me plongeait dans une honte et un désarroi incroyables ».

Compulsion de répétition, tentatives de suicide, désespoir infini, soif d’absolu, de vérité.  Cocktail explosif livré dans le but de pouvoir vivre enfin unifiée et non plus « en pièces détachées ». Témoignage d’espoir aussi à l’effet qu’il est possible de s’en sortir, à condition d’apprendre à SE faire confiance, à se fier à ce que l’on sent, ressent et pense et non pas à ce que l’entourage voudrait bien nous faire croire.

L’auteure est née au Québec. Elle est titulaire d’un Ph.D. en sciences. Elle a étudié auparavant en médecine mais a dû abandonner ses études au début de sa 4e année après avoir complété avec succès un premier stage d’externat en psychiatrie. Incapacité de continuer par blocage psychologique. Échec cuisant relié à un malaise profond et inexplicable relié à l’examen physique des patients. Plus tard, elle a aussi complété une formation de base de 750 heures donnée par une école privée de formation de psychothérapeutes.


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Published by Maritée - dans Déni
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 18:12
La distinction entre émotion et sentiment est fondamentale pour saisir le mécanisme du déni. Pourquoi est-elle si importante ?

Si vous ne tentez plus de nier votre passé, vous êtes plus libre de faire confiance à vos émotions. Celles-ci vous parlent, souvent inconsciemment et à travers des messages du corps, de votre histoire. Votre raison peut apprendre à déchiffrer ces messages, et, de cette manière, vous pourrez transformer vos émotions en sentiments conscients. Connaître vos sentiments vous protège grandement dans la vie. Mais si, au contraire, vous les combattez, vous vous sentez perpétuellement en danger et ne vous ouvrez pas à vos émotions. Vous avez peur d'événements survenus il y a des décennies et qui aujourd'hui ne constituent plus une menace réelle.



Autres billets sur Ta vie sauvée enfin
1/ Ta vie sauvée enfin
2/ Pardon nocif
3/ « Tu dois t'aimer toi-même »
4/ Ecrire pour laisser émerger la véhémente indignation
5/ Arrêter la reproduction du sadisme parental

*/ Virginia Woolf par Alice Miller

 

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Published by E.T. - dans Déni
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 10:45

Cyrulnik Je me souviensPage 32

Si j'ai seulement des images comme souvenir c'est parce que, dans le même temps, j'ai vécu des émotions et qu'elles ont été déniées, peut-être même refoulées. Il ne me reste alors que les images et les mots sans émotion.donc, si je peux parler de ce temps de l'enfance, c'est uniquement en donnant l'impression de vivre une enquête, de faire de l'archéologie mais, à la limite, je parle à peine de moi. C'est comme si je faisais une enquête archéologique sur quelqu'un qui, comme moi, s'appelait Jean Laborde, à Pondaurat en 1944. En réalité, ce n'était pas tout à fait moi.


Autres billets tirés du livre De chair et d'âme
2) Epistémologie de la ratatouille

Autres billets tirés de Je me souviens
Autres billets critique du concept de résilience
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Published by Boris Cyrulnik - dans Déni
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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 11:13

