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  • : Autofiction Inceste Résilience
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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 05:45

Logo chroniques amnésiques et autres mémoires vives

Photo RPLPas de place à la supposition. Ces quelques mots viennent de me fendre en quatre. J’en perds la raison, et j’en oublie, là, en ce moment, et à toute vitesse, les souvenirs, mes quelques pauvres débris de souvenirs, qui témoignent peu de ce que je sais mieux et autrement, par les lettres et les récits de mon frère aîné, par les aveux de ma mère, par les rêves récurrents et les cauchemars surréels qui viennent encore me hanter, par les flashbacks qui n’ont jamais, jamais cessé de polluer ma vie sexuelle, jusqu’à tout récemment.

Pas de place à la supposition ! Je suis bouleversé, je tremble comme un malfrat à l’heure de vérité. Je m’imagine déjà en prison, coupable de la pire des fraudes. J’essaie de maintenir mon intégrité, en écrivant ces quelques lignes, mais je me sens me décomposer, me dépersonnaliser.

Ma vue se brouille, j’ai le cœur qui bat fort, un peu de nausée. Je suis humilié, terriblement humilié d’avoir lu ça, cette impitoyable restriction accusatrice. Pas de place à la supposition. Supposition. Pas de place. C’est à nouveau le petit enfant de 6 ou 7 ans que j’étais, et qui se cachait dans la cour de l’école pour rester seul, tant il était terrorisé par les autres enfants, tant la culpabilité d’être si confus, quant à son identité sexuelle, était grande. Ce petit enfant que j’étais n’avait pas de place, nulle part, lui non plus. Pas de place.

Et j’imagine que s’il avait gardé des souvenirs intacts de ce qui se passait la nuit, et qu’il avait parlé, on lui aurait dit que ce n’était que des suppositions, peut-être même que des inventions, et qu’au vrai c’était lui, ce petit garçon de 6 ou 7 ans, qui était un petit vicieux. Un petit vicieux. Tout comme, lorsque ce même petit garçon faisait des cauchemars si horribles qu’il en était tétanisé, dans son lit, incapable ni de bouger, ni de crier.

Et quand la mobilité revenait, enfin, et qu’il criait de toutes ses forces, appelant à l’aide sa mère, qui accourait, elle lui assurait que ce n’était qu’un mauvais rêve, et que ce n’était que ça, un rêve, une invention, un produit de l’imagination. « Recouche-toi, et dors ».

Au récit de mon histoire, je ne doute plus que l’intervenant du CRIPHASE me dirait, avec fermeté, et tout ce qu’il faut de mépris :

Tu ne te souviens pas ? Ben y’a pas de place pour toi ici. Déguerpis d’ici. Tu mens. Tu fabules. Cache-toi, bon dieu, tu devrais avoir honte d’inventer comme ça. Tu nuis à la cause. T’es rien, t’es nulle part. C’est un crime terrible d’inventer, de supposer, tu ne savais pas ça ? On ne veut pas de voyeur ici. Va-t’en. À nos yeux, t’es juste personne. Un minable qui usurpe l’identité des autres. Un voleur. Un pervers, un dangereux pervers. Décrisse, avant qu’on appelle la police !

Je n’ai pas fait ma thérapie de groupe avec le CRIPHASE. Mais aurais-je souhaité la faire avec cet organisme qu’on m’aurait refusé, faute de « souvenir clair de l’agression ». Et je suis stupéfait, je vous l’avoue, stupéfait et mortifié, que je n’aie pas de place, là non plus, à cause de ça. L’extraordinaire complexité de mon histoire m’a toujours coûté cher, en temps, en argent, en doute. Il serait probablement plus sage que je me taise, désormais, sur ce blogue comme ailleurs, parce que faute de raconter des détails sordides et graveleux, il y en aura toujours pour mettre ma parole en doute, et me pousser dans l’absurdité insensée de la folie.


