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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 08:50

Le-Monde-logo.jpg20 avril 2011

La date tant attendue est arrivée, c’est l’ouverture du procès.
Le casting a eu lieu, les acteurs sont en piste.
Dans le tribunal, chacun joue son rôle. Sur le parvis, un avocat attend que les caméras se rassemblent autour de lui, que les micros se soient agglutinés sous son menton ; quelques secondes plus tard seulement, il entamera son effet de manche pour les éditions de la journée.
Cette scène vous dit quelque chose ?
Quoi qu’il en soit, la course est lancée. Les débats suivront leur cours dans deux univers, celui de la justice et celui des médias. Lequel va l’emporter ?
Un fait d’actualité fait la une.

Le 4 avril dernier, sur le blog, de Laurent MUCCHIELLI (insecurite.blog.lemonde.fr), lui-même et Marwan MOHAMMED évoquent dans un article « Rosny-sous-Bois : le fait divers et l’incendie médiatique » ce drame survenu à la gare RER de Noisy-le Sec et impliquant un groupe de jeunes de Rosny-sous-Bois.

Nombreux appels de journalistes qui ont tous exactement les mêmes infos issues d’une même dépêche de l’AFP du 3 avril « proposant une hypothèse interprétative à cette agression collective ». Pour tous ceux qui ont ce jour là regardé la télé ou écouté la radio, les éléments semblent assez clairs et peu douteux puisque – semble-t-il – toutes les sources disent la même chose, et les auteurs de conclure : «  Quel jeu dangereux les rédactions en chef des médias jouent-elles ? Et pourquoi chacun s’empresse t-il de faire aussi mal que les autres au lieu d’essayer de se distinguer un peu par davantage d’ampleur, de rigueur et de qualité d’information ? Nous n’avons pas la réponse. »

C’est cette réponse que j’ai voulu chercher.

Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo du Monde


Je suis un retraité de l’enseignement supérieur.
Retraité mais impliqué par le biais d’activités associatives.
Mes centres d’intérêt : problèmes de société, culture libre, droits de l’homme et droits de l’enfant, écologie
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Published by E.T. Documentaliste - dans Presse
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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 09:36

Outreau GrysonParu le : 22/10/2009
Editeur : Hugo et Compagnie
ISBN : 978-2-7556-0349-1
EAN : 9782755603491
Nb. de pages : 262 pages
Poids : 394 g
Dimensions : 15,2cm x 24,2cm x 2,4cm

Qu'avons-nous retenu de l'affaire d'Outreau qui a embrasé les médias, la justice et le pays tout entier ? Uniquement le visage des acquittés.

Personne ne sait que douze enfants ont été reconnus victimes. Car la fiction l'a progressivement emporté sur la réalité. "Les enfants d'Outreau par manque d'affection ont inventé des abus sexuels." C'est ainsi que débute une vaste campagne de désinformation. Des coupables de substitution sont alors désignés à la vindicte populaire. Assistantes maternelles, policiers, travailleurs sociaux, psychologues et magistrats : tous subissent un procès en incompétence pour avoir jugé crédible la parole des enfants.


Autres billets sur l'affaire d'Outreau
2/ Outreau, la vérité abusée. 12 enfants reconnus victimes
3/ Outreau : Les lettres de Kevin Delay au juge Burgaud
4/ 24 février 2011 – La parole de l'enfant après la mystification d'Outreau
5/ Outreau : la télédépendance de l'opinion – « télécratie 4 » – « procès- téléréalité »
6/ Des troubles du comportement
7/ Saint-Omer - juin 2004 : Les enfants présumés victimes sont placés dans le box des accusés !
8/ Saint-Omer – Selon M. Monier, une telle configuration des lieux a eu un effet négatif sur le procès, personne n'étant à sa place
9/ Saint-Omer – Mercredi 2 juin 2004 – Le procès bascule le jour des rétractations provisoires 
de Myriam Badaoui
10/ La victime envahie par le souvenir traumatique ne marque aucune pause « pour réfléchir »
11/ Le test du Rorschach expliqué
12/ Militantisme association
13/ Les points de défaillance au procès de Saint-Omer
14/ Florence Aubenas : le danger de la victime résiliente mêlée à toutes les causes
15/ Un éclairage sur les rétractations et les contaminations
16/ Outreau : presse & justice – Florence Aubenas : je consulte le dossier d'instruction
17/ À propos des aveux de l'un des accusés acquittés d'Outreau
18/ Il s'avère que c'est l'ingestion d'un médicament – l'amobarbital –, qui peut induire sous hypnose la construction des faux 
souvenirs, et non pas l'hypnose seule