Logo-Le-Figaro.jpgCulture Loisirs Figaro Littéraire
« Les vrais écrivains d'aujourd'hui se comptent sur les doigts d'une main »
Propos recueillis par PAUL-FRANÇOIS PAOLI.
Publié le 08 février 2007
De nombreux essais s'interrogent sur l'état du roman et son avenir. Éditeurs et écrivains, Richard Millet et Jean-Marc Roberts contestent leur analyse.
LE FIGARO LITTÉRAIRE. – Après la vogue du structuralisme et du nouveau roman, l'autofiction est-elle en train d'achever la littérature française ? Certains demandent un retour à une littérature « engagée » dans la société...
Richard MILLET. – Aucun mouvement n'est responsable de l'appauvrissement de la littérature. Il y a des chefs-d'oeuvre dans la littérature nihiliste, formaliste et même nombriliste. L'autofiction n'est pas ma tasse de thé, mais la volonté de Christine Angot de tout dire d'un événement insignifiant est fascinante... D'ailleurs La Recherche du temps perdu de Proust et Voyage au bout de la nuit de Céline sont, à leur manière, de gigantesques autofictions. Ce qui fait un écrivain, c'est l'invention d'une langue, d'un rythme singulier. C'est sa puissance. Sa sensibilité politique, ni le genre littéraire à travers lequel il s'exprime ne font rien à l'affaire. À mon sens Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam sont bien supérieurs à Zola ou au Hugo engagé.
Jean-Marc ROBERTS. – Cela fait trente-quatre ans que je suis dans le métier et que l'on m'annonce que le roman français est mort. C'est l'un de ces « marronniers » dont sont friands les journalistes. Coupable, l'autofiction. Le mot ne veut pas dire grand-chose. Il est vrai qu'il est plus facile d'écrire un roman « intimiste » que d'inventer la vie des autres. Mais le talent et le génie n'ont ni genre ni sexe. La littérature existe ou n'existe pas, c'est affaire de son, de langue, au fond de musique. Chez Stock, où nous avons édité des auteurs aussi différents que Philippe Claudel, Nina Bouraoui ou Christine Angot, l'autofiction n'est pas un principe. Quant à la thèse de François Bégaudeau, qui exhorte les écrivains à s'engager, elle sent son lycéen attardé. Un lycéen qui s'exprime mal, dit tout et son contraire. Les mauvais livres sont ceux qui justement ont une intention. Un bon roman n'apporte aucune réponse, il ne fait qu'ajouter de nouvelles questions.
R. M. – Les journalistes ont une grande responsabilité dans cette confusion des genres. Où sont les « descentes » argumentées, comme l'on disait autrefois ? Que sont devenus les critiques ? Citez-moi un article qui dise que le dernier livre de Justine Lévy ou d'Anna Gavalda est nul ! Qui oserait écrire qu'un roman de Le Clézio ou de Kundera est faible ?
J.-M. R. – Exception faite du livre de Justine Lévy, Rien de grave, (Publié par Stock, NDLR) qui était à mon avis un bon roman - s'il était signé d'un auteur anglo-saxon, on le trouverait formidable - je suis d'accord sur le diagnostic : les critiques ne font plus leur travail, ils encensent trop vite ; du coup, on ne voit plus rien émerger, sauf quand apparaît un phénomène comme Houellebecq ou Jonathan Littell.
Richard Millet, l'an dernier, vous critiquiez la pléthore de mauvais romans de la rentrée littéraire. Plusieurs centaines de romans sont parus en janvier. Vous considerez que c'est excessif ?
R. M. – Ce que j'ai dénoncé, ce n'est pas le nombre de livres, mais l'absence de hiérarchie entre les livres. L'écrivain est celui qui a un monde, pas celui qui fait un « coup » pour avoir sa photo sur un livre. La fonction du roman n'est pas d'être un outil de promotion sociale. Toutefois, je concède que ce phénomène a toujours existé. Au XIXe siècle, on écrivait des vers, maintenant on signe un roman. Mais il ne faut pas se leurrer, en fin de compte les vrais écrivains se comptent sur les doigts d'une main.
J.-M. R. – Je préfère qu'il y ait à la rentrée 600 romans plutôt que 35. Cela dit, une réflexion sur la situation actuelle s'impose. Ainsi, il y a beaucoup trop d'éditeurs, trop de nouvelles maisons sans exigence. Éditeur est un métier à la mode ! Depuis le Goncourt miracle du kiosquier Jean Rouaud, des gens qui n'y connaissent rien publient des romans dans l'espoir de décrocher le gros lot. Et je ne parle pas du système des prix dans lequel les jurés priment ce que le public a déjà choisi...
R. M. – La littérature romanesque contemporaine est en état de crise, comme le fut peut-être la poésie au XVIIIe siècle. Je ne vois pas émerger actuellement d'oeuvre majeure. Mais trois grands romanciers par époque suffisent. Cela dit, ni Roberts ni moi ne publierions ce que nous publions si nous n'y croyions pas.
J.-M. R. – Chez Stock, nous éditons des jeunes gens, sans imaginer ce qu'ils deviendront. Est-ce que l'on pourra plus tard évoquer «l'oeuvre» d'un auteur, bien malin qui peut savoir. Parmi les grands, on cite toujours Modiano en exemple. Mais est-ce que ses romans vieilliront si bien que ça ?
Comment s'empêcher de comparer les écrivains actuels aux grands anciens ? Où sont passés les Aragon, les Montherlant, les Giono qui tenaient le haut du pavé, il y a un demi-siècle ? Y a-t-il déclin ?
R. M. – Dans son livre, Tzvetan Todorov dit que la littérature française est « solipsiste », nulle, désespérante. Ce sont des généralités : il ne cite aucun auteur dans le champ contemporain ! D'ailleurs, on se focalise trop sur la littérature française, comme si les choses allaient mieux ailleurs. On survalorise la littérature anglo-saxonne : qui sont leurs grands écrivains ? Qu'on nous les cite. Qui dira que Philip Roth écrit mal ? Il y a une norme internationale du roman dont le pilier est Umberto Eco : or Eco est un grand esprit, pas un grand romancier.
J.-M. R. – Je tiens Michel Houellebecq pour un écrivain important. L'oeuvre d'Annie Ernaux est celle à laquelle je suis le plus attaché. François Taillandier fait un travail considérable, mais aussi Agota Kristof ou Vassilis Alexakis.
R. M. – Il y a aussi Pascal Quignard, Pierre Bergougnioux, Pierre Michon, Régis Jauffret, Marie N'Diaye, d'autres...
J.-M. R. - Je suis optimiste pour le roman, mais pessimiste sur notre époque qui est antilittéraire. Le pire, ce sont les blogs : non seulement les gens ne lisent plus mais ils ne vivent plus. Interdisons les blogs !
R. M. – Nous vivons dans un monde où l'on n'enseigne plus la littérature et son histoire ; où les valeurs qui dominent sont marchandes, consuméristes, radicalement anticulturelles. Je sais ce dont je parle, j'ai moi même été enseignant. Savez-vous que dans les banlieues, le mot « intello » est devenu une insulte. La littérature est menacée par le divertissement, par la disparition de l'ennui. La littérature, au sens ambiteux du terme, intéresse trois mille personnes en France... D'une certaine manière, la solitude de l'artiste est un invariant ; il y a toujours eu quelque chose d'héroïque dans le fait de s'obstiner à écrire. Rappelons-nous la prédiction d'Henry James qui le premier affirmera que la massification de la culture signerait l'arrêt de mort du grand écrivain.

Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo du Figaro

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Published by Paul-François Paoli - dans Déni
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