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27 janvier 2006 5 27 /01 /janvier /2006 07:42

 

Fractal goutte détouréeLe 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :

> Ma chère Camille

> tu m'écris : il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Berlin, 27 janvier 2006


De : Georg@Yahoo.com
Objet : Pensées
Date : 27 janvier 2006 20:39:47 GMT+01:00
À : Camille@club‑internet.fr

Ma chère Camille,
Je pense souvent à notre histoire et je me sens responsable pour tout ce qui s’est passé.
Je n’ai pourtant pas la même énergie que toi et je suis toujours impliqué beaucoup dans mon boulot. Alors, il faut, je crois, continuer avec un peu de patience pour nos caractères et vies très différents. Entre temps, je te souhaite de tout mon cœur un peu de félicité avec ta famille ce week-end et moi je vais la chercher aussi avec ma famille.
A très bientôt,

Georg.

 


Autres lettres des Interdits ordinaire
20 février 1986 – La première lettre
21 février 1986 – deuxième lettre et Georg parle d'argent 
23 février 1986 – Va trouver les Français où le destin t’appelle
11 mars 1986 – Tu verras, on peut très bien vivre ensemble ici
12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de Camille
Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
6 décembre 1990  — "C’était trop pour moi et c’est toujours trop"
20 février 1990 – Tortionnaire !
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire

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27 juillet 2005 3 27 /07 /juillet /2005 06:53

Fractal goutte détourée
Le 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :
> Ma chère Camille,
> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"
> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.
> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.
> Georg.

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    Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


     

