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  • : SAUVER NOTRE VIE est une forme de devoir que nous avons chacun à l'égard de nous mêmes. Le travail d'autofiction après les viols par inceste peut-il faire œuvre de Résilience ?
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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 21:10

Concerto-Eric-Emmanuel-Schmitt.jpgPage 183

Tous étaient surpris – son mari aussi – par sa douceur consentante. Cette tranquillité venait de ce qu'elle avait intériorisé son cancer. Un jour, elle avait interrogé une jeune infirmière qui lui administrait une piqûre de morphine :

- Si j'avais parlé plus tôt, si j'avais vite craché ce que j'avais sur le cœur, aurais-je évité le cancer ? Si je m'étais libérée en paroles, peut-être n'aurais-je pas développé ce mal en moi ?

– Un cancer, c'est un accident, madame.

– Non, c'est une conséquence. Le cancer est parfois la forme que prennent les secrets qui pèsent trop lourd.

Évidemment, elle ne prétendait pas avoir raison, mais ce point de vue lui permettait d'accepter, de considérer que c'était à elle, bien à elle, rien qu'à elle, que cela arrivait. Loin d'être un attentat surgi de l'extérieur, son cancer devenait une histoire générée par son corps, son âme, par elle.

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Published by Eric-Emmanuel Schmitt - dans Secret
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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 08:12
LEMONDE.Le-Monde-logo.jpgFR | 27.03.10 | 12h14
Bernard Lamizet est professeur à l'Institut d'études politiques de Lyon.
Pour penser la relation du secret et de la transparence, sans doute faut-il commencer par repenser le concept d'espace public, élaboré par le philosophe Jürgen Habermas, il y aura bientôt cinquante ans, à propos de la Révolution française. Rappelons de quoi il s'agit : selon Habermas, la Révolution ne commence pas en 1789 : elle est annoncée, préparée, par la construction, au cours de la période qui précède, d'un espace public, de débat, de délibération, de communication et d'information.
Mais la notion d'espace public doit se penser, aujourd'hui, dans d'autres développements. En effet, sa signification est devenue plus complexe, avec, en particulier, la rencontre entre notre culture judéo-chrétienne et notre culture politique, construite dans l'histoire de la société bourgeoise et de l'urbanité, et d'autres cultures, d'autres logiques d'identité. Nous avons été confrontés à ces conceptions différentes au cours d'une expérience sociale faite de la rencontre d'autres cultures, liée, en particulier, à la colonisation et, aujourd'hui, à la mondialisation.
L'espace public est celui de la transparence et de la communication, mais aussi celui de l'indistinction. Etymologiquement, l'espace public est celui du populus, du pueblo, du peuple. Dans la Rome antique, le populus s'oppose, comme on le sait, au Senatus, pour former avec lui l'Etat. Les deux sources de l'identité politique sont, ainsi, la filiation et l'appartenance. En effet, à Rome, le Sénat figure l'assemblée des anciens (Senatus a la même étymologie que senex, l'ancêtre), et, ainsi, désigne la logique de la famille et de la filiation, dans laquelle chacun est à sa place. En revanche, populus désigne la dimension indistincte de la société. La démocratie repose ainsi sur le fait que si l'espace de la filiation n'est pas indistinct, l'espace public, lui, doit demeurer, indistinctement, le même pour tous. C'est pourquoi la démocratie ne souffre pas de discriminations, d'exil, d'exclusions de l'espace public. Mais cette indistinction commence par l'indistinction entre les sexes : les hommes et les femmes ont les mêmes droits, les mêmes devoirs, le même statut. Or c'est là le premier problème des diverses formes du voile islamique : il n'est imposé qu'aux femmes, ce qui les distingue et les exclut de l'espace public et constitue, ainsi, une discrimination.
C'est que l'espace public, celui dont parle Habermas, est un espace de visibilité, de communication, d'échange symbolique, de circulation des identités et des informations. Le débat démocratique ne peut avoir lieu que dans un espace dans lequel il n'y a aucun interdit, aucune discrimination, aucune exclusion de la parole ou de l'écoute.
Voyons encore une fois l'étymologie. Dans la culture latine et dans la culture grecque dont est issue notre culture politique, l'espace public est l'agora, ou le forum, qui ont la même étymologie, celle du français "hors". Cet espace désigne l'espace ouvert, celui qui est en dehors de la fermeture de l'espace de l'intimité.
On ne se promène pas tout nu dans l'espace public, justement parce qu'il s'agit de la marque de différence entre l'espace public et l'espace intime : c'est dans l'intimité que l'on peut se promener tout nu. Mais la visibilité et l'ouverture qui caractérisent l'espace public ne sont pas celles du corps, mais celles de la parole, de l'échange symbolique et de l'identité. Pour que l'espace public puisse être pleinement un espace d'ouverture et d'échange symbolique, encore faut-il que les identités puissent y être reconnues. C'est le sens du stade du miroir, désigné par Lacan comme le moment fondateur de l'identité : le stade du miroir est le moment où le petit enfant fait son entrée dans l'espace de l'échange symbolique, parce qu'il se rend compte que l'autre est symboliquement semblable à lui : il le reconnaît aussi politiquement.
LES TROIS PROBLÈMES...

