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  • : Autofiction Inceste Résilience
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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 07:55

Fractal goutte détourée

Second recueil – le présent

Fidélité

Lorsque ses amants se penchaient sur elle et qu’elle laissait apparaître ce désir, ils le lui disaient. Bertrand était un guerrier. Le polytechnicien fougueux lui susurrait des « Magnifique féline ! » et elle s’évadait, partait loin, inapte à prolonger ce moment. Il n’aurait pas fallu lui dire cela, c’était un déclencheur, comme la pression sur un robinet pour activer un splendide jet d’eau. Camille plongeait dans le regard doux de Georg, lorsqu’il la roulait sur lui, qu’il ressemblait alors à un gros chat et que sans rien lui dire, ses yeux devenaient verts et fluorescents parce qu’elle s’emballait de ce magnifique désir. Ses longs cheveux pendaient devant son visage qu’il ne pouvait plus voir et elle pleurait.

Ils n’y avaient pris garde les premiers temps de leurs étreintes, mais les larmes leur devenaient insupportables après quelque temps. Camille était frustrée. Elle était aux anges quand ils lui faisaient l’amour, elle se savait aimée, la seule expression d’amour possible, mais il ne prenaient pas le temps de rester avec elle, de prolonger ce moment pour qu’il devienne jouissance. Le septième ciel, elle ne le connaissait que par elle-même. Ce devait être plus facile avec d’autres femmes, puisqu’ils allaient toujours voir ailleurs.

Arrêter d’empiler les histoires trop importantes pour elle, qui s’achevaient cruellement, parce qu’elle s’était mal débrouillée au lit, parce qu’elle était malhonnête et le savait. Camille jouait les sainte Nitouche et pouvait être un démon, sans les aguicher, ils venaient, elle les laissaient approcher pour leur faire peur ensuite et noyer tout cela dans les larmes.


Autres billets sur les larmes

15/ La dame de Shanghaï selon Barbara Leaming


Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires  
Premier recueil – le passé
 Premier recueil – Première partie : Le bonheur
Révélation des viols paternels
Deux personnes identiques à elles-mêmes pourtant si radicalement disjointes


Premier recueil –
Seconde partie : Cours après moi
La plainte pour un viol par inceste

 Chapitre IV : Une larme trop tard
4ème partie : Georg, spectateur qui s'endort
 

Emission Médiations du 27 mars 1989
 Elle savait que son tuteur de résilience s’était défilé
Le monde à l'envers pour un soir 

Second recueil – le présent 
  Julien poisson changeant de bocal
Le cancer conséquence des viols et de l'abandon
Ecrire pour lâcher prise

 

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 18:23

Fractal goutte détourée

Premier recueil : Le passé
Première partie :  Le bonheur

Troisième chapitre : Désirs

Deuxième paragraphe Désir d'enfant

Déclaration du père de Georg 

 


Que faisait son père à lui ? Un homme étrange, atteint de sclérose en plaques. Il restait assis dans un fauteuil roulant électrique, qui grésillait d’une manière rigolote lorsqu’il se déplaçait. Camille gardait une photo faite de lui au moment où il lui adressait un sourire complice. Monsieur entendait tout, suivait tout des yeux, en silence, et n’ouvrait pas la bouche. Ah si ! une fois, un matin du premier Noël passé à Kleinstadt, alors qu’en Allemagne, la radio diffuse des valses de Vienne et non, comme en France, les Dix Commandements. Camille aimait d’autant plus ces valses qu’à Boston, elle travaillait avec Ann, une petite-fille de Franz Lehár, qui l’emmenait au concert où elle avait découvert un morceau tellement présent : la valse Boston Wilde Rosen dont Ann lui avait délégué la traduction : Les Roses sauvages.

 

Flanqué de sa mère, Georg était en courses, la grand-mère on ne savait où, et Camille restait avec le père de Georg. D’humeur débonnaire, il s’adressait à elle et leur conversation décousue par la barrière de la langue, le faisait rire. Camille ne l’avait jamais vu qu’assis si bien qu’elle resta fort surprise lorsqu’il se lèva et, sur un air de valse, tendant les mains, en tournant dit :

« das Fräulein, es ist nötig du musst, dass Frau… »

Étrange qu’il lui offre de porter son nom de famille. Le mensonge initial était-il là ? Dans cette famille, comme dans la sienne, les rôles étaient mélangés. Quelle belle circonstance pour elle qui prétendait à changer de nom : rayer sur elle celui de son géniteur dans une volonté de le déposséder du privilège. Se reposant sur les gestes et propos du père de Georg, elle s’autorisait à croire à la solidité de son lien avec le fils. La valse touchant à sa fin, il se rassit en posant son index sur sa bouche.

Avec un immense sentiment de malaise, elle avait sa bénédiction. Pourquoi était-il absent dans la vie de Georg ? Ce dernier se conduisait comme s’il n’avait pas de père. Cette situation était absurde. Il faisait de son père un absent, mais ne souffrait pas de son absence. Dans une sorte de transcendance d’acquiescement, Georg ne parlait jamais de lui, et se comportait comme un enfant de veuve en faisant fi de la loi et se présentait comme un novateur ; il incarnait une force nouvelle de changement. Georg n’était qu’un usurpateur.


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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 07:58

24H logo150

Nous avions 24 heures, de 20 heures à 20 heures pour écrire une nouvelle. 

Si vous voulez en savoir plus, cliquez sur le logo du site des 24h d'écriture

La contrainte nous a été révélée à 20 heures le vendredi soir.

Contrainte

La nouvelle traversée de Paris

La chanson qui va avec ma nouvelle.

Avec mes remerciemnts à Arbon pour m'accorder le droit d'accompagner ma noouvelle avec 2012. 

 

Dédale

"La rareté de Marcel Aymé, ce n’est pas d’avoir laissé un miroir de la société mais un miroir de l’homme... sa morale signifie que le même homme, selon les circonstances de la vie, peut être un héros ou un salaud."


Il neigeait sur Paris… avec légèreté, mais la neige tenait assez pour inscrire l’année 1986 dans les annales. L’un des premiers dimanches de février, – durant l’une de ces journées où l’on aimerait faire des batailles de boules de neige, ou rester bien au chaud chez soi –, à dix heures du matin le téléphone sonna :

« C’est Philippe, tu viens, j’ai besoin de toi ! commanda-t-il.

– Tu es gonflé, Philippe, tu aurais pu m’appeler hier !

– Désistement… galère… tu peux ?

– Je suis crevée !

– T’as besoin de fric, non ?

– Oui, évidemment.

– On t’attend à treize heures dans l'entrée. Salut ! »

Philippe Grimaldi, un ami, guide à Carnavalet, était chargé, ce jour-là, de l’organisation des visites.

À vingt-six ans, Camille était l’une des conférencières ; et ce métier lui avait permis de gagner sa vie durant ces dix dernières années. Elle avait intégré l’École du Louvre et continuait à faire des visites guidées. Aujourd'hui c'était une exposition sur les Lumières.

Philippe lui confia la dernière conférence de la journée. Il y avait dans celle-ci des étrangers et il serait peut-être nécessaire de la faire en anglais. Les visiteurs étaient allemands. En commençant la visite, elle sollicita une aide pour la traduction.

Un monsieur se proposa, charmant, dont l’ample manteau brun accentuait la prestance. Entre ses longs doigts fins, diaphanes et qui pianotaient sur la laine, il tenait le béret basque plié en deux, qu’il avait ôté en entrant dans le hall. Camille eut l’impression de le connaître depuis longtemps, même si elle pensait au pur hasard.

Au premier mot, il avait capté l’attention et il était vif. Elle avançait vite sans répéter ses explications ; elle lui laissait juste le temps de traduire. Il avait ralenti le groupe devant le portrait de Gabrielle-Émilie de Breteuil qui traduisit les œuvres de Newton en français, devint Madame du Châtelet et fut la maîtresse de Voltaire.

Le visiteur traducteur s’était présenté comme physicien. La marquise le fascinait. Il posait des tas de questions, traduisait plus pour son ami allemand, que pour les autres visiteurs qui discutaient entre eux. Camille avait tout loisir de rire avec lui des petites histoires de la marquise en goûtant l’intérêt que ses frasques et son travail suscitaient. Ils avaient laissé échapper l’heure. La visite dut se terminer en queue de poisson. Ils s’étaient séparés, en se retournant plusieurs fois l’un vers l’autre.

 

Un visiteur comme les autres, songeait-elle ! Il avait téléphoné le lendemain. La sœur de Camille lui avait dit : « Ton Allemand d’hier, dans une visite, a téléphoné ! » Lorsque la sonnerie avait retentie, elle avait été comblée, parce qu’elle espérait son appel.

« Je suis Georg et j’étais dans la dernière visite hier au musée.

– Oui, Monsieur, je me souviens, répondit-elle sans grande conviction.

– Comme je n’avais pas de pourboire, je voudrais vous inviter pour un café !

– Comment avez-vous eu mon numéro ?

– J’ai appelé au musée et une de vos amies guide a accepté de me le donner. »

 

Camille eut tout d’abord peur de cette intrusion, elle vivait dans un tourbillon de visages et de regards échangés avec les visiteurs, les connaissances, les Parisiens. Cette ville la noyait dans les mauvaises rencontres et les rares entrevues de bon aloi. Malgré tout, elle eut envie d’en savoir plus, car charmeur, il l’attirait. Son cœur battait fort. La conversation évasive leur permit de prendre rendez-vous pour le lendemain au café Bonaparte à Saint-Germain. « Je porterai mon béret basque, ponctua-t‑il. »

Ce jour-là, comme dans toutes les histoires d’amour naissantes, tout s’arrêta. Camille portait ce sentiment de bonheur fou. Le cours de sa vie changeait.

Il s’appelait Georg : elle savait que saint Georges était légendaire : le grand intercesseur de jadis. Son Georg à elle, n’était pas français, parlait plusieurs langues et son français balbutiant la charmait.

 

Camille prit le temps de traverser Paris pour s’installer à la terrasse intérieure du café Bonaparte. Elle le voit arriver et remet une image sur l’impression… un charmeur, surtout ses yeux et aussi son sourire resplendissant, avenant, dont elle ne se méfie pas et qui la séduit . Compose-t-il son personnage ? l’air planant, il arbore son béret pour la simplicité ou l'envie d'un symbole français et porte une grande sacoche. Il lui avait donné rendez-vous à côté, et non au café de Flore, pour se préserver de jouer le snob. Il s’assied maladroitement, pour discuter de la visite guidée. Ce qui se noue entre eux est inexplicable et instinctif. Camille avait, à tout hasard, ou par intuition, acquis le livre d’Élisabeth Badinter sur Madame du Châtelet qu’elle lui offre et Georg sort de son grand sac Amerika de Kafka qu’il avait acheté pour elle durant la journée.

« Je pars pour les États-Unis le mois prochain.

– C’est grand les Etats-Unis ! Où allez-vous ?

– Boston, à l’université pour un travail sur Einstein. »

Leur sujet de conversation porta sur Einstein et sur l’Amérique puis sur les deux siècles tellement différents de Madame du Châtelet et de Kafka.

Georg lui dit aussi qu’elle ressemble à Gabrielle-Émilie avec la même ligne d'implantation de cheveux opulents au niveau du front qui dessine une pointe et les mêmes grands yeux verts. Ne pas dire non parce qu’elle ne se fait aucune illusion sur une beauté qu’elle n’a jamais eue, tout comme Madame du Châtelet.

« Vous pouvez me mettre un mot sur Émilie, Émilie, s’il vous plaît ?