Paris, 27 juillet 2005


Cher Georg,
je dois t’écrire, je reprends une phrase prise dans l’une de tes lettres : … « Mais maintenant, il ne s’agit pas d’analyser le problème, c’est trop tard et trop tôt en même temps… »
J’estime qu’il est temps.
Le six décembre 1990 tu écrivais : « Pour moi, l’heure n’est pas encore arrivée de faire une analyse définitive de ce qu’il s’est passé entre nous. Je suis triste, mais pas malheureux, il me semble qu’il est possible de recommencer une autre vie… »
Je ne peux plus continuer de penser à toi, tous les jours depuis que je t’ai rencontré. Sans jamais aucun signe de ta part. Il y a quinze ans que la rupture a eu lieu. Tu m’avais dit que tu viendrais pour faire cette rupture autrement que par courrier, je t’attends toujours… Elle est où ta main tendue ?
Dans une autre lettre, tu disais : « Je te pense avec tendresse et, j’insiste, avec du respect et tu seras pour toujours une partie de ma famille, comme une sœur, et je ne pense pas que ce soit peu. (Tu peux pas être d’accord avec ça, je sais). Je te tends ma main, et ça sera toujours comme ça, jusqu’à ce que tu puisses l’accepter… » Dans ta dernière lettre, tu écrivais : « Cherchons le chemin difficile envers une normalité renouvelée ! Mais d’abord, il faut arrêter de se torturer, de pleurer sur les possibilités perdues. Si non, je dois essayer de rompre chaque contact avec toi, parce que je sais qu’on va se rendre malheureux tous les deux. »
J’ai obéi à tes ordres (et à ceux de ta mère). Je t’ai fichu la paix, et j’espère que tu as trouvé le bonheur…
Ce n’est pas toi qui a rompu chaque contact, c’est moi aussi. Je ne t’ai plus écrit et lorsque j’ai envoyé des petites missives je n’ai jamais eu aucune réponse. Pourquoi ? Lorsque j’ai assez de courage, je relis des morceaux de notre correspondance. Je t’avais déjà tout écrit, tu n’en as rien dit, alors c’est vrai, pourquoi le ferais-tu maintenant ?
Parce que je n’ai pas recommencé une nouvelle vie, que tu existes toujours pour moi et que je me rends malade. Peut-être certainement que la vie nous a arrachés l’un à l’autre. C’était un combat des forces du mal contre la vie. Nous n’avons pas parlé de cette magie dont nous n’étions pas innocents, mais je l’ai vécue, je la vis encore. J’ai continué ma vie, comme un petit soldat. Je voulais vivre. Notre séparation semble avoir été un acquiescement. J’ai mis des années à m’en remettre et j’ai fait semblant, je ne m’en suis pas remise. J’ai bien fait fonctionner ma double personnalité, comme lorsque j’étais enfant et que je pouvais ne pas me souvenir des abominations que me faisait subir mon père. J’ai bien intégré ma culpabilité. Je me sens toujours coupable de tout, mais maintenant, il faut que je fasse la part des choses. Je n’étais pas si coupable que cela. Cette culpabilité m’a maintenue dans l’impossibilité de te dire ce que je ressentais. Alors, je le fais maintenant. Je sais que tu m’as plaquée, mais je sais aussi que j’ai tout fait pour et que je suis partie. J’essaye de sortir de cette position de victime dans laquelle j’ai été éduquée, et dont tu as pu profiter. J’ai été ton tremplin pour prendre tes ailes loin de ta mère et acquérir ton premier travail qui est la force de ta liberté. Tu m’as sacrifiée parce que j’étais faite pour cela.
J’espère qu’au moins tu as pu choisir de ne pas être malheureux. Parce que comme ça on s’est pas « rendu malheureux tous les deux », mais seulement moi.
Tu es devenu un grand bonhomme, tu inondes le Web. Tu travailles de plus en plus je suppose. J’espère qu’un jour tu prendras le temps de me mettre un mot par mail. Je te demande simplement de faire ce mot pour me redonner la lumière que tu m’as chipée, j’en ai besoin pour continuer, pas pour moi… Les filles sont encore petites.
J’ai un cancer depuis plusieurs années… Je suis en analyse. Je ne me décide pas à vivre ou mourir. L’envie de vivre, je ne l’ai plus depuis dix ans, quand j’ai perdu espoir de te revoir. L’envie de mourir, elle est trop égoïste. J’ai des enfants. J’ai fait mon devoir. J’ai donné naissance à cet enfant qui planait au-dessus de nous. En médecine chinoise, le cancer du sein, chez la femme, est le fruit d’une immense colère, amassée dans la poitrine. Cette colère non exprimée tue. Tu ne me respectais pas alors j’ai fui, mais aussi tu m’as plaquée et j’ai claqué la porte. Aujourd’hui, il faudrait m’aider à fermer la porte doucement. Je ne veux pas partir avec tout ce tourment.
Je n’arrive pas à comprendre comment un type, trois fois Phd, peut se permettre de devoir « Essayerde rompre chaque contact » et de le faire, sans état d’âme, en se foutant pas mal de considérer les cadavres qu’il laisse derrière lui. Serais-tu vraiment un monstre d’égoïsme ? Tu étais venu me chercher, ce n’est pas moi qui étais amoureuse folle et qui te courais derrière. Qui me couvrait de fleurs et disait partout avoir rencontré l’âme sœur ? Tu faisais les petites annonces avec Bertram pour chercher une femme… Heureusement, notre histoire a commencé au château de Breteuil et non en petites annonces. Quelle connerie d’avoir tout lâché pour toi, je me suis brûlé les ailes. C’était le grand amour disais-tu à la cantonade. Je serais curieuse de savoir si tu en as vécu d’autres. En tous les cas, celui-là a bien existé, j’ai tes lettres. Pour moi, il fut et est toujours l’unique.
Je n’arrive pas à me dire que tu es un monstre, ou monsieur Tout-le-monde, et que, comme je ne faisais pas l’affaire pour ta brillante carrière, mon rôle de bonne pouvait s’achever là. Mis à part mon père, je n’ai pas fréquenté d’autre salaud dans ma vie et surtout je n’en suis pas mordue comme je le suis de toi, alors je ne peux que me dire que tu n’es pas un salaud, mais cela tu ne me l’as jamais prouvé. Comme tu redoutais que nos vies aient des fins tragiques, il t’a été préférable de m’abandonner… Quelle délicatesse !
Tu es un Don Juan. C’est une immense souffrance pour moi, mais j’en ai fait abstraction pour éprouver cette plénitude d’être dans ton sillage. Tu m’entraînais toujours plus loin. J’ai eu la chance de connaître Georg sans ses Phd, avec son petit univers de Kleinstadt, que j’ai vu avancer, avec ses hésitations et ses certitudes : un amour de tendresse et de sensibilité. Me serais-je trompée au point de n’avoir pas vu l’arriviste tueur ? Je croyais qu’avec mon ancien fiancé, que tu as rencontré, Bertrand, le polytechnicien, j’avais été vaccinée contre les tueurs à bout portant. Au moins là, ça se voyait tout de suite. Pourquoi m’avais-tu dit que tu ne me laisserais jamais ? Remarque bien que ce doit être comme l’histoire d’adopter un enfant si nous ne pouvions en avoir et que finalement ce serait l’année prochaine puis chaque année, l’année prochaine ? Nous sommes allés voir ta grand-mère grabataire plusieurs fois et tu ne semblais pas impassible. Cela fait partie de l’ordinaire, de la banalité humaine. Lors d’une conférence que j’enregistrais, j’ai entendu Bertrand Goldschmidt t’appeler « Bébé ». As-tu grandi maintenant ? peut-on réfléchir ensemble sur le sens de notre rencontre ?
Ta responsabilité ? en terme éthique, celle qui te regarde, celle que tu as prise lorsque tu m’as regardée, celle que je partage avec toi parce que moi aussi je t’ai regardé. Je suis responsable de ce qui m’arrive : du cancer, mais cette responsabilité, je la partage avec toi. Tu n’avais pas l’intention de cette conséquence, mais tu avais voulu notre lien et dans notre proximité il y avait de la demande. Je sais que ta responsabilité est ton affaire, je n’attendais pas de relation réciproque, mais je n’arrive pas à assumer seule.
Maintenant, il y a cet amour fou pour toi. Pourquoi il ne s’est jamais estompé ? Les psys peuvent bien expliquer un état de dépendance, ou une maladie, ou comme dans le chapitre 1016 de la Genèse : « La chose la plus triste dans tout ce triste monde, c’est l’amour qui n’est pas payé de retour. » Si c’était une vue de l’esprit, il suffirait de me tourner l’esprit dans un autre sens, mais quand même. Et si l’amour fou existait vraiment ? Si monsieur le Professeur pouvait me faire un papier sur la question… Ce plaisir immense que j’éprouve en découvrant une de tes vidéos de conférences ou d’entretien sur Internet.
Je pense à toi chaque jour. Lorsque j’ai dit à Hagger, mon époux, que j’allais t’écrire parce que je ne m’en sortais pas, il a acquiescé en disant que cela me ferait du bien et que pour lui cela ne changerait rien puisque nous faisions ménage à trois. (Tu sais, ce ménage à trois dont tu me parlais souvent…). La réponse n’est jamais arrivée. Il m’a dit : « Arrête, tu perds ton temps, il a refait sa vie, n’en a rien à fouetter et reste égoïste… » Je sais, c’est insensé, mais à chaque fois que je m’envoie en l’air, je pense à toi. Tu ne me manques même pas, tu es là. Tout ce qui est beau autour de moi, et Dieu sait si je sais m’en entourer, je te le dédie. Tu m’enveloppes : tes longues mains, tes doigts sous ton nez, ta moustache que visiblement tu n’as plus. Tu as dû te blinder aussi, car tu portes un masque désormais. J’ai ces photos pleines de tendresse, d’une peau douce et souple, qui a bien changé. Tes gilets très confortables, alors que lorsque je te faisais mettre un nœud papillon pour t’habiller un peu plus, Robert disait que je te transformais en singe. Maintenant tu es un véritable singe. Tu es en costume cravate tout le temps. C’est moins drôle que le nœud pape… et moins doux aussi. Tu changes de visage suivant le pays dans lequel tu te trouves : en Espagne tu as l’air d’un Espagnol, en Californie tu as l’air d’un acteur américain… Un look à la Tony Blair. Il n’y a qu’en Tunisie que tu es encore toi ?