Avatar-auteure.jpgAuteure anonymea dit…
"Il serait probablement plus sage que je me taise, désormais, sur ce blogue comme ailleurs, parce que faute de raconter des détails sordides et graveleux, il y en aura toujours pour mettre ma parole en doute, et me pousser dans l’absurdité insensée de la folie."
Non mais, tu as tout simplement pas le droit.
Je te recopie ce que j'ai écrit à Chérif Delay ce dernier dimanche. (l'ainé des enfants du procès d'Outreau) alors qu'il proférait des menaces de mort à l'attention d'un des accusé :
"J’ai envie de lui dire ce que je ne lui ai pas dit lorsque je l’ai rencontré, par pudeur et parce que je sais que la suite sera toujours plus dure et que ça ne s’arrange pas au fil du temps :
J’ai envie de lui dire qu’il n’est pas seul, pas dans le sens où on va l’aider, mais parce qu’il a pris la responsabilité que nous partageons de prendre la parole au nom des victimes.
La seule chose qu’il ait écrite sur la page de garde du livre qu’il m’a dédicacé :

“ensemble brisons le silence, cherif”.
Ce silence je l’ai aussi brisé en 1989, les conséquences ont été très lourdes : perte de l’homme de ma vie, du travail de ma vie, une extrême solitude, et la déprime au quotidien, mais jamais, jamais je ne me permettrais de me désolidariser des “victimes”, même pour me suicider. Je leur dois la vie.
Chérif tu es un adulte maintenant, tu as pris une lourde responsabilité, tu n’as plus le droit de faire des gamineries. Lis donc les commentaires sur ton livre que mettent tes lecteurs sur mon blog.
« Franck, je dois te parler. Je ne me sens pas bien... »
« Dis-moi pourquoi des acquittés m'ont tué de l'intérieur... »
Si tu veux parler, j’ai proposé de te faire partager mon blog, on est toute une communauté, on sait on peut t’entendre, t’en vas pas demander de t’écouter à des gens qui t’ont “tué de l’intérieur”. Ils te tueront toujours. Je sais que c’est toujours notre tentation. On a besoin d’eux et bien tu iras mieux lorsque tu auras couper ces liens.
Je sais que c’est dur : je suis toujours malade quand mon père est malade, c’est insupportable, mais c’est ainsi, fais l’effort de ne plus leur demander pourquoi ? Ils n’en savent rien. Tu tends la joue pour qu’ils te détruisent encore plus. Prends soin de toi et de nous et on prendra soin de nous avec toi."
http://viols-par-inceste.blogspot.com/2011/06/outreau-franck-lavier-attaque-par.html

Photo RPLRPLa dit… À Auteure anonyme :
Merci mille fois pour ton commentaire. À n’en pas douter, je dois prendre connaissance de l’affaire d’Outreau, dont on n’entend pas parler du tout au Québec, même lors qu’on est abonné à EuroNews. J’écrirai un mot là-dessus. « Non mais, tu as tout simplement pas le droit », m’écris-tu. Je le prends comme un formidable encouragement à continuer. Je verrai. Je ne sais plus. Quoi qu’il en soit, je ne t’oublie pas. Je sais ce que t’a coûté, dans ta propre vie, le courage que tu as manifesté, de dire la vérité, telle que tu la sais.

Avatar auteureAuteure anonymea dit…

"Je n’aurai vraiment de crédibilité qu’en ayant des souvenirs incontestables, dans tous les sens du mot, y compris juridiques."
Là, je suis assez d'accord avec toi. J'ai acquis mes lettres de noblesse en publiant le livre de l'Auteure obligatoirement anonyme en 1993 et jamais personne n'a trouvé à y redire.
Tu verras qu'il n'y a aucun souvenir incontestable là-dedans, j'ai écrit que je ne décrirai rien parce que chacun en a son lot quotidien et n'a pas besoin du mien.
C'était mon choix de ne pas porter plainte, je pense que les écrits restent et son bien plus percutants.
Je vais bientôt trouver éditeur pour mes Interdits ordinaires, mais je les jette lorsqu'ils veulent couper ce qu'ils ne comprennent pas. J'ai beaucoup de patience et d'énergie pour cela et je publierai des lettres.
Je pense que si tu te lances avec la deuxième partie de ton commentaire sur ton ressenti, tu seras très utile non seulement aux incesté-e-s mais aussi aux professionnels.