– Vous m’en mettez un sur Amerika. »

Chacun écrit son mot, en se grattant la tête, sans parler, puis échange les livres lorsque Camille devient dyslexique en lisant à haute voix : « Un voyage que j’espère faire avec toi. »

« Ça veut dire quoi ?

– Tu pourrais me rejoindre à Boston !

– Une idée de vacances ?

– Ou peut-être plus…

– C’est un rêve fou, chuchote-t‑elle d’une voix tremblante.

– On peut le faire. »

Avec l’hébétude d’avoir prononcé des paroles fortes, dangereuses et trop rapidement tous deux plongent dans leurs yeux. Après un temps lent et court, elle rompt le silence : « Gabrielle-Émilie a écrit au sujet de l’amour que c’est la seule passion qui puisse nous faire désirer de vivre. » Georg lui parle de ses projets, de sa vie entre sa ville natale Kleinstadt, un coin de Westphalie, Berlin sa ville préférée, Rome son rêve et maintenant Boston, son avenir : une infinie curiosité, une quête, des ambitions.

 

Sur leur échiquier, elle avait posé la pièce maîtresse dès le premier dîner le lendemain soir, cher Goldenberg, le restaurant de la rue des Rosiers.

Camille avait dit que son père était officier supérieur et Georg avait répondu qu’il n’avait pas de père officier ; elle lui avait dit ne pas l’aimer et lui avait répondu qu’il aimait le sien. Sous cet échange à mots couverts, elle vivait cette soirée comme un conte de fées, buvait ses paroles, le mangeait des yeux et il riait, tous deux riaient. De temps à autre, il lui parlait en regardant ailleurs, tout en pressant la main qu’elle laissait près de son assiette en caressant du bout du doigt le liséré doré du rebord. Il avait quitté la table sans donner plus d’explication, et l’esprit de Camille repartit dans ses visites guidées.

 

Saint Georges symbolisant la capacité de l’esprit humain à surmonter les épreuves, elle crut que Georg l’aiderait à aplanir les siennes ; elle se lançait et devinait le coup de foudre s’affirmer en les envoûtant tous les deux. Leur love at first sight… : c’était le premier homme qui la regardait vraiment et elle tombait dans ses yeux. Il n’était pas beau : un grand corps mou, enveloppant ; des cheveux hirsutes, clairsemés, comme ceux d’une poupée. Ses gestes étaient maladroits, très doux. Il avait des mimiques vulgaires, sincères. Ses yeux qui ne la voyaient même pas, pétillants et des mains aux doigts longs entre filou et aristocrate. Indifférente au souci de savoir pourquoi elle se laissait envoûter : elle savait qu’elle s’égarerait à trouver une réponse.

La poule au pot de Goldenberg, moins célèbre désormais que les impacts de balles sur la devanture,  manqua d’intérêt. Les assiettes avaient été oubliées. Le nouveau couple s’éclipsa. Georg avait choisi cet endroit à cause de l’attentat antisémite de 1982 et la désertion qu’avait entraînée la peur. C’était sans compter avec les musiciens, prenant trop de place à contretemps, qui les avaient repérés et les submergeaient d’une musique insidieuse.

 

Ils se retrouvèrent tous les soirs pendant une semaine dans la neige et la glace où leur idylle leur tenait chaud. Camille avait enfilé l’odeur de Georg et noué une écharpe de son souffle autour de son cou. Le 17 février 1986, le carnaval de Paris vibrait sur le thème de Venise. Ils avaient rejoint des amis dans les jardins du Palais Royal en pleine effervescence à ce moment, secoué par la polémique sur le projet de Buren. Leurs mains se serraient en frissonnant de croiser un tableau de Bruguel l’Ancien monté sur jambes. Un jeune homme avait eu l’heureuse idée de s’armer d’un cadre qui entourait sa tête grimée en personnage de Bruegel. Il déambulait en collant et chausses sous les acclamations. Camille riait de cette magie ambiante, mais aussi des masques arborés. Au marché Saint-Pierre, elle avait acheté, de grands rideaux violets, comme des grillages, pour les draper par-dessus leur manteau. Une belle froidure régnait ce soir-là. Georg s’était procuré des masques en carton que l’on nouait avec des rubans.

 

Une multitude de ces petites attentions, qui établissent un lien, parsemait leur quotidien. Avant qu'il ne reparte, elle eut l’envie de fabriquer des cadeaux parce qu'il était très attaché à sa famille. Elle allait à ses cours de broderie et restait en atelier pour les préparer. Sur une mousseline de soie lavée, elle brodait deux écharpes pour ses grand-mère et mère et des mouchoirs pour son père. Georg les leur offrirait avant de retourner à Rome, rejoindre son directeur de thèse.

 

Georg était chez ses parents, il lui téléphonait. Il lui racontait par le menu détail leurs réactions. Une espèce de lourdeur s’était installée, car il était difficile pour elle de croire qu’un homme de trente ans ait tellement de comptes à rendre à ses proches.

Madame mère avait engagé son fils à lui soumettre une photo d’elle, la nouvelle, et il avait déposé sur la table une boîte d’allumettes. Était-il aussi naïf ou provocateur pour donner ainsi à sa mère le bâton pour se faire battre ? Un mois plus tôt, Camille avait été invitée au Moulin Rouge par un ami. Avant le dîner et la suite du spectacle, un photographe s’était présenté en offrant une photo sur de petites boîtes d’allumettes que l’on récupérerait à la fin du repas. L’ami avait commandé le portrait de sa compagne. Les boîtes allaient par six et Camille en avait pris quatre. C’est ainsi que l’une d’entre elles s’était retrouvée dans la poche de Georg.

Au dos de la boîte, étaient inscrits en rouge les nom et adresse de l’endroit connu pour sa légèreté. Au fin fond de l’Allemagne, l’objet se métamorphosait en horrible moyen de publicité pour une danseuse qui ne pouvait que se prostituer ! La photo était celle de Camille. Il avait beau jurer ses grands dieux, on ne sait quoi, elle était fichée.

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Roissy, trois ans plus tard, lundi de Pentecôte, à l’embarquement, il met ses bagages sur le tapis roulant à côté de l’hôtesse et tandis qu’il fouille dans sa veste pour prendre son billet, Camille pose son sac sur le comptoir avec précaution. La main de Georg reste en suspens.

« Que fais-tu ?

– Je prends l’avion avec toi ! »

 

Brusquement, le rythme change, tout devient plus rapide. La main de Georg trouve vite son billet, l’hôtesse s’occupe des formalités avec précipitation et il répète plusieurs fois : « Ce n’est pas possible ! possible ! »

Il se met à galoper en vociférant. Entre ses dents, il remâche tout ses griefs contre Camille. Elle se tait et jubile parce qu’elle est arrivée à le faire sortir de sa fausse sérénité. Elle a osé désobéir, non à Georg, car au fond, il aime cette affirmation, mais sa mère. Comme lui-même ne l’a jamais fait, il perd pied, il est malheureux et il lui dit qu’elle fait un abus de pouvoir.

Le long de l’interminable tapis roulant conduisant en salle d’embarquement, elle le suivait et il grommelait. Elle essayait de se faire petite tandis que montait l’impression d’avoir fait une gaffe.

Durant la première demi-heure de vol, il poursuit sa litanie de reproches. Camille est prostrée, coupable.

Il finit par se calmer, se détend au passage du chariot repas. L’arrivée de l’hôtesse lui coupe la parole : 

« Viande ou poisson, madame ? »

Collation silencieuse.

L’avion entame l’approche d’atterrissage et amorce sa descente, alors, Georg se penche pour l’embrasser d’un baiser volé déposé sur le front. Un silence bruyant s’installe entre eux et les apaise. La conclusion se rapproche.

« Camille !

– Quoi ? répond-elle en haussant légèrement cette voix brisée, de celle qu’elle émet quand elle se sent prise en faute.

– Bon, on verra bien ! marmonne-t‑il en relevant la tête et regardant droit devant lui. Ich habe Angst!

– Georg ? dit-elle attendrie.

Was?

– Je veux juste te dire que je t’aime. »

Les bagages défilent et repassent sur le tapis de réception. Ils s’interrogent du regard et scrutent l’apparition de sa valise. Où est passée la valise ? Les jambes de Georg vacillent. Il lève sa main en visière sur son front. Il soupire : « Elle l’a prise ! »

Les valises c’est l’obsession d’Hexe : elle les pique dès qu’elles lui passent sous le nez !

Eh oui ! sa chère maman a emprunté le sens contraire. Elle avait dû charmer les douaniers, prendre son bagage avant lui et regagner la salle d'accueil. En laissant Camille derrière lui, Georg part à l’épouvante et s’engage vers la porte.

« Qu’est-ce qu’elle fait là ? » : le cri du cœur résonne dans le hall. Le sortilège d’apparition de la sorcière méduse les passagers en attente. Hexe est furieuse.

 

Georg s’accoude à une balustrade, très digne. Camille reste à l’écart, afin d’observer et pose son petit sac vert à liséré violet entre ses pieds. Elle se drape dans son imperméable. Elle adore ce Nylon doux qui joue sur les volumes, lui tient chaud, alors qu’il est presque impalpable et qu’elle réinvente sa peau avec cet imper dont elle se sert jour et nuit, du même vert que son sac, un nuage sapin, plus gai, d’une couleur indéfinissable, similaire à la scène qui se joue ici. Camille croise ses bras sur sa poitrine pour contenir son cœur qui bat si fort parce qu’elle a peur et ne saisit que le sens général de cette joute oratoire d’une rare violence.

La corpulence de Georg aurait dû intimider sa mère qui l’insulte et le frappe tandis qu’il répète sans bouger : « Ich bin doch kein Soldat Mutti! ». Hexe l’invective. Ces minutes prennent une éternité. Un monsieur, témoin de la scène, souhaite bon courage à Camille. Georg peut enfin intimer l’ordre à sa mère d’aller attendre à la station de taxis. Tandis qu’Hexe s’éloigne en continuant à parler toute seule, Camille voit Georg revenir vers elle, prise de pitié devant ce désastre de gamin.

Georg et Camille se dévisagent puis se rapprochent dans une folle étreinte.

« J’ai compris ! dit Georg. »

Le regard dans le vague, perdu très loin, son menton tremble et lorsqu’il serre ses lèvres, ce sont elles qui se mettent à trembler.

« T’as compris quoi ?

– On en parlera plus tard.

– Bon, alors je m’en retourne, hésite Camille.

– Je ne vois pas d’autre solution. »

 

Le retour de Camille par le vol suivant fut enregistré. Un vol planant durant lequel elle divaguait et pleurait, au milieu d’un inoubliable coucher de soleil au-dessus des nuages formant un voile à travers lequel on voyait des halos autour du soleil avec une certitude de changement de temps. Camille l’aimait très fort à ce moment-là et elle avait perçu l’éventualité d’une mutation. Elle gardait présent à l’esprit que la première réaction de Georg avait été de dire méchamment qu’elle faisait un abus de pouvoir. Abus de pouvoir contre celui de sa mère, rumina-t‑elle, mais aussi défense de sa place, auprès de lui, contre Hexe. Elle constatait aussi qu’en cédant, il l’avait laissée seule.

Camille avait fait l’aller-retour Paris/Düsseldorf en deux heures.


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Le cancer était apparu sans qu’elle ait pu le dévisager. Il l’avait surprise.

« Il faut réaliser ses rêves dans la réalité, quelquefois contre la réalité, mais jamais sans la réalité. » lui avait-il asséné. Alors là, Monsieur qui sait ce qu’est la réalité ! Camille était furieuse, elle supposait que celle-là Georg ne l’avait pas vu arriver. Pourquoi était-elle sûre qu’il y avait un lien entre sa maladie et l’abandon de Georg ?