Je t’admire encore lorsque je vois ta dernière vidéo, celle du onze juillet. Quelle force d’être parti de Kleinstadt et d’en être là. Je m’en doutais remarque bien, mais quand même, petit Napoléon. (Bonaparte a fait des millions de morts pour devenir Napoléon). Notre premier rendez-vous était significatif : au Bonaparte à Saint-Germain, même si mes ascendants italiens sont originaires de Viareggio, je n’ai pas été foutue de passer le col du Grand Saint-Bernard.
Mon travail consiste à rassembler tout ce qui était négatif dans notre vécu afin de ne garder à l’avant que le mauvais pour cesser de me laisser envahir par les regrets. Ça ne marche pas. J’ai refoulé mes sentiments de haine envers ta mère. J’ai fait attention de ne plus faire tomber en panne les panneaux indicateurs pour que tu rates ton avion après la conférence de Nice le douze juin 1990. J’ai retourné tout cela contre moi.
Mon cancer du sein droit est également mon arme.
Pas chouette de se suicider… pas de paradis, on rempile la prochaine fois… Lorsque j’étais championne de tir à l’arc, je portais un plastron. Il fallait protéger ce sein. Au tir, je suis gauchère. Les amazones se faisaient couper ce sein pour qu’il ne les dérange pas ou qu’il ne se carapate avec une flèche. Lorsque nous nous sommes retrouvés en salle obscure à Beaubourg pour E la Nave va de Fellini, je portais un gilet au décolleté plongeant en V. Tu as glissé ta main droite sous ce sein… Tes grands doigts effilés l’ont-ils condamné ? Lors des chimiothérapies, alors que j’ose me mettre devant un miroir, je vois cette femme tondue parce qu’elle a fricoté avec un Allemand. Mon interprétation du cancer est évidemment inacceptable par un scientifique. Mon quotidien est malgré tout celui de madame Tout-le-monde puisque maintenant le cancer du sein est assimilable à un accident de voiture. Nous sommes nombreuses, de plus en plus nombreuses et la maladie devient banale, tout comme les histoires d’amour ratées.
Il est plus normal de te parler de la magie du fonctionnement de mon corps qui est franchement génial. Après la reconstruction, les nerfs se remettent en place. Après un sectionnement, et une mise en place d’un lambeau m’appartenant, les nerfs se relient entre eux, tout seuls, ce qui est tout de même assez rare. J’ai fait de belles découvertes en cancérologie. J’ai un peu été cobaye avec des protocoles spéciaux et c’était beau. C’était une belle expérience, mais maintenant, j’en ai marre des médicaments…
Pourquoi continuer une psy ? Je suis incapable de parler en psy. Je suis toquée et me crée des problèmes là où il n’y en a pas. Toute cette histoire est d’une banalité ! Qu’est-ce que se faire plaquer par l’homme qu’on aime ? Rien de plus commun. Les guerres, le terrorisme, etc. tout ça, tout ça, c’est cent mille fois plus important et pour toi Einstein. Il est mort, tout le monde s’en occupe. Les vivants, c’est plus dur, il vaut mieux les laisser mourir avant de s’en occuper. Non, mais !… Tout le cosmos, je ne suis qu’un électron libre, mais tu m’avais fait un truc avec E=mc2 à Bures-sur-Yvette, alors j’ai pris la grosse tête et j’ai cru que j’étais un peu autre chose qu’une miette.
Au fait, je veux quoi ?
Tu as écrit : « Plus important que la fin tragique de notre histoire est que nos vies n’aient pas des fins tragiques. » Ne pas mourir d’amour, même si on dit que ça n’existe que dans les livres. Juste pouvoir parler et écrire avec toi…
Comme tu le sais, puisqu’on en a parlé dans les lettres et que tu l’as, ça aussi, même dit à ta mère, j’ai fait un mariage blanc qui a pris fin deux ans plus tard comme prévu. Là aussi, j’ai voulu te prouver que même pour me marier, je pouvais aller voir ailleurs, qu’il m’était important de ne pas être une charge pour toi, ni une contrainte. Je me suis imaginé que si tu n’étais pas prêt, de cette façon tu pouvais te donner du temps. Tu en as évidemment parlé avec ta mère non pas avec moi pour sûr et tu as décidé d’en épouser une autre. « J’aime Flora, je suis heureux avec elle, je l’ai mariée… » Tu t’es dépêché de l’épouser, sans la connaître, pour éviter que ta mère ait le temps de faire son travail de sabordage. Cette phrase est d’une méchanceté incommensurable. Tu n’étais donc pas heureux avec moi et merci beaucoup de n’avoir jamais eu le courage de me le dire… Dans mon agenda, j’avais noté le vingt-sept juillet 1990 : Rupture Georg. Ma première soirée avec Alexandre date du quatre août : que s’était-on dit ? pour que je décide de fuir et de faire ce mariage blanc ? Nous nous étions vus à Nice les sept, huit, neuf, dix et onze juin… Lors d’une conversation téléphonique au mois d’août, tu m’avais demandé de revenir à Boston à Noël pour que nous soyons encore ensemble. Il me semble que pour une fois, tu avais parlé mariage. Je t’avais demandé ce qui changerait dans notre vie. Tu m’avais répondu que ce serait comme avant, alors je t’avais dit que je faisais ce mariage blanc. Il ne me semble pas t’avoir expliqué vraiment pourquoi, et je regretterai toujours cela.
Je fuyais, je fuyais ton indécision, ton mépris…
Je voulais me marier. Je refusais de faire partie du lot des catins. Mieux valait devenir putain officielle. J’étais la putain de mon père… Je fus la putain de Bertrand : Il était puceau, quelle belle expérience et quand je n’ai plus fait l’affaire, lui également est venu un samedi après-midi, me sauter une dernière fois pour me dire : « C’est fini. » Je n’ai rien eu à dire c’était comme ça, c’est tout. Je fus la catin de Yochio, mais là, c’est moi qui l’ai planté là. Souviens-toi, il m’avait accompagnée à Orly pour mon premier départ pour te rejoindre. Ton attitude des balbutiements de notre relation, ton grand amour, m’ont fait penser que je ne serais pas ta putain. J’ai quand même du mal à croire que j’étais ta putain semi-officielle parce que partir pour les États-Unis sans pouvoir « s’envoyer en l’air » si ce n’est en payant des inconnues, était trop difficile. Il était plus simple de m’emmener. Tu as carrément fait pire que les autres, car tu m’as fait des promesses et tu ne m’as jamais dit c’est fini ! Tu m’as poussée dehors. Quand je n’ai plus fait l’affaire, tu m’as renvoyée à Paris, j’ai retrouvé mes amis, je m’en suis fait d’autres et j’ai pris mon travail à l’onu. Ce travail de fonctionnaire à vie pour te prouver mon indépendance. Idiotie, toi tu n’étais pas indépendant, affectivement surtout et tu me mettais tout sur la tête.
Jean French avait dû te confier que je m’étais mise en ménage avec une femme. Ce moment m’a permis de me reconstruire, de sortir de cet état de putain. Je voulais des enfants. J’ai choisi le père de mes enfants, il n’y a pas d’autres raisons à notre union et il en était prévenu dès les prémices de notre relation. Nous nous respectons mutuellement et nous élevons nos enfants. Je le présente comme le père de mes enfants et lui, comme la mère de ses enfants. Relation simple.
Nous ne nous sommes pas mariés donc nous n’avons pas divorcé.
Tu m’as juste envoyé cette dernière lettre, prétentieuse de bons conseils. Nous n’avons jamais échangé à ce sujet. J’ai attendu et j’attends encore. Ce n’est pas en fuyant que l’on finit une histoire. Pour moi elle continue et pour toi elle est certainement un problème puisque tu l’ignores sinon tu répondrais simplement un petit mot. À l’heure d’Internet et de la communication, je ne peux imaginer que tu ne reçoives pas mes missives, courriels ou lettres. Mon appel à ta mère pour le premier janvier 2000…
Je voulais me marier. Tu racontais à ta mère que nous étions séparés et je débarquais à l’improviste à Noël à Kleinstadt, quelle honte ! Je n’avais pas le droit de décrocher le téléphone à Boston en janvier pour qu’elle ne sache pas que j’étais là, quelle maltraitance, quel manque de respect. Bien sûr, je n’ai rien dit… rien dit, de peur de tout détruire… Nous étions des adultes, j’avais vingt-neuf ans et toi trente-trois. Tu m’avais dit, en passant devant le Government Center, que si je voulais on irait un jour se marier. Pas convaincant du tout, je n’ai jamais osé te le demander vraiment. C’était une grande souffrance, c’est pourquoi j’ai fait ce mariage blanc, c’est moi qui l’ai décidé. Mon rêve, et tout un chacun en était au courant, était que tu viennes, que tu dises non ! tu ne te maries pas avec Alexandre, mais trois jours avant le mariage, et c’est le dernier message que j’ai pu garder sur le répondeur, tu n’as pas eu le courage de venir. Ta mère t’avait dit que c’était une idiotie… J’avais rejoué et j’ai perdu. Tu n’étais pas ma marionnette, mais celle de ta mère. Je jouais souvent et c’était dur. Düsseldorf avec ta mère à qui tu disais que tu n’étais pas un soldat, ou mon débarquement à Noël alors que je n’étais pas attendue et je le savais…