 

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Autres billets au sujet du livre de Cherif Delay
Le prochain livre d'une victime d'Outreau fait déjà polémique Par Gabriel Thierry

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4 novembre 2004 4 04 /11 /novembre /2004 16:02
N° 2087 – semaLogo-Nouvel-Obs.com.jpgine du Jeudi 4 novembre 2004
Anne Crignon
Lancée en 1977 par Serge Doubrovsky, l'autofiction, ce mot-valise, est devenue un genre littéraire que récusent la plupart des écrivains à qui l'on reproche de trop se pencher sur leur nombril. Et pourtant deux essais montrent aujourd'hui que cette littérature du moi est l'une des plus intéressantes d'aujourd'hui. Anne Crignon a enquêté.
Le tour d'un nombril en 80 mots, disent les sceptiques. Un truc à la Montaigne, avancent les autres. Etre soi-même la matière de son livre ? Une fois qu'on a dit ça, on n'est guère avancé. Autofiction est un mot qui traîne. Par chance, deux essais paraissent pour définir les contours de cet insecte protéiforme. Quelques thèses sont en cours. On a même rencontré à Concarneau une chercheuse penchée sur Claire Castillon, célèbre depuis qu'elle a rassemblé dans une autofiction intitulée « la Reine Claude » les débris de son cœur saccagé par PPDA. Faudra-t-il déclarer l'autofiction espèce protégée ? Car la notion est malmenée, à commencer par les éditeurs. Même chez Stock, gros pourvoyeur du genre avec les œuvres complètes de Christine Angot et les malheurs trois fois réimprimés de Justine Lévy, l'affaire est classée sans suite. « Je n'aime pas les genres, c'est de la littérature ou ça n'en est pas, dit le directeur, Jean-Marc Roberts. Parler d'autofiction, c'est comme dire roman policier ou roman érotique, ça n'a pas d'intérêt. » Chez Grasset, on sèche un peu. « Euh… c'est un genre hybride indéfini, tente un éditeur. Il accompagne le voyeurisme contemporain, on l'utilise par défaut. »
Une visite dans une librairie des Grands Boulevards parisiens montre que le lecteur flotte, quand il n'est pas exaspéré. « C'est quoi ce truc ? », demande Hélène, qui aime surtout les polars. « Angot and Co », lui répond un autre lecteur. « L'autofiction, c'est : "Je vais vous raconter ce qui se passe au fond de moi" », dit une passante. « Une espèce de tarte à la crème, une catégorie à la con avec Angot et tout ça », grogne une gothique au bonnet noir. « L'enfer sur terre, c'est désastreux, c'est "la Vie sexuelle de Catherine M.", mais on s'en fiche de sa vie », poursuit une apprentie comédienne venue glaner des alexandrins. Quant aux premiers intéressés, tous les écrivains embarqués de force dans cette galère lexicologique pour avoir trop bien mélangé le vraisemblable et l'invraisemblable, ils regardent avec dégoût la bestiole se poser sur leur œuvre.
Les victimes de cette appellation d'origine mal contrôlée sont nombreuses à Catherine Cusset, Chloé Delaume, Christophe Donner, Guillaume Dustan, Annie Ernaux, Philippe Labro, Philippe Djian, Richard Morgiève, Camille Laurens, Michel Houellebecq, Paul Nizon, Dominique Rolin, plein d'autres… Certains tentent en vain de s'en débarrasser, à commencer par Christine Angot devenue malgré elle avec « l'Inceste » ou « Pourquoi le Brésil ? » chef de file de la « fictionnalisation » du moi. « Pourquoi est-ce que tout d'un coup on m'a baptisée ? Je fais des livres qui sont des romans. La question de l'autofiction ne m'intéresse pas, cette question n'est pas intéressante, c'est tellement magnifique de faire de la littérature, autofiction ou non. Ce n'est pas la question, la question, c'est de savoir si on comprend ce qu'on vit. » « Christine Angot ne fait pas d'autofiction, elle essaie d'affronter ce qui a lieu », dit Grégoire Bouillier, auteur l'an dernier d'un premier roman insolemment titré « Rapport sur moi » (Allia), ce qui lui a valu d'être immédiatement convié de force au club. Pour lui, l'autofiction est un marché, au même titre que la téléréalité. Catalogué lui aussi depuis « Chaos », Marc Weitzmann ferait volontiers la peau à ce cliché désincarné. Serait-ce que les journalistes distribuent trop vite les cartes d'adhérent ?