 

Elle bafouillait : parce que mon cerveau essaye de tuer mon cœur. Ça, ma vieille, c’est le syndrome du cœur brisé, mais tu exagères, ça fait dix ans ? Le temps ne change pas la réalité, seules les actions changent le cours des choses. L’inertie ne crée rien de nouveau.

 

Le cancer s’était installé en elle sans crier gare. Elle n’en ressentait aucune douleur et savait que lorsqu’elle en pâtirait, il serait trop tard. Ce n’était pas la mort. Celle-là, elle l’avait connu lors du premier viol, elle ne se souvenait plus quand, parce qu’elle avait eu peur, de cette grande peur qui fait qu’on a que des petites peurs après, parce qu’elle était morte à ce moment-là. Le cancer était-il le voyeur de sa souffrance ? Était-il là pour préparer décemment son départ ? Camille devait apprendre à se résigner, sans évoluer en adulte désenchantée.

 

Pour le meilleur et pour le pire. Camille n’avait pas dit oui, même si elle ne pouvait dire non. Une fois encore, elle n’avait pas le choix. Le silence, les non-réponses étaient la source du cancer. Il était la conséquence visible du travail de sape du cortège de sentiments de culpabilité. Il était comme une épée qu’elle s’était plantée dans le cœur, une estafilade à la poitrine et, une pointe à la manière de Proust, qui la tuerait si elle se l’enlevait. L’héroïne qu’elle était en ayant quitté l’homme qu’elle aimait et qui ne l’aimait plus devait enlever sa perfusion. Georg était son soleil, qui brûle, tient chaud, éclaire, mais il la tuait dans l’anonymat d’un meurtrier sans méchanceté. Camille était sa victime et le cancer n’était qu’un moyen naturel de mourir. Nulle haine entre eux, mais elle savait que c’était grave. Georg avait voulu continuer de plaire à sa mère et n’en avait pas mesuré les conséquences.

 

Paris devenait celui des hôpitaux. Elle se sentait protégée, prise en main, à courir dans les différents services médicaux pour trouver le bon. Paris était un refuge. Son expérience américaine de la maladie, lui donnait à savourer cette nouvelle traversée de Paris.

 

Un matin, sur une place de Montmartre, tandis qu’elle prenait son petit déjeuner, en compagnie d’Hélène Vallon, elle avait dit qu’elle comptait s’occuper de sa santé, mais se préoccupait du quotidien mille fois plus urgent. Plusieurs fois par an, elle faisait un don de plaquettes. Lors d’un rendez-vous, le petit médecin énergique, lui avait refusé le prélèvement et n’avait pas voulu la laisser avant qu’elle n’ait pris conscience qu’elle luttait contre quelque chose d’invisible, qui ne la faisait pas souffrir mais évoluait par rapport à la fois précédente. Camille finit par lui parler de la petite boule sous son sein. Le praticien lui donna des adresses en lui enjoignant d’obtenir une ordonnance de son médecin traitant pour une mammographie urgente. Quelle figure que ce médecin de quartier, qui roulait en moto et belle voiture dans des costumes chaleureux. Après qu’elle eut insisté pour l’ordonnance, il la renvoya en lui disant que ce n’était rien du tout. Il commença à recevoir les comptes rendus d’hôpitaux. Elle releva que c’était tout de même assez grave. Le médecin répondit n’avoir jamais eu pareille mésaventure et que personne ne s’était plaint. Camille avait ri : forcément, les patients, une fois passés de l’autre côté, ne pouvaient revenir se plaindre. Désormais, on ne demanderait que des cachets d’aspirine !

Le mois d’août touchait à sa fin. Un soir, lors d’un rendez-vous, après une dure journée de labeur de correctrice la laissant molle et abrutie, le gynécologue, également chirurgien, retint une place au bloc pour le quinze septembre. Dans l’attente des résultats de la biopsie qu’il lui prescrit, il se dit prévoyant. Camille se tait.

 

Le onze septembre, elle se rendit chez l’anesthésiste. Le rendez-vous avait été pris dans l’éventualité d’une intervention. Elle répond aux questions réglementaires et au bout d’un quart d’heure, elle ose demander : « Alors, je vais être opérée ? »

Tandis qu’il pose son crayon, elle lit dans son regard inquiet et interrogateur, qu’il ne comprend pas, mais c’est elle qui ne comprend pas.

« Bien sûr !

– Qu’est-ce que j’ai ?

– Votre chirurgien ne vous l’a pas dit ?

– Non !

– Attendez ! »

L'anesthésiste sort puis revient : Camille doit monter au secrétariat. La secrétaire interloquée bredouille et s’éclipse en laissant entrer le chirurgien : « Pardon madame, je suis désolé, asseyez-vous s’il vous plaît ! » Il s’installe en face d’elle pour lui expliquer qu’il n’a pas vu le temps passer et qu’il lui présente ses excuses pour ne pas l’avoir prévenue plus tôt. « On a trouvé des cellules cancéreuses. »

Soudain, le temps allait moins vite. Il fallait opérer. Pas de drame, elle partageait le lot des maladies perpétuelles de l’humanité. Sans autre question, sans commentaires, elle se leva, lui dit merci et sortit.

 

La côte, de l'hôpital Tenon à la maison fut interminable. Atteinte de lypémanie, dépressive, elle trébucha. Elle voulait descendre d’un grand manège qui avait tourné vite, elle ne savait comment remettre le pied par terre et tournait au son de la musique de E la nave va de Fellini avec ses jeux de fausses notes. Tout au long du film, elle suivait le mouvement ascendant des voix pour atteindre la pureté lors de la scène de sépulture. Avec le Moment musical de Schubert en écoutant les verres chanteurs en cristal avant le naufrage elle rêvait ses rêves et se coulait encore dans la sensualité de l’une des grandes sensations de sa vie. Pour leur première séance de cinéma, Georg et Camille avaient choisi ce film, aux Halles, en version originale.

 

Camille s’était apprêtée, vêtue d’un gilet noir, aux boutons de jais métallique, taillés à facettes, au décolleté en V, vertigineux, juste bien posé, celui de la publicité pour le parfum Nuits Indiennes de Jean-Louis Scherrer, pensant que la lingerie aurait été déplacée. La main gauche de Georg s’était glissée là, sur le grain de beauté, avec juste ce qu’il fallait d’assurance, sous son sein droit. Son cœur s’était installé devant elle et ainsi ses doigts ne pouvaient en prendre le tempo. Pour ne pas mourir de bonheur, elle jouait l’indifférence. Son petit sein discret, celui que décrivait son professeur d’architecture et décor des grandes demeures, en parlant des cariatides du Louvre, était donc sa plus grande intimité ? Douceur, soie, peau, chaleur, juste cette rondeur émouvante, frissonnante, posée dans sa paume. Les doigts effilés de Georg resteraient donc posés là à jamais, mais le sein allait disparaître.

Cancer, chut ! elle n’en parlerait qu’à elle-même. Démultiplication de cellules. Camille buvait seule sa ciguë. La peur du vide. La nature a horreur du vide. Quel trou devait-elle combler là ? Il lui manquait. Elle devait le revoir.

 

 

Comme d’ordinaire, lorsque ses rendez-vous sont importants, elle se trompe de chemin. Avec en main le plan, elle commence à marcher en sortant du métro. Se rendant compte qu’une fois encore, elle est dans le sens contraire et qu’elle est en retard, elle prend le bus jusqu’à Jussieu.

Camille arrive sans encombre au premier étage, et le physicien hôte étant au fond du couloir, elle sait que Georg est là. En avançant, elle constate que la salle est minuscule, avec une table ovale et une dizaine de personnes installées pour un séminaire de travail. Sur le moment, elle saisit un sens à la panique de Georg : « Je ne crois pas dans un mélange entre le travail et la vie privée. » Il est évident qu’elle ne peut pas s’asseoir à le regarder. Déçue, parce qu’elle ne peut s’installer, et parce qu’il l’avait habituée à un auditoire plus important, dans de vastes amphithéâtres au sein desquels il était simple de passer inaperçue. Ne serait-il pas le grand homme annoncé ?

 

L’hôte, à qui elle avait apporté des documents, chez lui, douze ans auparavant, lui adresse un sourire interrogateur et avenant :

« Voulez-vous prendre place ?

– Non merci !

– Puis-je vous aider ?

– Merci beaucoup, j’attends encore ! »

Afin de prêter l’oreille à cette voix oubliée, comme si le temps étouffait les sons, elle se plante devant un tableau d’affichage. Elle fait semblant de l’éplucher. Son cœur bat comme s’il allait s’envoler. Lorsqu’elle l’entend dire qu’il va commencer, elle prend quelques secondes pour remettre en place son courage et ses émotions, demande à sa peur de déguerpir. Elle s’encadre dans la porte. C'est un film qui passe au ralenti.

Ses notes devant lui sur le bout de la table, Georg est debout. Il lève les yeux. Ils arrivent sur elle. Quel beau regard, lumineux et accueillant, celui qu’il n’a pas eu le temps de changer, celui réservé aux étudiants ! Ensuite, stupéfié, tandis qu’elle n’y voit ni colère, ni confusion ou peur, seulement le vide.

 

Ce regard remplace le précédent qu’elle n’aime pas non plus :

En rentrant de Nice, il y a dix ans déjà, il n’avait pu prendre son avion de correspondance, le tableau d’affichage des départs était en panne. Les amants avaient passé leur dernière nuit ensemble. Georg semblait ne pas y croire, par contre elle flairait la fin de quelque chose et elle se souvenait de tout. Le lendemain, le douze juin 1990, elle partait travailler en retard tandis que lui reprenait un avion à Roissy. L’un quitta l’autre sur le quai du rer à Denfert-Rochereau. Le premier métro n’allait pas à Roissy, il devait attendre le suivant. Camille n’avait pas le temps, elle monta dans le premier. Georg restait sur le quai avec sa grande valise à sa droite et son sac à sa gauche. Elle lui avait dit : bon, salut ! il avait répondu Bis dann!, avec un petit signe de la main, un regard gris et contrarié, voire mécontent. Elle avait décidé d’arrêter de le suivre. Les portes du métro s’étaient refermées.

 

Lorsqu’elle tournait les talons dans le couloir et filait pour n’avoir été qu’une apparition, Camille savourait ce bonheur qui l’envahissait tout d’un coup, en écoutant sa petite voix lui souffler : « tu es guérie ! » Elle était contente d’avoir quitté cet homme aux résolutions si pitoyables et si vaines et tellement sûr d’être différent des autres. Il était un Allemand typique de sa génération, avec la certitude qu’il n’a jamais fait de mal à une mouche. Ils avaient quitté l’Amérique parce qu’il ne pouvait y avoir de Happy end à leur histoire. Georg lui aurait annoncé une mauvaise nouvelle, elle aurait été sidérée pendant un temps et elle se serait relevée alors que l’espoir la paralysait. Maintenant, l’espoir s’était envolé, et mourir n’était plus qu’une formalité parce qu’elle n’avait pas encore trouvé le moyen d’y échapper. La sérendipité aussi était bien écornée, elle avait disparu. Georg était de l’autre côté, il ne voulait pas la voir ni l’approcher. Il n’en avait pas encore peur, la peur viendrait ensuite.