Alexandre était brésilien, et pour ne pas pleurer vingt-quatre heures sur vingt-quatre, nous dansions beaucoup dans des soirées brésiliennes, la lambada entre autres. J’ai fait la fête à cette époque. Durant la journée, je partais me cacher pour pleurer dans la bibliothèque de l’aviation civile internationale à Neuilly. Mon collègue me couvrait, il était sympa, il avait le Sida, savait qu’il était condamné et m’a bien aidée à reprendre le dessus. Toi qui étais tellement au fait des évènements politiques, je t’ai dit que je couperais mon téléphone, que nous ne nous parlerions plus un jour bien déterminé et que tu comprendrais. C’était le jour de la déclaration de la Première Guerre du Golfe. À l’aviation civile, nous avions prêté serment et nous ne devions pas parler. Nous passions nos journées à préparer ce jour, depuis le mois d’août et nous changions les trajets de routes aériennes pour dégager la zone des futurs combats. Même à toi, je ne pouvais plus parler. Tu t’en foutais…
J’ai démissionné après la remise de mon special meriten décembre de l’année suivante… J’étais entrée au sein de l’organisation pour que tu sois fière de moi.
Je n’ai pas supporté cette machine inhumaine toute seule. Je l’aurais fait, si j’avais pu parler du sens de mon travail avec quelqu’un, en l’occurrence avec toi. Même si c’était un petit boulot, il avait un sens que je n’acceptais pas dans son politique. Lorsque j’ai souhaité revenir à Boston, tu m’as dit que tu ne saurais pas quoi dire à ta copine, (là, plus question de ménage à trois, c’est moi qui étais éjectée…) que tu avais dit à ta mère que j’avais été violée par mon père et d’autres horreurs… Qu’est-ce que tu m’as roulé dessus ! Où était mon amour-propre ? J’ai reçu ta dernière lettre au mois d’août 1991. Tu m’as tuée. J’avais vu Jean, qui m’avait redonné mes livres. J’ai fait bonne figure. Je commençais une liaison avec une femme. Je me suis soignée les années suivantes à ses côtés.
Tu es entré dans l’ombre. On n’embête pas les gens avec des histoires d’amour. Béatrice Regar m’a dit :
« Il a pensé que ça pourrait pas aller vous deux… »
 – Il m’a même pas demandé mon avis.
– Ça n’a pas d’importance, m’a-t‑elle répondu. »
Abrité par le redoutable glacis de déni, pour tout un chacun, la page était tournée. Jean m’a dit : « Je sais que tu t’en sortiras, mais lui, je n’en suis pas sûr ». Pour ma part, je ne m’en suis pas sortie. J’ai fait semblant. Nous sommes devenus monsieur et madame Tout-le-monde. Nous nous sommes séparés parce que tout le monde se sépare et court derrière des chimères.
Il me fallait recouvrer mon estime personnelle qui était vraiment détruite. Tu m’as trop maltraitée, et je ne te l’ai pas dit. Le pire fut le jour où nous sommes allés à Florence quelques jours, chez Marco et Monica. Tu es resté un jour avec moi, puis tu es parti pour rencontrer un monsieur très important pour un projet nul qui a échoué, et tu as passé deux jours avec Barbara. Monsieur me trompait pendant que j’attendais gentiment à Florence en soutenant que tu étais grand et beau et tout… et tout… alors que tu as vraiment eu un comportement de minable autant vis‑à‑vis de moi que de Marco. Cette façon que tu as de faire passer pour de grandes choses, tes actions basses et méprisables ; je pense que Marco l’avait compris. De même que Jean l’avait compris lorsqu’il te demandait de prendre une décision à mon égard attendu que tu passais ton temps à me rouler dans la boue et qu’il en fut témoin à plusieurs reprises. Souviens-toi du jour de mes vingt-neuf ans auquel tu ne participais pas puisque tu prétendais avoir rencontré la femme de ta vie, alors que tu te salissais allègrement dans une histoire minable.
Il y eut de même ma fête d’anniversaire pour mes trente ans. J’avais loué une péniche au pied du Musée d’Orsay. Mes amis étaient là et mes collègues de travail aussi. J’avais voulu te prouver que j’étais indépendante et aimée donc aimable pour toi. Tu revenais d’Israël. Tu m’as offert la bougie que je t’ai demandé d’allumer dans ma dernière lettre. Tu m’as offert l’appareil photo dont je me sers toujours. Tu t’étais acheté une veste en soie anthracite. J’ai demandé à Jean de partir avec toi parce que tu draguais ma collègue russe. Elle occupait le même poste que moi, mais en russe, et tu draguais. Que j’aurais dû passer du temps avec François sur les Baux-de-Provence… Il a certainement fallu que tu pousses le bouchon très très loin pour que je me révolte contre la cruauté des bonshommes à mon égard. Tu ne fus pas le moins lâche. J’avais la patience de penser que tout ce que tu faisais était bien puisque je t’aimais et que ton idée de ménage à trois ne me laisserait pas sur le carreau, tu n’étais absolument pas capable de vivre une telle entreprise. Bien sûr, il en fut tout autrement. J’étais certainement plus mûre que toi sur cette réflexion, puisque l’idée m’avait semblé envisageable et que je l’avais prise au sérieux. Je sais maintenant que c’était une histoire de gamin, comme celles de tous les hommes qui nous ont emmerdées lorsque j’étais en couple avec ma camarade. C’est un truc de mec très porno. Le fait d’aimer deux hommes en même temps est ma réalité. Je peux dire que j’ai eu un prince charmant : Frédéric ; des amours : Bertrand ; Yochio et Victoire, Un grand Amour : Georg et un mari : Hagger, à qui je voue un grand respect, car il est le père de mes enfants. Maintenant je t’écris que tu avais projeté sur moi un schéma qui n’était pas le mien. Tu me croyais dépendante de toi alors que je ne l’étais pas. J’ai toujours gagné ma vie, travaillé, eu des amis avant et après toi. J’ai seulement fait la connerie d’abandonner mon métier de brodeuse, pour toi. Je n’avais pas besoin de régler mes comptes avec ma famille par ton intermédiaire : ma mère n’était pas au milieu de notre plumard tous les jours et j’étais partie de chez moi depuis l’âge de seize ans ce que tu n’avais pas fait. Tu m’as bouffée avec tes histoires non résolues. Je peux dire que « j’ai deux amours » : Georg, mon grand amour qui n’est jamais sorti de ma tête, qui me manque et Hagger avec qui j’ai établi une relation tranquille et sereine. Je ne suis pas dans la folie. Je ne suis pas dans le non-dit. Tout le monde le sait, mais toi tu ne veux pas l’entendre. Pourquoi ? Serais-tu si bourgeoisement installé que cela, pour que ce ne soit qu’un Vaudeville à tes yeux ?
J’avais pensé que ton idée se situait dans la lignée de ce que tu fais : ne jamais te refuser un de tes caprices. Tu me demandais de devenir une sœur pour toi, je ne veux pas. J’ai été ton amour, je tiens à rester dans une relation amoureuse et ne pas tout mélanger. Je ne peux pas avoir couché avec mon père et avec mon frère… Je veux que tu entendes que tu es responsable de cette relation, que je ne l’ai pas construite toute seule, que nous avons été deux durant des années et que je t’ai fichu la paix durant quinze ans puisque tu voulais aller voir ailleurs. Maintenant, tu as dû construire quelque chose de stable. Tu dois être plus sûr de toi, alors que tu ne l’étais pas. Tu as dû acquérir une maturité qui te manquait. Maintenant que nous sommes débarrassés des données de mariage et enfants, ne serait-il pas possible de renouer un lien ? Je te demande quelques lignes parce que je vis ce ménage à trois et que ton absence me fait trop souffrir. J’ai conscience de te demander de me mettre un mot alors que je ne suis qu’une de tes maîtresses parmi tant d’autres. J’ai l’avantage d’avoir tenu cinq ans. J’ai perdu la bataille et je suis en passe de perdre la guerre.
J’ai publié le livre que j’avais commencé à Rome avec toi.
Tu ne m’as jamais rien dit, sur ce livre dans lequel entre autres je parle de toi et que je t’ai dédié… Était‑il si nul ? Tu as sorti à la même époque ton livre de correspondances entre Einstein et sa fiancée et je suis restée des heures en arrêt devant une librairie (La fourmi ailée) dans la vitrine de laquelle nos deux livres étaient exposés l’un à côté de l’autre. Je n’aurais jamais fait tout ce travail sur le viol par inceste si je n’avais pas été avec toi. Tu ne t’en es certainement pas rendu compte. Tu dormais devant l’écran le soir de la retransmission de l’émission « Médiations » chez Jean. Je sais, je t’ai fait peur. Ou plutôt peur à ta mère… As-tu jaugé, maintenant l’étendue du travail que nous avons accompli depuis ? Mon livre a quand même aidé beaucoup de femmes et d’hommes aussi, il est recommandé maintenant sur les sites gay. Je corresponds avec des avocats que j’aide dans leur travail. J’ai arrêté le militantisme rapidement, car je me suis heurtée à une grande quantité de suicides et ma réflexion en la matière était quotidienne. Il ne suffisait pas d’avoir dévoilé son secret, il fallait accepter qu’il n’eût aucun intérêt pour quiconque et que finalement tout le monde s’en fout. Pour moi, ça allait, mais d’autres femmes se sont donné la mort, et là, je n’avais personne à qui parler, j’ai tout pris dans la figure. J’ai compris que tu n’en avais plus rien à faire le jour où tu m’as dit avoir craché le morceau à ta mère. Pourquoi lui avoir donné un bâton supplémentaire pour me battre, tu n’étais donc pas capable de le faire toi-même ? C’est un problème beaucoup trop grave pour le donner en pâture. Nous n’avons finalement jamais eu d’intimité, elle a sans cesse été au milieu. Cette trahison est tout à fait équivalente au viol et je pense que tu peux comprendre que les hommes ne sont en aucun cas pour moi dignes de confiance. Remarque bien qu’il y a eu d’autres manques de respect. Ça en fait une liste, n’est-ce pas ?…
