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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 13:23

 

jeudi 13 septembre 2012

Palais des Congrès

2 place de la Porte Maillot

75017 Paris

Les Entretiens de Bichat se dérouleront au niveau 3.

9h15 – 10h15

La sage-femme face à l'incesteC. BONNET (Paris), E. KRAMER (Paris)

 

INSCRIPTIONS EN LIGNE cliquez ici

Vous pouvez également vous inscrire en téléchargeant le bulletin d'inscription, en le retournant complété par mail, courrier, ... aux coordonnées ci-dessous :

LES ENTRETIENS MEDICAUX 
19, allées Jean Jaurès – BP 61508
31015 Toulouse cedex 06
Fax : 05 61 42 00 09
Email :info-eb@lesentretiensdebichat.com

Droits d'inscription

Inscription individuelle
Les tarifs sont indiqués TTC   100 €

Inscription par l'Employeur
Les tarifs sont indiqués TTC   125€

(déjeuner non inclus)

Inscription Etudiant
(merci de joindre une copie de votre carte d'étudiant)*
* Dans la limite des places disponibles 

Gratuit, sans livre

Pour rejoindre le site, cliquez sur le logo des Entretiens de Bichat

 


Autres billets concernant Catherine Bonnet
L'enfant cassé par Catherine Bonnet

 

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Published by E.T. Documentaliste - dans Etudes & recherche sur l'inceste
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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 08:29

L-inceste---Que-sais-je-copie-1.jpgP. 76
Dans Inhibition, symptôme, angoisse, cette question 
de l'effraction soudaine, de la prise au dépourvu, est 
directement reprise sous l'angle de la différenciation et 
de l'articulation des différentes angoisses :
• l'angoisse dite automatique signe le débordement et la non- 
préparation, l'impossibilité de recourir à une angoisse-signal protectrice, celle qui met en œuvre des refoulements adéquats.
L'angoisse automatique, fruit de la 
détresse, renvoie inévitablement à la détresse infantile 
primaire, à l'effroi du nourrisson submergé par des exci
tations tant internes qu'externes. Le terme allemand 
Hilflosigkeit, « sans aide, sans recours », témoigne à la 
fois de l'absence d'une aide extérieure et d'une incapa
cité à faire face avec ses propres moyens.
Si tout traumatisme consiste en une effraction des défenses, et ne peut 
être dissocié de l'événement extérieur qui en a été le 
déclencheur, il n'en est pas moins fondamentalement un 
traumatisme psychique, lié donc aux possibilités internes de traiter l'impact de la réalité externe, aux modalités défensives individuelles. L'impact de l'événement 
externe sera différent selon le moment ou l'âge auquel il 
se produit, selon l'organisation psychique qui le reçoit.
Or, si Freud avait pu évoquer certaines « blessures 
précoces faites au moi », il n'avait pas explicitement mis 
l'accent sur l'aspect narcissique du trauma, que Ferenczi a fortement souligné, reprenant directement la 
question du lien entre les traumas tant sexuels que nar- 
cissiques et les mécanismes de défense.
Son texte 
de 1932, « La confusion de langues entre adultes et enfants », a été largement exploité par rapport à la 
clinique des agressions sexuelles. Les notions d'identification à l'agresseur, d'introjection de son sentiment 
de culpabilité soulignent et explicitent la confusion des 
sentiments chez les victinies. Les indéniables apports de 
ce texte ne devraient pas faire oublier les intuitions antérieures de Ferenczi ainsi que leurs prolongements dans 
son Journal clinique et ses textes sur le traumatisme.
C'est au cours d'une réflexion passionnée sur les 
traumatismes précoces et leur reviviscence dans la 
cure que Ferenczi est revenu sur la question de séduction réelle et pathogène d'un enfant par un adulte qui, 
sous le « masque de la tendresse », va satisfaire ses 
propres tendances incestueuses.
On peut retrouver 
parfois chez les auteurs qui se réfèrent à ce texte fondamental de Ferenczi un glissement qui tend à désexualiser, et même dépulsionnaliser, la vie sexuelle infantile, pour mieux dégager l'asymétrie entre victime 
et agresseur. L'enfant redeviendrait « vierge » de toute 
sexualité. Or Ferenczi relie avec fmesse la fantasmatique œdipienne de l'enfant et la réalité traumatique 
incestueuse sans nier l'une ou l'autre, et en dégageant 
leur différence de registre.
L'enfant joue « en imagination seulement », souligne-t-il, avec l'idée de prendre 
la place du parent du sexe opposé : « Si, au moment 
de cette phase de tendresse, on impose aux enfants 
plus d'amour ou un amour différent de ce qu'ils désirent, cela peut entraîner les mêmes conséquences pathogènes que la privation d'amour jusqu'ici invo
quées. »1 Il faudrait certes mettre « amour » entre guillemets… Ferenczi met indirectement l'accent sur 
l'importance d'un narcissisme en voie de constitution 
et sur l'impact narcissique du trauma sexuel, même 
présenté sous une forme ludique.

l. S. Ferenczi (1933), Confusion de langues entre les adultes et 
l'enfant - Le langage de la tendresse et de la passion, in Psychana- 
lyse IV (1927-1933), Payot, 1982, p. 132.


Autres billets sur le Que sais-je ? sur l'inceste
1/ L'inceste – Que sais-je ? par Hélène Parat
2/ Abus ou agressions ? Que sais-je ? sur l'inceste
4/ La psychose passagère, lors des viols par inceste, selon Ferenczi
5/ Le silence des victimes de viols par Inceste éclairé par Ferenczi

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:59

Logo-universite-Bordeaux-Segalen.jpg

7 novembre 2007

Clarisse Herrenschmidt est chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique depuis 1979.
Elle est antiquiste, philologue et linguiste de formation, mais aussi archéologue. Elle est rattachée au Laboratoire d'Anthropologie Sociale du Collège de France.
Sa spécialité première consiste en les langues, les écritures, l'histoire, la religion mazdéenne (le mazdéisme ou zoroastrisme est la religion propre à l'Iran, née et pratiquée dans l'antiquité iranienne et encore vivante de nos jours en Inde, aux États-Unis) et la culture, en particulier au plan du "mariage dans un degré très rapproché", de l'Iran ancien, à la période perse achéménide (550-330 avant notre ère).
Bibliographie :
Les Trois Ecritures, Langue, nombre, code, Gallimard, Paris, 2007
L'Internet et les réseaux in Le Débat n° 110, 2000, p. 101
De la monnaie frappée et du mythe d’Artémis in Techniques et culture 43-44, 1999
L'Orient ancien et nous, avec Jean Bottéro et Jean-Pierre Vernant, Albin Michel, Paris, 1996; Hachette Pluriel 1998
Écriture, Monnaie, Réseaux. Inventions des Anciens, Inventions des Modernes in Le Débat n°106,1990
Le Tout, l'énigme et l'illusion. Une interprétation de l'histoire de l'écriture in Le Débat n°62, 1990, p. 95
Le xwetodas ou mariage "incestueux" en Iran mazdéen, Pierre Bonte "Épouser au plus proche", Paris, 1994.
Entre Perses et Grecs, I. Démocrite et le mazdéisme in Transeuphratène 11 ; 115-143. 1996

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 08:14

Inserm---Adolecents-enquete-nationale.jpgAuteur : Choquet
Editeur :Inserm
Date de parution : 04/09/2003
EAN13 : 9782855986111
Genre : Adolescents
Langue : français

Résumé de "Adolescents Enquete nationale"
En mai 1993, un échantillon national d'élèves du second degré, tirés au sort (taux de réponse de 92 %), a participé à une enquête épidémiologique portant sur la santé physique, psychologique et sociale.
• La première partie de l'ouvrage est consacrée à la description des adolescents ;
• la deuxième partie aborde les troubles de la conduite, le mal-être psychologique, les violences.
Ces différents thèmes ont été étudiés en fonction de l'académie, du sexe, de l'âge et du type d'enseignement suivi.
Quelles différences entre jeunes de banlieue et adolescents en zone rurale ?
Peut-on identifier des diversités régionales ?
Existe-t-il des spécificités masculines et féminines ?
La famille joue-t-elle un rôle important ? L'école influence-t-elle les comportements ?
Que penser des actions de prévention ?
Autant de questions abordées dans la troisième partie de ce livre, à partir des réponses de 12 391 adolescents à un questionnaire.
Cet ouvrage est destiné aux professionnels de la santé, de l'éducation, du secteur social et de la formation, à l'ensemble des adultes qui ont une activité professionnelle auprès des jeunes dans d'autres cadres institutionnels (justice, police, armée...) ou associatifs, et à tous les parents.

En matière de viol, les buts de l’étude étaient :
1/ mesurer la prévalence du viol parmi les adolescents français.
2/ analyser les problèmes de santé et de comportement associés.
3/ évaluer l'utilisation du système de santé par les victimes de viol.
L’étude établit que sur 465 adolescents étudiés qui ont subi une agression sexuelle, il y a 121 garçons, 344 filles.
Dans une étude sur les différents symptômes selon les genres masculin ou féminin, les auteurs insiste sur la non équivalence devant un viol unique à l’âge de trente ans, et celle de l’inceste commis par son propre père tous les jours de six à seize ans. De ce point de vue, les différences entre les garçons et les filles spécialement au regard des viols et agressions importent. Les garçons agressés sexuellement expriment bien plus couramment que les filles une détresse dans des conduites déviantes, surcroît comportemental à une détresse psychique par ailleurs guère moindre que chez elles. (Darves-Bornoz et al. 1998)
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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 18:23

L'aide-mémoire Marianne KédiaPage 24

par Aurore Sabouraud-Séguin
Le traumatisme active la réponse neurovégétative comme réponse au danger. Le sentiment 
persistant de menace, de danger, associé à l'émotion de peur intense étant insupportable pour 
l'individu, la victime cherche à s'en protéger et déclenche ainsi alerte et vigilance pour éviter 
ces sensations.
L'état d'alerte provoqué par le sentiment de danger imminent empêche la diminution et la 
disparition des réactions de sursaut.
De plus, le sentiment de danger et la peur toujours présente maintenant le sentiment 
d'injustice et la peur de perte de contrôle, la victime est irritable et facilement en colère.


Autres billets sur L'Aide-mémoire Psycho-traumatologie
1/ Psychotraumatologie par Marianne Kédia et Aurore Sabouraud-Séguin
2/ Une explication de la dissociation par Janet
3/ Que pense Freud de la dissociation par Marianne Kédia ?
4/ La théorie de la Confusion de langue entre les adultes et l'enfant par Sàndor Ferenczi
6/ L'élaboration de la catégorie "ESPT" par Marianne Kédia
7/ la « misère psychologique » de Pierre Janet par Marianne Kédia – l'épuisement ou les états émotionnels extrêmes
9/ Définition du Desnos: Diagnosis of Extreme Stress Not Other-wise Specified par Rosemarie Bourgault

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 07:13

L'aide-mémoire Marianne KédiaPage 13

par Marianne Kédia

Les maladies somatiques graves, l'épuisement ou les états émotionnels extrêmes suscités 
par un traumatisme sont responsables d'un intense rétrécissement du champ de la conscience 
que Janet qualifie de « misère psychologique » : dans cet état de faiblesse de la synthèse 
psychologique, les éléments dissociés de la conscience peuvent se manifester (plus tard, Freud 
et Breuer (1895) dans leur théorisation de l'hystérie, avanceront l'idée contraire selon laquelle 
les souvenirs traumatiques sont activement refoulés par le moi).