 

Elle avait traversé Paris pour rejoindre son mari au musée des Arts décoratifs et attendre leur fille cadette après son cours de dessin. Ils avaient vite marché pour écouter l'interprétation d’une œuvre de Michael Haydn, Vêpres en fa et Missa Sancti Aloysii à la cathédrale. Camille goûtait la plénitude, la simplicité, l’éternité, le moment où les mots ne suffisaient plus, où elle n’avait plus rien à dire, elle entendait le silence entre les voix et elle contemplait la beauté sereine de leur fille aînée qui chantait bien. En sortant, il neigeait comme dix ans auparavant.

 

À l’instar de la Joconde disparue du Musée du Louvre dans les années 1911, alors qu’un monsieur l’avait emportée, sous son bras, à la barbe des gardiens en prétextant une restauration, les visiteurs venaient voir le clou et il n’y eut jamais autant de visiteur qu’à cette époque. Présence de l’absence, le rêve de Léonard… admirer une absence pleine d’espérances.

La catastrophe de l’espérance. Trou de mémoire. La force du temps. Moment désynchronisé, décadencé, dans le mouvement passé et le mouvement futur.

 

Le lendemain matin, la glace l’a fait glisser. Bien tombée une fois encore ! Va-t‑elle tomber encore plus bas ? Blessure solitude et le rêve envolé. Sa vocation n’est pas de croire en Dieu, en revanche, de l’avoir pour aide afin de croire en la passion amoureuse, ça oui ! Sa religion reste l’amour de Georg, qui ne s’y est pas opposé. Un blasphème ? Ça non ! Camille est entrée au quatrième ministère de George Orwell, celui qui triomphe : le ministère de l’Amour. 

Alors, elle sait qu’elle a gagné une liberté invivable et difficile, celle de donner du corps à l’indicible esclavage : je t’aime. Sans plus de sacrifice, discrètement, sans folie, sans dépendance, en respectant le choix de Georg : « Laisse-moi choisir mon chemin pour chercher la félicité et ne t’appuye pas si exclusivement sur moi pour chercher la tienne. » Camille était partie en Amérique avec E =mc2, dix ans plus tard, elle continue sa vie avec E=hv.

  

Le temps de Camille passe, sa vie change, mais certaines choses ne peuvent pas Arbon etreAvoiretechanger comme l’amour. L’Amour est une constante et finalement, elle a gagné son droit d’aimer d’un amour total et désintéressé, sans craindre qu’il soit trahi, exploité ou violé. Elle l’avait pour elle, c’était une illusion, il ne restait que la survie, mais il arrive un moment où la survie n’y suffit plus.

Et si c’était ça le heureux celui qui meurt d’aimer ou Aimer à perdre la raison d'Aragon. 

 

Camille est décédée à Paris, le vingt-sept mars 2000, dans sa quarantième année, des suites d’une longue maladie. Il n’y eut pas de remède contre les échecs. Le cancer l’a rongée. Ses parents, Georg, monsieur Tout-le-monde et la psy ont eu raison : l’amour parental, le grand Amour ou l’amour tout court sont une maladie, une vue de l’esprit, qu’il faut soigner et dont on doit guérir, sous peine de mort.


 


Les notes et appréciations du Jury


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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 14:08

24H logo150

J'y participe

du vendredi 11 juin à 20h au samedi 12 juin à 20h

à l'école des Métiers du livre - Paris XIe

Nous serons 24 et nous serons filmés et en directe sur le net en train d'écrire notre nouvelle.

Pour me suivre, cliquez sur le logo 

24h-d-ecriture-Le-jury.jpg Les membres du jury sont :

Isabelle Boudersa, institutrice

Nelly Fourment, traductrice

Cyrielle Martin, iconographe et lectrice

Gaël Rougy, éditeur : Les Oiseaux de Passage

Johanna Sztanke : Assistante d’édition : Allia

Olivier Salaun, éditeur : Antidata


Ils étaient 6, il y avait 23 nouvelles

Chaque nouvelle a été lue 2 fois pour départager les 5 premiers.

 

GRILLE D’EVALUATION Premier lecteur 9/30

TITRE : Dédale

NOMBRE DE PAGES : 11 (16111 signes)

NOM DU LECTEUR :

La contrainte est-elle respectée : OUI

Intérêt du sujet : 1

Traitement du sujet : 1

Pertinence et cohérence du point de vue : 1

Trame narrative : 0

Cohérence des personnages : 1

Qualités des descriptions : 1

Qualités des narrations : 1

Qualités des dialogues : 1

Qualités stylistiques : 1

Appréciation générale : 1

TOTAL : 9

Commentaires :

Histoire trop étirée dans le temps pour un format si court. Il y a beaucoup de choses dans le texte (l'histoire d'amour, la mère, la maladie), qui semblent un peu à l'étroit sur si peu de pages. on imagine mieux ce genre d'histoire dans le cadre d'un roman.

Un peu trop de pathos dans le style, qui doit gagner en sobriété et en efficacité.

La psychologie des personnages gagnerait à être plus suggérée, évoquée plus en finesse.

__________________________

 

GRILLE D’EVALUATION Second lecteur 26/30

TITRE DE LA NOUVELLE : ___Dedale_________

Nbre de pages : _______20_________

Nom du lecteur _________

Pour chaque question, attribuez un nombre de points dans les encadrés correspondants

 La contrainte est-elle respectée ?            (oui/non) 1   

(La contrainte vous sera transmise le samedi à 19h00.)

Pour les questions suivantes : faible = 0 ;  moyen = 1 ;  bon = 2 ; très bon =3

(Mettre une note pour chaque question, sinon sera comptabilisé comme 0 ce qui pénaliserait le candidat.)

1) Intérêt du sujet   2                                                    

2) Traitement du sujet   2                 

3) Pertinence et cohérence de la narration et du point de vue   3   

4) Trame narrative  

5) Personnages  (cohérence, crédibilité etc.)    3   

6) Qualités des descriptions   3 

7) Qualités des narrations   2  

8) Qualités des dialogues  

9) Qualités stylistiques   3   

10 ) Appréciation générale  2   

TOTAL    26   

Commentaires perso :

De réelles qualités stylistiques. Bcp de belles idées mais importants problèmes de rythme. Les éléments importants sont parfois traités très rapidement et inversement. A retravailler dans ce sens selon moi. C’est touchant, peut faire une superbe nouvelle.

Arbon-etreAvoirete.jpg2012 est la chanson qui va avec ma nouvelle.

Cliquez sur la couv du CD d'Arbon

 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 06:47

  Fractal goutte détouréePremier recueil : Le passé
Première partie :  Le bonheur
Chapitre IV : Une larme trop tard

4ème partie
: Georg, spectateur qui s'endort

M. de Closets : Claude, vous aussi, votre père est tout à fait un notable, puisqu'il est officier, je crois ?…

Claude : Oui, il est officier supérieur, mais à la différence de Nathalie et de Claudine, je n'ai pas attendu toutes ces années pour parler la première fois et quand je suis allée au commissariat de police, il y a eu une écoute de leur part, ils m'ont tout à fait crue, mais ils n'ont rien pu faire, car mon père était officier dans une petite ville de garnison, donc, c'était quelqu'un d’… inattaquable. Savoir quoi faire avec lui ?… La personne à qui j'avais parlé ne pouvait prendre cela en charge, ne voulait pas s’en charger.

François de Closets avait laissé courir un blanc, la tension s’était apaisée, il s’était rapproché de la première rangée. Elle eut l’impression que la salle s’était obscurcie.

M. de Closets : Je vous poserai une question très personnelle : est-ce qu'après un drame comme celui-là de l'enfance… devenue femme, vous n'avez pas une sorte d'animosité vis-à‑vis de tous les hommes ?... Pouvez-vous laisser cette animosité uniquement sur le père ?

Claude : Moi, personnellement, oui… mais je comprends très bien que d'autres ne le puissent pas, parce que c'est… c'est très dur… c'est… En même temps, quand on devient plus âgée, plus mûre, on se rend compte petit à petit qu'on a vécu quelque chose de tout à fait infernal. C'était une véritable terreur. Il fallait quotidiennement écouter quels seraient les emplois du temps de la famille pour éviter d'être là et s’y trouver en même temps que lui. C'est tout un mode de vie, c'est tout un apprentissage de la vie qui est complètement faussé… c'est la peur… la peur au quotidien et toutes, toutes les réactions sont faussées par cela.

Le père qui dit constamment : « Si on divorce, ce sera de ta faute » ; « Si ta mère se suicide, ce sera de ta faute ». Il ne dit pas cela comme ça d'ailleurs ; il dit : « Ta mère va se suicider si tu lui dis ». J'ai donc culpabilisé en me disant : « Si elle se suicide, ce sera de ma faute ». Toute la vie après, toute notre vie, on la mène de cette façon-là… Il ne faut pas parler parce qu'on est coupable et c'est cela plus tard. Mais j'ai beaucoup plus d'espoir que Nathalie qui dit que « C'est très difficile de s'en sortir »… Oui, d'accord… c'est très difficile, mais il y a des possibilités parce que je me sens de moins en moins coupable et que j'arrive de plus en plus à avancer.

M. de Closets : Je vous remercie.

…/…

Mme Thomas : …/… J'ai rencontré des jeunes filles et des jeunes femmes d'une vingtaine d'années qui ont tout connu du malheur. Elles ne peuvent pas être là ce soir parce qu'elles sont à l'hôpital psychiatrique, en prison, dans la prostitution ou complètement droguées et leur issue, c'est « tuer mon père ou me tuer ».

Je crois qu'il faut que vous le sachiez. L'inceste ordinaire, cela mène aussi là… quand le bâillon est trop fort, comme elles l'ont très bien dit, « la culpabilité est telle, la chape de plomb vous tombe dessus et la seule chose qu'on fait à ce moment-là, c'est de presque s'auto‑sacrifier »...

M. de Closets : Et en faisant cela, en se culpabilisant, l'enfant devient le complice de son bourreau et le protège par son silence ?

Mme Thomas : Oui, il le protège, mais je crois que, quand on en est là, c'est qu'il n'y a pas d'autre issue… et même ces jeunes filles-là, je dois dire qu'elles ne sont toujours pas en état de pouvoir porter plainte, elles sont dans une espèce de spirale du malheur...

…/…

M. de Closets : Simone Chalon, vous avez vu beaucoup de femmes qui ont connu cela et qui abordent leur vie de femme après avoir connu ces horreurs dans leur enfance. Comment abordent-elles cette vie de femme et notamment, la maternité ?

Mme Chalon : Très mal… Très mal… je reçois, chaque année, de nombreuses femmes qui, attendant un premier enfant, ne sont pas du tout capables de l'assumer. Je pense que, dans leur esprit et dans leur corps, il reste une petite graine de ce monstre qu'elles auraient pu fabriquer avec leur père et ce premier enfant est complètement rejeté. Celles, qui ont le courage de le faire adopter et de le dire, en parlent quelquefois longuement après s'être tues pendant des années et, hélas, très souvent, elles ont pris le premier homme qu'elles ont rencontré, avec lequel elles ont cru trouver un peu de tendresse et, là encore, elles ont été rejetées et c'est un véritable gâchis.

 

Claude voulait intervenir à la suite d’un reportage dans lequel un père, en ombre chinoise, mélange, dans son discours, sa mère, sa femme et ses filles. Il passe des larmes à l’expression lucide d’un agresseur qui parle de technique de dépucelage, sans pleurer, très froidement. Ils parlaient de « ses femmes »… comme le faisait le père de Claude.