Nous parlions, Georg, nous parlions beaucoup. Tu m’as dit au téléphone que tu n’aurais personne à qui parler. J’espère que tu as trouvé quelqu’un. Hagger m’écoute, mais je n’avance pas. La psy ne me permet pas de parler. Je laisse des heures de silence derrière mes séances. Ton silence m’a coupé le sens de l’écrit, et ce que tu as écrit dans ta dernière lettre : « Veux-tu vraiment vivre pour l’histoire, pour la nôtre, et pour ce que quelqu’un dira dans cent ans en lisant nos lettres ? » Il n’y a donc plus eu de lettres. Jamais à quiconque. Nous n’avons jamais échangé de correspondance avec Hagger. Seulement celle du travail. Tu es important pour moi. Tes lettres auraient été importantes pour moi. Je suis seule dans mon travail. Le bouquin que j’ai sur la planche analyse, tant que faire se peut, les conséquences du viol par mon père. C’est dur, mais tu fais partie de cette analyse chagrine. Politiquement, les hommes se servent du viol pour asservir les femmes. J’ai été élevée pour être une esclave. Tu en as profité et c’est dur à avaler. Parce que j’étais consentante et que je croyais que tu allais me donner ma liberté, quand j’ai commencé à la prendre, tu étais bien persuadé qu’il fallait que j’aie mon indépendance d’avec toi, alors que tu n’avais rien à voir avec mon indépendance que j’ai toujours eue, mais tu avais à voir avec ma prise de conscience. Pour cela je te remercie. Tu m’as poussée à sortir de mon état de torpeur. Pourquoi as-tu lâché la barque quand elle a commencé à avancer ? ne m’aimais-tu vraiment plus ? qu’ai-je fait d’aussi grave pour être mise à la poubelle de cette façon ?
Après une première psychanalyse, qui a surtout traité le viol, j’ai décidé d’avoir un enfant. Tu ne réapparaissais pas, tu refusais tout contact, mon horloge biologique tournant, je devais me décider en pleurant bien sûr. J’ai choisi un père. Un homme sérieux et qui ne me cocufierait pas à tour de bras. Tu n’as jamais compris cela, mais je n’ai jamais pu piquer un enfant à un bonhomme non consentant. Parfois il m’arrive de penser que mon honnêteté intellectuelle est désuète et ridicule. J’aurais dû te piquer cet enfant d’autant plus quand je relis les traces de ta méchanceté sur cette question : « …Je n’ai plus peur d’avoir des enfants. La peur que j’avais n’était pas ta faute, c’était la nôtre. »
Lorsque nous nous sommes rencontrés, j’avais organisé une fête costumée sur le thème des fleurs. Tu n’avais pas pu y venir, tu faisais ton premier vol pour Boston à partir de Bruxelles par People Express. Franscesco était là. Vous étiez ensemble à l’ihes. Il m’avait demandé de lui trouver un hébergement pour la nuit. Finalement, il avait rencontré une jeune femme et était parti dormir chez elle. Au mois de juillet, Francesco partageait la maison de Don, à Arlington, avec nous. Pendant que je repassais ma grande robe bleue, il m’avait dit que tu avais de la chance d’avoir une compagne respectueuse de ta demande d’attente l’année prochaine pour un enfant, car je prenais la pilule. Il m’a dit que la jeune femme, avec qui il avait passé la nuit le soir de ma fête des fleurs, était enceinte et lui demandait une pension pour l’enfant. J’ai tiré fierté de son opinion. Finalement, c’était surtout faire abstraction de mon désir pour te respecter. J’ai compati à ton angoisse. Une nuit tu t’es réveillé en rêvant que Gabrielle, que ta mère avait harcelée jusqu’à l’avortement, avait tenté de se suicider. Tu l’as ensuite appelée, tu l’as revue à Berlin dans le bureau de Rudi, pendant que je t’attendais et qu’elle est sortie en pleurant. J’ai pensé en la voyant que bientôt ce serait mon tour. Tu m’as raconté qu’elle allait bien et qu’elle avait un autre compagnon… Ma sœur et mon beau-frère ont eu cinq enfants. Ils s’étaient mariés en février 1986. Quinze ans après, un vingt-cinq décembre, il lui a dit au téléphone : « C’est fini, je ne reviendrai pas. » Il était au Japon. Il a abandonné cinq enfants. Sa fille aînée est petit rat à l’Opéra et a pour moteur de lui montrer qu’elle est la meilleure. Elle est bien partie. Il y aura un jour où elle se produira à Berlin et où je t’enverrai un billet…
Je fréquente beaucoup l’Opéra. Tu aimes cela et je n’appréciais pas. Encore une chose que j’ai découverte avec toi. À Nice, lors de notre dernière rencontre, tu t’étais précipité à l’Opéra et je n’en étais pas contente, car nous mangions encore des heures à ne pas être ensemble. Maintenant j’écoute beaucoup de musique. Clémence, ma fille aînée chante dans le chœur de Notre-Dame de Paris. Autant te dire que nous nageons dans les vocalises. Pour quelqu’un qui n’aimait pas l’Opéra, c’est Carmen toute la journée. Cette année, j’ai vécu ainsi un moment aussi fort que le jour où John m’a remerciée en public pour la deuxième conférence Einstein. C’était la messe de minuit à Notre-Dame. Les parents des chanteurs de la maîtrise se placent dans le chœur de la cathédrale, devant le tabernacle. J’ai pu entendre, moi qui suis sourde, Le Messie de Haendel dans le lieu à la plus belle sonorité qui soit pour cela.
J’ai mis en pratique des choses que nous avions discutées ensemble. Durant plusieurs années, nous avons fréquenté une École Montessori et j’ai tout lu des écrits de Maria Montessori, elle est, pour moi, plus abordable que Piaget que tu me faisais lire. La façon dont tu m’avais jetée avec les enfants avait fait de moi une femme persuadée qu’elle était incapable d’élever des enfants. Ce qui est difficile c’est de concilier le boulot et les enfants, mais je le fais plutôt bien. J’aimerais un jour te montrer cela. Je suis une « Bonne Mère. » Je te souhaite d’avoir des enfants aussi belles et intelligentes que les miennes. Je ne dis pas cela en tant que mère abusive… L’abus de pouvoir de la mère est pour moi un motif de prudence quotidienne. Je me réfère à ta mère. Ta peur des enfants n’était pas du tout ma faute, mais la tienne et celle de ta mère. J’en ai fait les frais. Je regretterai toute ma vie de ne pas avoir un enfant de toi. Clémence a déjà un lourd passé à propos : elle sait que tu as existé et que tu es un regret. Je lui ai transmis sans parler, je le porte en moi. J’aimerais que ce regret ne fasse plus de mal, ni à moi, ni à elle. Comment faire ?
C’est la douleur de l’intime, celui qui ne vient pas forcément de l’intérieur, mais que je veux chercher à l’extérieur. En faisant le tour de l’extérieur, il n’y a pas ou plus de douleur à l’extérieur sauf à ton endroit. Elle reste cuisante. Je désire de nouveau un échange avec toi. Je souffrirais moins. Mon désir est infini. Il ne sera jamais rassasié. J’ai dépassé la compréhension humaine à ton endroit. En t’écrivant cela, j’espère m’adresser au philosophe et non point au personnage public dont l’ego ne s’en trouvera que plus gonflé.
Je suis de nouveau en psychothérapie. Je suis maintenant dans une phase de psychogénéalogie. Un de mes soucis est de protéger mes filles. Je suis née après un grand amour déchu. Ma mère, en troisième année de médecine, était amoureuse d’Amdad qui l’a plaquée. Mon arrière grand-mère, nantie, n’a pas pu épouser l’homme qu’elle aimait, il était fauché. Je veux briser la chaîne. Clémence épousera l’homme de ses rêves. Je vais essayer de t’en dire plus long pour que tu voies que tu n’es pas là par hasard. Mami (que tu connais) qui est donc la mère de ma mère, a épousé l’homme qu’elle aimait, mon grand-père. Sa mère à elle, mon arrière-grand-mère a épousé un homme qu’elle n’aimait pas, mais le mariage était convenu. Elle a mis au monde le vingt-neuf avril 1904 une petite fille qu’elle a nommée comme elle et qui est morte ce jour-là. Elle était sa fille aînée.
Je suis la fille aînée de ma mère et je suis née un vingt-neuf avril. Je suis prématurée de plus de trois mois, je devais mourir. Juste avant ma naissance, le jeune médecin berbère avec lequel ma mère s’était fiancée a disparu. (Je ne sais pas la réalité de sa mort). C’était l’indépendance de l’Algérie. Fin tragique. Le mur de Berlin est tombé l’année où nous avons commencé à nous séparer, mais tu n’es pas mort. On peut certainement ne pas donner une issue tragique à notre histoire comme tu l’as écrit.
Lorsque j’ai rencontré Hagger, il nous a paru absolument normal de faire notre chemin ensemble, nous avons l’impression de nous connaître depuis longtemps. Beaucoup croient que je suis berbère et cela ne pose aucun souci. Il n’y a ni tension ni étrangeté dans notre relation.
Ma fille aînée Clémence est née difficilement : le cordon autour du cou, intelligemment elle a tendu la main pour être tirée à l’extérieur. Heureusement, le corps médical était là. Je ne cessais de penser à toi. Je ne veux pas qu’elle ait un enfant avec un Allemand parce qu’elle vit l’amour raté de sa mère. Je veux arrêter cette chaîne des amours malheureuses.