La théorie de la « désagrégation » ou « dissociation psychique » (Janet emploie les deux 
termes de façon indifférenciée) est un point fondamental de la théorie janétienne, souvent 
interprété à tort comme un certain mépris de Janet à l'égard des victimes de traumatismes. Il 
ne s'agit en aucun cas de dire que les patients traumatisés sont des « faibles » : le sujet est 
dissocié parce que ses capacités mentales sont affaiblies par de fortes émotions qui altèrent sa 
capacité à intégrer les contenus mentaux dans la conscience.


Autres billets sur L'Aide-mémoire Psycho-traumatologie
1/ Psychotraumatologie par Marianne Kédia et Aurore Sabouraud-Séguin
2/ Une explication de la dissociation par Janet
3/ Que pense Freud de la dissociation par Marianne Kédia ?
4/ La théorie de la Confusion de langue entre les adultes et l'enfant par Sàndor Ferenczi
6/ L'élaboration de la catégorie "ESPT" par Marianne Kédia
8/ L'activation neurovégétative par Aurore Sabouraud-Séguin

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 16:53

CAIRN.INFO.jpgLaurie Boussaguet est docteure en science politique et actuellement attachée temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) et chercheure associée au Centre d’études européennes de Sciences Po.

Sa thèse est publiée sous le titre La pédophilie, problème public. France, Belgique, Angleterre, Paris, Dalloz, 2008.

Elle a codirigé (avec Sophie Jacquot et Pauline Ravinet) le Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2006 (2e éd.), et a également publié La Marche Blanche : des parents face à l’État belge, Paris, L’Harmattan, 2004, ainsi que (avec Pierre Muller) « L’impact du forum politique sur la formulation des politiques publiques », Politiques et management public, 23 (3), 2005, p. 41-59.

Ses recherches actuelles portent sur les prises de parole profanes et les transformations de l’action publique aujourd’hui, ainsi que l’analyse de la convergence transnationale.

  (<laurie.boussaguet@sciences-po.org>)


L’objectif de cet article est d’analyser comment des militantes féministes sont devenues les actrices clefs de l’émergence du problème des abus sexuels sur mineurs en Europe dans les années 1980. Engagées dans la lutte contre le viol des femmes, elles prennent conscience des violences sexuelles faites aux enfants et parviennent à inscrire cet enjeu sur l’agenda public et politique, en mobilisant des répertoires d’action variés et en ayant recours à des relais pertinents, qu’il s’agisse des professionnels s’intéressant aux enfants victimes ou aux ministres femmes qui détiennent les portefeuilles de la famille ou de l’égalité hommes-femmes à cette époque-là. Ce rôle central des militantes féministes permet en outre de réfléchir au lien qui existe entre prise de parole (construction particulière de l’enjeu sous l’angle de l’inceste et des violences patriarcales au sein de la famille) et prise de pouvoir (monopole féministe de l’émergence dans les années 1980) ; ou comment la lutte sur le sens à donner à un phénomène peut modifier les rapports de force entre acteurs en présence. Cette lecture féministe du problème des abus sexuels sur mineurs ne dure d’ailleurs qu’un temps ; après « l’inceste », la « pédophilie » fait son entrée sur les agendas européens dès la décennie suivante.


The object of this article is to analyse how feminist activists became the standard-bearers in the emergence of the issue of child abuse in Europe during the 1980s. While waging a widespread campaign against the rape of women, they came alive to the prevalence of sexual violence against children and managed to put this issue on the policymaking agenda. They did so by launching a wide range of political campaigns and by working hand in hand with professionals in the field and women ministers. Furthermore, the crucial role played by feminist activists points up the link between voice (involving a specific definition of child sexual abuse as incest and evidence of patriarchal violence inside the family) and empowerment (the feminist monopoly on the emergence of the issue and on agenda-setting in the ’80s). This feminist reading didn’t last long, though, for – after “incest” – “paedophilia” was to emerge on the European political agendas ten years later.

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 19:31

Le-meurtre-du-feminin-par-Philippe-Bessoles.jpgAbout sexual abusing minor peri traumatic psychopathology

 

Philippe BESSOLES

Docteur en Psychopathologie Clinique

MCU, HDR

Laboratoire de Psychologie Clinique et Pathologique

Directeur de l’option Victimologie et Criminologie Clinique

Master II Professionnel

Sciences de l’Homme et de la Société. Université P. Mendés France. Grenoble II

1251, avenue Centrale. Domaine Universitaire de St Martin d’Hères. BP 47

38040. GRENOBLE Cedex 9

 

Tél : 06 81 82 06 85

E Mail : philippe.bessoles@club-internet.fr

 

Victimologie. Traumatisme. Criminologie. Sexualité. Résilience

RESUME

1 - But de l’étude
1.1 Hypothèse principale

La recherche concerne les pathologies péri traumatiques chez le mineur de moins de quinze ans victime d’abus sexuel. Concernant le traumatisme immédiat, nous faisons l’hypothèse de spécificités psychopathologiques notamment phobiques.

1.3 Objectif général

Il s’agit de créer une grille d’analyse des entretiens cliniques réalisés en situation d’urgence avec des mineurs abusés sexuellement. Le contexte médico psychologique est un service de médecine légale clinique en CHU.

 

2 - Patients et méthode

2.1 Patients

L’effectif est de 79 mineurs tous âges et sexe confondus. Tous présentent un traumatisme aigu post traumatique en référence au DSM IV («  Acute Stress Disorder »).

2.2 Méthode

Nous utilisons l’entretien clinique semi-directif. Le traitement des données suit le protocole d’une échelle de fréquence sémiologique. Cette pré étude ne comporte pas d’analyse factorielle ni corrélationnelle. Les résultats sont exprimés en pourcentage.

 

 3 Résultats

Quatre grandes dominantes péri traumatiques apparaissent de notre recherche :

3.1 Une symptomatologie d’efficience cognitive.

Elle concerne le rapport au savoir, à la connaissance et aux apprentissages et non l’intelligence et les processus cognitifs.

3.2 Des troubles du comportement et de la conduite.

La dominante est l’inhibition du lien psychosocial. Cette inhibition cède parfois à des acnés anxieuses à sémiologies de raptus auto ou hétéro agressifs.

3.3 Une dominante  phobique.

La phobie occupe l’essentiel du tableau clinique. Elle n’émarge pas seulement à une expression névrotique des troubles mais évoque des fonctionnements psychiques limites où dominent des angoisses de type paranoïde.

3.4 Un aspect somatoforme.

La symptomatologie corporelle tend à confirmer les atteintes identitaires et les altérations des processus de représentation mentale du traumatisme sexuel.

 

4 Conclusion

La dominante psychopathologique est la dimension phobique du péri traumatisme chez le mineur abusé sexuellement. Elle tend vers une expression clinique paranoïde comme l’a déjà souligné B. Brusset en 1999. Les menaces de démantèlement psychique, parfois de dysmorphophobies ou dans les cas extrêmes d’épisodes de dépersonnalisation plus ou moins transitoires, argumentent la nécessité d’une prise en charge rapide du mineur.

 

Mots clés

Traumatisme sexuel. Abus. Phobie. Représentation. Angoisse.


ABSTRACT

 1 – Objective of study

 1.1 Principal hypothesis

These research concerns the acute stress disorder pathologies about the minor under 15 year’s old victim of sexual abuses. We argue specify psychopathologies specially phobia symptom.

1.3 Général objective

The objective is to create a scale of analysis about clinical interview in urgency situation with sexual abuse minors. The medical psychological context is forensic service in CHU.  

2 - Patients and method

2.1 Patients

The effective is 79 minors’ age and sex together. All patients present an Acute Stress Disorder with DSM IV reference.

2.2 Method

We use « semi directive » clinical interview. The symptom treatment follows the protocol of semiological frequency scale. These first study doesn’t use factorial or correlation support. The results are percentage.

3 Results

For greats peri traumatic dominances appear during our research:

3.1 Symptom of cognitive efficiency.

It concerns the rapport of knowledge, to learning but not understanding and cognitive process.

3.2 Behaviour troubles.

The most important trouble is inhibition of psychosocial bind. These inhibitions give up sometimes to anxious feelings with aggressive assaults.

3.3 Phobia symptom.

Phobia is the most important syndrome. These phobia is not simply neurotic symptom but similar as limit or psychotic pathologies. Its morbid fears with paranoid anguish.

3.4 A somatic expression.

The body inscription of minor suffering translates identity disorders and alterations of representation process.

4 Conclusions

We insist about phobia dimension with acute stress disorder for sexual abuse to minor. This phobia is paranoid expression as research of B. Brusset in 1999. The threat of psychic breakdown, sometimes dysmorphophobia or depersonalise crisis, argue the necessity to help quickly these children.

 

 Key words

Sexual traumatism. Abuse. Phobia. Representation. Anguish

 

 

1 – INTRODUCTION

 

1.1 Problématique générale

A la convergence des champs épistémologiques juridiques, médico légaux et psychologiques, les psychopathologies péri traumatiques chez le mineur de moins de quinze ans (âge de la majorité sexuelle selon le code pénal) sont particulièrement complexes tant sur le plan sémiologique que structurel. Cette complexité résulte du développement normal et pathologique de l’enfant, des remaniements identitaires et identificatoires de la puberté et du processus adolescens (P. Gutton, 1996), de l’économie psychique intra familiale, etc. L’analyse différentielle entre les effets proprement post traumatiques, les troubles psychiques antérieurs  et les facteurs de co morbidité ajoutent à la difficulté d’évaluation clinique et pathologique.

Sur le plan méthodologique, la notion de vulnérabilité post traumatique, suite à une agression sexuelle, apparaît trop générique en psychopathologie clinique infantile pour être suffisamment opératoire. Les définitions juridiques, cliniques ou médicales se superposent ou s’opposent. A l’intérieur d’un même champ épistémologique, les contradictions ajoutent à la difficulté comme «  l’hymen complaisant » dans le cadre de l’expertise médico légale, la qualification de crime ou de délit d’une « agression sexuelle avec ou sans pénétration avec quelque objet que ce soit » pour le viol, la poly symptomatologie ou la surdétermination sémiologique,  etc.