 

Claude : J'aimerais vraiment intervenir parce que je constate que ce Monsieur étant en thérapie demande pardon, mais il demande pardon de quelle façon ?… Il n'arrête pas de larmoyer mais quand il parle de ses filles et de ce qu’il leur a fait faire, là, il est très sûr de lui. Je suis à peu près sûre que tous ces pères sont toujours très sûrs d'eux et je ne crois pas du tout à leur repentir… je pense, que, pour ma part, je ne porterai pas plainte en justice, mais que par le fait de parler, ici, à la télévision, j'espère… que de nombreuses personnes de son entourage seront capables maintenant de lui dire et de dire à tous les autres pères : « on t'a vu ! ». De cette façon, ils se culpabiliseront et ils vivront le reste de leur vie ce que, nous, nous avons vécu parce que je me rends compte d'une chose : ils ne réalisent pas du tout ce qu’ils ont fait.

…/…

Monsieur le ministre Claude Evin : Sur le droit de l'enfant, et à partir de cela je crois que nous pourrons, en effet, procéder à un certain nombre de réformes.

Mais, au-delà, tout ce que vous avez dit dans ce que vous avez vécu, tout ce qu'ont dit les personnes qui animent des associations, c'est qu'en fait c'est cette chape de plomb qu'il faut briser. Et que, cela, ça nous concerne tous. Et je crois que c'est le premier message qu'il faudrait dire, ici, ce soir, aux téléspectateurs : le fait d'en parler, le fait d'avoir fait cette émission est déjà une première chose. On n'aurait sans doute pas imaginé une émission comme cela il y a un an. On vient de voir un film, ce film a été présenté pour la première fois, à (sur = correction d’auteur) l'initiative de Madame Dorlac, le dix-neuf septembre dernier, c'était la première Journée nationale de sensibilisation et de formation.

 


Vers dix heures du matin, elle était allée cueillir Georg à Roissy. Leur journée fut agréable, à travailler ensemble et à se retrouver. Dans leur entourage, seul Jean French avait la télévision et les avait invités pour voir la diffusion de l’émission. Au milieu des coussins, dans un coin confortable de l’appartement, il avait préparé des plateaux-repas. En première partie de soirée, était programmée une émission sur l’Allemagne nazie, si bien que rien n’avait été échangé au sujet du travail préparatoire de Claude pour l’émission. Elle était contente de pouvoir établir ce lien entre le génocide juif et le libéricide du viol paternel. Un truc dont elle parlait avec les copines, mais qu’elle n’aborda pas avec Jean et Georg. On ne mélange pas. Leur meurtre, ceux des parents de Jean, par les grands-parents de Georg était sans conteste le seul possible, l’autre n’étant pas digne de comparaison. Il y avait bien un genre, le féminin, qu’on tuait par les petites filles. Claude pensait pourtant à ce moment, que Jean, après des années d’analyse, pouvait la comprendre et intercéder auprès de Georg. Elle disséquait une phrase d’Hannah Arendt : « un crime non contre la vie mais contre la mort parce qu’il rend le deuil impossible. Il n’y a ni aveu, ni trace, ni témoin mais seulement une dénégation, une masse de secret, une opacité sans nom. »

Il était vingt-deux heures trente et une larme trop tard pour Georg. Lorsque Claude apparut à l’écran, il ronflait en s’affalant progressivement sur la moquette.

 

 

Claude put lancer un regard triste à Jean resté attentif et ne dirait rien sur l’émission. Sûrement que ça n’avait aucune gravité, mais elle perdait courage et la notion de ce qui était important ou non. C’était son petit problème de rien du tout. Plus qu’une déception, si bien qu’elle restait là, assise, bien droite. L’attitude de Georg marquait son refus d’écouter, comme un jugement de non-lieu. Ne rien dire… ne rien laisser paraître, garder son cri, comme une note qui corne, cette note coincée pour les organistes, cette note intemporelle, inachevée. Sa prise de parole restait plutôt insignifiante, trop inconvenante pour qu’il l’écoute. Alors qu’elle lui avait lancé, à travers l’émission, toutes sortes de perches afin de lui dire qu’elle gardait tout espoir à travers lui et c’était justement ce qu’il ne voulait pas entendre. Claude, elle, comprenait que la fille que Georg connaissait n’existait plus.


Elle croyait que confier son énorme fardeau allait l’en libérer. Elle avait espéré sa compassion, mais en fait, il était retourné à lui-même et à ce qu’il pouvait bien faire avec une compagne si chargée de complication. Il était gêné mais n’avait rien trouvé d’horrible dans ce passé qui n’était pas le sien. Georg restait ambivalent et elle le voyait se perdre sur son nuage plus souvent, comme pour se placer hors d’atteinte. Pour le coup, lui ne l’entendait plus. Ressentait-il le dévoilement comme un partage qu’elle lui imposait alors qu’il manquait de solidité pour cela ? Georg voulait leur amour pour lui tandis qu’elle s’était perdue et sombrait dans son amour pour lui. Elle avait largué son secret. Cela lui apportait une grande peur d’elle-même. Elle s’effaçait. Georg était le seul à exister. Ils avaient une impression d’étouffement qu’ils éprouvaient l’un et l’autre. Elle s’éloignait de Georg et le faisait s’éloigner. Tiendraient-ils la promesse des débuts ?


Le lendemain de l’émission, Claude avait endossé le rôle de la victime solide devant six millions de spectateurs, mais elle savait que Georg, son tuteur de résilience, terme qui commençait à devenir à la mode, s’était défilé et qu’elle devait faire avec les six millions et sans le tuteur. Elle prenait conscience de la trace plus menteuse. Elle n’était pas encore en mesure de vivre avec l’existence du viol, même si elle affirmait le contraire, mais elle ne serait plus obligée d’oublier. Cette émission avait eu lieu, elle était transcrite : Claude n’était plus une affabulatrice.

 

Pour la première fois, la Fondation pour l’enfance a décidé de couronner un média pour sa contribution à la cause de l’enfance en récompensant tf1, pour « Médiations », l’émission de François de Closets, comme projet innovant.

Le père de Claudine avait porté plainte pour diffamation contre sa fille et l’instigateur de l’émission. Les minutes de l’audience furent un régal.

 

 

« Il convient de ne pas perdre de vue que le législateur de 1944, en modifiant la loi sur la liberté de la presse, a entendu dresser pour les faits qui remontent à plus de dix années un mur de silence, sinon de 1'oubli. On pourrait même évoquer un rempart infranchissable.

Cette sorte d'immunité n'est pas forcément à 1'avantage du plaignant, qui aurait finalement tout intérêt à ce que l'exceptio veritatis fût autorisée, dès lors que cette démonstration de la vérité pourrait échouer.

Le mur du silence peut, en effet, engendrer un doute qui profitera exclusivement au prévenu de diffamation, lequel passera pour une victime. »

…/…

« Sur la recherche des sanctions :

Le Droit applicable est totalement inadapté puisqu’il impose un mur de silence à toutes les femmes qui ont tardé à révéler qu'elles avaient été victimes de pratiques incestueuses au cours de leur enfance ou de leur adolescence, et dont bien peu sont des « affabulatrices » par le fait même que celle qui affabule est au contraire toujours pressée de le faire.

C'est dire si une réforme législative en la matière est plus que souhaitable, car il n'est pas choquant que ces crimes contre l'enfance échappent à la prescription décennale.

Dans le cas d'espèce, nul ne saura jamais la vérité puisque respect est dû à la loi. D'un strict point de vue éthique, ce barrage érigé pour cacher la vérité est foncièrement malsain.

C'est pourquoi le Tribunal, pour respecter la loi, prononcera à l'encontre des deux prévenus la peine minimale prévue par le Code pénal à savoir celle de trente francs d'amende avec sursis. »

 

Le tabou était levé. Claude n’avait plus besoin de s’exposer plus avant et refusait d’en tirer gloire ou d’en faire son fonds de commerce. Par cette intervention, elle avait ouvert des yeux : ceux des téléspectateurs et les grands yeux verts de son enfance qui voyaient tout.

Une amie de longue date et proche de sa grand-mère téléphona à cette dernière le lendemain de la retransmission parce qu’elle avait reconnu les grands yeux et la voix de Claude. Histoire intemporelle. Claude était enfant lors de leur dernière rencontre ; la dame avait reconnu cette voix, un peu cassée, qui avait bercé Georg et dont il se moquait éperdument. Il n’entendait pas cette voix brisée devant l’horreur de la première fois, que la deuxième a confirmée, alors qu’avec la troisième elle était entrée dans l’habitude.

Elle aurait voulu dire à Georg : « C’est parce que c’est grâce à toi que j’ai arrêté d’avoir peur de lui, alors je n’étais plus seule au monde. » Esquiver la sensibilité, le courage, ou la colère… seule Claude se débrouillait avec ses émotions. Montait en elle un ressentiment qu’il fallait étouffer pour oublier qu’elle avait menti à François de Closets lorsqu’il l’avait questionnée :

« Pouvez-vous laisser cette animosité uniquement sur le père ?

– Moi, personnellement, oui… »

À la suite du procès, au matin du quatorze juillet 1989 – 1789 pour le journal Libération – la presse titrait sur la condamnation de Claudine et de François de Closets et Libé – bleu blanc et rouge, « la promulgation de la nouvelle loi sur l’enfance maltraitée dont une disposition recule le délai de prescription en cas de viol d’enfant, dix ans après la majorité de la victime. »

 

Autres billets sur l'émission "Médiations" du 27 mars 1989

Une émission sur les abus sexuels par Richard Michel : "Médiations" le 27 mars 1989


Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires

Premier recueil – le passé

Premier recueil –
Seconde partie : Cours après moi
La plainte pour un viol par inceste
 Chapitre IV : Une larme trop tard
4ème partie : Georg, spectateur qui s'endort
 
Emission Médiations du 27 mars 1989
 Elle savait que son tuteur de résilience s’était défilé

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 00:00

Fractal goutte détourée

Premier recueil : Le passé
Seconde partie :  Cours après moi
Chapitre 2 : Le rattrapage

1ère partie

Le monde à l'envers pour un soir

Camille aimait les piqures de rappel annuelles : le temps filait et leur liaison était toujours mal définie. Elle voulait continuer avec Georg et en même temps chaque année supplémentaire les rapprochait d’un dénouement. Elle n’était pas dupe des assurances qu’il lui donnait, et à chaque anniversaire, elle se persuadait que c’était fini. 


À l’occasion de ses trente ans, elle avait loué une péniche à hauteur du Musée d’Orsay avec la ferme intention de mettre le monde à l’envers pour un soir. Elle dilapidait ainsi son salaire de fonctionnaire internationale et les économies qu’elle avait réservées à un hypothétique enfant. Selon Georg, il ne devait voir le jour qu’en d’excellentes conditions matérielles.

 

Deux mois durant, elle avait préparé cet événement. Aller visiter les péniches disponibles pour faire son choix ; retenir les dates pour le traiteur, le fleuriste, le pâtissier et le coiffeur ; confectionner les cartons d’invitation avec des transparents de rétroprojecteurs. Camille avait opté pour une soirée costumée sur le thème des années soixante, pour tout revivre de l’histoire de ses parents, en valeurs inversées. Les cartons précisaient : tenue de soirée exigée.