Camille 


Autres lettres des Interdits ordinaire
20 février 1986 – La première lettre
21 février 1986 – deuxième lettre et Georg parle d'argent 
23 février 1986 – Va trouver les Français où le destin t’appelle
11 mars 1986 – Tu verras, on peut très bien vivre ensemble ici
12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de Camille
Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
6 décembre 1990  — "C’était trop pour moi et c’est toujours trop"
20 février 1990 – Tortionnaire !
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire
 27 janvier 2006 – je me sens responsable pour tout ce qui s’est passé !

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28 juillet 1991 7 28 /07 /juillet /1991 18:00

Fractal goutte détourée  Le 22/07/07

Ma chère Camille,

> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Premier recueil : Le passé
Seconde partie :  Cours après moi
Chapitre 4 : La douleur

1ère partie

 

Boston, 28 juillet 1991

Ma chère Camille,

J’ai reçu ta lettre pour notre triste anniversaire, comme tu l’écris. Il ne fallait pas que tu me rappelles tes souffrances, j’en suis malheureusement bien conscient, même si personne n’en parle.

Notre histoire est tragiquement finie, tragiquement pour nous deux, parce que moi aussi, je t’ai profondément aimée. Le fait que tu aies encore des doutes à ce sujet fait partie de l’histoire de notre incompréhension. Mais maintenant, il ne s’agit pas d’analyser le problème, c’est trop tard et trop tôt en même temps.

Plus important que la fin tragique de notre histoire et que nos vies n’aient pas des fins tragiques. Il faut se concilier aux réalités et ne pas perdre les chances que la vie nous offre, et il ne faut pas s’enfermer dans un monde passé. Moi aussi, je n’ai rien oublié.

Mais s’il faut choisir entre la fidélité à ce qu’on a vécu – et même l’analyse de notre histoire – et une chance de trouver la félicité ailleurs, il ne faut pas hésiter.

J’ai toujours admiré ton idéalisme et ta force d’aller contre le courant, et ton orgueil de ne pas accepter les sagesses de monsieur et madame Tout-le-monde, et je les admire encore. Je déteste comme toi, ceux qui n’ont pas assez d’énergie pour lutter pour la réalisation de leurs rêves.

Mais je ne suis pas d’accord de reconnaître à tels efforts de lutter une valeur en eux-mêmes, s’ils vont ensemble avec une volonté d’ignorer la réalité.

Il faut réaliser ses rêves dans la réalité, quelquefois contre la réalité, mais jamais sans la réalité.

Veux-tu vraiment vivre pour l’histoire, pour la nôtre, et pour ce que quelqu’un dira dans cent ans en lisant nos lettres ? de cette façon, tu risques de perdre non seulement tes chances de trouver un amour heureux, mais, en te faisant la gardienne de notre histoire, tu risques de l’enterrer complètement.

J’aime Flora, je suis heureux avec elle, je l’ai mariée et je n’ai plus peur d’avoir des enfants. La peur que j’avais n’était pas ta faute, c’était la nôtre.

Ce n’est pas possible de distribuer la culpabilité entre nous. Notre histoire n’est pas finie parce que l’un ou l’autre étions de mauvais caractères.

C’est plus compliqué que cela, comme au fond, tu le sais très bien.

Alors, arrête de culpabiliser toi et moi ! cherchons le chemin difficile envers une normalité renouvelée !

Mais d’abord, il faut arrêter de se torturer, de pleurer sur les possibilités perdues, sinon, je dois essayer de rompre chaque contact avec toi, parce que je sais qu’on va se rendre malheureux tous les deux.

Après le mariage avec Flora, je n’avais plus le droit d’avoir tes livres de famille précieux. Je les ai donnés à Jean, mais j’aurais préféré te les rendre en personne. Mais puisque je ne savais pas si tu pouvais accepter, je ne le pouvais pas. En sincérité,

Georg.

P.-S. : J’ai reçu aussi ton cadeau pour mon anniversaire, qui m’a fait très plaisir !

 


Autres billets écrits par E.T. Interdits ordinaires


Premier recueil – le passé

Premier recueil –
Seconde partie : Cours après moi
La plainte pour un viol par inceste
 Chapitre IV : Une larme trop tard
4ème partie : Georg, spectateur qui s'endort
 

Emission Médiations du 27 mars 1989
 Elle savait que son tuteur de résilience s’était défilé

La lettre syndrome d'anniversaire – 28 juillet 1991

 

Syndromes d'anniversaire
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6 décembre 1990 4 06 /12 /décembre /1990 07:47

Fractal goutte détourée

Le 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :

> Ma chère Camille,

> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Boston, 6 décembre 1990

(Saint-Nicolas en Allemagne)

Minou, c’est un petit cadeau qui me rappelle la France et qui te rappellera Boston. Je suis dans mon bureau, il est tard et je pense aux heures innombrables qu’on a passées ensemble ici.

Pour moi, l’heure n’est pas encore arrivée de faire une analyse définitive de ce qui s’est passé entre nous. Je suis triste, mais pas malheureux, il me semble qu’il est possible de recommencer une autre vie.

Je me méfie encore de la simplicité de cette nouvelle vie et je crains que tout soit seulement une illusion. Mais tu me connais, j’ai la tête dure comme toi, et je peux pas abandonner avant que les faits m’aient prouvé que j’avais tort.