Selon les recherches (V. Defrancis 1976, D. Finkelhor 1979, 1989, H. Van Gijseghem 1985, Y.H. Hasevoets 1997), la notion de vulnérabilité peut être à la fois synonyme de facteurs psychosociaux de risque, de signes d’appels victimaires ou de vulnérabilités proprement psychologiques mal circonscrites. Les notions d’abus, d’attouchements, d’inceste, restent encore floues et mal définies. Les méthodologies d’investigation évaluative et les données épidémiologiques sont parfois contradictoires. Les expertises psychologiques – et les conséquences gravissimes que l’on sait – dans le cadre des récents procès d’Outreau ou d’Angers sont paradigmatiques de ces difficultés.

La dynamique psychique de l’enfant ou de l’adolescent est parfois lue à partir d’un registre juridique ou éducatif. Il peut entraîner des effets de survictimisation souvent plus pathogènes que l’abus lui-même.

Un consensus de recherche psychologique apparaît aujourd’hui nécessaire pour des études rigoureuses sur le plan méthodologique et technique. L’efficacité thérapeutique dépend d’une analyse clinique et psychopathologique rigoureuse préalable avec son corollaire de formation de haut niveau scientifique des professionnels de santé travaillant avec des problématiques psychiques toujours surdéterminées.

 

1.2 Vulnérabilités et enjeux péri traumatiques

Les catégorisations proposées par M. Montès de Orca, C. Yohant et A. Markowitz (1990) nous semblent heuristiques pour une meilleure circonscription des enjeux du péri traumatisme d’origine sexuelle chez le mineur de moins de quinze ans.

 

Les abus sexuels sans contacts corporels : exhibitionnisme public ou privé, images pornographiques, incitation verbale à l’activité sexuelle, propos érotiques sur le sexe devant les enfants.

Les abus sexuels avec contacts corporels : caresses ou baisers érotiques, attouchements, demandes de masturbations.

Les abus sexuels avec pénétration : tentative de viol avec pénétration buccale, anale ou génitale.

 

Ces catégorisations ont leurs propres limites. Comment caractérise-t-on par exemple la qualité érotique – ou non - d’un baiser ou d’une gestuelle ? Comment estimer le contexte culturel et cultuel d’un comportement ? Comment «  apprécier » les dérives - notamment  sectaires - d’abus sexuels sur les enfants sous prétexte de liberté de mœurs ?

Dans ce contexte, notre contribution clinique a pour objectif de préciser les aspects psychopathologiques du péri traumatisme chez le mineur de moins de quinze ans victime d’agressions sexuelles. Cette contribution prolonge une pré étude présentée lors du congrès national de médecine légale clinique de Dijon en 2003. Elle se réfère à nos consultations en victimologie clinique au service de Médecine Légale du CHU de Montpellier (Prof. E. Baccino.

 

1.3 Objectif de la recherche

 

L’objectif  principal est :

Caractériser une vulnérabilité post traumatique immédiate chez le mineur de moins de quinze ans agressé sexuellement ?

Les biais de cette étude – que nous soulignerons au fur et à mesure - sont à prendre en compte pour restituer à notre recherche une certaine relativité. Ces biais sont à ce jour indépassables de part la nature même de ces travaux. Ils sont à considérer comme des pondérations nécessaires même si on retrouve les mêmes réserves dans les travaux publiés jusqu’alors (Y. H. Haesevoets, 1997, 2003 ; H. Van Gijseghem, 1975 ; M. Gabel, 1994 ; R. Coutenceau, 2004.

 

2 - CHAMPS EPISTEMIQUES ET NOTIONNELS

 

2.1 PROTOCOLE

 

2.1.1. Objectif de la recherche.

 

A partir d’un tableau clinique caractérisé d’état post traumatique selon les critères du DSM IV (Post Traumatic Stress Disorder et Acute Stress Disorder), notre objectif est de circonscrire une spécificité traumatique chez le mineur abusé sexuellement. Cette spécificité concerne l’état post immédiat du mineur. Empiriquement, nous faisons l’hypothèse d’une dominante phobique.

- Nous  nommons ce temps «  événementiel » pour nous démarquer volontairement d’une analyse purement sémiologique et quantitative. Deux raisons cliniques nous conduisent à cette analyse différentielle. La première est la confusion épistémologique entre la notion physiologique de stress et celle psychique de psychotraumatisme (C. Damiani, 1997 ; P. Bessoles, 2001, L. Crocq, 2003.  La seconde tient à une conception événementielle psychique et non temporelle. Le moment où le mineur dévoile le traumatisme n’est pas l’instant où le crime sexuel s’est passé. Cela suppose des effets de sidération psychique, de  culpabilité ou d’après coup. Cet aspect essentiel qui définit le traumatisme psychique restitue à la notion  de causalité psychique sa qualité psychodynamique. La subjectivité de la victime – comme de l’agresseur – est une variable déterminante dans l’élaboration psychique et la mise en place du processus thérapeutique.

Les cliniciens savent combien un « simple » attouchement peut générer une psychopathologie traumatique durable alors qu’une qualification plus sévère peut avoir des conséquences psychiques plus « aléatoires.

 

- Le second temps procède d’une étude anamnestique. L’entretien clinique est toujours semi-directif. Il s’agit de repérer dans l’histoire du patient des «  caractéristiques psychiques » pouvant argumenter un hypothétique «  processus de victimisation » (E. A. Fattah, 1973). Nous nommons provisoirement ce second aspect : «  vulnérabilité pré événementielle ».

 

- Le troisième temps  correspond aux évolutions de ces mineurs pris en charge au sein même du service de médecine légale. La pondération majeure de cette «  vulnérabilité post événementielle » tient à ce que l’effectif des mineurs suivis est «  négligeable » dans la mesure où ils sont adressés en priorité au réseau partenaire (institutions, CMPP, DHM, pédopsychiatres ou psychologues cliniciens spécialisés en victimologie clinique,…). La prise en charge thérapeutique, indépendamment des techniques et des référentiels théoriques, au sein du CHU est impossible.

 

2.1.2. Effectifs.

 

L’effectif est de 79 mineurs tous âges et sexe confondus pour notre recherche. A titre informatif, la proportion de filles est de 86% contre 14% de garçons. Tous présentent un tableau clinique post traumatique en référence au DSM IV. Nous avons éliminé de notre effectif les fausses allégations caractérisées, les cas où, selon l’examen médico légal ou l’expertise médico psychologique, l’abus n’est pas avéré et les mineurs présentant de graves troubles de la personnalité (psychose infantile, confusion mentale, état délirant, hébéphrénie,). Pour ces derniers troubles, il s’agissait exclusivement d’adolescentes dont la grande majorité était hospitalisée en service de psychiatrie infanto juvénile ou en médecine psychologique. 

 

2.1.3. Les résultats.

 

Ils sont exprimés en pourcentage selon une échelle de fréquence à partir du premier entretien clinique. La cotation se fait en terme de présence / absence. La grille d’analyse présentée ci après a été élaborée de façon empirique en référence de notre praxis au service de Médecine Légale sus cité en collaboration avec des étudiants en thèse ou Master II Professionnel.

 

2.2 LES VULNERABILITES PERI TRAUMATIQUES

 

Les trois tableaux ci dessous présentent les résultats bruts sans traitements statistiques (analyse corrélationnelle ou factorielle par exemple). Notre choix, dans le cadre de cet article, est de circonscrire des hypothèses cliniques afin de les «  instrumentaliser » ensuite sur le plan méthodologique.

 

2.2.1 - LES VULNERABILITES EVENEMENTIELLES : un syndrome post immédiat ?

 

Tableau n° 1

 

2.2.2 – Commentaires.

Les résultats bruts quantitatifs montrent l’importance du réel du crime sexuel sur la psychopathologie du mineur (25.50 %). Cet aspect est contradictoire avec un de nos arguments ci dessus exprimé en logique de causalité psychique. Il y aurait donc une corrélation forte – qu’il conviendra de préciser dans la suite de la recherche-  entre la gravité de l’acte subi et la gravité du tableau clinique.

En fait, la gravité de l’acte repose sur la pénétration du corps de la victime. Plus que de l’horreur de l’acte perpétré, le crime sexuel agit comme démantèlement des enveloppements psychiques primaires, effraction du pare excitations, éclatement des signifiants formels et du Moi Peau (D. Anzieu, 1987), bouleversement de l’image du corps notamment les constructions de «  dedans / dehors » à la base des mouvements d ‘introjection / projection par exemple. Ces aspects que nous avons déjà développés (P. Bessoles, 1997, 2000) pour le mineur mais aussi pour les victimes de torture (P. Bessoles, 2005) montrent que le viol procède d’un «  anéantissement victimaire » dont l’enjeu princeps est l’effondrement du processus identitaire.

 

Le second enseignement du premier tableau tient au degré de passivité du mineur (22.78 %). Cet aspect rejoint la gravité psychologique de l’acte criminel en fonction de l’âge. Plus le crime touche l’enfant jeune, plus il produit des effets pathogènes. Nous corroborons un consensus de recherche qui s’accorde à affirmer que plus l’abus a lieu tôt dans la vie, plus il y a de risques que les blessures soient irréversibles sur tous les plans ; « particulièrement au niveau de l’identité » ajoute H. Van Gijseghem (1975). La vulnérabilité de l’enfant est d’autant plus importante que sa construction psychique soit fragile en particulier dans les phases précoces de son développement comme dans les « stades » de mutations identitaires comme identificatoires (puberté par exemple). L’hypothèque sur son développement est essentielle en particulier sur les enjeux didactiques et cognitifs, psychosociaux et relationnels. Cet aspect est confirmé par le «  score » de 20.25% à l’item 2 «  période, âge ». Les phases  de remaniements identitaires (pubertaires par exemple) apparaissent des moments de vulnérabilités psychiques plus importants que les autres. Plus que d’une sémiologie bruyante, il semble que le traumatisme sexuel fragilise la structure psychique en développement du mineur.

 

2.2.3 - LES VULNERABILITES PRE EVENEMENTIELLES : un processus de « victimisation » ?

 

Tableau n° 2

 

2.2.4 – Commentaires.

 

La prudence s’impose pour ces premiers commentaires concernant une analyse sur un repérage anamnestique. Nous ne pouvons éliminer une «  illusion rétrospective » c’est à dire une reconstruction de l’histoire au travers du prisme déformant du traumatisme. Les «  scores » obtenus aux items 2, 3, 4 confortent les arguments soutenus dés 1927 par S. Férenczi concernant «  la confusion des langues entre adultes et enfants ». Les mineurs concernés présentent des défaillances de repérage  de la famille et de la fratrie et d’une façon générale de l’espace et le temps. La confusion est générale pour les statuts, fonctions et rôles. Le manque de repère à la fois externe et interne entraîne des relations par trop proximales («  accompagner son beau-père  dans un camp naturiste» pour une jeune adolescente par exemple) ou par trop distales («  je ne lui adressais jamais la parole et lui [nouveau compagnon de la mère] voulait que je l’appelle « papa » »).