Sylvie Beaume, son amie colocataire, l’avait aidée à enregistrer six heures de bandes magnétiques. Pour rassembler tous les slows et rocks possibles, elles avaient couru les discothèques publiques de prêt, celle de Paris, et la phonothèque où Sylvie avait ses entrées pour sa thèse de musicologie. Elles s’étaient bercées avec les Platters. Elles croisaient les «singles» que les chanteurs reprenaient comme The Great Pretender. Elles avaient appris Presley par cœur. Avec les ballades archi connues Love Me Tender ou Any Way You Want Me, Camille s’imaginait dansant avec Georg sur I Want You, I Need You, I Love You, en le regardant dans les yeux, lui répétant : Je t'aime, je te veux ! Après une pause sur un Folk rock comme I’am a Loser des Beatles ou Please Please Me, elles enchaînaient sur des rock'n' roll Too Much, (Let Me Be Your)Teddy Bear, épuisant Presley, plus calme Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy qui étaient d’un autre âge ou Sheila avec son École est finie. Elles reprenaient doucement avec Presley : Are You Lonesome Tonight? Elles interdiraient de danser le twist Rock a Hula Baby, juste pour l’écouter sans se casser les reins. Kitch à souhait, mais on aimait ça. Camille avait été épatée de découvrir qu’elle appréciait Presley.


À Montreuil et à Clignancourt, elles avaient écumé les marchés aux puces, à la recherche de jupons des années soixante. Elle avait enfin déniché le bustier drapé, vert amande, monté sur un tulle de soie blanc, qu’elle avait fait tremper dans la baignoire, durant une nuit, agrémentée de produit blanchissant, pour ensuite finir la mise en plis de la robe chez le blanchisseur. À « La boîte à perles », petite boutique du Sentier, elle s’était jetée sur les rocailles, pour poser sur le bustier un semi rythmé de cuvettes, paillettes et sequins verts ou gris métallisés. C’était un bijou, souligné d’un trompe-l’œil de rubans de tubes rocaille. Des heures de château en Espagne, des romans de jeunes filles en fleur se pressaient dans sa tête, elle organisait ses fiançailles : elle donnerait à s’amuser aux amis français de Georg. Elle présenterait Georg aux amis encore inconnus et à ses collègues de travail.


La veille, les tables dressées n’attendaient plus que les fleurs livrées le lendemain, en même temps que la glace qui emplirait la baignoire pour y enfouir les bouteilles de vins, cidre et champagnes qu’elle avait choisis pour accompagner son festin de fromages à pâtes molles, pressées, dures ou à pâtes filées, italiennes qui donnent aux Français l’impression de manger du plastique. Camille s’était réjouie de cette farce bien française : une multitude de plateaux en osier pour présenter les trois cent soixante-cinq sortes de fromages que le marchand de la petite boutique du bas de la rue, avait pu rassembler, ce soir-là, pour cent personnes. Pour ceux qui avaient le fromage en aversion, il avait fait en sorte de présenter beaucoup de fromages neutres. Tout le monde pouvait marier le cidre et le Camembert, le petit vin de dessert allemand avec les roues de trente centimètres de Brie de Meaux ; le Chardonnay avec le Beaufort, le Bourgogne blanc et l’Époisse et le Sauternes avec le Roquefort. Ses copines pourraient se disputer pour savoir qui allait avec qui, Camille les renverrait au Babybel et au Beaujolais. En milieu de matinée de ce jour tant attendu, elle avait délégué la suite de la préparation à ses amies pour se rendre à Roissy accueillir Georg en provenance de Tel-Aviv.

 

Un jour désespérant sourdait à travers la baie vitrée, battue par la pluie, du hall d’attente de l’aéroport.

Ils avancèrent l’un vers l’autre lorsque Georg eut franchi la porte à battants.

– Salut !

– Salut ! Tu vas comment ?

– La conférence s’est bien passée, mais on a pas trace de Vanunu.

– Ton collègue disparu ?

– Aucune trace, mais pour l’instant je ne peux rien faire, je suis ici.

– Mais vous le cherchez depuis quatre ans.

– Il était question de sa libération.

Ils avaient longé l’allée des taxis pour finalement décider de prendre la navette qu’ils avaient attendu sur le trottoir. Georg feuilletait ses journaux, Il y cherchait une accroche sur L’annonce de la libération probable de son ami physicien qui avait disparu à Rome en 1986. Ça faisait toujours rire Camille de penser qu’il avait été kidnappé par une belle agent du Mossad. La communauté des physiciens s’était mobilisée, tant et si bien d’ailleurs, que le monde entier était au courant. Ça n’avait plus rien d’une nouveauté et Georg était allé entretenir la mobilisation. Elle le trouvait toujours curieux de travailler aux États-Unis et de militer contre eux : C’était les américains qui avaient enlevé Vanunu et les jurés du Nobel suédois, pour le sauver lui avaient attribué un prix Nobel alternatif. Camille, mélancolique, essayait de ne pas se préoccuper des soucis de Georg. Elle voulait s’occuper de sa fête et quand elle commença à lui en parler, il lui cloua le bec en disant :

– Ce n’est qu’une fête.


Elle se tut. Le vide s’installait dans son cœur. Sans un son, elle criait : À l’aide ! Elle lui aurait bien hurlé en allemand : Hil… hilfe! Comme il serait resté sourd, elle n’émettait que du silence. Elle aurait aimé qu’il lui expliqua pourquoi Vanunu était plus important qu’elle. Elle ne pleurait même pas, elle n’existait plus. Elle le regardait.


Georg ne portait plus en lui la joie des retrouvailles. Tout un passé de jeux, de rires, d’amour. Très forte impression à Boston, qui s’amenuisait pour lui, ici à Paris. Elle pressa sa main sur le haut de son propre crâne pour empêcher le trou de s’ouvrir et sa tête d’éclater sous la violence du court circuit. Elle cherchait un moyen d’écarter un danger invisible sur ce terrain miné, une façon de faire diversion avant que Georg ne soit de nouveau désagréable.


Camille le prit en photo lisant son journal. C’était le premier cliché de cette journée et il trouva cela stupide. Sa dernière lettre stipulait bien qu’il voulait prendre du temps avec elle et qu’il allait venir à Paris le plus tôt possible. Deux mois déjà s’étaient écoulés, elle en était amère. Il restait d’une indescriptible grossièreté. Camille avait trente ans aujourd’hui, elle passa outre les déceptions… hors de question de bousiller sa journée, elle voulait se réjouir de la fin de leur grand amour.


Plus tard, ils avaient pu rire en déballant les cadeaux qui arrivaient par livreur. Pour remercier les coursiers qui riaient aussi, elle cherchait indéfiniment des pièces de monnaie. Les fleurs ont ce pouvoir du bonheur contagieux. Sa chambre était devenue mortuaire. Une magnifique chaîne stéréo avec baladeur laser, cadeau collectif, chatouillait leurs oreilles de musique classique. Georg sortit de son grand fourre-tout brun, une bougie au décor de millefiori, qu’il apportait d’Israël. Des segments quadrangulaires verts Véronèse soutenaient des fleurs étirées violettes au cœur saumon. Pour ce cadeau en forme d’œuf qui paraissait chargé de symbole : la lumière et la fécondation, insistait Georg, il avait choisi les couleurs de Camille. Était-il d’accord pour l’enfant ? – cette bougie la suivrait toute sa vie, elle l’emmènerait partout avec elle –. Le téléphone sonnait sans arrêt. Georg avait prévenu sa famille et ses amis de son séjour à Paris. À l’heure de son rendez-vous chez le coiffeur, elle fila en le laissant avec son téléphone.


Le coiffeur, d’une humeur délirante, radieux d’exécuter un chignon banane des années soixante, faisait partager sa joie à ses clients. Camille renonçait à sa tristesse pour s’imprégner de cette transe de fête qu’elle aimait tant. Magie du déguisement, elle ressemblait à sa mère dans ses années heureuses, et inquiètes de l’après-guerre. Chez elle, lorsqu’elle rentra, avec son chignon banane, dans sa chambre où il l’attendait, Georg, fasciné, lui tendit un autre cadeau. D’un geste d’une sensualité calculée, elle ouvrit le paquet pendant qu’il la déshabillait : un appareil photo – lui aussi, elle le promènerait avec elle. Pour les photos d’intérieur, elle prendrait des pellicules en noir et blanc pour noircir les yeux rouges que laissait ce modèle dernier cri d’appareil de poche –.


Les amants roulèrent sur le lit. Camille se laissa aller aux caresses dont elle manquait depuis des mois. Elle se referma comme une huître lorsque les lèvres de Georg s’approchèrent de son sexe dans une attitude qu’il n’a jamais eue auparavant : il portait l’empreinte d’une autre femme.


Elle se taisait et poursuivit ses tendresses qui prennenaient une tournure mécanique. Elle se colla au plafond et observa ce type qui ressemblait à son père la dernière fois sous le tableau de bord de la voiture : idiot et moche. Elle ne voulait pas voir ce visage de Lucifer. Georg se lèva pour fouiller dans son fourre-tout afin d’en sortir des préservatifs. Comme si une chape de plomb s’abattait sur eux, dans un silence sépulcral, Camille pris les ciseaux qui lui avaient servi à rompre les nœuds des cadeaux et sectionna nombre de préservatifs lorsqu’il gronda :

« Ça suffit !

– Toi aussi ça suffit avec tes artefacts ! »

 

Tandis qu’elle se rhabillait en pensant qu’elle se souviendrait encore de l’avant et de l’après mais pas du pendant, la sonnette retentit. Camille alla ouvrir à Jean French. Tout en lui disant qu’elle les attendrait sur la péniche, elle partit finir ses préparatifs et recevoir ses amis qui arrivaient nombreux et tous parés. Quelle merveille que chacun eut joué le jeu ! Les rocks permettaient aux couples de se faire et se défaire. Chacun pouvait danser. Les slows donnaient aisance aux maladroits qui lui sautaient sur les pieds. Georg et Jean étaient arrivés plus tard, elle y avait remarqué la coquetterie des gens qui savent se faire attendre. Georg était beau, Camille était fière et elle froissait dans ses doigts cette veste inconnue.

« C’est de la soie ?

– C’est pour toi ! »


Devant plein de paires d’yeux attentifs, elle l’embrassa, laissant monter le frisson de jouissance qu’elle réprimait trois heures plus tôt. Béatrice Regar, impressionnée et attentive, photographiait. Georg draguait l’appareil et l’image qu’il laisserait de lui. Camille s’enfouissait en lui. Béatrice leur laisserait une magnifique photo au moment où le couple dansait, ce qui n’était jamais arrivé. C’était Only you, Georg ne savait pas danser, mais ne lui écrabouillait pas les pieds. Elle arriva à glisser dans sa sensualité et à transformer les faux pas en faits exprès.


Catherine, l’une de ses amies guides à Breteuil, avait été une danseuse du Moulin Rouge et de la sorte Camille avait pu approcher cette féerie et laisser tomber les a priori sur ces danseuses. Catherine était vêtue de sous-vêtements affriolants. Un vertugadin apparent avec son jupon garni d’arceaux en bois, surmonté d’un corset qui affinait sa taille et marquait ses hanches. D’une blancheur immaculée, un voile, lui servait de longue traine pleine de plumes qu’elle portait soit en corolle au sol, pour les photos, soit drapée à la ceinture pour danser. Des plumes, des seins et surtout un très haut niveau de danse. Catherine était belle et talentueuse, mais elle n’avait plus trente ans et c’était fini. À Breteuil, on aimait son Moulin Rouge parce qu’elle portait en elle le sens de la fête. Catherine avait aidé dans le choix d’une pièce montée pour s’amuser et faire un pied de nez à Georg. Immense ! cette pyramide de choux à la crème même amputée de son sommet en figurine de couple. Drôlement délectable et rigolo que chacun ait son petit chou !


À l’avant du bateau, Camille s’attardait, fascinée : sur le pont supérieur, le fils d’une de ses collègues de travail : une belle plante de quinze ans, tournait au sol sur une musique de hip-hop, la nouvelle danse à la mode. Les adolescents s’étaient attribué ce petit salon. Ensuite elle avait rejoint Christine pour lui dire que son fils était génial. Celle-ci, désarmée, lui avait répondu qu’elle aurait préféré qu’il travaille en classe. Camille s’était déplacée dans le patio, au pied de l’escalier d’où elle pouvait observer toute la grande salle.