« Le mot est très frappant, il est comme un aimant », commente Pierre-Louis Rozynès, ex-chroniqueur au magazine littéraire « Campus» . Dans la presse, l'autofiction est cette grosse commode bourrée à craquer, en bordel, mais pleine de charme. On y trouve de tout. Du meilleur (Marie Nimier, Charles Juliet) au grand-guignol, quand un auteur autofictionne en string sur la couverture de son livre. Les journalistes qui ouvrent et ferment les tiroirs ne savent pas toujours de quand date le meuble (« Heu, ça existe depuis quatre, cinq ans, c'est ça ? », demande un critique), mais ça ne les empêche pas de passer l'encaustique avec amour. Cette rentrée, étant donné que Christine Angot, « pour la première fois n'a pas fait d'autofiction » "événement national", c'est Philip Roth qu'on pousse dans l'armoire avec « la Bête qui meurt » (Gallimard). Et hop ! Il en fallait un. Roth ne se formalisera pas car the surfiction fait des siennes aussi dans la presse anglo-saxonne.
L'éditeur le snobe, l'écrivain le récuse, le journaliste le galvaude, le lecteur s'en fout. Fâcheux destin pour un mot qui, en réalité, n'est pas si creux. Car l'autofiction a son histoire. Le mot a été lancé en 1977 par Serge Doubrovsky. L'écrivain l'invente lorsque les Editions Galilée qui s'apprêtent à publier son récit le plus intime, « Fils » (Folio), lui passent commande d'un texte pour la quatrième de couverture. « Autobiographie ? Non, c'est un privilège réservé aux importants de ce monde, au soir de leur vie, et dans un beau style. Fiction d'événements et de faits strictement réels ; si l'on veut : "autofiction" », écrit-il, fin stratège, pour se démarquer des vieilles autobiographies plan-plan à la papa et surtout mal écrites. Il n'imagine pas que le Larousse et le Robert se disputeront trente ans plus tard la définition de son néologisme, encore moins que celui-ci embarrassera des écrivains tel le vieux sparadrap du capitaine Haddock en partance pour Sydney. « Sa fortune prouve que le mot avait besoin d'exister », dit aujourd'hui l'intéressé.
Quoi qu'il en soit, le substantif est lancé. Il infuse pour donner son plein arôme au milieu des années 1980 quand paraissent les confessions dessalées d'Hervé Guibert et que la presse s'interroge sur un ami qui ne lui a pas sauvé la vie. Puis l'autofiction hiberne et réapparaît en 1997 au front d'une virago qui déboule dans la vie littéraire avec « Sujet Angot » et une force de frappe stylistique incontestable pour donner du sens à son chaos intérieur. Désormais l'autofiction a trouvé son effigie. Mais l'effigie ne veut pas, non, non, être une effigie, ça n'est pas la question, effigie jamais, je ne mange pas de ce pain-là, jamais, jamais, jamais. C'est dans ce contexte brouillon que deux défenseurs se présentent, déterminés à rendre à l'autofiction ce qui lui appartient : de la dignité, un contenu, une filiation. Pris de fascination pour toutes formes de « littératures personnelles », Philippe Gasparini, qui officie comme secrétaire de mairie à Plan-de-Baix et Suze-sur-Crest (dans la Drôme), a repris des études, poussé l'aventure jusqu'à la thèse, avant de publier au printemps dernier une percutante apologie du genre intitulée:  « Est-il je ? ». Pour lui, l'autofiction est « l'aspect le plus intéressant de la littérature d'aujourd'hui de par sa spécificité par rapport aux autres littératures étrangères ». Pourquoi tant de haine alors ? « Le problème, c'est le besoin de l'écrivain de parler de lui-même. Ce n'est pas considéré à première vue comme de la littérature, car parler de soi a été proscrit par la culture pendant longtemps. » Pour lui, l'autofiction pâtit de l'héritage culturel chrétien dans lequel le moi est une pauvre chose gluante et haïssable. Victime de terrorisme intellectuel ? Oui, tout comme le fut jadis l'autobiographie violemment prise à partie par des auteurs sacrés : Pascal moquant les « Essais » & « Le sot projet de Montaigne » ; Valéry dédaignant ce pauvre Stendhal à propos de la « Vie de Henry Brulard ». Vincent Colonna est d'accord. L'auteur de « Ma vie transformiste » qui, dans « Autofiction & autres mythomanies littéraires » apparaît comme l'avocat surdoué de ce néologisme ajoute : «Flaubert comme Proust ont répété que parler de soi, c'est la facilité. Selon eux, on est emporté par la complaisance, le plaisir de disserter sur soi-même ; au niveau stylistique, comme artistique, on ne se maîtrise plus. » Et voici les écrivains coincés pour les siècles des siècles, condamnés à faire semblant de ne pas parler d'eux. « Le terme d'autofiction est devenu péjoratif parce qu'on pense souvent que c'est un procédé purement narcissique, dit Justine Lévy, héroïne mal assurée de "Rien de grave" (Stock). Or le travail sur soi n'est pas forcément une écoute de soi. Mon je est un je ouvert, c'est à la fois moi, nous et quelqu'un qui n'existe pas.»
Même le précurseur du «récit de soi-même», comme dit joliment Gasparini, un certain Rousseau eut du mal à faire admettre la nature de ses « Confessions » ; l'autobiographie ne va en effet apparaître dans le champ littéraire et s'imposer comme genre que dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais en gardant sa dimension taboue et péjorative, qui sera comme un appel à l'invention d'un nouveau vocable.
D'ailleurs, dès 1950, Claude-Edmonde Magny promeut dans les journaux la notion de « mise en abyme », Philippe Lejeune lance en 1975 celle d'« espace autobiographique » (Seuil), et Jacques Lecarme en 1997 son pléonastique « récit vrai ». «Les écritures du moi ont toujours été critiquées, poursuit Philippe Gasparini, mais en plus l'autofiction se permet de mélanger des genres. » Il devenait donc opportun de trier dans tout ça, ce que fait pertinemment Vincent Colonna, offrant à la réflexion de nouveaux outils. Il faudra désormais compter avec l'autofiction fantastique (c'est Dante descendant en enfer), l'autofiction biographique (le retour à l'enfance de Jules Vallès), l'autofiction spéculaire (Don Quichotte en quête de son auteur) et l'autofiction intrusive & Balzac interpellant sa lectrice dès les premières pages du « Père Goriot ».
« Jusqu'à présent les tenants d'une esthétique impersonnelle dominaient la vie littéraire et l'Académie, poursuit-il. L'esthétique de Valéry et Flaubert fait la loi depuis un demi-siècle. » Quelque chose serait en train de craquer qui mène vers la réhabilitation des deux genres. L'autobiographie ou la noble utilisation de l'expérience vécue comme matériau littéraire. Et l'autofiction, allégée en complexes, qui prend son sens dès lors qu'un écrivain se met en scène, se projette pour se réinventer, s'idéaliser, se diaboliser, « quitte à se faire aimer ou haïr », précise Serge Doubrovsky. Après avoir observé avec délectation depuis vingt-cinq ans les bonheurs et les infortunes de son mot, l'inventeur enfin glorifé mûrit un essai intitulé « Autofiction, les points sur les i ».
Anne Crignon
« Est-il je ? Roman autobiographique et autofiction », par Philippe Gasparini, Seuil, 390 p., 26 euros.
« Autofiction & autres mythomanies littéraires », par Vincent Colonna, Tristram, 242 p., 21 euros.