Le second commentaire concerne l’item 8 sur la «  méconnaissance de la sexualité ». La sexualité est tue ou vulgarisée sous forme de perversion affichée (« regarder ensemble un film pornographique », « assister aux ébats sexuels des adultes ») ou de « banalisation » tout aussi perverse («  ne pas fermer la porte de la salle de bain », «  se promener tout nu dans l’appartement ») présentée sous forme de «  liberté des mœurs » ou de «  vivre avec son temps ».

 

Les résultats bruts ne peuvent en eux-mêmes circonscrire un «  profil psychologique » entraînant des facteurs de risques de devenir victime. L’absence de groupe contrôle invalide cette hypothèse. Si les items «  sexualité » sont dominants, il serait hasardeux à ce stade de l’étude de conclure que l’essentiel des pathologies péri traumatiques chez le mineur abusé sexuellement réside dans les perversions du sexuel. Si nous pouvons affirmer que le sexuel fait symptôme, la surdétermination symptomatique indique des enjeux psychiques autres comme des troubles de l’image du corps, des syndromes abandonniques, des signes de décompensations psychotiques par exemple.

 

 

2.2.5 - LES VULNERABILITES POST EVENEMENTIELLES : une névrose traumatique infantile ?

 

Tableau n° 3

 

2.2.6 – Commentaires.

Comme déjà souligné, le choix thérapeutique du service est celui d’une prise en charge extra hospitalière avec le réseau de professionnels de santé. Les seuls mineurs (12) suivis à échéance d’un an relèvent de considérations purement circonstancielles. Par contre, des échanges partenariaux et de notre propre effectif, l’item 5 de la sémiologie phobique est dominant. Nous y reviendrons en détail dans la partie discussion.

 

 

3 -  DISCUSSION

 

Trois grands syndromes psychopathologiques se dégagent provisoirement de notre étude. Ils concernent la sphère cognitive, les troubles du comportement et de la conduite et l’image du corps. Ce « triptyque » est à comprendre à la fois en référence aux mutations du développement normal du mineur mais aussi dans les logiques pathogènes en regard des mutations identificatoires et identitaires évoqués ci dessus. Enfin ce même « triptyque » est dépendant des capacités résilientes du mineur (L. Crocq, P. Bessoles, 2003) comme de la précocité de sa prise en charge sur le plan thérapeutique (F. Lebigot, P. Bessoles, 2005).

 

3 .1 Traumatisme sexuel et  processus cognitifs.

 

L’analyse différentielle des efficacités cognitives montre que le péri traumatisme n’inhibe pas la structure même un mécanisme de la cognition comme le langage, la mémoire ou la perception. La structure n’est pas altérée mais son efficience. Cependant, la répétition traumatique perturbe durablement et de façon irréversible les processus de la cognition. Nous qualifions ces phénomènes de « parasitage » plus ou moins importants. Ils produisent des altérations dans les processus d’assimilation ou d’apprentissage. Les pathologies d’anxiété ou phobiques soulignées ci dessus génèrent des troubles de la pensée ou des idées, de l’image du corps et du schéma corporel, etc. Ces mêmes troubles inhibent les efficacités cognitives ou fragilisent durablement pour l’enfant plus jeune les prés requis nécessaires à l’apprentissage de la lecture pour prendre cet exemple.

Dès 1975, Hubert Van Gijseghen soulignait des déficits du développement intellectuel en particulier de la pensée logico mathématique et symbolique. La symptomatologie scolaire est souvent de l’ordre d’une dysharmonie cognitive comme cette jeune fille de 12 ans, abusée sexuellement par son oncle, présentant une inhibition essentielle aux apprentissages de leçons de géographie. Elle était incapable de représenter une carte géographique et y placer montagnes, plaines, fleuves, etc. Cette représentation s’avérait impossible et anxiogène pour elle et fonctionnait comme « métonymie » de l’image de son corps violenté.

 

3 .2 Traumatisme sexuel et troubles du comportement et de la conduite (TCC).

 

Nous observons des conduites suicidaires, de fugues, de comportements anti sociaux, de repli sur soi, etc. De façon générale, nos résultats confirment des travaux plus anciens comme le modèle de D. Finkelhor et A. Browne (1985).

Plus précisément, les troubles de l’endormissement révèlent des défaillances du travail de pensée et du rêve. Le mineur abusé semble lutter contre la baisse du niveau de conscience vigile. L’entrée dans le sommeil entraîne des reviviscences traumatiques et des «  débordements » d’angoisse. Cette attitude à fortes composantes phobiques peut prendre l’allure clinique de terreur nocturne et diurne ou de fuite panique.

L’hyper vigilance et l’hypersensibilité traduisent l’insécurité psychoaffective dans laquelle est plongée le mineur. Elles semblent en corrélation forte avec le statut de l’agresseur (père, beau-père, compagnon de la mère). Elles se manifestent par un fond constant de soumission et de passivité. La sémiologie agressive (auto et hétéro) de certains tableaux cliniques apparaît comme l’expression, dans le passage à l’acte, de raptus anxieux face à des attaques paniques ou des angoisses paroxystiques de type anaclitique.

 

3 .3 Traumatisme sexuel et image du corps.

 

Un effet majeur et constant du traumatisme sexuel est le bouleversement de l’image du corps et de la construction du schéma corporel. Il semblerait, de façon empirique, que l’analyse anamnestique dévoile des troubles de l’image du corps préalables au traumatisme sexuel (adolescentes anorexiques par exemple). A ce stade de nos travaux, nous ne pouvons pas différencier ces interactions particulièrement pathogènes. Par contre, une constante du péri traumatisme d’origine sexuel réside dans des conduites boulimiques. Certaines conduites extrêmes génèrent des obésités avérées sur le plan médical. Il semblerait que ces «  pseudo obésités » psychogènes fonctionnent comme des «  protections lipidiques » face à toutes potentialités de répétitions traumatiques.

Les troubles de la sphère urogénitale sont essentiellement de nature psychosomatique (dermatose rebelle, cystite à répétition, prurit, crise d’herpès vaginal, processus inflammatoire récidivant,…). Ces phénomènes, bien connus du corps médical, cèdent au processus thérapeutique sans médications particulières sinon de confort. Les rituels de lavage, fréquents et « intenses », produisent les effets pervers de modifier l’équilibre auto immune de la ceinture pelvienne. Sur le plan psychopathologique, ces comportements ajoutent une composante obsessionnelle au tableau clinique.

Chez le jeune mineur, les troubles de l’image du corps entraînent de fausses prématurités sexuelles, des conduites de type masturbatoire compulsives ou à l’inverse des inhibitions majeures concernant la nudité. Chez certains adolescent(e)s rencontré(e)s, nous avons observé des comportements sexuels prématurés de type homosexuel ou en groupe sans conscientisation des actes mises en situation.

 

3 .4  Synthèse des formes cliniques du péri traumatisme sexuel chez le mineur.

 

On peut regrouper quatre grandes dominantes cliniques de vulnérabilités péri traumatiques chez le mineur abusé sexuellement.

 

Une symptomatologie d’efficience cognitive. Elle porte essentiellement sur le rapport aux apprentissages et sur la pulsion épistémophilique. La cognition est perturbée, inhibée et parasitée. Nous pouvons émettre l’hypothèse (que nous avons rencontrée chez des adultes) que de «  fausses débilités » portent le sceau névropathique de pathologies post traumatiques sexuelles. C’est donc le rapport au savoir, à la connaissance et aux apprentissages qui est concerné et non l’intelligence et les processus cognitifs. La réserve majeure tient à ce que l’altération peut être durable – sinon irréversible – si elle concerne l’enfant et le jeune enfant.

 

Une symptomatologie de TCC centrée sur une dominante d’inhibition du lien psychique et du lien social. Cette dominante cède parfois aux «  assauts » d’acmés anxieuses ou de fuites paniques sous formes de raptus auto ou hétéro agressifs.

 

Une symptomatologie phobique majeure particulièrement invalidante sur le plan sémiologique. Elle s ‘accompagne de comportements obsessionnels essentiellement centrés sur des rituels de lavages. L’aspect poly névrotique ne doit pas faire oublier que l’enjeu identitaire est sous jacent pour le mineur.

 

Une symptomatologie somatoforme. Elle indique les altérations des processus de représentation mentale par les effets de sidération psychique. La sémiologie s’inscrit au corps propre.

 

 

4 -   PHOBIE PERI TRAUMATIQUE ET ANGOISSE PARANOÏDE

 

La qualité phobique des états post traumatiques chez le mineur abusé sexuellement représente une dominante psychopathologique dont la lecture clinique ne peut se réduire à une simple expression névrotique.

Sur le plan strictement sémiologique, les symptômes phobiques observés – certes en situation d’urgence – n’émargent pas seulement aux descriptions classiques de la psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (P. Mazet, S. Stolèru, 1993 ; D. Marcelli, 1996 ; D. Marcelli, A. Braconnier, 1995). Plus que de répondre à une situation phobogène, l’intensité de l’angoisse est souvent proche des troubles paniques. Ces états se retrouvent pour l’essentiel au moment de l’endormissement. De même, les dysmorphophobies ne sont pas des phobies au «  sens strict » mais de véritables troubles de l’image du corps indépendant des mutations corporelles propres au développement du mineur.

L’angoisse n’est pas seulement liée à une situation potentiellement traumatogène. Elle ne correspond pas à la définition du signal angoisse. Elle ne se manifeste hors contexte de reviviscences traumatiques. L’angoisse constitue un fond permanent et «  chronique ». Elle s’accompagne souvent d’une co morbidité dépressive extrêmement invalidante de type abandonnique ou anaclitique. Pour quelques mineurs, nous avons qualifié ce vécu d’agonique tant l’angoisse était majeure et envahissante entraînant pour certains d’entre eux de véritables moments de «  dépersonnalisation ».

La phobie péri traumatique évoque certains fonctionnements psychiques limites tels ceux décrits par B. Brusset (1999). Ces phobies sont atypiques par leur contexte d’apparition et leurs contenus. Les objets phobiques n’ « absorbent » pas l’angoisse. Ils restent sans efficacité. Dans le contexte traumatique, la phobie ne remplit pas son rôle de catalyseur d’angoisse. A contrario, elle «  infiltre » l’ensemble du psychisme du mineur et compromet les rapports à autrui. L’ensemble du fonctionnement mental du patient est menacé par la massivité de l’angoisse.

Si comme le souligne toujours B. Brusset, à propos des psychopathologies phobiques chez l’enfant et l’adolescent «  c’est une névrose phobique d’un point de vue clinique […] il y a lieu de rechercher une angoisse de type paranoïde ».