 

Georg drague. Camille rit jaune. On tangue sur une péniche et les protagonistes touchent le fond de leur fleuve. La Seine va-t‑elle révéler à Georg les mines sous-marines russes ? Camille coule. Natacha exulte, le tout en russe pour insister. Dans la mesure où le petit nombre de cours que Camille suit lui refuse l’accès à leur babillage, elle reste à l’écart, et comme de juste tétanisée, encore médusée. Andreï, leur supérieur hiérarchique, s’approche sur la droite et lui demande ce que fabrique Natacha l’alter ego de Camille dans le travail. Lentement, elle pivote afin de tourner le dos à cette scène pour répondre : qu’est-ce qu’ils fabriquent ? Andreï traverse la salle pour inviter Natacha à danser.


Le trou dans la tête de Camille s’ouvre béant. Personne ne doit s’en douter parce qu’elle est la reine de la soirée ; une grande dame qui maîtrise les situations, une de ces altesses qui très dignement renvoient les pires affronts. Les sujets craignent leur reine et la respectent.


Camille n’en demande pas tant, mais aurait aimé, au moins ce soir, être la compagne officielle de Georg. Intensité de ce moment insoutenable. Seulement refouler ses larmes. Elle glisse son bras sous celui de Jean French comme pour l’inciter à la danse, et lui chuchoter : « Ramène Georg s’il te plaît, je crève de honte ! »

 


Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires
Premier recueil – Première partie : Le bonheur
Révélation des viols paternels
Deux personnes identiques à elles-mêmes pourtant si radicalement disjointes
 Chapitre IV : Une larme trop tard
4ème partie: Georg, spectateur qui s'endort
 
Le monde à l'envers pour un soir
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Published by E.T. Documentaliste - dans Ecrits de E.T.
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 10:00
Fractal goutte détouréePremier recueil : Le passé
Première partie :  Le bonheur
Chapitre I : Rencontre

3ème partie

Révélation du passé

Un soir, après l’amour, Georg demanda à Camille ce qui s’était passé avant lui, bien avant.
« Pourquoi tu ne te détends jamais ?
– J'ai peur !
– Pourquoi ton esprit s’en va quand on commence à faire l’amour ?
– Seulement mon esprit ?
– Oui, ton corps reste bien avec le mien. On s’entend bien, on a le même rythme, mais tu n’entends rien et tu n’es pas là…
– Je sais… quelque chose, quelque part, reste suspendu à un fil. J’ai peur !
– De moi ?
– Non !
– De qui alors ?
– Mon père. »

Pas de détails pour surprendre et intriguer, juste l’épouvante qu’il saisissait en miroir sur son visage. Après la stupeur qu’avait entraînée la révélation, il a suffi de quelques jours de tendresse attentive pour que les sanglots l'empêchent de prononcer un mot. Georg a patiemment séché les larmes de Camille et posé une ou deux questions très précises, concernant des actes paternels. Elle y répondait. Dans ses bras, elle savait qu’elle n’oublierai jamais qu’il lui avait dit qu’il allait l’aider. Devenu très malheureux donc compatissant, puis furieux il voulait tuer le père de Camille ; ils en discutèrent. Georg décida de ne jamais rencontrer les parents de sa compagne.


Camille venait de sacrifier leur liaison. Il est des secrets imprudents à dévoiler. Une phrase, accolée à ses secrets, lui martelait le cerveau et elle aurait eu tendance à la plaquer à beaucoup d’hommes, mais elle voulait bien faire confiance à Claude-Adrien Helvétius, cet ami de Gabrielle-Émilie de Breteuil qui travaillait sur l’encyclopédie. Camille subodorait qu’elle avait franchi une limite et elle allait pouvoir lutter contre ce droit. Une force sourde la poussait, justement pas sexuelle… aussi sexuelle, une rage de révolte, pas à cause de son père, pas à cause de Georg, seulement parce que c’était arrivé… et à cause d’eux aussi.

« Les hommes sont si bêtes qu’une violence répétée
 finit par leur paraître un droit. »
Extrait d’un tapuscrit en cours :
Interdits ordinaires.
_______________
Claude-Adrien Helvétius
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 00:30
Fractal goutte détouréePremier recueil : Le passé
Première partie :  Le bonheur
Chapitre I : Rencontre

3ème partie :
Révélation du passsé

Histoire de double
Camille, pour survivre aux viols, entretenait un double qui s’appelait Claude qui venait soulager Camille lorsque la détresse se faisait intolérable.
Elle avait eu une forte envie de courir mais n’avait pas pu bouger, il y avait la main plaquée sur sa bouche et ensuite, il y avait seulement le grand corps d’un homme qui s’étendait sur elle puis, elle devenait spectatrice inerte de cet homme lorsqu’il entrait dans la pièce . Alors Camille ne sentait plus rien ni physiquement ni dans sa tête.
 
Claude dont le prénom voulait dire la boiteuse, prenait alors la place de Camille qui conformément à son prénom, restait la maîtresse de cérémonie. Aidée par son instinct de conservation, en claudiquant, Claude conduisait Camille.
Comme l’Empereur Claudius, elle était devenue le « vilain petit canard » de la famille, celui qu'on préférait cacher aux yeux du public, surtout pour qu’elle ne parle pas. À dire vrai, elle s’était entraînée à se cacher toute seule.

Les sentiments, les impressions et les envies, les désirs et l’amour étaient réservés à Camille qui les étouffait sans cesse. Poussée par son Grand-père, cet été où Le Lys dans la vallée fut incontournable, balzacienne, élevée avec La lettre de Madame de Mortsauf, écrite durant son amitié avec le jeune Félix : « La politesse chère enfant consiste à paraître s’oublier pour les autres. », les viols aidant, elle ne pouvait prendre aucune décision. Elle était écartelée entre la grande dame qu’elle aurait voulu être et le poids du crime. Pas le droit de dire ; plus fort encore que l’interdit pas ordinaire : ça n’existe pas, tu n’existes pas.

L’âme de Camille flottait au-dessus de son corps. C’était Claude qui faisait ce qu’elle devait faire dans l’existence ordinaire. C’était Claude qui voudrait prétendre exister normalement. Elle était plus concise et elle débrouillait les situations. Elle savait faire semblant.
Parfois, elle arrivait à sauver Camille lors des examens qui restaient la preuve la plus flagrante de ses difficultés :

Camille se présentait à un examen d’anglais dont une des épreuves était celle du téléphone. Elle était rayonnante et sûre d’elle. Après être entrée dans cette salle exigüe au milieu de laquelle trônait un téléphone incrusté dans le bureau, elle s’asseyait dans le fauteuil, face à la porte. Elle descendait les épaules sur lesquelles commençaient à peser le grand corps invisible. Elle étouffait et décidait d’y aller. Elle décrochait et se présentait. Lorsqu’elle commençait à poser la première des questions qu’elle avait préparées, son interlocuteur se mettait à éternuer. Il s’excusait. Elle lui assurait : It doesn’t matter. Tout en tentant de donner réponse à la question que lui avait posé Camille, il éternuait de nouveau.

Était-ce un test de l’examen ? Elle n’allait quand même pas répondre God bless You!
Qu’est-ce que Dieu a à faire là-dedans ? Camille avait repris ses questions et au troisième éternuement s’était sentie agressée. Elle ne voyait rien et étouffait. Elle s’était éclipsée. Elle savait que le résultat serait : les règles culturelles n’ont pas été respectées et la structure du questionnaire aléatoire.

Claude avait pris la relève et avait fait le nécessaire pour obtenir l’examen. Elle donnait des : Yes! I agree with you ou I don’t agree with you, et isn’t it? ou aren’t you? et même au quatrième éternuement lançait : “God bless you!”

Enfant, ses deux personnalités l’aidaient à vivre ses drames. Présentes alternativement, Camille et Claude avaient des soucis de mémoire : l’une avait vécu un événement, pas l’autre, et comme chacune assumait des tâches distinctes, le souvenir d’un fait appartenait souvent à celle qui justement était absente.

Camille avait enfilé sa chemise de nuit préférée. Elle était rose. La couleur lui était un peu égale car elle était très douce, dans un nylon fort agréable bien que nylon ; la chemise était longue et c'était enfin un vêtement de presque grande personne. Après de nombreuses parties d’osselets sur le tapis de sa chambre, Camille avait renvoyé ses sœurs dans les leurs. Elle en avait la charge, leurs parents étaient sortis. Elle dormait quand la grande ombre s’était présentée là au pied de son lit, avant de s’allonger sur elle. Il faisait noir. Camille s’était débattue et avait disparue.

On frappait à la porte, Camille était endolorie ; nue elle s’était drapée dans la couverture pour aller ouvrir à sa mère qui lui demandait si tout allait bien. Sa mère lui demandait pourquoi elle ne portait plus sa chemise. Camille disait qu’elle n’en savait rien et sa mère la traitait de cochon. Elle essayait d’expliquer qu’elle adorait cette chemise et n’avait aucune raison de l'avoir enlevée. Bien sûr, ça aurait été le bon moment pour le lui dire, mais elle n‘avait pas pu.

En se recouchant, elle avait retrouvé sa chemise de nuit souillée de sang et avait demandé à Claude ce qui s’était passé.
– Vous vous êtes battus, tu l’as griffé au visage.
– Et comment la porte s’est-elle fermée ?
– Je l’ai mis dehors, j'ai fermé la porte à clef et je l'ai laissé gémir derrière.
____________________________
La lettre de Madame de Mortsauf

Premier recueilSeconde partie : Cours après moi

Autres billets autobiographiques sur la dissociation
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 00:23
Fractal goutte détouréePremier recueil : Le passé
Première partie :  Le bonheur
Chapitre I : Rencontre

3ème partie
: Révélation du passsé

Dans la vie de la jeune femme, il n’était pas question de souvenirs et de choses oubliées, ils s’empilaient les uns sur les autres, sauf la première fois qui était vouée à l’amnésie.

Jumelles magiques : instrument d’optique et les sœurs pour voir double, opposées complices, complémentaires et incompatibles. Insurrection, révolution – ça va péter ! – il faut que ça pète, renaissance. C’est ce que voulait Claude, tandis que Camille était trop fragile. C’était pourtant Camille qui avait crée Claude pour la protéger et maintenant, elles étaient deux donc plus fortes que son père, plus fortes que l’autocariste qui l’avait contrainte dans un relais & châteaux, sous les combles tapissés de toile de Jouy aux petits personnages champêtres, après une harassante journée de travail de guide conférencière.

Il y avait des disputes entre elles deux, des luttes de pouvoir, des reproches et des incompréhensions des dialogues constants :
« Tais-toi, tu ne sais pas ce qui s’est passé et pourquoi d’ailleurs tu n’en sais rien ? raillait Claude.
– Je sais, je fuis la responsabilité trop lourde du témoin. Je me colle au plafond et j’observe, mais j’en parle pas.
– Sauf les jours où tu disparais complètement et que c’est le trou blanc ou noir, et qu’on ne sait même pas ce qui s’est passé.
– Et toi, alors pourquoi tu te souviens pas ?
– Je peux pas faire les deux, j’ai mal de la tête aux pieds. »

Depuis peu, elle prenait conscience de vouloir séparer les deux personnes qui l’habitaient. La présence de Camille, et de Claude, même parfois les deux en même temps, la faisaient trop souffrir. Sa vie n’était qu’un combat continuel pour que les deux puissent s’exprimer, subissant l’influence de ces êtres singuliers que chacun pouvait deviner et que d’aucuns ne voyaient. Elle-même avait vécu plein d’années pour comprendre qu’elles étaient deux, et elle avait appris à scinder distinctement sa vie pour ne plus faire peur, ni à elle ni aux autres, avec l’énergie issue de la fission spontanée de son moi, qu’elle avait du mal à canaliser. Bon sang ! elle s’était choisi un compagnon physicien pour l’aider à comprendre ce phénomène. Georg expliquait si bien la fission des particules, cette énergie colossale qui en résultait et pouvait produire la construction ou la destruction, comme dans sa vie et elle avait investi sur la construction.