Autres billets sur Christine Angot
1/ Les Autres de Christine Angot par Fabrice Pliskin
2/ La folie Angot par Didier Jacob
 Ecrire est une drogue dure par Françoise Giroud
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9 septembre 1999 4 09 /09 /septembre /1999 09:21
N° 1818 – semaLogo Nouvel Obs.comine du jeudi 9 septembre 1999
Par Françoise Giroud
A voir Christine Angot défendre son « Inceste » avec sa hargne et son désir éperdu de reconnaissance, on ne pouvait qu'être ému

Cinq cents romans cette semaine dans les librairies… Cela ressemble à un suicide collectif comme ceux qui se produisent dans certaines espèces animales lorsqu'elles prolifèrent excessivement. Jean-Marie Laclavetine, éditeur chez Gallimard (qui reçoit 6000 manuscrits par an), publie à ce sujet un roman tragique et drôle, « Première Ligne », où il raconte les déboires de ces écriveurs qu'il serait charitable de décourager. Entreprise vaine. Ecrire est une souffrance, mais aussi une drogue dure dont il se dit lui-même intoxiqué. Laclavetine parlait, chez Pivot, devant trois romancières qui ne sont pas trop à plaindre. Amélie Nothomb, qui réussit son ouvrage de l'année (« Stupeur et tremblements »), Michèle Gazier (« le Merle bleu »), plume sensible qui a son public, Christine Angot, enfin, qui a volé dans les plumes de Laclavetine : « Votre livre est insupportable ! » On a cru comprendre qu'il lui a refusé autrefois un manuscrit. A tort peut-être car elle pourrait, avec «l 'Inceste », faire un succès. Manifestement, elle ne va pas bien dans sa tête. Mais qui va bien ? Un problème ne se pose que lorsqu'on se donne, avec ce mal-être, pour le romancier de la modernité alors que les autres, tous les autres, englués dans le parler faux, n'écrivent que de la merde. Remarquez que cela, ils le pensent tous les uns des autres, mais ça ne se dit pas. Elle le dit. Angot a une vertu qui la démarque de la majorité de ses confrères : elle ne fabrique pas. Avec son homosexualité malheureuse, son faux sida et sa moitié d'inceste, ce n'est pas une grande érotique, oh non ! mais elle est traversée par quelque chose qui perce de part en part son corps troué, la laissant gémissante, quelque chose qui est étranger à l'habituel discours sur soi, qui a sa musique, sa syntaxe. Pour elle, la littérature, c'est ça:  inventer un langage pour explorer sous la lumière crue ses latrines. Bien qu'elle soit du genre hargneux, son désir éperdu de reconnaissance la rendait presque émouvante.
Aussi nombreux que les écriveurs sont les jeunes gens qui veulent s'exprimer par le film. Personne ne rêve de travailler pour la télévision, cela va de soi, c'est l'épicerie, mais le cinéma a conservé toute sa magie. Celle-ci apparaissait très forte dans le film réalisé sur Stanley Kubrick, à propos de la sortie de « Eyes Wide Shut » (Canal+).
A travers ses méthodes de travail, sa cruauté, son mépris des acteurs, on découvrait une volonté de puissance, un exercice du pouvoir absolu jusque sur les meilleurs techniciens humiliés quilui valut ce jugement de Kirk Douglas : quelqu'un qui a du talent n'est pas forcément quelqu'un de bien. Bien, Kubrick ne l'était sûrement pas. Mais les metteurs en scène dits grands brillent par autre chose:  ce pouvoir qu'ils ont sur les personnes pour les broyer, les réduire en image. Des images qui porteront toujours leur marque à eux. Un métier dont on comprend qu'il continue à fasciner.
« 19h, dimanche ». La première partie a fait craindre le pire : le superficiel, le zapping, l'agitation stérile, le détestable de la télévision. Et puis la machine s'est calmée, les sujets se sont ordonnés, bien traités, sur une bonne longueur. Pas très correct, cependant, d'accuser Bernard Kouchner, qui endure le pire, de chercher la publicité quand on lui met une caméra sous le nez. Que doit-il faire ? Tourner le dos ? En face de DSK, Ruth Elkrief a eu le ton qu'il faut pour plaire et qu'elle a toujours su maîtriser : l'agression exquise et vous allez voir ce que je lui balance avec le sourire. On voit, et on est très content que le Puissant sur la sellette soit un peu déstabilisé par de vraies questions, celles qu'on se pose. Bref, de bons débuts.
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Published by Françoise Giroud - dans Presse
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28 août 1999 6 28 /08 /août /1999 10:26
N° 1818 – semLogo Nouvel Obs.comaine du jeudi 28 août 1999
Didier Jacob
Inceste, homosexualité, folie: Christine Angot se met à nu dans un récit enragé et magnifique