Je te pense avec tendresse et j’insiste, avec du respect, et tu seras pour toujours une partie de ma famille, comme une sœur, et je pense pas que ça soit peu. (Tu peux pas être d’accord avec ça je sais). Je te tends ma main, et ça sera toujours comme ça, jusque tu le puisses accepter, mais je te demande toujours la même chose (et tu m’as toujours donné la même réponse) : laisse-moi choisir mon chemin pour chercher la félicité et ne t’appuie pas si exclusivement sur moi pour chercher la tienne.

C’était trop pour moi et c’est toujours trop. Même si notre séparation m’a causé des douleurs inexprimables et probablement inguérissables, ma vie avec Flora me donne une félicité que j’ai toujours cherchée. C’est très difficile à dire pourquoi et c’est impossible de faire une comparaison. Tu me dis souvent, dans ces derniers temps que je mens, que je ne t’ai jamais aimée, etc. Ça, ce n’est pas vrai. Tu n’étais pas une aventure pour moi, mais le rapport le plus profond que j’ai jamais eu. Et même maintenant, c’est un de mes plus forts désirs que tu sois heureuse.

Je t’embrasse, je te souhaite de tout mon cœur toute la félicité que je désire pour moi-même.

Georg


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12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de Camille
Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
20 février 1990 – Tortionnaire !
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire
27 juillet 2005 – Renouer des liens – syndrome d'anniversaire

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20 février 1990 2 20 /02 /février /1990 05:02

Fractal goutte détouréeLe 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :

> Ma chère Camille,

> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Boston, 20 février 1990

Le minou !

Voilà, il faut interrompre finalement le travail sur Einstein et abandonner les essais d’écrire quelque chose de définitif, pour être là, avec toi, pour entretenir notre conversation, notre relation. La peur de devoir dire un mot final, décisif m’a empêché de t’écrire plus tôt, mais je veux t’écrire, je veux entretenir le rapport avec toi.

Tortionnaire ! Tu me diras, mais je ne peux faire autrement que de penser à toi et je sais que tu fais la même chose. J’espère que cela ne nous empêchera pas de vivre, si on est ensemble ou pas. Quand je suis loin de toi, je pense presque exclusivement aux beaux aspects, merveilleux, uniques de notre amour. Je pense aux problèmes de la convivence, aux conséquences des décisions à prendre, seulement quand je me force à faire ainsi. D’un autre côté, la concentration sur les souvenirs et les émotions positives m’aide à faire chaque fois l’effort de recommencer et de reconstruire de nouveau.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que les problèmes qu’on a doivent être solubles (ne ris pas de mon français, je le fais déjà moi-même !) L’énergie, la volonté, il y en a de la part de tous les deux. Mais peut-être que justement on a trop d’énergie et que l’on s’aime comme des bulldozers, au lieu de réfléchir assez sur l’origine de nos frictions. Il se peut que l’on ait besoin de quelqu’un pour nous aider, pas sur le plan émotionnel, mais sur le plan de la réflexion. On n’est pas stupides tous les deux, mais on n’est pas neutres, on fait la bagarre au lieu d’utiliser nos cerveaux à la construction de la vie commune.

Je crois maintenant savoir que mon indécision éternelle (n’espérons pas) dérive exclusivement de ma peur de n’être pas capable de résoudre les problèmes de la convivence.

Mes sentiments pour toi ont toujours la même fraîcheur de la première rencontre, et c’est juste ça qui me pousse à toujours réessayer de construire quelque chose avec toi. Un lien si profond ne se casse pas facilement. Tu te demandes ce que je pense sur le bébé. Je le veux, mais il me faut la confiance dans notre convivence. Et la convivence, n’est pas seulement la question de vivre ensemble. C’est la capacité de maîtriser la vie pratique, si on est ensemble ou pas, dans une façon commune. Je suis le premier à reconnaître que moi je suis à l’origine de beaucoup de nos problèmes à cet égard, et je suis en train de faire un effort pour avancer.

Je veux passer du temps ensemble avec toi et je vais venir à Paris le plus tôt possible. Je trouve ton idée de ne pas (ou plutôt rarement) se téléphoner très bonne et d’écrire plutôt. J’ai déjà l’impression d’avoir des idées un tout petit peu plus claires. Et je pense qu’il vaut mieux préparer notre prochaine rencontre par ce genre de correspondance.

Je vais t’écrire sous peu, une autre fois, pour avancer avec toi. Je t’embrasse très, très fort, je te fais plein de bisous partout, partout. Ton vieux (and ugly) crapaud,

Georg.


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20 février 1986 – La première lettre
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Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
6 décembre 1990  — "C’était trop pour moi et c’est toujours trop"
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27 juillet 2005 – Renouer des liens – syndrome d'anniversaire

 

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11 août 1989 5 11 /08 /août /1989 08:45

Fractal goutte détouréeLe 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :

> Ma chère Camille,

> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Paris, août 1989

J’ai été très content d’avoir passé ces jours avec toi et de t’avoir retrouvée. J’ai regardé ta broderie et je pense que tu peux mettre le grand fil.

Je suis heureux de pouvoir te revoir dans très peu de temps. Mais le temps jusqu’à septembre m’est très utile pour réfléchir sur tout ce qui s’est passé. J’ai repris l’espoir de pouvoir recommencer avec toi, mais cela prendra encore un peu de temps et un peu de patience. Tu es très impatiente et tu as le droit de l’être. Tous les deux, on a le droit au bonheur. Quand même, ce n’est pas pour ça qu’on puisse le forcer. Il faut aller doucement, même si c’est dur quelquefois. Dans notre cas, il faut rechercher lentement un chemin commun, avec toutes les mesures de précaution. Moi, je vais dans le prochain temps travailler sur mon bout de chemin commun. À très bientôt.

Je t’aime très fort,

Georg. 


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23 février 1986 – Va trouver les Français où le destin t’appelle
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12 juin 1986 4 12 /06 /juin /1986 06:05
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11 mars 1986 2 11 /03 /mars /1986 06:06

Fractal goutte détourée

Le 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :

> Ma chère Camille

> tu m'écris : il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Boston, 11 mars 1986

Ma chère Camille,

Je t’écris après ma première journée de travail à Boston. Il est minuit maintenant et je suis rentré il y a une demi-heure de ma première visite de la ville. Même si je suis tout au début de mon séjour il y a un nombre infini de nouvelles expériences que j’ai faites en si peu de temps.

J’ai eu des discussions intensives avec tous les membres du Projet et je connais très bien maintenant ce que je dois faire. Je suis très content d’avoir découvert que ce que je dois faire correspond entièrement à ce que je veux faire. C’est un sentiment complètement nouveau pour moi de pouvoir faire toute la journée ce que j’ai envie de faire et de recevoir pour cela la reconnaissance officielle et les sous. Il n’est quand même pas tout à fait clair quant à savoir si ça va rester comme cela.

Mais voyons !

Quant à l’Amérique, il faut dire que Boston est certainement une des plus belles villes d’Amérique et un des centres intellectuels, non, le centre intellectuel du pays, mais l’échelle est relative. Je n’aime pas l’Amérique et je ne l’aimerai jamais. Je suis très conscient que je ne suis pas ici pour étudier la culture américaine, mais pour chercher mes fortunes professionnelles. Et quant à ça, j’ai l’impression que je suis vraiment dans une position excellente ici. Tout le monde, tout le monde ça veut dire, dans mon champ : l’histoire des sciences, vient à Boston. De ce fait aussi, il y a plein de gens très intéressants ici et je crois même que j’ai trouvé, dans ces premiers jours, de nouveaux amis ici.

Sans l’espérance de te voir dans quelques jours (disons) je serais très malheureux. C’est bizarre, j’ai tellement besoin de toi et en même temps mon amour me donne la force et la patience de t’attendre sans souffrir. Toutes les choses que je fais, je les fais avec la conscience de les faire pour toi aussi. Tu verras, on peut très bien vivre ensemble ici.