Cela donne sa signification à l'intime, au secret. Rendre secret consiste à mettre à part. L'intime, c'est ce qui est séparé de l'espace public. Il s'agit, finalement, d'une forme de forclusion. En effet, on garde secret ce que l'on enferme en dehors de l'espace public, ce que l'on entend tenir à l'écart des autres, à l'écart de l'indistinction, à l'écart, justement, du politique.

C'est la raison pour laquelle le secret du politique, ou la politique du secret, est fondamentalement étranger à une logique démocratique. Les lettres de cachet, les enfermements et les mises au secret ne sont pas précisément des pratiques démocratiques.

La différence entre l'intime et le public est exprimée par la différence entre le secret et l'ouverture. L'intime est le champ du secret, de ce qui ne se montre pas et de ce qui ne se dit pas à n'importe qui, tandis que le public est le champ de ce qui se dit, de ce qui s'échange, de ce qui se montre. Dans ces conditions, circuler caché dans l'espace public, c'est s'en exclure soi-même, c'est s'exclure des relations avec l'autre, c'est se mettre en dehors de l'indistinction, comme dans une forme de ségrégation, de mise à part.

La dissimulation du visage imposée par le port du voile pose, ainsi, trois problèmes.

Le premier est celui du secret et du caché dans l'espace public. En matérialisant dans le costume l'existence d'un secret, le voile met l'intime et le secret au cœur de l'espace public. S'il est important de préserver des espaces de secret, des espaces au sein desquels on soit protégé des regards des autres, c'est dans l'intime que ces espaces doivent s'instaurer.

C'est l'intime qui est l'espace dans lequel on est à l'abri de l'autre ; l'espace public, au contraire, est l'espace dans lequel on va à sa rencontre. L'espace public est l'espace dans lequel, grâce à cette ouverture, on peut faire l'expérience de la différence et exprimer son identité en la confrontant à celle de l'autre. Cela dit, d'ailleurs, le film Festen, de Thomas Vinterberg (1998), a tout de même montré les inconvénients du secret même dans l'espace de l'intime, ce que les psychanalystes nous ont dit depuis longtemps.

Mais le voile ne pose pas seulement le problème du secret et du dissimulé dans l'espace public. En effet, le deuxième problème est celui de l'identité, de son expression et de sa manifestation. Dans l'intimité, les identités sont prévisibles, car chacun est à sa place, ce qui est, en particulier, garanti par la loi de l'interdit de l'inceste qui assigne à chacun une place dans le champ de la filiation.

En revanche, dans l'espace public, comme il s'agit d'un espace d'indistinction, les identités ne sont pas prévisibles. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on dit toujours eux petits enfants de "ne pas parler aux inconnus dans la rue", nous le savons bien, c'est aussi la raison pour laquelle les Etats ont toujours été conçus pour, justement, instituer des régulations de l'espace public. Mais, pour que l'espace public soit prévisible et pour qu'ainsi, il ne soit pas un champ de danger, encore faut-il que les identités y soient manifestes, qu'elles s'y expriment pleinement, encore faut-il que nous puissions nous y reconnaître les uns les autres.

Le troisième problème posé par le voile est celui de la discrimination. On peut être d'accord sur le fait que, comme l'écrivait récemment, ici même, Jean-Marc Parisis, la transparence excessive limite notre liberté, sur le fait qu'un espace de secret doive être préservé pour que la société soit supportable. Mais alors, pour qu'il s'agisse d'un principe démocratique, il faut que la dissimulation et le secret concernent tout le monde. Or le voile ne concerne que les femmes. Il ne s'agit pas d'une dissimulation tolérée, qui préserverait le secret de ceux qui la choisissent, mais d'une dissimulation imposée, qui empêche, finalement, la reconnaissance de celles qui le portent.
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Published by Bernard Lamizet - dans Secret
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