 

Au regard de notre étude, nous souscrivons à la qualification d’angoisse paranoïde pour la plupart des mineurs rencontrés. Cette qualification concerne surtout la phase post immédiate du péri traumatisme d’origine sexuel. Empiriquement, nous pouvons caractériser plusieurs aspects qu’il conviendra de préciser dans les suites de cette recherche :

 

La formulation du vécu traumatique apparaît souvent incohérente indépendamment de l’âge du mineur. Elle est mal systématisée voire parfois incompréhensible en dehors du niveau syntaxique et sémantique de l’enfant ou de l’adolescent. Cette formulation apparaît effrayante et incommunicable, souvent accompagnée de para esthésies parasites de type tics, tremblements, spasmes, démangeaisons, mimiques,…

 

Lors de l’entretien clinique, le mineur se sent épié, observé ou menacé. Il fait appel à des stratégies de type allusions verbales ou grapho motrices (gribouillis à l’entre jambe d’une poupée pour le jeune enfant par exemple) ou d’induction «  complice » avec l’adulte «  rassurant » (psychologue, médecin) («  mais, tu sais bien…. »).

 

La menace de démantèlement psychique est perceptible sous forme d’éléments persécuteurs comme les gribouillis évoqués ci dessus pour les productions graphiques. Chez certains, les formes dessinées sont attaquées par le feutre et la feuille est transpercée. Dans quelques cas dramatiques, les poupées mises à la disposition des enfants sont littéralement déchiquetées comme si l’expérience sensitive et sensorielle était proche du morcellement corporel.

 

Dans des cas particulièrement odieux (viol collectif sur adolescentes), le vécu corporel est proche de véritables processus de dépersonnalisation. Nous avons observé des sentiments de dépossession corporelle, des idées de transformation corporelle et pour deux cas cliniques des conduites auto mutilatrices et d’autolyse.

5 -  CONCLUSION

Ces moments «  féconds » sur le plan clinique peuvent n’être que transitoires. Du fait d’absence de suivi longitudinal rigoureux, il est impossible de préciser les évolutions des jeunes patients.

Si on se réfère aux études rétrospectives chez l’adulte, elles tendent à confirmer des séquelles psychopathologiques durables de même que des reviviscences traumatiques des années voire des décennies après le trauma.

A l’opposé, il est important de souligner (E. Baccino, P. Bessoles, 2003 ; J. Lighezollo, C. de Tyché, 2004), les capacités résilientes des mineurs abusés sexuellement. Paradoxalement, les vulnérabilités précédemment citées peuvent jouer comme des «  plasticités psychologiques » propices à une élaboration psychique. L’enjeu tient au processus thérapeutique et à sa mise en œuvre. Les recherches récentes de M. Lemay (1999), B. Cyrulnick (1999, 2001), M. Gabel (2000) ou L. Daligand (2004) pour ne citer qu’eux montrent combien ces mineurs peuvent élaborer des situations extrêmes à commencer par le traumatisme sexuel fût- il particulièrement pathogène. Cependant, il serait illusoire de penser que la guérison est définitive et durable.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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Van Gijseghem H., 1985, Autre regard sur les conséquences de l’inceste père-fille, Revue canadienne de psycho éducation, 14, 2,138-145.

 

 

 

2.2.1 - LES VULNERABILITES EVENEMENTIELLES : un syndrome post immédiat ?

 

TABLEAU n ° 1

Vulnérabilités «  événementielles »

1 – Gravité de l’acte (pénétration buccale, anale, génitale).

25.5%

2 – Période, âge.

20.25%

3 – Contrainte morale.

12.65%

4 – Injonction à «  participer ».

12.65%

5 – Degré de passivité.

22.78%

6 – Statut de l’agresseur.

18.87%

7 – Importance des douleurs.

15.18%

8- Conséquences corporelles.

16.45%

9 – «  Faiblesse » du support social.

13.92%

10 – Croyances religieuses.

0%

11 – Répétitions des actes.

16.45%

12 – Mise en scène.

12.65%

13 – Injonction au silence.

15.18%

14 – Menaces physiques.

13.92%

15 – Menaces psychologiques.

18.98%

 

2.2.3 - LES VULNERABILITES PRE EVENEMENTIELLES : un processus de « victimisation » ?

 

Tableau n ° 2

Vulnérabilités «  pré-événementielles »

1 – Quête affective.

19.99 %

2 – Immaturité psychoaffective.

21.51 %

3 – Confusion des rôles.

25.31 %

4 – Perte de repère.

22.78 %

5 – Sentiment d’abandon.

20.25 %

6 – Besoin de reconnaissance.

18.78 %

7 – Banalisation de la sexualité.

16.45 %

8 – Méconnaissance de la sexualité.

21.51 %

9 – Jalousie dans la fratrie.

15.18 %

10 – Conduites perverses.

11.4 %

 

2.2.5 - LES VULNERABILITES POST EVENEMENTIELLES : une névrose traumatique infantile ?

 

Tableau n ° 3

Vulnérabilités «  post événementielles »

1 – Sentiment d’échec.

24.05 %

2 – Perte de l’estime de soi.

18.98 %

3 - Sentiment de souillure.

17.72 %

4 – Absence de projection.

15.18 %

5 – Evitement phobique.

65.82 %

6 – Rigidité.

15.18 %

7 – Silence.

13.92 %

8 – Absence de suivi immédiat.

18.98 %

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Published by Philippe Bessoles - dans Etudes & recherche sur l'inceste
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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 12:09

 
Dorothée Dussy : L'inceste versus l'interdit de l'inceste : lectures croisées

Chargée de Recherche au CNRS, Laboratoire d’Anthropologie Urbaine (UPR 34) associée au Laboratoire Genêse et transformation des Mondes sociaux (EHESS-CNRS)



Françoise héritier ouvre ainsi De l'inceste : "j'ai longuement exposé, dans Les deux sœurs et leur mère, les textes historiques et les faits ethnologiques qui attestent l'existence, depuis des temps immémoriaux, d'une prohibition des rapports sexuels qui mettraient en contact des consanguins [par l'intermédiaire d'un partenaire commun et que j'ai appelé inceste du deuxième type]" (2000, p. 9). Comme elle l'annonce très clairement, ce sur quoi Françoise Héritier a toujours travaillé, c'est sur le discours, écrit et oral, de la prohibition de l'inceste. Mais attester que partout au monde, depuis très longtemps, certaines relations sexuelles sont interdites en fonction du degré de parenté n'atteste rien d'autre que la présence de l'interdit. Cela ne dit rien de l'inceste, quand il arrive, ni de la façon dont s'articule théorie de la prohibition et relations sexuelles entre proches apparentés tel qu'elles arrivent dans la réalité.

Dans cet exposé, je voudrais questionner ce que les savoirs sur l'inceste, en anthropologie, disent du rapport de la société à l'inceste. A partir d'une lecture du livre exemplaire de Françoise Héritier, De l'inceste, je vais montrer comment l'inceste peut être pensé quand on a, en toile de fond conceptuelle, la théorie de l'interdit de l'inceste.  Etant entendu que la pratique de l'inceste a pour condition nécessaire de mise en œuvre le silence autour de cette pratique, je voudrais ensuite explorer la question du "dire l'inceste" collectivement, à l'échelle de la société. En conclusion, je retournerai la perspective de départ, et m'interrogerai sur le sens de la théorie de l'interdit de l'inceste, quand on a en toile de fond la réalité de l'inceste.

 

De l'inceste

De tous les travaux anthropologiques qui parlent de la prohibition de l'inceste, De l'inceste occupe une place particulière. Jusqu'à cette série de séminaires organisée par Françoise Héritier au collège de France, et dont le livre est tiré, les travaux sur l'inceste consistaient en une description des différents systèmes de parenté et des règles de l'exogamie à travers le monde. Après avoir beaucoup réfléchi à son idée d'inceste du deuxième type, développée dans Les deux sœurs et leur mère, et après avoir défini que "la prohibition de l'inceste n'est rien d'autre qu'une séparation du même, de l'identique, dont le cumul, au contraire, est redouté comme néfaste", Françoise Héritier a proposé de mettre face à face la théorie et le point de vue des praticiens. La façon dont le projet est formulé, dans l'introduction du livre, forme le premier point dont il me semble intéressant de discuter, notamment parce qu'il noue un malentendu fondateur. Je cite : "pour avoir longuement traité du problème théorique de l'inceste dans mon livre, auquel le renvoie, j'ai voulu ici donner la parole à des praticiens qui ont l'expérience, eux, de la souffrance de l'inceste, des dégâts psychologiques qu'il occasionne" (p.11). Cette proposition est un sophisme sur lequel se déroule ensuite tout le livre. Car ce n'est pas le problème théorique de l'inceste sur lequel a travaillé Françoise Héritier, c'est sur le problème théorique de l'interdit de l'inceste. Ce qui n'est pas une simple différence rhétorique. Car considérer que la théorie de la prohibition vaut pour tout cadrage théorique permet du même coup de ne poser à aucun moment la question de la définition de l'inceste, ou même d'une vague circonscription de ce dont on entend parler, en abordant l'inceste.

En l'absence d'une définition préalable du sujet, la question qui se pose alors est de savoir sur quoi on se base pour inviter des contributeurs. Françoise Héritier ne l'explique pas, mais dans la mesure où sa propre théorie de l'"inceste du deuxième type" sert de point de référence, il est logique d'imaginer que la liste des contributeurs du séminaire est liée au corpus documentaire sur lequel Françoise Héritier a construit son travail. Et puisque l'analyse de la prohibition de l'inceste est tirée des livres saints des trois religions monothéistes, de ses notes de terrain en pays Samo, et des scénarios de films de cinéma et de télévision, les praticiens de l'inceste devraient naturellement être un rabbin, un prêtre, un Burkinabé et un producteur de télé. Ils pourraient chacun présenter leur façon d'aborder les cas d'inceste, dans leur pratique respective et on aurait effectivement mis en face à face la théorie et la pratique. Or, les quatre praticiens invités pour contribuer au séminaire (je ne sais pas s'il y a eu d'autres exposés, et d'autres praticiens), ne sont pas du tout ceux que son approche théorique permettaient d'attendre.

Contre toute attente, donc, et quoique Françoise Héritier n'ait jamais mentionné l'inceste comme une maladie, De l'inceste propose les contributions d'un neuropsychiatre éthologue et d'un pédiatre-psychanalyste. Ces contributeurs ont leurs exposés qui ouvrent le livre, après l'introduction de Françoise héritier, et ils sont les deux seuls à figurer comme co-auteurs du livre. Le troisième invité est un juge pour enfant, ce qui est également intrigant puisque la théorie échafaudée par Françoise Héritier évoquait surtout des affaires de mariages ou de relations sexuelles interdites ne concernant pas spécialement les enfants. La dernière invitée est une ethnologue du Magne, dans le sud-Péloponnèse, en Grèce, qui se présente elle-même comme une "ex"-apprentie ethno-psychiatre spécialisée dans la littérature et les traditions néo-hélléniques. Ainsi, aucun des champs disciplinaires convoqués pour l'occasion ne forme une continuité avec les travaux théoriques dont ils sont le pendant pratique. En fait, on peut faire le constat que le choix des invités ne se réfère pas du tout à la théorie de la prohibition. Il correspond strictement à la représentation de l'inceste communément partagée par les acteurs du jeu social français et contemporain. Et si le manque de rigueur scientifique ne nous saute pas aux yeux (aucune problématique sociologique qui fédère l'ensemble, aucun cadrage statistique qui renseigne sur la prévalence de l'inceste, ou qui questionne sérieusement les mécanismes de l'inceste) c'est parce qu'en tant qu'agents sociaux du même groupe que Françoise Héritier, sans documentation et sans objectivation préalables, nous partageons grosso-modo la même représentation de ce qu'est l'inceste. 