 

Elle n'a donc pas cessé de sentir la mort palpiter, grossir, bander en elle, depuis qu'un homme plus âgé s'introduisit dans son jeune corps, et la soumit aux plaisirs forcés qu'il lui dictait. Elle n'a pas cessé de vivre et de mourir, à chaque instant et dans chaque livre, depuis qu'elle lui présenta ses fesses ouvertes et que, dans le secret d'un confessionnal, tout au fond d'une église, il fallut qu'à cet homme débraguetté, son père, elle caressât le gland et léchât le cierge.
Christine Angot pleure, insulte, harcèle. C'est ainsi qu'elle raconte. Dans son septième livre, elle raconte cette blessure d'enfance, et sa récente rupture avec la femme qu'elle a aimée, qu'elle n'aime plus, qu'elle souffre de ne plus aimer encore. Car la passion dans « l'Inceste » n'est pas de tout repos, et la romancière, quand d'autres sortent l'épée ou dégainent le pistolet, attrape son téléphone. Occupé ? Christine Angot insiste, trépigne, rappelle à ce qui, à la fin du mois, doit lui coûter bonbon. Elle poursuit sa maîtresse, à la fin de leur brève liaison, de sa centaine de coups de fil quotidiens, la harcelant sans cesse et se giflant aussi, s'écriant enfin dans un ultime envoi : « Je ne suis pas en train de devenir folle, je suis devenue folle, je le suis, folle. »
Ce livre a ceci d'une prière qu'on y espère en vain. Et Christine Angot peut aussi bien souhaiter, à vingt reprises peut-être, se calmer, rester calme, recouvrer son calme (« poli, correct, et se faire comprendre »), son récit n'en finit pas de pester, de fulminer, de taper du pied. La littérature a-t-elle jamais cogné si fort, contre des personnes, même, que sous un faux nom l'on pourra reconnaître ? C'est que Christine Angot n'en finit jamais d'en vouloir aux autres et à elle-même, et semble simplement poursuivre la mélopée grognée qui s'était achevée avec « Sujet Angot », son précédent livre. Il n'y a ni début ni fin à cette sourde folie, à ce chant maugréé, à ce râle rauque qui, pour occuper sept volumes, sourd toujours de la même gorge, vibre des mêmes révoltes.
C'est le verbe enfin rendu à sa vérité de légende, c'est de l'air qui souffle dans nos arrière-gardes transpirantes, c'est de la force pure, de l'électricité brute, de l'huile jetée, brûlante, sur des feux, des vents, des souffles, des humeurs. C'est son père qui la forçait à manger des clémentines sur son sexe, c'est sa fille à qui tous ses livres sont dédiés, et sa colère en apprenant que sa dulcinée ne passera pas Noël avec elle, c'est son portrait par elle-même en chien, en lesbienne ou en serial killer (« tueur en série, ça fait partie de mon charme »), c'est son ex, son psy, et cette éternelle dinguerie qui provoque en elle « des sensations d'étouffement, des vomissements, des nausées, des colites, des insomnies, des crises, des envies de suicide ». Ainsi Christine Angot libère, sorte de général Leclerc monté sur le char d'une prose furieusement combattante, d'une littérature occupée par de vieux écrivains goncourifiant, tous vautrés dans leur sentimentalité sirupeuse, leur psychologie surannée, leur imaginaire de sous-préfecture.
Dans les années 30, James Agee recommandait que l'on écoutât Beethoven, n'importe laquelle de ses symphonies, l'oreille collée contre terre et l'électrophone réglé à son niveau maximal, pour sentir la musique gronder soudain, jaillissant de si loin, des entrailles du monde. Ainsi faudrait-il écouter « l'Inceste », et entendre monter cette voix du fond des vieilles douleurs: là-bas, regardez, tout ce noir qu'il fait dans les enfers intérieurs.
_________
« L'Inceste », par Christine Angot, Stock, 228 p., 105F.