Photo RPLRPLa dit…
« La deuxième partie... » : tu veux dire, à propos de la perte de la mémoire ?
Tu es plutôt d'accord avec la crédibilité liée aux souvenirs incontestables, m'écris-tu : tôt ou tard, depuis que j'écris ce blogue, où je ne me censure jamais, cette question des souvenirs allait resurgir. C'est finalement la simple lecture d'un court texte, sur le site du CRIPHASE, qui m'aura interpellé et jeté dans le doute quant à la pertinence de continuer l'écriture même de ce blogue. Sans souvenirs incontestables, je me sens discrédité. Ce n'est pas la première fois. Ceci étant, je me sentais incapable de mentir sur cette question des « souvenirs », cruciale, parce que, comme je l'écrivais à Annie, l'amnésie post-traumatique est la pire (sauf le suicide, bien évidemment) des séquelles de l'inceste. La pire. Entre autres, parce qu'elle enlève la crédibilité au récit lui-même ! C'est là un paradoxe terrible.

Avatar auteureAuteure anonymea dit…
Non, justement, je pense que tu n'as pas besoin de tes souvenirs qui font un mal de chien. Ta crédibilité tu la gagneras en écrivant, tel que tu as commencé, tes impressions, ton ressenti, ton mal être.
Je ne fais pas victimologie pour rien, les spécialistes du trauma savent très bien voir les faits par les réactions du corps et de l'esprit.
En EMDR on ne cherche jamais à retrouver des souvenirs, mais à faire resurgir les moments beaux au devant de la scène pour savoir que ceux-là qui donnent du bonheur ont existé.

Photo RPLRPLa dit…
J’aurais pourtant tellement souhaité retrouver mes souvenirs... Sinon, je suis condamné à vivre perpétuellement « clivé », tu sais ; il y a moi, et l’autre... ; il y a celui qui écrit, et celui qui sait; celui qui a vieilli et qui a fait beaucoup de chemin, et l’autre, celui qui camoufle l’horreur et qui est intemporel. L’autre est toujours là, en fait. Il n’a pas de nom. Pas d’existence. Il fait le mort. Et en ce moment même, il me fait pleurer, ce que j’étouffe, comme d’habitude.
J’ai fait aussi, avec M. Lebeau, plus d’un an de EMDR. Ça m’a fait beaucoup de bien. Il a fallu travailler à partir de souvenirs, je dirais, collatéraux, que j’ai racontés ici. Je pense par exemple au souvenir, bien réel celui-là, de la « sortie du chalet », quand j’avais tout juste 5 ans. On a même utilisé une photo dudit chalet. Je conseillerais, maintenant, à qui que ce soit qui a été incesté, ou abusé, d’aller vers le EMDR: c’est probablement la meilleure approche, pas si loin de la psychanalyse, d’ailleurs.
Je sais que les spécialistes du trauma me « reconnaissent » très vite. Ça a été le cas pour M. Lebeau, et même pour M. Péraldi. Tu as raison là-dessus. Merci, mille et mille fois, pour la crédibilité que tu m’as accordée ; tu n’as pas idée du bien que tu m’as fait. MERCI.

Avatar auteureAuteure anonymea dit…
Tout d'abord excuse-moi pour les fautes d'orthographe qui commencent à s'amonceler. J'ai un souci avec cette petite fenêtre.
Je suis sûre que tu as écrit quelque part que M. Péraldi t'avait dit qu'une psy était réussie lorsque tu pouvais la faire toi-même et je suis certaine que tu en es là.
Tout ce que tu écris le respire, commence ton autofiction.
Je dois te confier que je n'ai plus aucun souvenir cuisant, si ce n'est ceux de mon amour perdu, ce qui veut dire que tout mon travail a porté ses fruits, les souvenirs sont intégrés et ont disparu.
Il reste les reviviscences avec les odeurs, les lieux, les personnes, la déprime, les céphalées, les lombalgies et c'est pourquoi je ne crois pas à la résilience qui est un leurre du même tabac que le SAP ou les faux-souvenirs, un truc pour tranquilliser les gens et la société sur leur responsabilité et qui t'en font porter la responsabilité parce que si tu ne guéris pas, c'est de ta faute.
Je ne crois pas que l'on puisse guérir, nous ne sommes pas malades, mais nous sommes ainsi faits.

Photo RPLRPLa dit…
« Je ne crois pas que l'on puisse guérir, nous ne sommes pas malades, mais nous sommes ainsi faits .» Tu as bien sûr raison, totalement. Ceci étant, on peut vivre mieux, plus ouvert et plus confiant ; j'en suis là, et toi aussi, de toute évidence.
Tu m'as fait sourire avec ta liste de symptômes somatiques ! Je m'y suis reconnu ! ;-)

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Published by Richard Patry - dans Relation d'aide
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