 

Que disent les praticiens sensément au contact de la souffrance ?

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre éthologue, ouvre le quartet par une description du sentiment incestueux tel qu'il s'organise chez les différentes espèces animales. En prenant des exemples empruntés à la littérature romanesque ou scientifique, dont l'éthologie et même la génétique des populations, ou encore en citant des ouvrages autobiographiques de personnes ayant vécu un inceste, Boris Cyrulnik explore le problème du sentiment incestueux en confrontant ce que le discours social en dit, ce que déclenche la représentation du fait, et ce qu'on doit oublier pour ne pas être anxieux. S'il n'y avait qu'une seule idée à retenir de cet exposé, écrit Cyrulnik, ce serait de dire : "notre besoin d'aimer, qui nous pousse à chercher l'autre, doit prendre forme sous l'effet des contraintes du milieu. Un milieu structuré structure ce besoin et, permettant la co-existence affective, permet aussi la création d'un monde intermental" (2000, p. 70). On a donc ici une analyse qui ne relève pas d'une pratique professionnelle, au bout du compte, mais qui est une estimation des conditions à réunir pour que le sentiment incestueux soit correctement négocié par chacun, humain ou animal.

Dans le deuxième exposé, le pédiatre Aldo Naouri, auteur de plusieurs ouvrages sur la pratique de la pédiatrie teintée de psychanalyse familiale, et ré-inventeur de l'écoute bienveillante, développe l'hypothèse selon laquelle la relation mère-enfant est un inceste sans passage à l'acte. Dans cet exposé, en réalité, il n'est pas du tout question d'une description du travail du praticien face à l'inceste, mais d'une quête du responsable-coupable originel. Naouri explique que le nouveau-né, parce qu'il vient de passer neuf mois dans le ventre de sa mère dont le corps lui a transmis tout ce qu'il sent, est "littéralement programmé (…) sur le seul corps de sa mère et seulement sur ce corps", ce qui laisse des traces indélébiles, explique-t-il. On a là "l'élément constitutif primordial de la tentation incestueuse ressentie par chacun au point d'avoir nécessité (…) une loi qui en interdise la mise en acte" (2000, p. 100). La relation enfant/mère révèle ce qu'il appelle "la propension incestueuse naturelle de la mère", qui est "partie intégrante et essentielle du désir féminin" (id. p. 101). Et après, le temps passe et on glisse imperceptiblement de la propension incestueuse à l'acte incestueux lui-même. Par la grâce magique de la biologie, non seulement Naouri fait reposer toute la responsabilité des passages à l'acte incestueux sur les mères  ("un père qui commet l'inceste sur sa fille ne fait que déplacer sur elle l'invitation à l'inceste que lui aura fait plus ou moins ouvertement sa mère" ; 2000, p. 125), mais il noie dans une même eau originelle – boueuse – les viols intra-familiaux, l'allaitement des nouveau-nés, et la sur-protection  occasionnelle des mères. Tout cela sur le même plan, menaces équivalentes qui pèsent selon lui - modernité et familles décomposées-recomposées aidant – sur l'ordre symbolique capital de la prohibition de l'inceste. De ses observations de praticien, exit les signes de violence parentale ou conjugale, les signes d'abus de pouvoir. Exit aussi le volet institutionnel de sa pratique, où il évoquerait son attitude de médecin confronté à un abus sexuel évident ; exit enfin toute information sur ses confrères contre qui le Conseil de l'Ordre porte plainte  pour avoir signalé des enfants victimes d'abus. Ce n'est pas comme pédiatre praticien que Naouri s'exprime, mais plutôt comme théoricien de la relation mère-enfant.

Dans un  autre genre de travail autour de la théorie, il y a l'article de Margarita Xanthakou, intitulé L'inceste : rêves et réalités, qui clôt l'ouvrage par une forme d'hommage à la théorie "puissante et économique" de l'inceste du deuxième type. L'article est construit comme un petit miroir (à l'échelle du Magne) des deux sœurs et leur mère, et reprend les légendes, rumeurs, mythes, chants et faits-divers de la région qui parlent d'inceste et qui font la part belle à la situation incestueuse entre frères et sœurs. La pratique de l'ethnographie – c'est-à-dire la rencontre avec un(e) possible informateur concerné personnellement par l'inceste – est réduite à une note de bas de page (p. 182), résultat qui fournit un honnête écho à ce qu'on perçoit de la méthode d'enquête : "je ne veux faire croire à personne que les amours adelphiques sont les seuls incestes pratiqués dans le Magne. Par exemple, on y trouve malheureusement, comme partout, des cas d'inceste entre père et fille, comportant des viols ou des quasi-viols dont les victimes sont quelques fois presque des enfants. Mais j'aurais tendance à penser qu'ils sont moins nombreux qu'ailleurs en Grèce ; en tous cas, par rapport à la fréquence probable de l'inceste adélphique réel ou présumé tel dans le Magne, et surtout par rapport à sa pesanteur idéologique" (2000, p. 182). Comme pour Aldo Naouri, inceste réel ou présumé sont mis au même registre, et l'estimation personnelle non documentée et non objectivée fait force de loi.

Autre représentation de l'inceste, autre champ de pratique. La parole est entre temps donnée à Dominique Vrignaud, juge pour enfant, quotidiennement confronté à des affaires d'abus sexuels intrafamiliaux commis sur des enfants. Il n'y a aucun lien entre les autres contributions et celle-ci, où l'inceste est clairement énoncé comme un viol sur mineur commis par une personne de la famille. Son intervention est intéressante car elle n'édulcore pas la description des configurations familiales complexes, ni les dégâts qu'occasionnent effectivement le fait d'être traité en objet sexuel. Développant son propos en fonction de sa pratique professionnelle, Dominique Vrignaud pose pour finir le problème de l'inadéquation du dispositif judiciaire aux affaires d'inceste, très difficiles à instruire, puisque la justice dispose au mieux d'aveux que le système ne reconnaît pas comme preuve.

Si je termine cette petite lecture de "De l'inceste" par la contribution qu'apporte le juge pour enfant, c'est d'une part qu'elle me paraît au plus près du projet annoncé : parler de l'inceste, d'un point de vue de praticien qui y est confronté. D'autre part, c'est qu'elle contient un certain nombre d'observations, très clairement formulées, dont la lecture suscite forcément des questions directes au théoricien de la prohibition. Dominique Vrignaud fait valoir que les critères socioculturels ne sont pas déterminants pour caractériser les familles incestueuses ; que l'ordre juridique (décomposées, recomposées) organisant la famille n'est pas non plus significatif ; il dit par ailleurs que la situation incestueuse est souvent ancienne et précédée également d'un processus fonctionnel historique et culturel ancien ; et il termine la liste des points communs des situations incestueuses qu'il a eues à instruire par la constante suivante : la révélation de l'inceste conduit la famille à une crise que, dans la grande majorité des cas, elle gérera par le déni ou le rejet de l'agent créant cette crise (2000, p. 154). Si je dis que ces observations suscitent des questions, c'est parce qu'elles posent quelques jalons d'une possible typologie des situations incestueuses réelles, et d'un questionnement sur le "comment ça marche" des situations incestueuses familiales, inscrites dans un trajet qui implique tout le groupe familial. Au lieu de questions soulevées, Dominique Vrignaud lui-même coupe court à la réflexion qu'il engage et conclut en tentant de caler la pratique de l'inceste sur la théorie de la prohibition. A propos de l'enfant victime d'abus sexuel intrafamilial, il explique : "lui qui est transition entre deux générations et génération lui-même, la transgression de l'inceste lui interdit d'assurer cette fonction d'échange. Il n'est plus la somme de deux différences et l'entier qui s'enrichira d'une autre différence, car celui auquel il donne et duquel il reçoit le veut exclusivement à son identité". Il s'agit là d'une succession de préjugés qui est intenable de bout en bout : d'abord, compte tenu des nombreux cas d'inceste entre co-latéraux qui ne mêlent pas les générations, derechef intenable puisque les enfants abusés ne restent pas toute leur vie des enfants. Ils grandissent, se marient et font des enfants, au reste rarement de leur agresseur. Conclusion intenable enfin étant donné toutes les personnes qui n'ont pas vécu d'inceste du tout et qui ne font pas d'enfant pour autant, devenus adultes. Que tout le monde n'assure pas l'échange entre les générations n'a jamais mis aucune société en péril.

 

- Penser l'inceste à l'aune de la prohibition de l'inceste : un angle mort

Comme il n'y a ni synthèse, ni conclusion, ni compte-rendu des débats ou discussions accompagnant les séances du séminaire sur l'inceste, les questions soulevées par les différentes observations, si elles ont été posées, restent en suspens. Il ne reste que la lecture qu'en fait en introduction Françoise Héritier, et qui se distingue par l'absence totale de questions concrètes qui pourraient permettre de s'interroger sur ce qu'est l'inceste, questions simples telles que : à qui ça arrive, est-ce qu'il y a autant de cas d'inceste dans une société et dans une autre, est-ce qu'on le sait, comment peut-on le savoir ? Quelle documentation et quelle enquête pour le savoir ?

Si ces questions, et toutes les autres qui éclaireraient l'inceste, dans la réalité, ne sont pas posées par Françoise Héritier, je ne pense pas que cela soit par manque de curiosité de sa part. Mais penser l'interdit de l'inceste, comme universel, puissant et fondateur, crée par définition un angle mort sur la réalité. D'où l'impossibilité heuristique de penser l'inceste à partir de la théorie de la prohibition fondatrice. Pour autant qu'on ne puisse pas raisonner sur la réalité à partir de la théorie de l'interdit de l'inceste, on peut très bien ne pas ignorer que l'inceste existe en vrai. Mais alors, parvenir à articuler l'ensemble tout en préservant à la fois la théorie et la problématique explicative de "l'identique et du différent" passe par un tour de force. Celui-ci consiste à mélanger tous les registres (représentation et réalité), à tronquer l'argumentation et à puiser là où l'information est disponible, c'est-à-dire dans les idées reçues et les préjugés, ce qu'illustre très bien la quatrième de couverture de "De l'inceste". 