Christine Angot est née en 1959 à Châteauroux. Elle a publié son premier roman, « Vu du ciel », en 1990. Auteur de théâtre, son « Usage de la vie » a été joué à Avignon en 1997 et « l'Inceste » a fait l'objet cet été d'une version scénique au Festival d'Avignon. Elle vit à Montpellier.

 


Autres Billets sur Christine Angot
1/ Les Autres de Christine Angot par Fabrice Pliskin
3/ D'Hervé Guibert à Christine Angot : Dis, c'est quoi l'autofiction ?
 Ecrire est une drogue dure par Françoise Giroud


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17 juin 1999 4 17 /06 /juin /1999 12:11
N° 1806 – semainLogo Nouvel Obs.come du jeudi 17 juin 1999
Patrick Fiole (avec le service culturel)
Téléphone Rouge
o 1999, année Nicolas Genka ? Après les Editions Exils qui, au début de l'année, ont ressorti « l'Epi monstre », un roman interdit et détruit en 1962 au nom de la loi de 1949 sur la protection de la jeunesse, la maison Flammarion entre dans la danse. Elle rééditera en septembre « Jeanne la pudeur », du même, sorti, interdit et détruit en 1964. Le premier ouvrage racontait une histoire d'inceste, le second une histoire de prostituée qui revenait au pays, et les deux avaient initialement été édités chez Julliard. Pour Raphaël Sorin, son éditeur chez Flammarion, Genka est « une sorte de Genet tué dans l'œuf ». Sorin, qui veut lancer une grande campagne contre la loi de 1949, publiera en 2000 un autre roman de l'auteur, inédit celui-ci. Son titre : « les Premières Maisons de la ville ». Nicolas Genka a aujourd'hui une soixantaine d'années.

Autres billets sur Nicolas Genka : L'Epi monstre
Nicolas Genka – L'Epi monstre par Noël Blandin
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21 août 1997 4 21 /08 /août /1997 12:39
N° 1711 – seLogo Nouvel Obs.commaine du jeudi 21 août 1997
Un roman de Christine Angot
La misère du sexe
«Les Autres», par Christine Angot, Fayard, 170p., 85F.
Dans son nouveau roman, l'auteur d'« Interview » recueille les pathétiques « histoires de cul » des gens.