J’aurai très envie de t’en dire plus à propos du Projet Einstein, parce qu’il y a aussi des aspects qui sont très touchants d’un point de vue humain, mais je suis trop fatigué maintenant. C’est vraiment un Nouveau Monde qui s’ouvre devant mes yeux maintenant et il y a beaucoup d’expériences et impressions profondes que je veux partager avec toi.

Dans le peu de temps libre qu’il me reste, je lis, avec un extrême plaisir : Émilie, Émilie. C’est un très beau livre, et j’ai découvert un épisode dans la vie de Madame du Châtelet qui est très intéressant pour l’histoire des sciences et qui est brièvement mentionné dans le livre, mais qu’il faut encore explorer : voilà, mon prochain séjour à Paris sera un séjour de recherche sur Émilie Émilie.

Dans ma tête fatiguée, il m’est resté une seule pensée : je t’aime.

Georg.


Autres lettres des Interdits ordinaires

20 février 1986 – La première lettre
23 février 1986 – Va trouver les Français où le destin t’appelle 
12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de Camille Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
6 décembre 1990  — "C’était trop pour moi et c’est toujours trop"
20 février 1990 – Tortionnaire !
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire
27 juillet 2005 – Renouer des liens – syndrome d'anniversaire

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23 février 1986 7 23 /02 /février /1986 05:50

Fractal goutte détourée> Ma chère Camille,
> tu m'écris : "il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"
> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.
> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.
> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Kleinstadt, 23 février 1986

Mon amour,

tu as raison, on peut rien dire, mais moi, en même temps je ne peux pas renoncer à te dire que ta lettre m’a fait incroyablement plaisir comme tes cadeaux, et enfin, je ne m’ennuie pas de répéter encore mille fois : je t’aime.

Ma mère a beaucoup aimé les écharpes, et ensemble avec ma grand-mère, elles ont choisi un petit cadeau pour vous (toute la famille de la rue Blanche). J’espère que vous l’aimerez.

Après ces jours tranquilles ici à Kleinstadt je dois partir demain pour l’Italie. Ça m’énerve un peu, parce que ça veut dire interrompre de nouveau mon travail. Effectivement, j’ai travaillé beaucoup ces derniers jours. C’est incroyable, c’est un paradoxe : j’ai pensé tout le temps à toi et en même temps j’ai réussi à finir tous les articles que je devais finir.

Ma ché, non è un paradosso manco per niente ! Je souffre un peu de mon français tellement mauvais, il y a beaucoup de petites impressions, d’expériences que j’aurais envie de te communiquer, mais avec mon français, c’est vraiment difficile. Mais mon envie et ma volonté sont tellement grandes qu’aucune difficulté orthographique ou grammaticale ne peuvent y résister pour longtemps. Ça, c’est sûr.

Mardi, je serai à Florence et je vais m’occuper de mon projet d’édition des manuscrits de Galilée. Il y a un professeur américain avec lequel je travaille sur ce projet, maintenant il est à Florence pour un an. J’aurais beaucoup d’envie de te le présenter, car il est vraiment un gentleman comme il y en a très peu entre les Américains.

Je vais rester chez Monica et Marco et voir aussi mon amie Michela. Elle est une jeune philosophe aux qualités extraordinaires qui maintenant s’occupe surtout de son bébé, pas mal comme combinaison, parce que c’est très humain. Mercredi, je serai à Rome chez Patrizia et Angelo qui sont vraiment aimables. Aujourd’hui j’ai téléphoné avec Patrizia pour m’annoncer. Tu sais ce qu’elle a dit tout premièrement : « Je sais tout de Paris ! », comment, je l’ignore, ce que je sais très bien : Camille je t’adore.

Ça m’a gêné un peu de te parler d’argent dans la dernière lettre, quand même, je crois que ça c’est la solution plus simple que je t’envoie les dollars pour le voyage. Il faut seulement que tu réfléchisses (mais vraiment, la grammaire française, ça, c’est dur) si tu ne peux pas partir le vingt-cinq.

Enfin, je te veux confesser quelque chose : effectivement (ou absolument, si tu préfères) je goutte assez le fruit de n’être pas dans les chaînes de la grammaire pour le moment, j’ai seulement pensé que tu as quelquefois des difficultés à me comprendre. Mais il faut confesser une autre chose : je n’ai pas du tout pensé que tu ne me comprenais pas. Je t’aime.

Pour le futur, un poète m’a donné la règle suivante :

Va trouver les Français où le destin t’appelle

Pour finir ton malheur et quitte de bon cœur

Ta langue maternelle pour apprendre la leur.

Tu as déjà remarqué qu’il est assez tard et je dois finir, mais jamais sans penser à ta sœur et son mari.

Georg.


Autres lettres des Interdits ordinaires
20 février 1986 – La première lettre
21 février 1986 – deuxième lettre et Georg parle d'argent 
12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de Camille
Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
6 décembre 1990  — "C’était trop pour moi et c’est toujours trop"
20 février 1990 – Tortionnaire !
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire
27 juillet 2005 – Renouer des liens – syndrome d'anniversaire

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21 février 1986 5 21 /02 /février /1986 07:16

Fractal goutte détourée

Le 22/07/07 20:33, « Georg… » <georg@….de> a écrit :

> Ma chère Camille

> tu m'écris : il manquait des lettres dans le livre. Mon relecteur les veut. J'étais incapable de les relire. Je t'envoie celle-là insérée dans mon livre parce que je ne comprends toujours pas ce qui s'est  passé entre nous…"

> Je ne veux pas que tu cite mes lettres ou mon nom dans ton livre ou quoi que soit que fasse référence a mon identité.

> J'ai un droit a ma vie privée. Et malgré le grand amour qui nous a lié dans le passée (et que je n'ai pas oublié) j'avais et j'ai le droit a choisir une autre vie. Excuse moi le Français très mauvais, mais je croix que tu me comprends au moins par rapport a ce désir.

> Georg.

 


Freud évoque le rôle joué dans la honte par le passage du privé au public. « un auto-reproche se transforme en honte si quelqu'un d'autre vient à l'entendre ».


 

Kleinstadt, 21 février 1986

Chérie,

Voilà la seconde lettre que j’écris encore avant d’avoir envoyé la première, parce qu’il y a déjà des nouvelles : ce matin, j’ai prénoté nos vols en Amérique.

(Évidemment, j’ai prénoté à ton nom.)

Je ne peux pas envoyer le ticket parce qu’il faut payer le ticket dans l’avion. Ça c’est People’s Express, you know, it’s just like the ratp. Le prix pour un voyage est de cent quatre-vingt-huit dollars, et, effectivement, il faut payer en dollars. À ce point là, je te fais une proposition : où tu me donnes ton numéro de compte (de la banque) ou plus simplement, je t’envoie deux billets de cent dollars (ou plus si tu as besoin) dans la prochaine lettre.

Que puis-je dire encore ?

Camille, je t’aime. Et je ne sens aucune sentimentalité ou passion quand je dis ça. C’est justement que je veux essayer de vivre avec toi, je pense à toi avec prudence, avec patience, avec décision et avec amour.

Georg


Autres lettres des Interdits ordinaires

20 février 1986 – La première lettre
23 février 1986 – Va trouver les Français où le destin t’appelle
11 mars 1986 – Tu verras, on peut très bien vivre ensemble ici
  12 juin 1986 – Boston, lettre manuscrite de Camille
Août 1989 – Il n’y a plus de nous dans ce qu’il dit, il y a je et il y a tu
6 décembre 1990  — "C’était trop pour moi et c’est toujours trop"
20 février 1990 – Tortionnaire !
28 juillet 1991 — Lettre syndrome d'anniversaire
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