            "Nos sociétés, où les relations de parenté les mieux établies ont tendance à se brouiller, favorisent l'inceste et son passage à l'acte. Peu de choses, désormais, distinguent une mère et sa fille ; les marques symboliques, comme les vêtements, sont les mêmes pour l'une et pour l'autre ; les rôles sociaux, comme la prise en charge des enfants, des petits frères et des petites sœurs, sont interchangeables… Pourquoi en irait-il autrement dans les compétences sexuelles ?" (2000, 4ème de couverture)

Il faut d'abord rectifier que l'inceste existait avant la légalisation du divorce et la généralisation des remariages, autant qu'aujourd'hui, d'après ce que les enquêtes statistiques permettent d'établir (Kinsey, Finkehlor). Grâce au travail d'Agnès Martial, on sait en outre que si les relations de parenté sont effectivement brouillées par le jeu des remariages et des fournées d'enfants tardives, l'évaluation de la possibilité de relations amoureuses entre co-résidants fait l'objet d'une attention particulière, notamment pour les membres des familles recomposées. Ensuite, il faut le rectifier aussi, il n'y a pas inceste parce qu'un homme ne peut pas clairement établir la filiation entre deux femmes qui se trouvent devant lui et qu'il peut désirer les deux. C'est absurde de le considérer sérieusement. Pourtant, c'est aussi ce que prétendait Caroline Eliacheff l'été dernier, dans les colonnes de Libération (qui publiait une série d'articles sur les familles contemporaines). Elle prenait l'exemple des affiches publicitaires du Comptoir des Cotonniers, où mère et fille sont côte à côte, habillées à peu près à l'identique. Mais l'absence de ride des mères, et le fait qu'aujourd'hui, mères et filles se vêtissent de la même façon n'a rien à voir avec un passage à l'acte incestueux. Un garçon ou un homme de la famille, ou même une femme ou une fille, puisqu'il y a quelques femmes instigatrices d'un inceste, sait très bien que c'est avec sa fille, ou sa sœur, ou sa nièce, ou sa petite-fille, qu'il choisit d'avoir des relations sexuelles. Cet argument du brouillage des relations de parenté qui tromperaient les hommes à leur insu, en plus d'être particulièrement culpabilisant pour les femmes et débilitant pour les hommes, fait abstraction totale de la question du consentement dans les relations sexuelles incestueuses. Dans la vraie vie, même en imaginant qu'un homme confond sa femme avec sa petite fille de cinq ans, (ou avec son fils, s'il est vraiment très myope), il reste que pour avoir une relation sexuelle avec un enfant, il faut d'une manière ou d'une autre le forcer. L'inceste n'est pas une affaire de compétence sexuelle.

L'absence de consentement mutuel caractérise l'immense majorité des situations incestueuses, ainsi que le fait qu'elles impliquent des enfants forcés, et non des adultes. Ce sont là deux dimensions essentielles des situations incestueuses telles qu'elles existent, et touchent, rappelons-le, environ  10% des filles et 4% des garçons des sociétés occidentales - si on fait la moyenne de l'ensemble des résultats fournis par les enquêtes épidémiologiques, et les enquêtes sur la sexualité, principalement nord-américaines mais aussi scandinaves et françaises. Récemment, grâce à l'enquête sur les violences faites aux femmes menée par Christine Hamelin et Christine Salomon  en Nouvelle-Calédonie, on sait que la prévalence de l'inceste tient là-bas dans la même fourchette statistique. L'inceste ne se réduit pas à la problématique du viol intra-familial, bien que celle-ci en soit un élément clé.

Si en l'absence d'une enquête approfondie, ou d'une expérience personnelle de l'inceste, on ignore encore beaucoup sur les mécanismes de l'inceste - et on en dit donc possiblement n'importe quoi - cela provient du fait que la pratique des abus sexuels intra-familiaux a pour condition nécessaire de mise en œuvre le silence autour de cette pratique. Après trois ans d'enquête dans des associations d'aide aux victimes d'agression sexuelle (à Paris, dans une association  loi 1901, et à Montréal, dans Centre d'Aide et de Lutte Contre les Agressions à Caractère Sexuel), je peux poser en réponse l'hypothèse que l'inceste, avec le silence qui en forme à la fois le socle et le terreau, est en réalité constitutif de l'ordre social. Sans développer ici les modalités de mise au silence des familles, je voudrais attirer l'attention sur le fait que si les victimes d'inceste ne disent pas l'inceste, leur frères, leurs sœurs, et les éventuelles autres personnes qui cohabitent avec ne le disent pas non plus. Ni durant l'enfance, ni plus tard, quand chacun est devenu adulte. Pour s'en convaincre, on doit considérer le peu de signalements d'agresseurs incestueux, ou de confrontations, qui sont faits dans nos sociétés, proportionnellement aux centaines de milliers d'agresseurs. Pour 60 millions que regroupe la France métropolitaine, si on compte 6 % de victimes d'abus sexuels incestueux, ce qui est le plus bas de la fourchette, cela fait au moins 3 millions six cent mille victimes ; les agresseurs se comptent donc plus probablement en millions qu'en centaines de milliers. Très marginalement, certains dénoncent les abus dont ils ont, ou un proche, été victime, quand survient le risque que les agressions sexuelles soient reconduites sur un enfant de la génération suivante, par le même agresseur ou par un autre. Selon les chiffres fournis pas l'Observatoire d'Action Sociale Décentralisée (ODAS) le nombre de signalements pour abus sexuels sur les enfants tourne autour de 5500 par an, en moyenne, sur les cinq dernières années. Il est toutefois en légère baisse, ce qui est un signe, non pas qu'il y a moins d'inceste, mais que l'ordre du silence se reconstruit. L'addition de tous les signalements effectués depuis que l'Etat a installé la procédure ne dépasse pas 1 % du nombre de victimes d'inceste en France.

 

- Le silence, à l'échelle de la société-

L'inceste participe de l'ordre social, et le dénoncer, c'est-à-dire briser le silence qui le rend possible, représente dans cette perspective un acte résolument anti-social. Comme le notait Dominique Vrignaud, comme le savent aussi les responsables du service correctionnel du Canada en charge des programmes de réinsertions des agresseurs incestueux, ce n'est pas le violeur qui est stigmatisé ou banni de la famille quand les affaires d'inceste sont rendues publiques - lui peut violer un ou plusieurs enfants de sa famille des années sans être interrompu - c'est celui qui dénonce le viol. Car déroger à la règle du silence revient à perturber l'ordre social. De ce point de vue, il n'est pas anodin de constater qu'il n'y a quasiment que des femmes, ou des enfants, c'est-à-dire les groupes qui ont le moins de poids dans l'exercice du pouvoir et le moins de légitimité représentative de l'ordre social, qui dénoncent l'inceste. Pas beaucoup d'homme qui en parlent, et aucun issus des classes dominantes. Or, il y a aussi des officiers, des magistrats, des députés, des politiciens, des médecins victimes d'inceste, ou frères de victimes. C'est une vérité mathématique.

    C'est pourquoi il est intéressant d'explorer la question du "dire l'inceste" collectivement, et non pas seulement à l'échelle individuelle  des victimes d'inceste. Comment la société dit-elle l'inceste, et que fait-elle de ce qu'elle dit ? Si on suit le cours du temps, il faut remonter au début du XXe siècle, et aux travaux de Freud, pour lire les premières sorties publiques de l'inceste. Presque tous les premiers chapitres des livres de psychologie clinique, des approches activistes féministes nord-américaines et des autres travaux sur l'inceste (à part ceux des anthropologues) évoquent le brusque retournement d'opinion de Freud sur la théorie de la séduction. Documenté par les observations de la médecine légale et par les premières cures analytiques qu'il assurait, Freud a porté à l'attention du public européen dès le début du XXe siècle la prévalence des abus sexuels intrafamiliaux. Il a été immédiatement vilipendé par l'opinion publique pour avoir mis en doute la moralité des pères de famille, et, inquiet des conséquences qui découleraient d'un désaveu du public pour ses théories, il renonça très rapidement à parler d'inceste agis théorie. Il fit même plus dommageable pour la publicité de l'inceste, en affirmant que les viols par leur père raconté par ses patientes hystériques étaient l'expression de leur propre fantasme. C'est ainsi qu'avec ce changement de cap de Freud se reconfigura le silence sur l'inceste.

Dans les années 1970, en électrons libres des mouvements féministes nord-américains, certaines activistes (dont Louise Armstrong) portent à nouveau la question de l'inceste sur la scène publique. Elles font valoir que l'inceste participe d'un abus de pouvoir principalement orienté  contre les femmes et les enfants : les hommes  abusent sexuellement leurs enfants, parce qu'ils pensent qu'ils en ont le droit (peu importe que l'on soit d'accord ou non avec cette proposition, l'intérêt est d'explorer la façon dont l'inceste, chaque fois qu'il est révélé publiquement, est aussitôt reconduit au silence). Dès le début, elles notent qu'elles sont dépossédées de la question, qui est récupérée par des spécialistes de tous horizons la vidant de toute charge politique et sociale. Les spécialistes du travail social et les psychologues, principalement ; tandis que les premiers cloisonnent l'inceste à la violence domestique plus générale et en font un avatar de la pauvreté (ça n'arrive que chez les pauvres, parce qu'ils sont pauvres), les seconds développent la notion de dysfonctionnement familial, et réfléchissent à la façon dont ils pourraient traiter ce qu'ils ne labellisent pas encore comme un nouveau syndrome, mais bien comme un objet relevant quasi-strictement de leur champ de compétences. 

Aujourd'hui, explique Louise Armstrong, porte-parole de la position féministe états-unienne sur l'inceste, les professionnels nord-américains de la santé et du travail social ont fait de l'inceste un produit d'exportation, asceptisé de toute possibilité de critique sociale et, ajoute-t-elle, de toute trace d'une analyse féministe. En faisant de l'inceste une pathologie, c'est-à-dire une question relevant de champ de compétences médicales, on esquive la question politique : il ne s'agit plus de travailler à la transformation sociale ou de réfléchir sur les moyens d'éliminer les abus sexuels intrafamiliaux, ce qui passerait par la reconnaissance des positions précises de chacun (dominants/dominés) dans cette affaire. Par le jeu de la terminologie ad hoc (maladie, névroses, traumatisme, souffrance, douleur, symptômes, déviance) poser l'inceste comme une pathologie  détourne l'attention sur les dégâts psychologiques que provoquent les abus sexuels incestueux. Il n'y a plus lieu de s'intéresser ou de nommer comme telle l'agression, ni de décrypter ses mécanismes, au centre desquels figure la question de genre, selon Louise Armstrong, puisque d'un côté, il y a la souffrance des femmes et des enfants, qu'il faut guérir et traiter (quand la guérison n'est pas assimilée à la possibilité de pardon accordé à l'agresseur), et de l'autre côté, il y a des déviants, qu'il faut aussi traiter. Or, comme en l'évoquaient déjà les groupes de femmes il y a trente ans (notamment dans le premier recueil de témoignages regroupé par Louise Armstrong : kiss daddy good night), la plupart des agresseurs incestueux, garçons ou hommes adultes, ne sont pas déviants ; il y a parmi eux des pédophiles, mais la grande majorité n'agresse que leurs enfants, ou cousine, sœur, nièce, belle-fille, petite-fille, etc…et en dehors de cela, ils sont très bien insérés dans la société.