Elle voulait sortir de cette culture d’incestée pour entrer dans la culture tout court. Elle ne savait pas encore qui était la victime de Claude ou Camille. Pour l’instant, elle était vice-présidente de ce corps qu’elle habitait. Installée dans le vice-versa elle était une autre. Quelle serait la victime ? c'est toujours quelqu'un qui sera l'autre que celle qui est visée ; une sorte de substitut.

Claude dans son utilité restait indispensable. Elle ajustait ses actes et en plus gardait souvent mémoire du combat ce qui maintenait Camille dans l’impression d’être une horrible féroce. Elle se souvenait de débuts de luttes avec son père avant d’observer du plafond pour se protéger, mais elle n’assistait jamais au dénouement. Tout était calculé avant d’entrer en action. Elle devait faire face à une autre machine de guerre cent fois plus entrainée qu’elle.

L’ombre gardait la tête tournée vers la gauche : surdité partielle de l’oreille droite ;  premier point d’attaque en lui bouchant l’oreille. Une minute de panique : la sentinelle perdait les aguets. Deux : barricader l’accès à la bouche ; éviter la paralysie des cordes vocales et le répugnant patin. Le cri faisait peur et donnait espoir. Trois : le coup de genoux dans les parties ; gagner du temps. Quatre : laissez des traces pour le souvenir ; griffer.

Mais la défaite quand même après un quart d’heure de lutte éreintante. Efficacité martiale : deux secondes de surprise. Pleine possession des facultés de l’agresseur : décuplée en trois minutes. Éviction de Camille en un quart de tour et pour la vie. Aptitude à recommencer : une semaine.

Il était très difficile de combler deux personnes identiques à elles-mêmes pourtant si radicalement disjointes et elle avait une tendance au désespoir dû à l’insatisfaction de l’une ou l’autre. Maintenant qu’elle les connaissait toutes les deux, elle voulait choisir Camille alors qu’elle effacerait Claude pour vivre une seule histoire sans interférence, pour ne plus avoir peur de favoriser l’une par rapport à l’autre et pour ne plus se trouver devant ses deux personnalités, comme devant deux enfants constamment jalouses.

Lorsqu’elle répondait à l’appel de l’une, manquant de force pour les satisfaire toutes deux en même temps, l’autre la plongeait dans une immense mélancolie et elle devenait folle de solitude. Cette solitude s’acoquinait avec la solitude du partenaire qui la prenait pour objet, alors que son corps volait en mille morceaux et que le temps aussi était morcelé. Le même partenaire pouvait connaître, dans un autre moment, l’autre, pas Camille, mais Claude, sujet conscient de son corps et du corps de son amant.

Pour évoluer dans un univers quasiment lisse, Camille, la joyeuse, la rigolote, oubliait souvent Claude, l’étrangère à elle-même et son instinct de survie, mais elle était une proie dépressive sans cesse en faute. L’oubli s’éclipsait pour laisser apparaître les souvenirs, comme une crise, et elle s’efforçait de s’apaiser afin de ne pas devenir prédatrice en prenant pour proie n’importe quel homme sur lequel elle se serait vengée. Sur la pointe des pieds, elle approchait une confession masquée, comme celle de Clamence dans La Chute d’Albert Camus, qu’elle avait étudiée en classe de première. Qui est la femme qui saute du pont ?

Avant de mettre au monde des enfants, elle devait trouver une solution. Les enfants lui paraissaient d’une grande importance dans l’ordre de la transmission. Chargée d’une dette, elle était redevable à ses ancêtres, mais qu’allait-elle transmettre à sa descendance : deux mamans souvent en désaccord l’une avec l’autre ? Cela paraissait irresponsable, d’autant plus qu’il faudrait leur trouver un père qui ne serait pas forcément l’accord parfait. Fort désir d’enfants qui feraient partie de sa création et si possible et ne seraient ni douleur ni tragédie. Il y avait des jours où la folle alternance de ses humeurs l’effrayait. Elle se consolait avec le Petit  Catéchisme de Martin Luther. Le premier commandement conclut ainsi : «  Je suis l’Éternel ton Dieu, le Dieu fort et jaloux, qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fait miséricorde jusqu’à mille générations ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements ». Elle voulait se soustraire à la contagion de la haine familiale.
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Le Petit Cathéchisme de Martin Luther

Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires
Premier recueil –
Première partie : Le bonheur
Révélation des viols paternels
La plainte pour un viol par inceste
Elle savait que son tuteur de résilience s’était défilé
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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 08:07
Fractal goutte détouréeSecond recueil
Julien poisson changeant de bocal
Claude aimait beaucoup Julien. Il était tout à la fois : grand, blond, bien bâti, et froid. Son visage conservait un masque lisse, seuls ses yeux étaient expressifs. Le personnage cultivait la neutralité. Ils en avaient parlé de ce visage impassible qui ne manifestait aucune douleur ; fermé. Julien disait que c’était sa meilleure protection : « un homme violé n’en est plus un, mieux vaut ne pas le montrer. » Il avait un ton détaché.

Chez lui, Julien préparait des poissons congelés au four à micro-ondes. Dans les assiettes translucides, glissant sur la table en verre, chacun tâtait si son poisson était assez cuit et on les renfournait s’ils étaient encore gelés. Julien confiait ses mauvais souvenirs et concluait : « Les traumas ne se voient pas et on peut les garder, ce sont nos blessures avec effraction. On est pas obligé de dire que c’est trop dur et qu’on y arrive pas. Tu t’illusionnes si tu crois qu’on va nous aider. Je reste dans le low profile et l’idée de n’emmerder personne. »
 
Julien se voulait tendre, mais ses bras étaient comme des bâtons pliés.

S’échappant de Montréal, ville trop petite selon lui, il s’était installé dans une France qui lui offrait un air plus respirable et il finissait ses études à Paris. Après son doctorat, il avait été engagé par un grand centre de recherches en informatique. Il travaillait beaucoup et luttait pour rester sociable.

Au cours de cette année traversée avec Claude, à se dépêtrer de souvenirs de torture, il lui reprochait d’avoir gelé ses propres souvenirs. Il se sentait incapable d’en faire autant. Elle répondait : Tu es ton propre geôlier. Il insistait sur le fait qu’elle ne s’impliquait qu’à moitié et ne disait jamais ni je ni moi. Elle rétorquait qu’elle n’avait pas beaucoup d’importance et voulait s’occuper de lui mais Julien ne voulait plus parler et ne voulait plus savoir.

A chaque rencontre, il faisait écouter à son amie sa dernière composition à la guitare. Claude était coincée sur un étroit canapé crème, dans un studio, aux murs blancs, où trainaient des câbles, des raccords aux amplificateurs noirs : ses liens avec son enfant intérieur hurleur et violent. Il fermait les yeux et elle avait du mal à écouter les sons métalliques et grinçants.

Autant pour l’histoire de Julien que celle d’Ana, autant pour eux surtout, Claude pleurait dans son corps lorsqu’elle y pensait en acceptant qu’elle ne leur avait été d’aucune aide et ne le serait jamais. Comme la réalité était inabordable, la souffrance était trop vaste et n’avait pas de sens, autant ne pas en parler. De plus, ses deux amis n’avaient plus d’espoir. On pensait bien qu’il fallait témoigner pour que cela n’arrive plus parce que c’est inimaginable. Cependant, le plus souvent désespérés, on sentait que la lutte était vaine. Dans ces circonstances, même la mort du criminel n’arrangerait rien et serait même pire, car ce dernier est la seule preuve de ce qui est arrivé. Après tout, une preuve pour quoi faire ? sans issue donc sans besoin de preuve. Il y avait Dieu. Il y avait le temps qui passait. Il n’y avait plus de suicide non plus, sans résignation. Il y avait un mur bruyant de silence.

Le téléphone sonnait à chaque fois qu’elle était là, lui donnant à croire que la mère de Julien appelait souvent. Un jour, cette mère fut là. Un froid mordant, un mauvais remake d’une scène avec la mère de Georg. Une femme tirée à quatre épingles, piquée sur sa chaise, sans aucun doute détestable, complice des viols et que son fils inondait pourtant de sa compassion. Julien donnait l’impression de vivre entre des parois transparentes.

Lors d’une promenade dans la rue ils étaient restés pantois devant cet homme tellement doué pour donner aux passants le sentiment qu’il était prisonnier d’une cage de verre avec ses mains à plat qui tâtaient l’air l’une au-dessus de l’autre ou à côté, mais exactement à côté, ni devant, ni derrière et qui matérialisaient cette séparation. Julien et Claude étaient comme ces pantins dans leur geôle en judas optique. Une impression de nécessité flottait avec eux plantés là comme deux marionnettes et leurs visages figés pour être spectateur de leur propre impuissance.

Après les repas pris en ville ils rentraient chez elle. Ils écoutaient de la musique classique pour s’allonger en prenant du temps sur un rai de soleil, sur les draps blancs ornés d’une broderie anglaise et laisser Claude le caresser. Julien portait un tee-shirt blanc, un short blanc, les « trucs class de cher Armani » ne pas se dévêtir… et elle gardait ses popelines de coton blanc mauve et vert. Comme elle tirait le fil de son échevette de coton à broder pour en rassembler ensuite les six brins en les nouant, elle tissait entre eux son visage, son cou, ses épaules, ses membres qui semblaient épars et quand il l’a touchée, elle eut l’impression d’éprouver comme lui une caresse insensible. Sa mémoire du corps ne se mélangeait pas à celle de Julien, attraction passée, répulsion présente, les fibres longues peignées et gazées ne peluchaient pas, elles ne pouvaient former qu’un coton retors mat sans dérouler l’échevette.

L’effroi les tenait éloignés l’un de l’autre. Leur approche du sexe mortel les laissait tétanisés. Tous deux jouaient avec la mort. Une nuit, dormant ou plutôt tentant de dormir côte à côte, Julien délirait de fièvre. Au matin, Claude avait appelé sos médecins. Elle avait « les chocottes ». Dans la pièce contiguë à la chambre, le médecin lui posait des questions dans une tentative de compréhension.
« Que s’est-il passé ?
– Justement, rien !
– On dirait qu’il revient d’un pays tropical avec une bonne insolation…
– Ce n’est pas le cas.
– Laissez-le se reposer. »
Avec cette certitude de savoir que la dérive entraînerait l’irréparable, ou vice-versa, Julien préférait fuir dans le travail avec sa guitare pour compagne et pas Claude trop impuissante pour l’aider, trop terrifiée pour être rassérénante. Meurtris en touchant à l’incommensurable étendue des dégâts, les blessés « pognaient les quételles », comme disait Julien.

Après son départ pour Silicon Valley, où l’attendait un autre poste dans une autre grande entreprise informatique, encore plus prestigieuse que la précédente, Julien avait envoyé une carte de vœux avec le dessin d’un super pingouin sur une banquise.
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