La misère du sexe
« Ecrire un roman, peut-être à la troisième personne. Pour reléguer à la périphérie mon problème, jusqu'à présent central, d'inceste, me disent-ils. Merci, je note. » A l'origine des « Autres », il y a un désir que Christine Angot sait illusoire : le désir de « changer de chanson », d'en finir une fois pour toutes avec le filon de l'inceste, cette blessure que la romancière a subie à l'âge de 13ans, et dont elle mettait en scène l'aveu sous une forme à la fois cruelle et parodique dans «I nterview », son précédent roman. Car, pour Angot, l'inceste est sans doute plus que l'inceste, c'est aussi la métaphore du tas de petits secrets dont raffole notre époque, de l'incontinence autobiographique, du « bas les masques ! » généralisé ; c'est le triomphe de l'info, du témoignage, du « vécu » à la haine de la fiction, du mystère, de la littérature.
Alors voilà. Angot a écrit « les Autres » contre Sainte-Beuve et contre Mireille Dumas. Comme Proust, elle se dit qu'« un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices ». Christine Angot travaille donc à se délaisser ; elle se change en bonne fille proche des gens pour accoucher et recueillir leurs impressions sexuelles. Maussade, pin-ce-sans-rire, desperada, la narratrice des « Autres » anime un atelier d'écriture ; elle prend en note (« Ça m'épuise, je vous assure ») les histoires de « coups foireux, inaboutis, enfin ceux qui restent comme des questions dans la tête ». En chemin elle retrouve ce qu'elle fuyait : l'inceste, c'est-à-dire elle-même. Elle le retrouve sous une forme symbolique, non violente, chez ces « sex addicts » du téléphone rose qui se plaisent à jouer au père et à la fille avec leur interlocutrice tarifée; ou chez cet homme qui se souvient que « la première fois qu'il a joui en se caressant c'était avec un bas de sa mère ».
Dans cette rhapsodie grognonne et autofictive, l'écriture semble mimer tour à tour l'abrupte syntaxe du Minitel et de l'état civil. Les « histoires de cul » se succèdent, avec une fascination monotone;  il(s), elle(s), les troisièmes personnes se confondent artistement. Angot cite un conte oriental érotique, et tout se passe comme si son livre grouillait de mille milliards de petites Schéhérazade avec Montpellier dans le rôle de Bagdad. On songe aussi à une parodie littéraire de « la Misère du monde », du sociologue Pierre Bourdieu. Ces récits sont tragique :
« Il est mort du sida, il avait un Perfecto, il a voulu qu'on l'incinère avec »; ou sordido-burlesques, comme celui de cette créature pareille à la comédienne Lolo Ferrari et qui veut devenir « première poitrine d'Europe » ou celui de ce danseur algérien : « Quand tout ça a été fini, je me suis essuyé, ça m'a fait mal au derrière. J'ai remarqué qu'un bout de l'intestin était sorti. J'ai voulu me le renfoncer dans le derrière ; je croyais qu'il rentrerait, mais il n'est pas rentré. Je pleurais. » Allégorie d'un dedans qui passe dehors. Dérision de l'intériorité. Confession à la fois obscène et antiérotique, dont le réalisme presque endoscopique semble marquer le néant de toute confession : quand on a tout dit, on n'a encore rien dit. »

Cet ineffable, le livre le confie à un enfant, c'est-à-dire, étymologiquement, à « celui qui ne parle pas ». La petite fille de la narratrice se prénomme Léonore (comme celle de l'auteur, la dédicataire des « Autres »). C'est le silence lumineux de ce petit sphinx obtus qui clôt le roman : « Quand on lui demande "Qu'est-ce que tu as fait de ta journée?", elle dit "J'ai oublié. " Mais, à la cantine, qu'est-ce tu as mangé ? " J'ai oublié, et j'ai pas envie de te dire". »

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Published by Fabrice Pliskin - dans Presse
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