Avoir fait de l'inceste une pathologie, des agresseurs incestueux des déviants, et des victimes des malades n'est pas le seul moyen social de protection du silence autour de l'inceste. Les dispositifs juridiques de la plupart des sociétés occidentales se sont enrichis de mesures diverses qui garantissent une protection efficace au silence sur l'inceste, en réduisant les velléités de procédures. Aux Etats-Unis, par exemple, a été adopté un décret permettant de qualifier l'infraction de témoin-complice qui est utilisé contre les plaignants dans les procès. Un enfant qui porte plainte pour abus sexuel peut donc se voir inculper de complicité de l'abus qu'il vient dénoncer. En France, la loi qui pénalise le viol et les agressions sexuelles est rédigée de telle sorte qu'il est pratiquement impossible que des affaires d'inceste aboutissent dans le sens de la reconnaissance du crime commis. Le fait d'être une personne ayant autorité sur la victime présumée, et le fait que cette victime présumée soit mineure au moment des faits reprochés ne sont que des circonstances aggravantes du viol. Il faut d'abord prouver qu'il y a eu viol, c'est-à-dire qu'il y a eu une pénétration obtenue sous la menace, la contrainte ou la surprise. Quand les abus sexuels durent sur plusieurs années, on peut d'emblée oublier la surprise. Quand à la menace, même quand il y en a, elle est généralement verbale, donc impossible à prouver. Et dans la mesure ou l'emprise psychologique et affective ne sont pas reconnues comme des contraintes, impossible donc, d'en amener la preuve. Impossible de prouver qu'il y a eu viol, donc impossible de faire valoir les circonstances aggravantes.

Dans les nouvelles générations de mères - c'est-à-dire des femmes plus autonomes financièrement, qui ont intériorisé l'existence de la loi qui a fait du viol un crime contre la personne, et qui sont devenues mère après la généralisation des structures de soutien psychothérapeutique -  de plus en plus nombreuses sont celles qui portent plainte contre leur conjoint quand il abuse d'un ou des enfants. Le discrédit quasiment unanime des institutions et de l'opinion publique qui pèse sur ces mères dès qu'elles s'élèvent publiquement contre les agissements de leur mari est aussi une façon de taire l'inceste. Le débat, dans ces affaires, porte exclusivement sur la disqualification des mères, et sur le préjudice infligé au père des enfants, mais pas sur l'inceste. La justice, qui reçoit les plaintes des mères, des enfants ou des adultes anciennes victimes de viols incestueux, s'entoure d'experts du "syndrome des faux souvenirs" (dont l'existence n'est pas attesté par la communauté scientifique), et d'experts médicaux qui valident, ou invalident les propos des plaignants. Plutôt que de former ses magistrats à repérer les situations incestueuses, ou à mieux les instruire, la justice forme les magistrats à détecter les fausses allégations (environ 3% des enfants allèguent de faux abus sexuels ; pas davantage). C'est le seul enseignement dispensé par l'Ecole de la Magistrature sur la question de l'inceste. Le musellement des mères est complété, pour finir, par les condamnations pour non-présentation d'enfant au père, ou aux grands-parents, ou encore pour dénonciation calomnieuse qu'elles ont à supporter, de plus en plus nombreuses (quand la justice ne peut pas faire la preuve du viol, c'est-à-dire la plupart du temps, la personne accusée peut se retourner contre le plaignant et l'attaquer pour calomnie). Tout est affaire de choix de société, dans ce processus. C'est un choix de société de considérer que dans le doute, il est plus dommageable pour un enfant d'être séparé de son père que d'être violé par lui. Et il est plus dommageable d'être séparé de sa mère incarcérée que de son père.

Il y a aussi les diversions de l'inceste, qui cachent l'inceste, dont la publicité faite aux pédophiles. L'affaire Dutroux était de ce point de vue édifiante, construisant un monstre écran de fumée sur les plus de 80 %  d'agressions sexuelles qui sont commises par un proche, et non par un inconnu qui kidnappe les petites filles. Au passage, il faut aussi considérer le peu d'information sur la cyber-pédo-criminalité (320 000 sites internet proposant divers services dont les échanges d'enfants à violer - dans la plupart des cas les siens - des "snuff movies" de viol et torture d'enfant filmés, etc..). En France, la brigade chargée de ces dossiers compte six policiers… Dans la mesure où les enfants impliqués dans la pédo-pornographie le sont la plupart du temps par un proche, il est intéressant de jeter un œil au chiffre d'affaires  de l'industrie internationale de pédopornographie. Il atteint aux États-Unis entre deux et trois milliards de dollars US par an. Plus d'un million d'images pornographiques impliquant des enfants circulent sur internet. En Allemagne, la police estime à 130 000 les enfants qui seraient contraints à des pratiques pornographiques, et aux Etats-Unis, entre 300 000 à 400 000 enfants sont contraints chaque année à la prostitution, à la pornographie ou à d´autres formes d´exploitation sexuelle. L'Organisation Contre l'Exploitation Sexuelle des Enfants à des Fins Commerciales estime que la situation est encore plus grave dans les États de l´ex-Union soviétique.

Et tant qu'à évoquer la pédo-criminalité, je peux dire aussi un mot des campagnes de prévention contre la pédophilie. En dehors du film réalisé par Antoine de Caunes, 30 secondes télédiffusées en 2003 pendant trois semaines, et de la récente campagne d'affichage sur le thème "les enfants ne sont pas des objets sexuels", qui sont toutes les deux lancées par des associations loi 1901, aucune campagne publique à l'attention des adultes. La prévention est exclusivement conçue à l'attention des enfants. A charge pour eux, une fois qu'on leur a expliqué que leur "corps leur appartient", de l'expliquer et de convaincre leur agresseur.

Même la médiatisation de l'inceste est un moyen de stériliser la discussion, tant que les caméras sont tournées vers la fragilité individuelle des femmes et les troubles émotionnels des enfants. Leurs paroles ne leur appartiennent plus ; elles sont systématiquement interprétées et évaluées par des professionnels, tout comme le sont les paroles des agresseurs (comme en atteste une publication française récente , qui produit le témoignage d’un père incestueux, soumis, avec son accord aux analyses de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et éthologue, de Stéphane Ambry, avocat, pionner dans la défense des enfants,  de Gérard Ostermenn, médecin et psychanalyste, de Francine Perrin, linguiste et orthophoniste, et de Christian Sallenave, sociologue et éditeur). La possibilité qu'émerge une réelle discussion sur l'inceste est neutralisée car banalisée ; chacun pense au bout du compte qu'il sait déjà de quoi il retourne. Dire l'inceste publiquement, quel que soit l'angle d'approche, est immédiatement métabolisé  par la société : absorbé, puis transformé et renvoyé au silence, sans questionnement sur ce dont il s'agit.

 

- La théorie de la prohibition, revue par l'inceste

En conclusion, et à la lumière de cet éclairage sur l'inceste et sur le silence qui entoure sa pratique, je voudrais retourner à la question du début ; celle du rapport entre inceste et interdit de l'inceste. Comment penser cet interdit universellement partagé par les sociétés humaines, à la lumière de l'inceste commis ? Quelle place tient l'interdit de l'inceste, dans le dispositif social qui admet l'inceste ? Comme Françoise Héritier, et comme tous les partisans de l'importance sociale de cet interdit fondateur, je pense que la théorie de la prohibition est un élément clé de l'ordre social. Là où les chemins se séparent, c'est dans la définition du sens qu'on lui donne. A l'aune de la pratique de l'inceste, la théorie de la prohibition apparaît comme le plus puissant rempart de protection du silence. C'est la théorie de l'interdit de l'inceste qui crée l'angle mort, ce bandeau blanc sur l'inceste. Pour résumer, on pourrait le formuler ainsi : du point de vue de l'inceste, la prohibition de l'inceste est une condition de la pratique de l'inceste.


Autres billets sur le livre De l'inceste de Françoise Héritier

1/ De l'inceste par Françoise Héritier, Boris Cyrulnik et Aldo Naouri

3/ Définition de l'inceste par Aldo Naouri dans De l'inceste

4/ Françoise Héritier et le principe de non-cumul de l’identique

5/ Docteur Aldo Naouri, vous êtes dangereusement irresponsable

6/ Inceste pas nommer par le législateur par Dominique Vrignaud dans De L'inceste

Autres billets par Françoise Héritier
De l'inceste par Françoise Héritier, Boris Cyrulnik et Aldo Naouri

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 15:48
Document # Logo-Academon.jpg12694 :: Anthropologie de la parenté
Document revenant
sur l'inceste et exogamie
au travers de questions-réponses sur des ouvrages de Fox ou Lévi-Strauss.

Ecrit en 2009; 1475 mots
Résumé : I-En quoi l'inceste et l'exogamie sont-ils différents ?
II-Quelles sont les différentes raisons citées par Fox selon lesquelles les relations sexuelles à l'intérieur de la famille auraient des conséquences désastreuses ?
III-Fox examine différentes propositions qui expliqueraient le caractère quasi universel de la tendance à éviter l'inceste : quelles sont-elles ?
IV-Pourquoi le Professeur fait-il le constat, à partir du cas français, que la prohibition de l'inceste ne serait pas universelle ?
V-Par quelle discipline l'anthropologie aurait-elle été suffisamment influencée afin de formuler la théorie de l'universalité de la prohibition de l'inceste ?
VI-Qu'est-ce que les règles positives relatives au choix du conjoint dans le mariage du point de vue de la parenté ?
VII-Qu'appelle-t-on « mariage avec les cousins croisés » ? Pourquoi, selon Lévi-Strauss, ce type de mariage fait-il appel à un système de relations positives (alors que la prohibition de l'inceste fait appel à un système de relations négatives) ?
VIII-Définissez l'échange restreint et l'échange généralisé
IX-Qu'est-ce qu'un système harmonique ? Qu'est-ce qu'un système dysharmonique ?
Extrait du document : Les deux systèmes font intervenir les notions de filiation (union, lien entre les individus, par le mariage notamment) et de résidence (localité). Si celles-ci sont toutes les deux dans la même ligne paternelle ou maternelle, il s'agira d'un système harmonique, induisant l'échange généralisé. Si celles-ci sont séparées dans des lignes différentes, faisant intervenir une double unifiliation, il s'agira d'un système dysharmonique avec des échanges restreints (des mariages bilatéraux). Cependant, il est parfois difficile de distinguer ce que l'on attribue à la filiation (matrilinéaire et patrilinéaire) de ce que l'on attribue à la résidence (matrilocal et patrilocal).
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